jeudi 2 novembre 2017

Jan Leyers reageert scherp op onderzoekster Belgische moslimgemeenschap

Jan Leyers, 31 augustus 2012, Heverlee. © Belga

Uit Knack 
Televisiemaker Jan Leyers reageert in een lezersbrief in Knack op onderzoekster Betül Demirkoparan die hem verweet in zijn programma Allah in Europa enkel marginale figuren op te zoeken en hen voor te stellen als representatief voor de Europese moslimgemeenschap.

In een interview met Knack zei Betül Demirkoparan (28), onderzoekster aan de KU Leuven, het volgende over de manier waarop moslims in de media worden afgebeeld: 'Ik stoor me eraan dat Jan Leyers in een programma als Allah in Europavolstrekt marginale figuren opzoekt, en hen dan voorstelt alsof ze representatief zijn voor de Europese moslimgemeenschap. De meeste moslims dragen geen boerka en denken niet echt anders dan u of ik.'
Jan Leyers reageert nu scherp in een lezersbrief en komt tot de conclusie dat figuren als Mustafa - 'de Zweeds-Afghaanse activist die vindt dat de Zweden veel te laks en naïef zijn als het op het verdedigen van hun waarden aankomt' - en Ahmed - 'de Brusselse islamleraar die het menselijk verstand hoger inschat dan de Koran' - inderdaad marginaal zijn binnen de islamitische gemeenschap. Het is een duidelijke uithaal naar de onderzoekster.
Hieronder vindt u de integrale lezersbrief.
In een interview vertelt onderzoekster Betül Demirkoparan dat ze zich stoort aan de manier waarop ik in de reisdocumentaire Allah in Europa volstrekt marginale moslims opzoek, om hen dan voor te stellen alsof ze representatief zijn voor de Europese moslimgemeenschap.
Jammer genoeg vertelt mevrouw Demirkoparan er niet bij over welke marginale moslims ze het heeft. De imam van Srebrenica? De voormalige grootmoefti van Bosnië? De islamleraar uit Wenen die in zijn vrije tijd moslimgevangenen bezoekt? De voorzitter van een moskeetje in Boedapest die zich om de armen van zijn wijk bekommert? Latifa, de dochter van het eerste slachtoffer van de aanslag in Nice? De islamitische begrafenisonderneemster uit Londen die zich ergert aan de vele nikabs op straat?
Of bedoelt ze Zana Ramadani, de Duits-Albanese feministe die op haar achttiende, toen haar ooms haar wegens haar te westerse gedrag een lesje wilden leren, kon ontsnappen en in een vluchthuis onderdook? Of Naser Khader, de Deens-Syrische politicus die durfde te zeggen dat hij de Mohammedcartoons grappig vond en sindsdien in Kopenhagen onder permanente bewaking leeft?
Ik ga in gedachten verder het rijtje af. En plots besef ik over wie mevrouw Demirkoparan het heeft. Over Mustafa natuurlijk, de Zweeds-Afghaanse activist die vindt dat de Zweden veel te laks en naïef zijn als het op het verdedigen van hun waarden aankomt. En over Ahmed, de Brusselse islamleraar die het menselijk verstand hoger inschat dan de Koran, en die een gepassioneerd pleidooi houdt voor twijfel en kritiek. Figuren als Mustafa en Ahmed zijn binnen de islamitische gemeenschap volstrekt marginaal en hoegenaamd niet representatief, daarin heeft de onderzoekster meer dan gelijk. Een volgende keer sla ik ze over.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
VOUS AVEZ DIT REPRESENTATIF?

"IL EST PLUS FACILE DE SUIVRE DES RÈGLES QUE DE SE RESPONSABILISER"
Ali Daddy, auteur du Coran contre l'intégrisme, est un "Coran qui marche". Il sait son texte fondateur en long et en marge, le cite en arabe et dans la belle traduction de Jacques Berque, le médite jour et nuit, le regarde comme une "éthique", une "guidance" à suivre pour éviter de "s'égarer" du "chemin de rectitude",  une longue méditation sur l' "Agir Bellement" une piqure de "rappel éthique" administrée par les prophètes , ces "donneurs d'alarme . Ali est mon musulman de référence. Un jour qu'il donnait une conférence devant un parterre d'éminences socialistes, l'un de ces honorables notables et non le moindre lui fit ce terrible reproche: "Ali tu n'es pas représentatif".
