mardi 21 novembre 2017

Dans la tourmente, Merkel joue sa survie politique

Par   Nicolas Barotte Figaro 

 

Après l'échec des négociations de coalition, l'Allemagne s'enfonce dans une crise politique inédite qui pourrait déboucher sur de nouvelles élections.
Correspondant à Berlin
Toute la journée, ils ont tous parlé, voire plusieurs fois, pour s'expliquer, analyser ou prendre position à des fins tactiques. Lundi, tous les responsables politiques allemands ont tenté de comprendre pourquoi les négociations de la coalition «Jamaïque» avaient échoué la nuit précédente et comment l'Allemagne pourra sortir d'une crise politique inédite. Depuis la fin de la guerre, jamais le pays ne s'était trouvé dans une telle situation, sans solution pour former un gouvernement, face au spectre de nouvelles élections. Seule Angela Merkel s'est contentée du strict minimum tandis qu'elle passait, comme une ombre, d'un rendez-vous à l'autre: du siège de la CDU, son parti, au château de Bellevue, la résidence du président fédéral, puis au Bundestag pour s'exprimer devant son groupe parlementaire. Elle traverse la pire crise politique de sa carrière. Son propre pouvoir est en jeu.
En fin de journée, elle a brisé le silence et elle s'est montrée prête à relever le défi, voire si nécessaire à conduire la bataille de nouvelles élections. «Il serait très étrange de dire maintenant que ce que j'ai dit aux électeurs et aux électrices pendant la campagne n'est plus valable aujourd'hui», a-t-elle expliqué sur l'ARD en confirmant ainsi qu'elle serait candidate le cas échéant.
«ON NE PEUT PAS REDONNER AUSSI SIMPLEMENT LE MANDAT AUX ÉLECTEURS»
Frank-Walter Steinmeier, président allemand
Elle n'en est pas encore là. À l'issue de son entretien avec la chancelière, le président Frank-Walter Steinmeier a exhorté tous les partis à revenir à la table des négociations. «J'attends de tous qu'ils soient disponibles pour le dialogue afin de rendre possible, dans un délai raisonnable, la formation d'un gouvernement», a-t-il déclaré en incluant aussi, dans une critique implicite, le SPD. Les sociaux-démocrates refusent toujours pour l'instant d'envisager une nouvelle grande coalition, la seule alternative à une alliance «Jamaïque». «On ne peut pas redonner aussi simplement le mandat aux électeurs», a répondu Frank-Walter Steinmeier. L'ancien ministre social-démocrate des Affaires étrangères a prévu de recevoir les représentants de tous les partis susceptibles de pouvoir gouverner. En adoptant un ton mesuré toute la journée, les Verts ont montré qu'ils ne tournaient pas encore la page d'un gouvernement Merkel.
LE FDP, CIBLE DES CRITIQUES
«Le président fédéral nous appelle au dialogue, mais je veux rappeler que Angela Merkel porte la responsabilité de la situation»
Andrea Nahles, présidente du groupe SPD au Bundestag
Après avoir claqué la porte dans la nuit de dimanche à lundi, le FDP peut-il revenir dans la course? «Nous voulions un changement de politique et celui-ci n'était pas possible», a affirmé le président du parti libéral Christian Lindner. Depuis son coup d'éclat, il est la cible de toutes les critiques. L'Allemagne est sévère envers ceux qui refusent de prendre leurs responsabilités. Lundi, il a tenté de transmettre le mistigri de la crise au SPD, prié d'accepter pour une nouvelle coalition avec Angela Merkel. «S'il doit y avoir de nouvelles élections, ce sera la faute du SPD», a déclaré un responsable du parti libéral, Wolfgang Kubicki.
