jeudi 12 octobre 2017

Joffrin, Julliard, les musulmans et nous…


Coran dans une mosquée, en France. (Godong/BSIP/AFP) 

Le seul moyen d'intégrer la religion musulmane, c'est d'organiser une aide massive et visible à tous les réformateurs de l'islam.

Deux éminents confrères qui sont aussi des amis et même d'anciens collaborateurs du "Nouvel Observateur" viennent de se livrer à une polémique vigoureuse sur un sujet qui ne cesse d'être d'actualité depuis une vingtaine d'années.
Il s'agit d'un débat qui est censé séparer les "islamophiles" des "islamophobes". Selon Jacques Julliard, trop d'intellectuels font preuve d'indulgence à l'égard de nos concitoyens musulmans qui s'abandonnent à un islamisme plus ou moins totalitaire. Pour Laurent Joffrin, au contraire, nos intellectuels sont de plus en plus nombreux à surestimer les dangers des dérives de l'islam, deuxième religion de France.
SALMAN RUSHDIE SUR L'ISLAMISME : "IL FAUT ARRÊTER CET AVEUGLEMENT STUPIDE"
Après cette polémique, on les a vus tous deux se rejoindre sur le fait qu'il y a des défauts et des dangers dans les deux camps. On peut, d'un côté, être prévenu contre l'islamisme sans croire que les musulmans sont à l'origine de tous nos maux. Mais, d'un autre côté, cela n'empêche pas que l'on puisse s'alarmer du "manque de discrétion", selon l'expression de Jean-Pierre Chevènement, des théoriciens prédicateurs de l'islam conquérant.
"VIVRE ENSEMBLE"
Discussion donc plutôt banale, mais qui peut trouver une nouvelle urgence dans la mesure où elle a séparé pour des raisons différentes nos meilleurs universitaires Gilles Kepel et Olivier Roy. Il se trouve qu'à la fin des fins ces grands chercheurs se rejoignent dans le simple bon sens : sans l'islam il n'y aurait pas d'islamisme, mais le terrorisme est loin d'avoir des origines uniquement religieuses.
DJIHADISME : OLIVIER ROY RÉPOND À GILLES KEPEL
Julliard et Joffrin se souviennent sans doute des thèses qu'ils ont défendues dans "le Nouvel Observateur". Mais ils ont tendance à s'en attribuer chacun le seul mérite, alors que, sur ces questions, notre hebdomadaire a précédé tous les débats par la vivacité des positions et l'autorité des partenaires.
Avant que ces amis nous rejoignent, nous avions élaboré avec Edmond Maire, qui vient de nous quitter, et d'autres syndicalistes chrétiens une façon de "vivre ensemble" avec les musulmans de France.
SOUTENIR LES RÉFORMATEURS
Il est d'autant plus important de le rappeler ici car, à mon avis, notre analyse demeure la seule pratique raisonnable dans une situation de plus en plus grave. Elle consiste d'abord à constater que des millions de musulmans sont parmi nous, et qu'ils sont destinés à y rester.
Soyons clair. Le plus simple pour vivre avec les musulmans serait d'adopter la recette que la France a eu le mérite d'utiliser pour construire une nation, d'abord avec les protestants, ensuite avec les juifs : respecter jusqu'au bout la diversité, à savoir l'adoption ferme et sans concession de la laïcité. Enfin et surtout ce que nos responsables n'arrivent décidément pas à comprendre, c'est que le seul moyen d'intégrer la religion musulmane, c'est d'organiser une aide massive et visible à tous les réformateurs de l'islam.
Aucune autre solution (intervention dans les rites, lutte contre le radicalisme, augmentation des interdictions…) n'a jusqu'à maintenant donné la moindre preuve de réussite. Autrement dit seuls les musulmans peuvent réformer l'islam et nous permettre de vivre avec lui sans tension ni appréhension avec eux. Or je ne vois nulle trace d'une telle préoccupation dans les échanges de nos amis.
Jean Daniel 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"SEULS LES MUSULMANS PEUVENT RÉFORMER L'ISLAM ET NOUS PERMETTRE DE VIVRE AVEC LUI SANS TENSION NI APPRÉHENSION AVEC EUX" 

