lundi 20 novembre 2017

L'exposition de caricatures de presse "Traits d'union" s'ouvre samedi à Molenbeek


 Jean Plantu, cartooniste du journal Le Monde et président de l'association Cartooning for Peace - © JOEL SAGET - AFP 

L'exposition "Traits d'union: Le vivre ensemble en dessins de presse" s'ouvre samedi au Château du Karreveld à Molenbeek-Saint-Jean. Elle y sera accessible gratuitement jusqu'au 30 novembre. L'exposition, conçue par Jean Plantu, cartooniste du journal Le Monde et président de l'association Cartooning for Peace, traite du vivre ensemble et de la liberté d'expression. "Aujourd'hui plus que jamais notre société est en pleine mutation: migrations, chocs culturels, nouvelles technologies, difficultés dans le langage interreligieux, sécurité, identité, pollution sonore et environnementale ne cessent de forger notre quotidien et suscitent le questionnement dans l'esprit de tout un chacun", estime Plantu. "Citoyens du monde, les dessinateurs de l'association internationale Cartooning for Peace proposent à travers 80 dessins, une relecture inédite du vivre ensemble". Les 80 dessins ont été sélectionnés avec une vingtaine de jeunes de l'atelier ciné-photos de la Maison des Cultures de Molenbeek-Saint-Jean. Ils sont l'oeuvre de Plantu et des dessinateurs belges Cécile Bertrand, Philippe Geluck, Pierre Kroll, mais aussi du caricaturiste syrien Hossam Al Saadi, réfugié politique en Belgique, de Michel Kichka, un des représentants les plus connus de la caricature israélienne, et de Nadia Khiari, créatrice du chat Willis from Tunis, né pour témoigner de la révolution de Jasmin.
Plantu à Molenbeek : "C’est un symbole"
H. G.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"JE FAIS UN DESSIN EN PENSANT QU’IL VEUT DIRE QUELQUE CHOSE ET FINALEMENT LES GENS NE LE COMPRENNENT PAS DE LA MÊME FAÇON." 

"Réaliser cette exposition à Molenbeek, c’est un symbole. Comme dans les dessins de presse, il n’y a que des symboles. Quand la bourgmestre Schepmans m’a demandé de faire des rencontres avec les jeunes de la commune, j’ai sauté sur l’occasion. Je fais déjà cela depuis 30 ans, un peu partout dans le monde", explique Jean Plantu.
Les jeunes de la commune furent les co-commissaires de l’exposition qui réunit des caricaturistes venus du monde entier. Ce sont les enfants qui ont choisi quels dessins avaient leur place et ceux qu’ils ne voulaient pas voir. "Je fais un dessin en pensant qu’il veut dire quelque chose et finalement les gens ne le comprennent pas de la même façon. C’est la même chose pour les enfants, ce qui veut dire quelque chose pour les adultes ne parlera pas spécialement aux jeunes".
Divisée en plusieurs thèmes, l’expo aborde les sujets de la solidarité, des stéréotypes, des migrants, de la liberté, de la pollution, ou encore du respect. Ce dernier concept-le respect- est un mot Sésame, le seul qui fasse sauter le verrou de l'inter, du transculturel.
Le second degré -et c'est tout le problème-a une place essentielle dans l'univers de la caricature. "Les gens doivent comprendre qu‘il y a du second degré dans tous les dessins de presse et que c’est cela qui les rend drôles. Ceux qui n’ont pas de second degré n’apprécient pas mes dessins", expliquait Philippe Geluck.
La première étape de la construction de l’exposition a été de démolir les préjugés qu’avaient les enfants. Autrement dit, ils ont effectué ensemble un travail nécessaire de déconstruction. "Pendant 6 mois, on a fait que cela. On a mis les jeunes dans des situations parfois difficiles pour eux mais qui leur ont permis de se rendre compte que les préjugés qu’ils avaient sur des communautés ou des religions étaient souvent faux", raconte une ancienne institutrice. L’ensemble de l’événement est d’ailleurs ponctué de capsules vidéo montrant les démarches des enfants tout au long de l’élaboration de l’exposition;
Plantu est un garçon, épatant. Comme Kroll, il est tout au service de son art. Ce qu'on sait moins et qu'on ne révèle pas volontiers, c'est qu'il se déplace dans Bruxelles avec six garde corps armés jusqu'aux dents. Apparemment, Kroll ne bénéficierait pas d'une telle protection rapprochée. 
Caricaturiste est devenu un métier à haut risque et c'est franchement insupportable de devoir le constater. Pire encore de devoir le vivre et l'assumer au quotidien. C'est dire si l'esprit critique est devenu un sport de combat dans nos sociétés gangrenées par le poison salafiste.  Et tant pis si François Hollande et Charles Michel sont venus récupérer l'événement, cela lui donne une belle résonnance médiatique. Il ne manquait en somme qu' Elio pour la photo de famille.
Les caricaturistes sont désormais en  première ligne car tout le monde comprend (ou croit comprendre) un dessin, même les analphabètes bornés et vindicatifs, brouillés avec le savoir, la démocratie et nos chères valeurs. "Les gens doivent comprendre qu‘il y a du second degré dans tous les dessins de presse et que c’est cela qui les rend drôles. Ceux qui n’ont pas de second degré n’apprécient pas mes dessins", expliquait Philippe Geluck.
Le second degré n'est certes pas à la portée de la, première voilée ou du premier salafiste barbu venu. Pardon de recourir à un double stéréotype pour la démonstration...
Il faut être lettré, attentif et éveillé pour découvrir dans le Coran, non pas une incitation au meurtre, à la mutilation ou à la violence, mais une "guidance éthique" qui prône le "Bel Agir" et la "voie de rectitude". Une telle lecture exige de l'ouverture d'esprit et de la maturité. Il y a du boulot en perspective, en particulier pour les  enseignants du pays dit d'accueil qui ont du mal à éradiquer le monopole des valeurs des pays d'origine de certains de leurs élèves. Ne constate-t-on pas que partout en Europe, l'islam radical mord de plus en plus sur l'islam dit modéré, surtout chez les jeunes?
Il ne s'agit pas de combattre les valeurs musulmanes mais de les harmoniser avec celles pratiquées en Belgique, en Europe pour construire et pratiquer non pas l'islam en Europe mais un islam européen, un islam d'Europe qui formerait les imams et les aumôniers musulmans  dans nos universités.
Première priorité pédagogique: combattre les stéréotypes: il y a du pain sur la planche à dessin/à desseins.  Plantu en est conscient, son ami Kroll aussi. Ils ont mis la main à la pâte à Molenbeek, capitale du stéréotype et fait franchir ainsi un pas décisif à la dynamique intercultutrelle.  C'est pour ça qu'on les aime tant et Gelück aussi.
Plantu raconte que très fréquemment, lors de ses déplacements auprès de jeunes dans des quartiers défavorisés, on lui dit: "Vos copains caricaturistes sont morts, c'est bien fait!". "Et bien, je préfère entendre des bêtises que d'entendre des balles siffler", a-t-il répliqué.
Décidé à réconcilier les gens et surtout les jeunes avec les médias traditionnels, Plantu a convié des collégiens de Molenbeek avec qui il débattait à assister à une conférence de rédaction du Monde en décembre. Bravo l'artiste.
MG


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