samedi 28 octobre 2017

L’indépendance de la Catalogne? Une fuite en avant


BÉATRICE DELVAUX LE SOIR
Après la déclaration d’indépendance par le parlement catalan ce vendredi, seul le chaos est prévisible...    


   ©Reporters
Les indépendantistes catalans ont opté pour la radicalité et ce qui s’apparente aujourd’hui à une aventure sans stratégie, dont personne, pas eux plus que les autres, ne sait où elle va mener, quels trophées elle peut leur apporter et surtout l’ampleur des dégâts qu’elle va causer.
Les embrassades, les cris de joie et les pleurs de ceux – des jeunes surtout – qui pensent que leur bonheur est dans cette marche forcée vers l’indépendance, sacraient ce vendredi Puidgemont et les siens comme des héros – des jusqu’au-boutistes qui font ce qu’ils ont promis. L’écrivain belge Grégoire Polet avait raison d’évoquer cette semaine dans le Soir  », « l’irrationalité  » du processus catalan et d’un gouvernement «  qui ne suit plus une politique mais une mystique : les Catalans risquent de chercher, à défaut d’une victoire, le salut dans le pire. Et faire appel à la dignité des martyrs  ». Plutôt mourir debout que de plier sous les concessions : il y a de cela dans le bras d’honneur fait ce vendredi à Madrid.
Cinq minutes de courage politique ou de perte du sens des responsabilités ? Puidgemont avait le choix entre la pureté de l’idéal – la déclaration d’indépendance – ou la raison – la convocation d’élections régionales anticipées. Celles-ci auraient permis de « relégitimer » les choix posés par tous les Catalans, et non par la majorité frelatée invoquée aujourd’hui par les ultras pour valider leur déclaration unilatérale.
Placé devant la même équation, le Premier ministre grec Tsipras avait opté à l’époque pour la responsabilité de l’homme d’État en assumant le plan d’austérité qui maintenait la Grèce dans l’Union européenne, au risque de passer pour un traître aux yeux de son peuple. Puidgemont a fait vendredi le choix inverse, décidant en bout de course de ne faire aucune concession à son but final.
Créon ou Antigone ? Perpétuel dilemme…
Et maintenant ? Seuls le chaos et une confrontation terrible sont certains. Madrid paye son refus d’entendre à temps les revendications d’une minorité catalane. Mais il n’y a en fait que des perdants dans cette mauvaise pièce exhibée aux peuples d’Europe qui doivent savoir qu’il n’y a rien à gagner dans ces replis nationalistes qui les privent des moyens de lutter à armes égales contre les vrais destructeurs d’identité (la globalisation, la financiarisation). D’autant que l’Union européenne offre des marges suffisantes pour permettre aux différentes « nations » de se développer sans faire sécession.
Unis dans la diversité : s’il y a un échec pour l’Europe dans cette affaire espagnole et catalane, c’est dans le coup porté à ce principe fondamental, et dont on ne mesure pas encore aujourd’hui la possible contamination. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
L'AFFRONTEMENT DES EGOS 

"Mais il n’y a en fait que des perdants dans cette mauvaise pièce exhibée aux peuples d’Europe qui doivent savoir qu’il n’y a rien à gagner dans ces replis nationalistes qui les privent des moyens de lutter à armes égales contre les vrais destructeurs d’identité (la globalisation, la financiarisation)"
Comme toujours, la pédagogie de Béatrice Delvaux fait merveille. Elle  analyse au plus juste et propose la meilleure des synthèses possibles: en citant l'’écrivain belge Grégoire Polet : « l’irrationalité  » du processus catalan et d’un gouvernement «  qui ne suit plus une politique mais une mystique : les Catalans risquent de chercher, à défaut d’une victoire, le salut dans le pire. Et faire appel à la dignité des martyrs  ». Les egos de deux homme bornés s'affrontent: celui du leader échevelé à la Sancho Pansa des Catalans exaltés et celui d'un premier espagnol  borné jusqu'à l'obstination à la dégaine de Don Quichotte.  Fermons les yeux: imaginons, une minute seulement, Geert Bourgois proclamant un "Good Bye Belgium" unilatéral après avoir organisé en Flandre un vague referendum bricolé à la diable...Discours courroucé de Philippe et envoi d'une sorte de duc d'Albe en Flandre armé d'un 155  pour rétablir l'ordre monarchique. Tout peut arriver. Comment exécuter la tutelle sans recourir à la force?
Rouvrons les yeux et réjouissons-nous, malgré, de nous retrouver dans un royaume de Belgique, certes bancal, mais où la légalité constitutionnelle a toujours eu le dernier mot: "le roi, la loi, la liberté".
MG





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