Il en fut fort attristé, lui qui pratique et préconise un "islam du crû", un islam coranique, personnel, original, créatif, revisité, européen.
C'est que la plupart nos municipalistes préfèrent flatter les musulmans qu'ils regardent comme "représentatifs" dans le dessein de recueillir leurs suffrages et ceux de leurs nombreux amis. On appelle cela d'un vilain mot: le communautarisme.  C'est ainsi que nos excellences politiques ont toléré que s'installe dans de nombreuses mosquées bruxelloise un discours salafiste indigeste, racoleur et quelquefois pervers.  L'islam de Belgique, l'islam d'Europe ne peut être qu'un fruit patiemment mûri sous le soleil des droits humains et des valeurs démocratiques. Comme Rachid Benzine, Ali Daddy est persuadé que celles et ceux qui furent radicalisés à partir de versets coraniques, ne pourront être "exorcisés" qu'au moyen d'autres versets de caractère éthiques, précisément. C'est un travail de déconstruction méthodique de longue haleine qui exige une connaissance intime surtout une lecture personnelle et critique  du texte fondateur de l'islam.
Cela n'est pas donné au premier musulman venu. Benzine est taillé dans le même bois. Jugez-en donc par vous même. "Un texte est sacré parce qu'il n'a pas fini de parler. C'est comme s'il nous appelait. le gage de la pérennité pour une tradition c'est de pouvoir être dépoussiérée."
"Une légende rabbinique très ancienne raconte que quand on se promène la nuit dans une bibliothèque, si on tend l'oreille on entendra les livres nous supplier «interprète-moi, interprète-moi». "Et je trouve qu'ils appellent d'une façon un peu désespérée, nos livres, ces derniers temps." "Ne dupons personne, nos textes peuvent aussi bien parler pour la mort. C'est pourquoi nous avons une grande responsabilité dans l'exégèse." "Pour moi, le monde ne se répartit pas entre les croyants et les incroyants, il se répartit entre ceux qui tolèrent le doute et ceux qui ne le tolèrent pas."
Méditons cela en toute sagesse et en toute autonomie et soumettons les textes religieux à notre questionnement critique comme nous y invitent le musulman Rachid Benzine et la juive Delphine Horvilleur dans un dialogue inter religieux fécond et passionnant publié par l'Obs.
MG






L'OBS. VOUS EXERCEZ TOUS DEUX UN REGARD CRITIQUE SUR LES TEXTES DITS SACRÉS. QUEL RAPPORT ENTRETENEZ-VOUS AVEC VOTRE HÉRITAGE RELIGIEUX?
Rachid Benzine. Je suis infiniment reconnaissant à mon père et à ma mère de m'avoir offert en héritage leur islam traditionnel marocain, riche de spiritualité et de tolérance. Mais la confrontation avec les sciences humaines, avec la philosophie de Paul Ricœur en particulier, avec la pensée chrétienne aussi, et la découverte des «nouveaux penseurs de l'islam» comme Nasr Hamed Abou Zayd, m'ont amené à interroger le texte autrement, et à me placer dans une «fidélité infidèle», selon le mot de Derrida.
ISLAM, CORAN, DJIHADISME… ET LA THÉOLOGIE DANS TOUT ÇA ?
Travailler sur les modalités du croire - celles des premiers croyants, les nôtres -, inscrire les mots du Coran dans l'imaginaire de la société qui l'a vu naître, prendre en compte les strates historiques d'interprétation, permet de comprendre comment une religion se construit et comment le syncrétisme est au cœur de toutes les religions, qui empruntent toujours aux traditions qui les précèdent et qu'elles reconfigurent.
Automatiquement, en faisant ce travail, on perd une forme de naïveté première: non seulement la pureté n'existe pas, mais nous nous découvrons responsables de ce que l'on crée en nous appuyant sur une tradition.