Réponse au SPD de son président Martin Schulz: «Le 24 septembre, les électeurs ont dit non à la grande coalition.» Le candidat, largement battu avec 20,5 % aux élections, aurait préféré voir la Jamaïque remplir sa mission. Il a renvoyé Angela Merkel à sa mission de former un gouvernement et il s'est dit prêt à revenir devant les électeurs. «Nous n'avons pas peur de nouvelles élections», a-t-il assuré. «Le président fédéral nous appelle au dialogue, mais je veux rappeler que Angela Merkel porte la responsabilité de la situation», a asséné de son côté la présidente du groupe SPD au Bundestag Andrea Nahles. «Sa politique, son style, l'absence de direction a conduit dans le mur. Elle a échoué», a-t-elle attaqué.
Si Angela Merkel ne parvient pas à former un gouvernement, elle pourrait encore envisager de conduire un gouvernement minoritaire. Mais elle s'est montrée «sceptique» face à cette idée. Alors au bout du compte, il ne restera pas d'autre choix que de revenir aux urnes si elle ne parvient pas à renouer avec des interlocuteurs. Au bout de douze ans de pouvoir, elle les a tous échaudés. Aucun délai n'étant fixé dans la Constitution, personne ne peut dire combien de temps durera cet entre-temps.
POLITIQUEMENT AFFAIBLIE
L'incertitude politique qui plane aujourd'hui sur l'Allemagne est le signe de l'affaiblissement politique d'Angela Merkel. Après trois mandats, la statue du commandeur vacille. Sa victoire à l'usure le 24 septembre dernier a été trop courte pour lui redonner une autorité. Avec 32,9 % la CDU-CSU avait obtenu son plus mauvais résultat depuis 1949. Son bilan, notamment sur l'immigration, est en cause. Selon un sondage Civey pour Die Welt, réalisé la semaine dernière, 61,4 % des personnes interrogées estimaient qu'elle ne pourrait pas rester en poste en cas d'échec de la «Jamaïque». Lundi soir, interrogée sur la ZDF, elle a assuré que l'idée de démissionner «ne l'avait pas effleurée».
«JE NE SUIS PAS AMERE, JE RÉFLÉCHIS»
Angela Merkel
Malgré sa mine lasse dimanche soir, la chancelière a encore des cartes à jouer et un sens tactique certain. «Je ne suis pas amère, je réfléchis», a-t-elle aussi confié à un journaliste du Stuttgarter Zeitung en quittant le lieu des discussions vers 2 heures du matin lundi. Le même jour, elle s'est assurée du soutien de la direction de la CDU, comme pour conjurer des velléités de putsch interne. La fin de l'ère Merkel approchant, ses adversaires ont commencé à aiguiser leurs couteaux.
Mais pour l'heure, si une nouvelle bataille électorale était organisée, rien n'indique que le résultat du 24 septembre serait modifié. Angela Merkel a certes perdu son lien avec les électeurs. Mais quelle que soit sa propre faiblesse, elle profite aussi de celle des autres. À en croire les sondages, seules deux coalitions semblent possibles, toujours autour d'Angela Merkel: soit une «Jamaïque» soit une grande coalition. L'impasse est donc en perspective.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"LÀ OÙ IL Y A IMPASSE, IL Y A ISSUE." 

Là où il y a impasse, il y a issue, dit le proverbe. Mais ce proverbe est chinois, pas allemand. Seule une grande coalition (CDU/CSU/SPD) permettrait de résoudre la crise. Nous l'affirmons depuis le début de cette crise. Mais le SPD, très affaibli n'en veut pas.
Si Merkel devait s'effacer pour de bon, le projet de Macron de relancer la coopération franco allemande et rabibocher le couple Berlin_Paris se trouverait lourdement compromis. Le Président de la République Steinmeier l'a compris:  de nouvelle sélections risquent de renforcer encore l'extrême droite et de mettre fin au règne de Merkel ouvrant la porte à une longue période d'incertitude ety donc d'instabilité en Allemagne et forcément également en Europe. C'est plutôt préoccupant.
MG  



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