vendredi 6 octobre 2017

Le carnage de Las Vegas était inévitable


Le Vif
La fusillade de Las Vegas, la pire de l'histoire américaine récente, a ravivé le débat sur la sécurité dans les hôtels et les sites de spectacle, même si nombre d'experts estiment que rien n'aurait pu empêcher la tragédie de dimanche. 




Si les événements sanglants comme celui de dimanche entraînent à chaque fois un surcroît de mesures, ils soulignent la difficulté d'anticiper de nouvelles attaques par des assaillants qui conçoivent toujours des façons inédites de frapper.
"On ne pouvait pas empêcher cette tragédie. Un point c'est tout", estime Patrick Brosnan, ancien policier de New York devenu consultant en sécurité.
Les hôtels sont des lieux ouverts où l'on pénètre très facilement: pas de détecteurs à métaux aux entrées et les bagages ne sont quasi jamais contrôlés. Particulièrement dans de grands hôtels-casino comme ceux qui ont fait la réputation de Las Vegas, avec ses 150.000 chambres d'hôtel.
Le tireur de Las Vegas, Stephen Paddock, a donc réussi sans difficultés à installer un arsenal d'une quinzaine d'armes à feu à l'hôtel Mandalay Bay.
"Les gens amènent de gros sacs dans les hôtels, ce n'est pas un signe inquiétant", remarque Richard Frankel, ancien agent du FBI et assistant professeur d'études en sécurité intérieure à St. John University.
Les casinos sont cependant plus surveillés que les lobbys d'hôtels.
Récemment, les attentats commis à la Manchester Arena et au Bataclan à Paris ont conduit à un renforcement de la sécurité dans les salles de concerts. Les attentats du 11 septembre 2001 avaient également conduit à la mise en place de protocoles de sûreté accrus dans les aéroports.
CONTOURNER TOUTES LES MESURES
A Las Vegas, Stephen Paddock a contourné toutes les mesures prises pour protéger le lieu du concert de musique country qu'il a visé. Il s'est installé en hauteur, au 32ème étage de l'hôtel situé en face, arrosant 22.000 spectateurs d'une pluie mortelle de balles, tuant au moins 59 personnes et en blessant plus de 500.
Il s'est donné la mort avant que la police n'entre dans sa chambre, et ses motifs demeurent mystérieux.
Il est possible de mieux surveiller ce qui rentre dans les hôtels et casinos mais ces établissements doivent "conserver un équilibre entre la sécurité et le fait de rester des lieux accueillants" où les gens viennent s'amuser et se détendre, remarque Jason Porter, vice-président de la société de services de gestion des risques Pinkerton, interrogé par l'AFP.
Patrick Brosnan estime possible de contrôler les bagages dans la mesure où c'est faisable économiquement et où cela ne paralyse pas l'activité de ces lieux par des queues monstrueuses faisant ressembler la réception des hôtels aux interminables queues d'aéroport.
Des caméras analytiques peuvent aussi aider à détecter les armes. Richard Frankel, évoque quant à lui de nouveaux protocoles avec des tireurs sur les toits, des hélicoptères ou des drones pour permettre d'intervenir plus vite lors de grands rassemblements.
MAIS LE RISQUE ZÉRO N'EXISTE PAS.
"Pour arrêter ça, il faudrait installer un détecteur à métaux devant chaque porte, avec des officiers, et des caméras à chaque point de ré-entrée, et des gens pour les surveiller. On ne peut pas faire ça", soutient Shawn Engbrecht, président de la société de protection Cass Global Security.
Vu le trafic dans les hôtels de Vegas, ce serait trop coûteux, sans parler des atteintes à la vie privée dans une ville surnommée "Sin City" (la ville du vice).
Las Vegas, capitale des jeux d'argent, pourrait voir son image épicurienne souffrir et rebuter certains des 43 millions de visiteurs annuels... ce qui pèserait sur des recettes de 60 milliards de dollars par an.
"Les gens qui vont à Vegas ne voudront pas ouvrir leurs sacs. Il y a beaucoup d'enterrements de vie de garçons ou de jeunes filles. Ils emmènent parfois de la marijuana, de l'alcool" ou autres, poursuit M. Brosnan.
Et Shawn Engbrecht d'ajouter que si Stephen Paddock n'avait pu s'installer dans une chambre du Mandalay Bay, "il serait allé dans le motel d'en face, ou sur un toit".
Pessimiste, il ajoute que "si quelqu'un vient vers vous avec un fusil d'assaut et l'intention de tuer, vous n'allez pas lui survivre très longtemps", assure-t-il.
Quant à interdire ou règlementer  la détention d'armes à feu aux Etats-Unis, protégée par le Deuxième amendement de la Constitution, ni Donald Trump ni le Congrès ne semblent prêts à faire bouger les lignes.
"Nous vivons dans une société ouverte, on ne peut pas tout défendre tout le temps. On va devoir vivre avec ça", conclut M. Engbrecht. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ARSENAUX PRIVÉS ET ARSENAUX NUCLÉAIRES 