DELPHINE HORVILLEUR, VOUS DITES AUSSI QUE L'EXÉGÈSE RABBINIQUE C'EST «L'AUTORISATION DE SECOUER LE TEXTE».
Delphine Horvilleur. Il y aura toujours des gens pour affirmer que la tradition est maintenue par de la stabilité ou de l'inertie, surtout dans les temps de repli que nous connaissons où tout culot interprétatif est perçu comme une hérésie. Mais ce n'est pas vrai, le gage de la pérennité pour une tradition c'est de pouvoir être dépoussiérée. Un texte est sacré parce qu'il n'a pas fini de parler. C'est comme s'il nous appelait.
Une légende rabbinique très ancienne raconte que quand on se promène la nuit dans une bibliothèque, si on tend l'oreille on entendra les livres nous supplier «interprète-moi, interprète-moi». Et je trouve qu'ils appellent d'une façon un peu désespérée, nos livres, ces derniers temps.
Qui peut dire qu'il est fidèle à la tradition? Celui qui ne touche à rien ou celui qui, au contraire, par sa voix, va donner au texte des envolées nouvelles, le faire dire et vivre encore et encore? Pour moi, c'est paradoxalement quand je bouscule la tradition que j'y suis le plus fidèle, ou fidèlement infidèle.
QUELS ONT ÉTÉ VOS MAÎTRES? RACHID BENZINE, ON SAIT QUE VOUS AVEZ ÉTÉ L'ÉLÈVE DE MOHAMMED ARKOUN, ET QUE, PLUS RÉCEMMENT, LES TRAVAUX DE JACQUELINE CHABBI VOUS ONT BEAUCOUP INFLUENCÉ.
R. B. Ma dette à leur égard est énorme. Le premier, Mohammed Arkoun, m'a d'abord beaucoup apporté sur le plan épistémologique. L'exégète protestante Françoise Florentin-Smith m'a ensuite initié à l'approche sémiotique et comparative des religions. Puis, ma rencontre avec l'historienne médiéviste Jacqueline Chabbi a fait évoluer ma lecture du Coran. Elle m'a convaincu de l'importance de l'anthropologie et de la langue arabe comme véhicule de l'imaginaire tribal ancien. Grâce à elle, j'ai accédé à une nouvelle traduction du texte et à une nouvelle compréhension des concepts.
D. H. Je suis passée par des études de médecine et par le journalisme avant d'opérer un virage vers le rabbinat. Ces différentes maisons ont contribué à faire le rabbin que je suis. Ma chance a été d'être formée par des maîtres de sensibilités très différentes. J'ai d'abord grandi dans un monde orthodoxe. Haïm Korsia, qui est grand rabbin de France, était mon rabbin, et j'en suis restée très proche.
J'ai ensuite découvert le judaïsme progressiste aux Etats-Unis. Mes professeurs de l'Ecole rabbinique libérale m'ont beaucoup marquée. L'un d'eux, Michael Chernick, un rabbin orthodoxe (preuve que nous pouvons étudier ensemble, même si le dialogue intrareligieux est bien souvent plus violent encore que le dialogue interreligieux), m'a dit: «Dès que quelqu'un commence une phrase par “la Torah dit que… ”, interromps la conversation. Tu dois immédiatement demander: “la Torah interprétée par qui, à quelle époque, dans quel contexte?” Tu n'as pas ta place dans une conversation qui présuppose que la Loi juive parle de façon monolithique.»
Tous ces gens m'ont fait comprendre que la tradition peut parler par des voix multiples, et que c'est même sa richesse. A condition que ces voix fassent parler les textes pour la vie. Car ne dupons personne, nos textes peuvent aussi bien parler pour la mort. C'est pourquoi nous avons une grande responsabilité dans l'exégèse.