Ce fut, dès son lancement, la thèse défendue par DiverCity qui appelle de ses voeux non pas un islam en Europe mais bien un islam d'Europe forgé par des musulmans enracinés ici et partageant nos valeurs démocratiques, la stricte égalité hommes/femmes, la séparation du culte et du politique et les droits humains.
Constatons avec dépit que cet "islam du cru" a du mal à sortir des limbes et que les réformateurs -j'en ai rencontré- se comptent sur les doigts de la main quand le courant salafiste gagne partout du terrain.
Très inquiétant.
MG

SEXE, ISLAM, FÉMINISME… GRAND ENTRETIEN AVEC LEÏLA SLIMANI 

    
Leïla Slimani, prix Goncourt 2016, publie “Sexe et Mensonges”, un livre-choc sur la vie sexuelle au Maroc, accompagné d’un roman graphique. Entretien exclusif.
Grégoire Leménager
Inutile de lui demander pourquoi elle a refusé le poste de ministre de la Culture quand Emmanuel Macron le lui a proposé: Leïla Slimani n’a aucun commentaire à faire sur le sujet. A 35 ans, cette brillante écrivaine franco-marocaine sort d’une année plutôt remplie, qui a fait d’elle une star. Elle a remporté le prix Goncourt fin 2016, voyagé un peu partout, répondu à toutes sortes de questions, déménagé, accouché au printemps d’un deuxième enfant – une fille. Résultat : elle a un peu mal au dos. Mais c’est à force de donner le biberon.
On l’avait repérée en 2014 avec «Dans le jardin de l’ogre», remake trash de «Madame Bovary» qui racontait la descente aux enfers d’une nymphomane. Puis «Chanson douce», l’an passé, a confirmé son talent: celui d’une romancière à la Simenon, qui sait appuyer là où ça fait mal en examinant l’âme meurtrie d’une nounou infanticide. Son premier roman sera adapté au cinéma par Jacques Fieschi, et son deuxième par Maïwenn.
En attendant, elle change de registre en publiant le 6 septembre prochain «Sexe et Mensonges» et «Paroles d’honneur», soit un essai et un roman graphique sur «la vie sexuelle au Maroc», qui montrent comment des lois hypocrites entretiennent le machisme, l’homophobie, le conservatisme religieux et les inégalités sociales. «Les droits sexuels font partie des droits de l’homme», résume-t-elle. C’est à la fois édifiant, courageux, limpide sans jamais être simpliste, et, parce que ce qu’elle dit du Maroc vaut pour bien des sociétés, d’une grande intelligence.

L’OBS. « SEXE ET MENSONGES?» REPOSE SUR LES TÉMOIGNAGES DE FEMMES QUI, AU MAROC, SE SONT CONFIÉES À VOUS. COMMENT AVEZ-VOUS DÉCIDÉ D’EN FAIRE UN LIVRE?
Leïla Slimani. En 2011, au moment des révolutions arabes, j’étais journaliste à «Jeune Afrique». J’allais en Tunisie, en Algérie, au Maroc, quand a émergé dans les milieux intellectuels maghrébins cette question de la misère sexuelle, notamment dans la jeunesse. On avait le sentiment que l’impossibilité d’avoir une intimité, de passer du temps avec celui ou celle qu’on aime, nourrissait aussi une colère chez la jeunesse maghrébine. Puis il y a eu des histoires de harcèlement sexuel, et de viols sur la place Tahrir. Ce sujet m’habitait, mais je ne savais pas du tout comment le prendre. C’est casse-gueule, compliqué, on peut vite être dans la caricature. Je voulais quelque chose d’incarné. Enfin, mon premier roman est sorti...


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