"Quant à interdire ou règlementer  la détention d'armes à feu aux Etats-Unis, protégée par le Deuxième amendement de la Constitution, ni Donald Trump ni le Congrès ne semblent prêts à faire bouger les lignes."
Dans ce cas, on ne s'étonnera pas que de tels drames se répéteront au fil des ans.
Rien ne semble percoler sur les intentions du tueur fou qui à l'évidence n'a rien à voir avec les mouvements islamistes, nonobstant leurs revendications.
Mais attention que ce qui s'observe pour le recours aux arsenaux privés ne se confirme demain sur un autre terrain celui de la détention par certains régimes imprévisibles d'armement nucléaire terrifiants. Inévitables les carnages nucléaires? On aimerait en être persuadé.
MG


APRÈS L’ATTENTAT DE LAS VEGAS, LE COURS DES VENDEURS D’ARMES S’ENVOLE À WALL STREET 

Sturm Ruger et American Outdoor Brands, société mère de Smith & Wesson, ont fortement progressé hier à la Bourse de New York. Le marché redoute un retour du débat sur les restrictions sur la vente aux États-Unis.
La fusillade qui a fait 59 morts à Las Vegas aux États-Unis hier a fait flamber le cours des fabricants d’armes cotés à Wall Street. Sturm Ruger et American Outdoor Brands, société mère de Smith & Wesson, ont bondi de plus de 7% en séance, puis la fièvre est un peu retombée. Au final à la clôture, American Outdoor Brands Corporation, a gagné 3,21% à 115,74 dollars et son concurrent s’est adjugé 3,48% à 53,50 dollars.
Après ce drame les marchés spéculent sur une hausse des ventes d’armes. On se souvient qu’en décembre 2012, les ventes de Smith & Wesson avaient bondi après le massacre de l’école primaire de Sandy Hook, à Newtown, dans le Connecticut où 20 enfants âgés entre 6 et 7 ans et six adultes avaient péri.
Mais les cours grimpent surtout parce que les investisseurs redoutent un retour du débat sur les restrictions sur la vente et le port d’armes à feu aux États-Unis. Le retour de ce débat fait craindre un durcissement de la législation sur les achats d’armes, ce qui a pour conséquence de doper leurs ventes.
L’adoption d’une éventuelle réforme de législation paraît toutefois peut probable. Loin de resserrer la vis, la Maison Blanche serait plutôt en train de préparer avec le soutien des Républicains deux nouvelles lois favorables aux «pro-guns» afin de favoriser la vente des canons silencieux et de permettre aux personnes ayant le droit de porter des armes de se rendre dans des États où la législation ne le permet pas normalement, comme la Californie.
À l’inverse, les Casinos cotés en Bourse accusent le coup. Les investisseurs craignent que l’attaque n’affecte le tourisme et donc leur activité. MGM Resorts International, propriétaire du Mandalay Bay où a éclaté la fusillade, a perdu 5,58% à la clôture. Parmi les concurrents, après avoir plongé à l’ouverture, Las Vegas Sands est parvenu a terminé la séance avec un gain de 1,26%, Wynn Resorts est en revanche resté dans le rouge (-1,24%). 