HANNAH ARENDT, JUIVE ET UNIVERSELLE
R. B. Notre lecture nous engage et engage les autres. A partir du moment où on fait une lecture qui exclut les autres, cela devient mortifère. Il faut être conscient que les religions sont des organismes vivants et que selon les moments, certaines tendances l'emportent sur d'autres. Ces quarante dernières années, le wahhabisme saoudien a fini par s'imposer comme orthodoxie en faisant une OPA sur les origines de l'islam. Pourtant, le salafisme wahhabite ne date que du XVIIIe siècle.
Un des grands problèmes, c'est que de nombreux musulmans, les jeunes notamment, méconnaissent la chronologie. Et à partir du moment où il n'y a plus de chronologie, il y a de l'idéologie. Le seul moyen de lutter contre les interprétations dévoyées de l'islam, c'est de remettre de l'histoire et de déconstruire les imaginaires, en montrant par exemple comment la question actuelle du martyre, qui emprunte plus aux kamikazes de l'Armée rouge japonaise des années 1970 qu'à la tradition sunnite, a été progressivement justifiée théologiquement.
L'ISLAM INCITE-T-IL AU MARTYRE ET AUX ATTENTATS-SUICIDES ?
Aux jeunes tourmentés par l'idée de la mort, il importe de rappeler que, dans la société tribale du VIIe siècle à laquelle le Coran se réfère, on est au contraire dans une logique de survie pour ne pas affaiblir son clan. DIRE, COMME LES DJIHADISTES, «NOTRE MORT EST PLUS IMPORTANTE QUE NOTRE VIE» REPRÉSENTE UNE RUPTURE D'IMAGINAIRE INÉDITE!
Mais ce travail de déconstruction est très compliqué à faire, quand le roman de l'islam - celui qui se propage à travers l'histoire mythique apologétique est considéré comme de l'histoire. Le simple fait d'expliquer que la tradition prophétique est née deux siècles après la mort du Prophète (632) passe pour du blasphème chez certains!
"LE MONDE NE SE RÉPARTIT PAS ENTRE LES CROYANTS ET LES INCROYANTS, MAIS ENTRE CEUX QUI TOLÈRENT LE DOUTE ET LES AUTRES."
D. H. Le paradoxe des fondamentalismes, c'est que le mouvement qui se réclame être le plus originel est souvent l'invention la plus récente. Beaucoup, aujourd'hui, considèrent les loubavitch comme un mouvement normatif d'une certaine orthodoxie juive, alors qu'il s'est développé relativement récemment.
A contrario, le sage Maïmonide est désormais considéré comme une autorité incontestée dans le monde orthodoxe alors qu'au XIIe siècle il était largement perçu comme un hérétique. C'est là que l'histoire est toujours utile pour rappeler que l'hérétique d'un temps devient étrangement la norme d'un autre. Il faut donc se poser la question de ce qui fait que, tout à coup, une mouvance a le vent en poupe.
L'histoire nous permet aussi de comprendre que nous sommes les produits de fertilisations étrangères. Et ce n'est pas du tout un hasard si tous les fondamentalistes ont un problème avec les femmes, puisqu'elles incarnent cette possibilité de fertilisation par l'autre, qu'eux voient comme une contamination, alors qu'elle est condition même de la vie. Et ça n'abîme ou ne profane en rien ma croyance de savoir que le judaïsme a emprunté à la Perse antique pour fêter Pourim ou que la Pâque juive s'est développée sous influence romaine; au contraire, ça l'enrichit.
LES FEMMES SONT DE PLUS EN PLUS NOMBREUSES À REVENDIQUER LE LEADERSHIP RELIGIEUX. DELPHINE HORVILLEUR, VOUS FAITES PARTIE DE CES RARES REPRÉSENTANTES DU JUDAÏSME À LA TÊTE D'UNE COMMUNAUTÉ EN FRANCE. DU CÔTÉ DE L'ISLAM, ON CONNAÎT DES FIGURES COMME AMINA WADUD, QUI AVAIT DIRIGÉ UNE PRIÈRE DU VENDREDI À NEW YORK EN 2005, OU, DÉSORMAIS, SHERIN KHANKAN, FEMME IMAM DE LA MOSQUÉE MARIAM, AU DANEMARK (1). EN QUOI CELA PEUT-IL CHANGER QUELQUE CHOSE D'AVOIR DES FEMMES QUI PRÊCHENT, QUI PARLENT, QUI DIRIGENT DES ASSEMBLÉES?
