mercredi 29 novembre 2017

Macron reconnaît à nouveau les «crimes» de la colonisation 


Par   Le Figaro



LE SCAN POLITIQUE - Comme il l'avait fait lors de la campagne présidentielle, Emmanuel Macron a évoqué lors de son grand discours africain les «crimes» commis lors de la colonisation. Il se défend pour autant d'être dans la «repentance» ou le «déni».
Ce fût l'une des formules les plus remarquées de sa campagne présidentielle. En voyage à Alger, en février dernier, Emmanuel Macron avait qualifié la colonisation française de «crime contre l'humanité». «La colonisation fait partie de l'histoire française. C'est un crime, c'est un crime contre l'humanité, c'est une vraie barbarie. Et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant nos excuses à l'égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes». Une première pour un responsable politique de ce rang, a fortiori un futur président. À l'époque, cette déclaration avait été vivement critiquée par Marine Le Pen et François Fillon, qui dénonçaient la «repentance permanente» promue selon eux par le candidat.
Pour son premier discours «grand oral africain», ce mardi, à Ouagadougou, au Burkina Faso, Emmanuel Macron a repris son argumentation, en l'édulcorant au passage. Le chef de l'État s'est présenté comme le représentant d'une génération pour laquelle «les crimes de la colonisation européenne sont incontestables», tout en relevant qu'il y avait eu aussi «des grandes choses et des histoires heureuses» dans ce passé. «Notre responsabilité n'est pas de nous y enferrer, de rester dans ce passé, mais de vivre l'aventure pleine et entière de cette génération». «Ce n'est pas simplement un dialogue franco-africain que nous devons reconstruire ensemble, mais bien un projet entre nos deux continents, une relation nouvelle repensée à la bonne échelle» entre l'Afrique et l'Europe, a-t-il encore dit. «Je ne suis ni dans le déni, ni dans la repentance», a-t-il précisé, pour devancer les critiques qui pourraient lui être faites.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"NI DÉNI, NI REPENTANCE"

«La colonisation fait partie de l'histoire française. C'est un crime, c'est un crime contre l'humanité, c'est une vraie barbarie. Et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant nos excuses à l'égard de celles et ceux envers lesquels nous avons commis ces gestes»
Emmanuel Macron se présente comme le représentant d'une génération pour laquelle «les crimes de la colonisation européenne sont incontestables», tout en relevant qu'il y avait eu aussi «des grandes choses et des histoires heureuses» dans ce passé.
Wikipedia nous apprend que le terme repentance désigne la manifestation publique du sentiment personnel qu'est le repentir pour une faute que l'on affirme avoir commise ou que l'on assume à la place de ceux qui s'en sont rendus autrefois coupables et dont on demande le pardon.
En France, la repentance coloniale fait l'objet de débats au sujet de la colonisation de la France en Algérie.
L'AGENOUILLEMENT DE WILLY BRANDT À VARSOVIE eut lieu le 7 décembre 1970, jour de la signature de l'accord de Varsovie entre la République populaire de Pologne et la République fédérale d'Allemagne.
Willy Brandt s’agenouille devant le mémorial des morts du ghetto de Varsovie, ghetto où furent entassés 450 000 juifs et dont l'insurrection en 1943fut réprimée sauvagement par les Nazis. En faisant ce geste, le chancelier allemand demande pardon pour les crimes allemands de la Seconde Guerre mondiale. Mais l'objectif est également la reconnaissance de la frontière Oder-Neisse qui sépare depuis 1945 l'Allemagne (de l'Est) de la Pologne.  Le geste de Willy Brandt fut étonnant, très discuté en Allemagne mais contribua considérablement à son image et à celle de la République fédérale à l'étranger. Il reçut le prix Nobel de la paix en 1971 (une première pour un allemand depuis la guerre) pour cette action symbolique et plus généralement pour sa participation à l'Ostpolitik (une politique de rapprochement avec le bloc communiste très critiquée en Allemagne à l'époque mais qui déboucha sur la réunification allemande tant souhaitée par les Allemands).
En 1994, la lettre du pape Jean-Paul II faisant état d'un regret relatif à des actes commis dans le passé par des membres de l'Église et reconnus publiquement comme des fautes avec le recul de l'Histoire a donné au concept de repentance un sens nouveau.
D'un point de vue politique, une repentance publique peut ne pas être une repentance sincère (c'est-à-dire accompagné d'un repentir) mais une manoeuvre ou une simple recherche de paix en mettant fin à un conflit.
Les principaux points ayant fait l'objet de repentances à la demande du pape Jean-Paul II sont :l'affaire Galilée (1979-1981),l'attitude des chrétiens par rapport au judaïsme, notamment la culture anti judaïque développée par l'Église dans son histoire et pendant la Seconde Guerre mondiale. l'attitude des chrétiens par rapport aux autres religions.
Quelques-uns, autour du théologien Hans Küng, considèrent la repentance de l'an 2000 comme un geste médiatique qui n'a pas été suivi d'actes majeurs tendant à la concrétiser
Nicolas Sarkozy a souvent utilisé ce terme, au cours de la campagne de 2007.
Depuis le début du XXIe siècle, un débat existe autour du passé colonial de la France, et d'une éventuelle nécessité de repentance.
En mai 2008, le journaliste Ivan Rioufol écrit :« Faire reposer la colonisation et l'esclavage sur la seule responsabilité de la France, en taisant les siècles d'implantation musulmane en Espagne ou dans les Balkans et les traites humaines organisées par les Africains ou les Arabes (notamment contre les Blancs), est un procédé proche du lavage de cerveau. Cette maltraitance de l'histoire, destinée à satisfaire les nouvelles communautés, ne peut qu'aviver les ressentiments»
Le ministre des Affaires étrangères de l'époque Alain Juppé a réitéré sans ménagement la position française, à savoir que « le président de la République Nicolas Sarkozy a déjà pris position, indiquant le caractère injuste de la colonisation mais il n'est pas question que la France se lance dans la voie de la repentance ».
Yves Thréard (Le Figaro) écrit en novembre 2012 : « Comme tous les ans à la Toussaint, date qui marque le début en 1954 de la guerre d’indépendance, des officiels algériens ont exigé que la France fasse repentance pour la période coloniale. [...] Il y en a assez de cette mode de la repentance, de cette haine de soi, née dans les années 1990 et encouragée par Jacques Chirac. Cette tendance nationale à l’auto flagellation a conduit le parlement français à s’ériger en tribunal de l’histoire, et nos responsables politiques, de droite comme de gauche, en redresseurs de torts du passé. »
Il est clair que  le discours africain de Macron va soulever une immense polémique qui est de nature à lui ramener du crédit à gauche et à en perdre à droite. A l'évidence le Président de la République prend un risque assorti d'un calcul: relancer la politique africaine de la France et infléchir de la sorte une politique européenne en Afrique dans le dessein de trouver une solution négociée au défi majeur de l'immigration sub-saharienne vers l'Europe. ». «Ce n'est pas simplement un dialogue franco-africain que nous devons reconstruire ensemble, mais bien un projet entre nos deux continents, une relation nouvelle repensée à la bonne échelle entre l'Afrique et l'Europe."
Décidément, ce garçon mérite sa réputation de chamboule tout.
MG



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