COMMENTAIRE DE DIVERITY
TOUT EST MARCHÉ ET LE MARCHÉ EST TOUT 

Il est absolument insupportable de lire cela. Aux Etats Unis, le marché s'est substitué à la conscience politique.
C'est lui qui décide de tout y compris des mécanismes qui infligent la mort. C'est insupportable.
MG 


APRÈS LA TUERIE DE LAS VEGAS, L'INÉVITABLE RETOUR DU DÉBAT SUR LE CONTRÔLE DES ARMES À FEU
• Par  Edouard de Mareschal  Figaro 




         Au lendemain de la pire fusillade de l'histoire des États-Unis, des voix s'élèvent pour exiger un meilleur contrôle des armes. Le président Donald Trump, lui, veut remettre ce débat à plus tard.
«Nous parlerons de la législation sur les armes en temps voulu». Interrogé ce mardi par des journalistes, le président américain Donald Trump a voulu remettre le débat à plus tard. Mais la question d'un durcissement du contrôle des armes a déjà été remise sur la table par les démocrates, après le massacre de Las Vegas. D'autant que cette tuerie intervient alors que le Congrès examine un projet de loi facilitant l'achat de silencieux.
● PROMESSE D'UNE LOI RENFORÇANT LES CONTRÔLES
Parmi les réactions les plus fortes consécutives à la tuerie, on compte celle de la candidate démocrate à l'élection présidentielle de 2016, Hillary Clinton. «Las Vegas, nous souffrons avec vous - les victimes, ceux qui ont perdu des proches, les intervenants et tous ceux affectés par ce massacre de sang-froid», déclare-t-elle dans un premier message publié sur Twitter. Avant de se saisir du drame pour rebondir sur l'actualité politique: «La foule a fui au son des coups de feu. Imaginez le nombre de morts si le tireur avait eu un silencieux, ce que la NRA veut rendre plus facile à obtenir. Notre peine ne suffit pas. Nous pouvons, et nous devons mettre la politique à l'écart, se dresser contre la NRA, et travailler ensemble pour tenter d'empêcher que cela ne se reproduise.»
«Il est très facile pour [Hillary] Clinton de critiquer, mais il faut se rappeler que la seule personne qui a du sang sur les mains est le tireur, et ce n'est pas le moment de s'en prendre à des individus ou à des organisations», lui a répondu la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders, estimant que le débat était «prématuré».
Le sénateur démocrate du Connecticut Chris Murphy a publié un communiqué incendiaire, émaillé de jurons: «Il est temps que le Congrès se bouge cul et fasse quelque chose», écrit-il. C'est dans son État qu'en 2012, une fusillade dans l'école primaire Sandy Hook à Newtown avait fait 26 morts dont 20 enfants. Ce massacre avait ému aux larmes le président américain Barack Obama, qui avait pris l'engagement de renforcer le contrôle des armes. Mais sa tentative de limiter l'accès aux armes d'assaut et de généraliser l'examen des antécédents d'un acheteur s'était heurtée à l'opposition du Sénat. Des opposants républicains mais aussi démocrates, comme Mark Begich ou Mark Pryor, respectivement sénateurs de l'Alaska et de l'Arkansas, des États connus pour être farouchement opposés à toute limitation relative aux armes à feu.
Chris Murphy a annoncé qu'un nouveau projet de loi renforçant le contrôle sur l'achat d'armes serait présenté, sans en préciser la teneur ni le calendrier. La chef de file de la minorité démocrate des représentants, Nancy Pelosi, a pour sa part appelé le président républicain de la Chambre des représentants, Paul Ryan, à constituer une commission sur les violences commises par armes à feu. «Le Congrès a le devoir moral de régler cette épidémie horrible et désolante», a lancé la représentante démocrate.
● LA PUISSANCE DU SECOND AMENDEMENT
La question du contrôle des armes à feu est extrêmement sensible aux États-Unis. Dans leurs condoléances adressées lundi aux victimes, les deux sénateurs du Névada, le républicain Dean Heller et la démocrate Catherine Cortez Masto, ont tous les deux évité le sujet. Le port d'arme est garanti par le second amendement de la Constitution américaine. «Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et porter des armes ne sera pas transgressé», dispose le texte des Pères fondateurs des États-Unis. Il a été consacré par l'arrêt Heller de la Cour suprême des États-Unis en 2008.
Les partisans d'une régulation plus stricte de la possession d'armes aux États-Unis objectent que cet article s'inscrivait dans un contexte historique particulier. Ils estiment qu'il était nécessaire dans la guerre d'émancipation contre la couronne britannique, qui interdisait aux colons américains de s'armer pour éviter toute rébellion. Mais ils pensent qu'il ne saurait consacrer un droit absolu au port d'arme dans l'Amérique indépendante d'aujourd'hui.

