lundi 27 novembre 2017

20 % des jeunes Bruxellois sans emploi ni formation


Le Soir

Le nombre de jeunes de 18 à 24 ans qui ont quitté l’école mais n’ont pas intégré le monde du travail est préoccupant dans le sud du pays.

On les appelle des « Neet » (not in education, employment or training: ni étudiant, ni employé, ni stagiaire). Ce sont des jeunes qui ont quitté la vie scolaire, mais restent en dehors du marché du travail. Sans surprise, la majorité de ceux qui se retrouvent dans cette situation ont un faible niveau scolaire.
Leur nombre est désormais un sujet d’inquiétude pour certains gouvernements.
En Wallonie, un jeune de 18 à 24 ans sur six (16,4 %) se retrouve dans cette zone floue entre école et monde du travail. C’est pire à Bruxelles, où ils sont un sur cinq à vivre dans cette situation. A titre de comparaison, le taux de « Neet » en Flandre est deux fois plus bas (9,8 %).
Julien Nicaise, directeur de l’Ares – la Fédération des institutions d’enseignement supérieur – explique : « C’est préoccupant car ce sont des jeunes sans beaucoup
de perspectives occupationnelles valorisables à court terme. Les chiffres cachent certainement des citoyens qui vont galérer quelques mois avant de repartir mais, socialement, ce sont des gens qui risquent de devenir un jour dépendants.
Or, le redressement de la Wallonie et de Bruxelles passe par une amélioration de ces données, et donc de notre système éducatif. »
Le phénomène des « Neet » est certes alimenté par des problèmes personnels (famille, santé… ) mais il interroge le système : « Les élèves en qui la société investit durant leur parcours scolaire obligatoire sont encore trop nombreux à venir gonfler les rangs des adultes dépendants de demain. »
Une des causes avancées est le taux élevé de jeunes qui quittent le secondaire sans qualification valorisable lui-même lié au taux de redoublements particulièrement élevé en Fédération Wallonie-Bruxelles.
Marcel Miller, managing director d’Alstom Benelux et président du Conseil d’orientation de l’Ares, l’affirme : « Réduire le taux de décrochage scolaire doit être une priorité de nos gouvernements.
Ils doivent offrir une formation aux jeunes qui sont au chômage. »
L’ancien président de la Fédération Agoria insiste : «Mettre en place le Pacte d’excellence dans toutes ses dimensions, c’est urgent ! Et offrir une formation, le dernier des maillons, à tous ceux qui sont sans emploi. Et puis, pourquoi ne pas prendre exemple sur la Flandre sur ce sujet ? C’est probablement une question d’opportunités d’emplois mais également de mentalité. »

Les jeunes francophones de 18 à24 ans sont parmi les Européens les plus mal lotis quand on compare le taux de ceux qui sont dans la zone grise entre école et travail (19,8 % à Bruxelles, 16,4% en Wallonie). C’est aux Pays-Bas qu’on trouve le moins  de « Neet » :ils n’étaient que 6,1% en 2016. Le Danemark et le Luxembourg complètent le podium des bons élèves de l’Union. A l’autre bout du classement, on retrouve la Bulgarie et Chypre (tous deux à 22,3 %) et surtout l’Italie, avec 26 % de « Neet » chez les jeunes de 18 à 24 ans.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY:
UNE BOMBE AU CŒUR DE
NOTRE SOCIETE FRANCOPHONE 
 
Il faut lire et relire l'édito de Béatrice Delvaux qui tape systématiquement et à raison sur ce même clou depuis des années. : « Réduire le taux de décrochage scolaire doit être une priorité de nos gouvernements. Ils doivent offrir une formation aux jeunes qui sont au chômage." On lit, on opine du bonnet puis on oublie et on s'étonne ensuite qu'un match de foot, que l'annonce de l'arrivée de Verga 92, qu'un banale manif contre l'esclavage tourne au drame, au vandalisme et au pillage de la part d'une minorité d'individus jeunes qui ont mis la police en difficulté et "sont sortis des rails" (Picqué)
Minorité, c'est vite dit...
A cette funeste série de trois, on serait bien inspiré d'inclure les attentats djihadistes de Bruxelles, de Paris et d'ailleurs. Non, on ne sait pas ce qui nous attend à Bruxelles où il y aurait plus de cinquante bandes de voyous organisés dont certains particulièrement agressifs. Le décrochage scolaire, familial, social est le cancer dont périra Bruxelles. Et presque personne ne s'en émeut.

