samedi 25 novembre 2017

PS: des idées pour convaincre et des démons à vaincre

BÉATRICE DELVAUX Le Soir

Ce dimanche, le parti tient un grand congrès pour conclure son « Chantier des idées ». L’objectif, entre autre : regagner la confiance des militants.


Réinventer la gauche ! Inutile de dire que ceux qui vont trouver la martingale pourront déposer un brevet. En France, en Allemagne ou en Italie, les socialistes éjectés du pouvoir, abîmés voire discrédités par leur participation à des gouvernements, sont en train de se creuser les méninges et de consulter large pour élaborer la bonne formule. C’est dire si ce qui va sortir des «  Chantiers des idées  » du PS belge, qui a longtemps mieux résisté que nombre de ses camarades aux assauts du capitalisme effréné puis au travail de sape et de séduction brutale des populistes, va être regardé de près. Même depuis la Flandre, où John Crombez, président du SP.A confessait le week-end dernier ses longues nuits sans dormir. Mais le PS francophone reste une machine, avec de solides pans pour le soutenir : la mutualité, les militants et même les syndicats qui boudent devraient, le moment venu, recoller au peloton pourvu que le parti leur (re)montre son flanc gauche.
Le « Chantier des idées » devrait produire les nouvelles lignes « rouges » des socialistes mais pas une révolution, faire le pari de la gauche mais raisonnable, proposer des utopies mais réalistes. Soit un mixe qui puisse à la fois servir à se refaire une popularité électorale via un programme de combat, tout en restant compatible avec d’autres partis pour former un gouvernement, le tout assis sur un durcissement de la norme morale qui en a pris un sacré coup les derniers mois.
Regauchiser, verdir et moraliser : c’est la potion que des textes solides – le PS reste une machine de guerre – devraient rendre incontournable pour des militants qu’il faut convaincre. Sera-ce suffisant ? Dans cette entreprise de reconquête, le PS va devoir vaincre quatre démons qui pèsent sur ses paroles, faute d’actes correctement posés au cours des mois écoulés :
1) la gouvernance – pas facile à présenter comme un axiome de parti, avec un Stéphane Moreau bien installé sur le trône si symbolique de Nethys, en forme de bras d’honneur au pouvoir et aux principes du parti ;
2) la colère – elle pousse des militants et d’autres vers un PTB qui capte les envies de renverser la table et d’oser la radicalité ;
3) les sujets difficiles – sur l’immigration pour l’instant, la N-VA semble avoir monopolisé les discours face à une opposition molle, singulièrement à gauche, qui semble avoir peur de « déplaire » à l’air identitaire et sécuritaire du temps ;
4) la tromperie – soit ce procès des promesses non tenues et des trahisons faites au PS au pouvoir. Ce dimanche et après, il va falloir que les militants croient à nouveau dans la pérennité des engagements, leur capacité à faire rêver et la détermination morale de ceux qui les promeuvent.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
REGAUCHISER, VERDIR ET MORALISER  REFONDATION OU REPLATRAGE?

"Le « Chantier des idées » devrait produire les nouvelles lignes « rouges » des socialistes mais pas une révolution, faire le pari de la gauche mais raisonnable, proposer des utopies mais réalistes."
"L’objectif est entre autre : regagner la confiance des militants."
Cela ne suffira pas. C'est surtout la confiance de la FGTB que le PS devra reconquérir et celle-ci penche de plus en plus vers le PTB.
On ne le répètera jamais asse: c'est la FGTB qui fait la pluie et le beau temps en Wallonie. Nombreux sont les "efgtébistes" qui ont récemment adhéré au PTB. De plus, Thierry Bodson, qui endosserait volontiers les habits régionalistes de feu André Renard, rêve d'une coalition PS/PTB/Ecolo, hypothèse que décortique Henri Goldman dans sa  carte blanche dans le Vif.
Les chantiers du PS ne sont que de l'esbroufe pour calmer les militants, de la poudre de perlimpinpin  comme dirait Macron.
"Regauchiser, verdir et moraliser",  refondation ou replâtrage?
Tout cela est évidemment à regarder dans la perspective des élections de 2018 (communales)/ 2019 (régionales).
Nous avons évoqué à plusieurs reprise l'importance de la bataille électorale d'Anvers; celle de Bruxelles ne sera pas non plus sans conséquence: Didier Reynders semble hésitant à monter au créneau pour conquérir le siège de Rudi Vervoort. Et voici que Défi se manifeste, se positionne et y va de sa carte blanche assortie de jeunes signatures pour rappeler ses thèse et de donner un coup de griffe à la presse flamande "prônant  tolérance zéro et une politique de  répression, la fusion des six zones police bruxelloises. "
Pour Défi, il est essentiel de "renforcer la police locale". De plus, "le défi du décrochage scolaire, social et de radicalisation. doit être abordé via l'aspect éducatif mais aussi à travers un projet d'encadrement des jeunes afin  de promouvoir une meilleure cohésion sociale à Bruxelles. Dont acte.
Bref la Belgique se prépare à vivre deux années électorales difficiles et déstabilisantes avec une N-VA qui renonce moins que jamais à en découdre avec un PS  décrédibilisé et très affaibli par les égarements de ses parvenus.
Il est clair que si l'on devait se réorienter vers une seconde coalition suédoise au fédéral (éventuellement avec le CDH), le cas échéant avec une coalition conduite par les libéraux à Bruxelles, une coalition rouge/vert en Wallonie en Wallonie, tout ceci équivaudrait, ispo facto, à un confédéralisme de fait. Il ne resterait alors à la N-VA  qu'instaurer un confédéralisme constitutionnel, prélude à la scission pour ne pas dire à la cessation du royaume de Belgique.
Et sinon?  Sinon nous irons sans doute vers le retour à un "pas de deux" MR/PS partout, au régional comme au fédéral avec alors une N-VA déchainée, radicalisée, carrément indépendantiste. Possible mais très peu probable, mais comme disait André Cools, en politique c'est souvent l'improbable qui s'impose.
En somme, tout cela est dans la, main du MR, un parti qui à l'évidence manque de gros bras et surtout d'une vision claire de ce qu'il veut.
Mais on aurait tort de faire l'économie d'une réflexion sur l'évolution des verts qui montent partout dans le pays et qui retrouveront des couleurs d'un vert vif quand le grand public commencera à prendre la vrai mesure du désastre climatique qui assurément nous menace. Politique fiction, spéculation gratuite?
Possiblement, mais on ne saurait se voiler la face. L'opposition de fond N-VA/PS est de plus en plus le pivot axial autour duquel tourne toute la dynamique politique (politique d'asile, désordres urbain, gestion de la police bruxelloise, dossier catalan et j'en passe) dans ce royaume de Belgique qui s'étiole. La N-VA a deux fers au feu: soit faire la démonstration que ce pays ne peut fonctionner car il  est composé de deux nations antinomiques; soit mettre le PS a genoux, le reléguer partout dans l'opposition pour imposer à la Belgique  tout entière sa vision hyper libérale, "petit bourgeoise" et sécuritaire dans la ligne de Charles Michel 1 et avec la complicité de ce dernier.
Ne pas le voir, ce serait faire l'autruche qui volontiersenfonce la tête dans le sable. De Gaulle pensait que les Français sont des veaux, les Belges  sont-ils des autruches?
MG