D. H. Je vais vous faire une réponse très juive: ça peut tout changer comme ça peut ne rien changer. Le fait qu'elles soient femmes n'est pas la garantie d'un renouveau dans la lecture ou d'une voix féministe. Les femmes sont parfois les pires gardiennes du temple. On le voit dans toutes les traditions. Les attaques les plus violentes m'ont d'ailleurs souvent été adressées par des femmes. Parce qu'il y a une remise en question du rôle imparti à chacun, de leur rôle d'épouse ou de mère, l'accès d'une des leurs à une fonction habituellement réservée aux hommes apparaît à certaines comme une violation de territoire ou une traîtrise.
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Mais tout peut être différent quand même, parce que les femmes peuvent avoir la capacité de questionner le texte, d'apporter l'expérience de l'outsider. Grâce à elles, un vrai discours d'altérité pourrait émerger. Leur présence permet à tous, y compris aux hommes, de parler et de faire parler les textes différemment. Dans l'étude, cela libère quelque chose qui restait éclipsé, qu'on pourrait nommer «le féminin du texte».
R. B. La dynamique est intéressante, mais la question est de savoir comment on va changer les mentalités pour que des femmes, en islam, soient acceptées en tant qu'imams après des siècles et des siècles d'exclusion.
Je déplore d'ailleurs que les nouvelles militantes musulmanes concentrent trop souvent leurs discours sur des questions liées au corps ou à la pudeur, et s'appuient sur une lecture du Coran et du hadith qui demeure en fait très littérale.
Or ce qui est en jeu ici, c'est un changement paradigmatique de société, c'est-à-dire la fin du patriarcat. Cette révolution est d'autant plus compliquée à opérer que, dans la plupart des sociétés musulmanes contemporaines, le dernier bastion qu'il reste aux religieux, c'est justement le droit familial.
D. H. Mais quel bastion! La question du corps des femmes et de son contrôle est la question la plus politique qui soit. Car à travers elle s'est toujours posée celle des frontières du groupe.
L'autonomie des femmes sur leur corps génère cette angoisse absolue d'une décomposition. Qui peut entrer dans le clan? Peut-on se laisser contaminer par l'autre?
(...)
DANS UN UNIVERS SÉCULARISÉ, SE REVENDIQUER CROYANT OU RELIGIEUX PARAÎT PARFOIS INCONGRU. COMMENT COMPOSEZ-VOUS AVEC CELA?
D. H. Il y a un regard parfois condescendant vis-à-vis des gens qui s'inscrivent dans un schéma religieux, comme s'ils étaient dans une forme de sous-développement qu'ils n'avaient pas réussi à dépasser pour atteindre la chapelle de l'athéisme. C'est vrai qu'il y a un malentendu, mais il faut le désamorcer.
Ma religiosité n'est pas un monde de certitude, c'est au contraire un monde où je refuse l'indiscutable; elle est remplie de doutes, de questionnements. En réalité, j'ai bien souvent l'impression d'être plus proche de quiconque doute que de tous les indubitables de la pensée. Pour moi, le monde ne se répartit pas entre les croyants et les incroyants, il se répartit entre ceux qui tolèrent le doute et ceux qui ne le tolèrent pas.
COMMENT ANALYSEZ-VOUS CETTE OBSESSION DE LA NORME QUI SE DÉVELOPPE CHEZ BEAUCOUP DE JEUNES FIDÈLES?
R. B. Elle correspond à des angoisses existentielles très fortes propres à notre temps. Certains prédicateurs racontent aux jeunes que s'ils ont des problèmes, c'est parce qu'ils ont abandonné Dieu. Ce qui se traduit automatiquement par une forme de culpabilité propice à transformer des gens en «surmusulmans», comme les appelle Fethi Benslama. Ils tombent dans le fétichisme, parce qu'il est plus facile de suivre des règles que de se responsabiliser. C'est le confort de l'idolâtrie. Je donne ma liberté à l'autre qui me dit quoi faire à travers des fatwas. Il y a à cet égard une «judaïsation de l'islam».