Les pro-armes, soutenus par la puissante National Rifle Association (NRA), estiment au contraire que l'État n'est pas fondé à réguler le port d'arme, qui constitue un droit fondamental aux États-Unis. Ils réfutent l'argument selon lequel une réglementation plus stricte limiterait les tueries, partant du principe qu'un homme mal intentionné trouvera toujours un moyen de s'armer. Et «le seul moyen d'arrêter un sale type armé d'un pistolet, c'est un bon gars armé d'un pistolet», répète la NRA.
Le puissant lobby pro-armes mène une campagne active contre toute initiative politique qui irait dans le sens d'une limitation du port d'arme aux États-Unis. Elle dispose de relais politiques importants au Congrès, principalement chez les républicains. Avant chaque élection, elle se penche sur les positions des candidats sur le sujet, et envoie ses conclusions à ses 4 millions d'adhérents. Dans un pays où circulent entre 270 et 310 millions d'armes à feu, le lobby dispose d'un poids indéniable.
● DES DISPARITÉS DE CONTRÔLE IMPORTANTES SUIVANT LES ETATS
Chaque fusillade fait craindre un renforcement de la législation en matière d'armes à feu. Ainsi, elles ont pour effet pervers de provoquer mécaniquement une hausse des ventes d'armes.
Dans les derniers mois de son mandat, Barack Obama a décidé de contourner le Congrès, et a publié une série de décrets renforçant le contrôle au niveau fédéral. Ils visaient à généraliser l'obligation de contrôle des antécédents judiciaires et psychiatriques avant une vente d'arme ; mesures actuellement très largement inappliquées dans les foires itinérantes et sur internet. Barack Obama avait également annoncé l'obligation que tout vendeur soit détenteur d'une licence, et le renforcement de l'aide apportée aux malades mentaux et l'affinage du recensement des armes volées.
Mais la législation en matière d'armes reste très largement l'affaire des États fédérés, qui peuvent légiférer à peu près comme ils le souhaitent sur le sujet. Certains États ont une réglementation particulièrement restrictive: en Californie, le vendeur et l'acheteur doivent avoir un permis. Le «background check» (contrôle des antécédents judiciaires et médicaux) est obligatoire et prend dix jours. L'acheteur doit passer un examen écrit. Les chargeurs ne peuvent contenir plus de dix balles, et on ne peut acheter plus d'une arme par mois, détaille un reportage du JDD . D'autres Etats ont une politique bien plus libérale. En Alaska, au Nebraska ou au Texas par exemple, l'achat d'une arme longue ou d'un pistolet n'est soumis à aucune obligation de permis ou d'enregistrement, et l'arme peut être portée ouvertement en public sans presque la moindre restriction. Autre exemple: dix États permettent les armes sur les campus, comme l'Arkansas, le Colorado ou le Texas. Cette absence d'harmonisation fédérale rend toute tentative de restriction par un État fédéré très facile à contourner.
● CE QUE PRÉVOYAIT LE PROGRAMME DE TRUMP
Le programme du 45ème président des États-Unis laisse peu de doute sur sa position vis-à-vis des armes. Donald Trump a garanti une liberté totale concernant les ventes d'armes. Il a par ailleurs annoncé sa volonté de supprimer les contrôles après l'achat, et d'harmoniser la législation dans les 50 Etats en créant un permis fédéral. Quoi qu'il en soit, la marge de manœuvre du président américain est somme toute assez limitée, dans la mesure où la législation relative aux ports d'armes est une prérogative des Etats fédérés. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY 

"Donald Trump a garanti une liberté totale concernant les ventes d'armes. Il a par ailleurs annoncé sa volonté de supprimer les contrôles après l'achat, et d'harmoniser la législation dans les 50 Etats en créant un permis fédéral."
On ne saurait être plus clair...

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