Décidément je ne comprends plus nos politiques. Si, je constate qu'ils ont atteint un tel degré d'obsession de l'immédiateté qu'ils n'ont ni le temps, ni l'énergie ni surtout la volonté de réfléchir au moyen terme. Non ils ne réfléchissent plus et ils agissent plus ou moins à contre temps si j'en juge par le tissu d'inepties qu'ils ont débitées depuis trois semaines tant au Nord qu'au Sud. C'est révoltant.
Et les intellectuels? Ma conviction, c'est que c'est à peu près pareil.
MG 


CHARLES PICQUÉ SUR LES ÉMEUTES À BRUXELLES: «IL N’Y A PAS D’INSERTION SOCIALE POSSIBLE POUR CES CASSEURS»
Le Soir
Pour le bourgmestre de Saint-Gilles, rien ne sert de proposer à ces jeunes toute une série d’activités ludiques et agréables, « ce sont des casseurs ». 


©Pierre-Yves Thienpont/Le Soir 

Samedi, des violences ont éclaté vers 16h à l’issue de la manifestation contre l’esclavage de migrants en Libye qui se tenait sur la place Poelaert toute proche. Des commerces et un véhicule de police ont été endommagés par des casseurs qui auraient intégré la manifestation.
C’est la troisième fois en trois semaines que des incidents de ce type ont lieu. Selon Jan Jambon, le ministre de l’Intérieur, elles seraient toutes liées. Charles Picqué, l’ex-ministre président bruxellois, et bourgmestre de Saint-Gilles, est du même avis. «  On remarque les mêmes processus. Une manifestation spontanée ou programmée et où les casseurs se greffent à ces manifestations. Ces personnes sont souvent les mêmes, je le pense, même si l’enquête doit encore le démontrer  », explique le bourgmestre au micro de la RTBF ce lundi matin.

«  Ces gens sont des récidivistes, ils nous empoisonnent la vie et doivent être sévèrement condamnés  ».
DES REMÈDES À CETTE SITUATION ?
Charles Picqué évoque certains remèdes qu’il faudrait mettre en place afin de faire face à cette situation. «  Mais n’allons pas chercher des remèdes en amont, qui sont les remèdes qu’on évoque souvent comme l’insertion sociale. Ici il s’agit d’un noyau dur, vous pouvez leur offrir tout une série d’activités ludiques, culturelles, et agréables, nous avons affaire ici à des casseurs et il faut d’abord traiter ce domaine en donnant les bonnes initiatives aux différents niveaux de pouvoir parce que cela touche pas mal de compétences différentes. »
Pour le bourgmestre de Saint-Gilles, il s’agit de jeunes qui sont «  tout à fait sortis des rails, il y a un problème de crise, notamment au sein de la famille  ».
L’idée est une mission interministérielle qui mêlerait «  le fédéral car il y a la justice, le régional car il y a la prévention et les communautés car il y a la protection de la jeunesse et les sanctions des mineurs. Tout le monde doit se mettre autour d’une table, c’est un nouveau plan d’action  », a conclu Charles Picqué. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
SORTIS DES RAILS
«  tout à fait sortis des rails, il y a un problème de crise, notamment au sein de la famille  ».

L’idée est une mission interministérielle qui mêlerait «  le fédéral car il y a la justice, le régional car il y a la prévention et les communautés car il y a la protection de la jeunesse et les sanctions des mineurs. Tout le monde doit se mettre autour d’une table, c’est un nouveau plan d’action  », a conclu Charles Picqué.
C'est dire le désarroi complet dans lequel ces événements plongent le monde politique. Relisons donc le très lucide édito de Béatrice Delvaux qui ne saurait laisser aucun Bruxellois de coeur indifférent.
MG

ET SI ON VISAIT UNE AUTRE TOLÉRANCE ZÉRO ?
Béatrice  Delvaux

C’est la plaie principale des Bruxellois et Wallons, c’est la statistique la plus noire du monde francophone belge. Il ne s’agit ni de sécurité, ni de radicalisation, ni de terrorisme, mais d’une forme bien plus endémique de perdition : un jeune bruxellois entre 18 à 24 ans sur cinq et un jeune wallon entre 18 et 24 ans sur six n’est ni à l’école ni au travail. Vous avez bien lu : ni en formation, ni en enseignement, ni en emploi.
Ce groupe flottant, sans perspective et pourtant quasi adulte, baptisé « Neet » par les Anglo-Saxons, est la véritable bombe qui vit au cœur de notre société francophone. Comment en effet considérer autrement la masse de ces jeunes, qui « errent » en ce moment-clé où ils devraient bâtir – ou trouver – une confiance dans l’avenir et en eux-mêmes par l’insertion dans un milieu professionnel, la perception d’un salaire.
C’est sur ces tranchées où s’enfonce une jeunesse qui n’a pas les moyens de se bâtir un avenir, qu’il faut décréter une tolérance zéro. Le champ de bataille est clair : la scolarisation.
L’urgence est d’autant plus vitale que le résultat sera doublement vertueux : sortir les jeunes de ce no man’s land est en effet une manière plus pérenne de construire de la sécurité, pour ces jeunes, mais aussi automatiquement dans la foulée, pour la société dans laquelle ils vivent.


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