LE “SURMUSULMAN” ET LA MORT, PAR FETHI BENSLAMA
En regardant le judaïsme ultra-orthodoxe, on peut imaginer ce que va devenir l'islam majoritaire dans les prochaines années. Il y a même une «cacheroutisation» de l'islam, avec le développement phénoménal du halal, qui est le produit de la rencontre du marché capitaliste mondial avec des formes fondamentalistes de la religion - ce qu'a très bien montré Florence Bergeaud-Blackler (2). La norme «salaf» est ainsi en train de déborder l'espace salafiste.
Désormais, on trouve aussi des cadres de la classe moyenne qui ne sont pas salafistes mais qui ont intégré ces normes, parce qu'à partir du moment où vous trouvez du halal et du non-halal dans les supermarchés, ne pas le prendre crée une culpabilité.
UNE «JUDAÏSATION DE L'ISLAM», ÇA NE VOUS FAIT PAS BONDIR, DELPHINE HORVILLEUR?
R. B. Mais je parle aussi de la «christianisation de l'islam» pour décrire la sacralisation de la figure du Prophète par exemple.
D. H. C'est jamais de ta faute, quoi! ( rires) Mais justement, en t'entendant parler, je me demandais si tu allais plus énerver les juifs orthodoxes ou les salafistes influencés par le judaïsme…
JUIFS ET MUSULMANS EN ALGÉRIE: 14 SIÈCLES ENSEMBLE, POUR LE MEILLEUR ET POUR LE PIRE
R. B. Sans doute les salafistes. Et pourtant beaucoup de hadiths sont liés à la tradition rabbinique!
D. H. Seulement, la cacherout ne devrait pas être comprise dans cette radicalité non plus. Léon Askhenazi, un intellectuel juif du XXe siècle, surnommé Manitou, a dit: «Prends garde à ce que la cacherout ne te cache pas la route.» Quand le rite devient la seule obsession, une fin en soi et non un chemin, on risque alors d'appauvrir considérablement son voyage spirituel.

Propos recueillis par Marie Lemonnier
Des mille et une façons d'être juif ou musulman,
par Delphine Horvilleur et Rachid Benzine,
avec le concours de Jean-Louis Schlegel,
Seuil, 256 p., 19 euros.
(1) Sherin Khankan publie aujourd'hui «La femme est l'avenir de l'islam», Stock.
(2) «Le Marché halal ou l'invention d'une tradition», Seuil.
BIOS EXPRESS
Delphine Horvilleur, 42 ans, est l'une des trois femmes rabbins de France, et membre du Mouvement juif libéral (MJLF). Elle dirige la revue de pensée juive «Tenou'a». Elle est l'auteur des essais «En tenue d'Eve. Féminin, pudeur et judaïsme» (2013) et «Comment les rabbins font des enfants» (Grasset, 2015).
Rachid Benzine, 46 ans, est islamologue, chercheur associé au Fonds Ricœur (Faculté de théologie protestante de Paris). Il est l'auteur de «Nous avons tant de choses à nous dire» (1998) avec le père Christian Delorme, «les Nouveaux Penseurs de l'islam» (Albin Michel, 2004), et le roman «Nour, pourquoi n'ai-je rien vu venir?» (Seuil, 2016).
Paru dans "L'OBS" du 19 octobre 2017

'ER BESTAAN VEEL MISVERSTANDEN, BIJ MOSLIMS ÉN NIET-MOSLIMS'
Interview. Volgens Rachid Benzine kan historische kennis over Koran helpen bij deradicalisering
25 oktober 2017 00:00
'Ik praat niet over de hoofddoek, wel over het belang van kledij in de zevende eeuw. Mannen bedekten toen ook hun gezicht tegen het zand en de wind.' Zo doet de Franse islamoloog Rachid Benzine (46) dat dus, vechten tegen radicalisering. 'Ik vermenselijk de islam. Zo wordt het een geloof van mensen.'



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