WALLONIE : UNE ALLIANCE PS-PTB-ECOLO EST-ELLE POSSIBLE ?
Henri Goldman
Henri Goldman rédacteur en chef de Politique, revue belge d'analyse et de débat in Le Vif
Donne politique inédite en Wallonie : son tout frais gouvernement de " centre-droit " serait, selon les sondages, très nettement minoritaire, tandis que les trois partis qu'on situe généralement à gauche - le PS, le PTB et Écolo - disposeraient ensemble d'une confortable majorité.


© Belga

Du coup, cette perspective donne des idées à la FGTB wallonne qui part en campagne pour qu'une telle majorité voie le jour après les élections de juin 2019. Pour Thierry Bodson, son secrétaire général, "les partis de gauche doivent s'entendre sur certaines priorités qui les rassemblent et arrêter de se focaliser sur ce qui les divise ", ajoutant que "si arithmétiquement c'est possible, les travailleurs ne comprendraient pas que ces trois partis ne s'entendent pas pour former une telle majorité."
L'argument est solide. Même si un gouvernement - a fortiori un gouvernement régional - ne dispose que d'un pouvoir limité face aux forces de la finance et aux contraintes européennes d'inspiration néolibérale, un gouvernement de gauche pourrait donner des impulsions très différentes qu'un gouvernement composé sur le modèle des précédents.
L'annonce d'une possible majorité parlementaire de gauche en Wallonie confirme cette région dans son statut d'exception européenne. Alors que, chez tous nos voisins, la gauche, toutes tendances additionnées, est en recul, la Wallonie affirme un tropisme progressiste qui ne se dément pas depuis au moins un demi-siècle. Ici, le recul historique de la social-démocratie gonfle les voiles de la gauche radicale et non celles de formations nationales-populistes qui prospèrent partout en Europe. Ici aussi, un parti écologiste qu'on ne peut soupçonner d'être à la botte des lobbies financiers maintient des scores à deux chiffres introuvables ailleurs.
Et pourtant, la proposition de la FGTB embarrasse tout le monde. Aucun des trois partis sollicités ne semble y accorder le moindre crédit. Au PS, l'alliance obligée par l'arithmétique électorale avec l'un ou l'autre parti situé plus à droite a toujours servi d'alibi confortable pour ne pas respecter son propre programme. Pour sa part, Écolo tient absolument à préserver sa "liberté politique" en ne s'enfermant pas dans un seul type de formule, pour ne pas perdre sa capacité de négocier avec un peu tout le monde. Quant au PTB, il perçoit cette offre comme un piège, car à ses yeux les conditions ne sont pas réunies pour qu'un tel gouvernement puisse mener des politiques substantiellement différentes de celles des précédents. En passant, on relèvera les arguments en miroir utilisés pour déconsidérer la proposition de la FGTB : pour Peter Mertens, le président du PTB, "le PS et Écolo n'ont encore jamais dit qu'ils étaient prêts à former un gouvernement qui voulait entrer en confrontation avec l'ensemble des dogmes libéraux de la Commission européenne" ; pour les deux autres partis, le PTB s'exclut lui-même en refusant par principe de participer à l'exercice du pouvoir. Fermez le ban ?
Ce serait dommage. Dans la mesure où un gouvernement wallon "vraiment de gauche", ce serait autre chose qu'un gouvernement wallon "vraiment de droite", ça vaudrait au moins le coup d'en tester la possibilité sans s'enfermer par avance dans des caricatures. Car des caricatures, il y en a. Décrire le PTB comme des vilains communistes, avec tout ce que ce terme est supposé charrier d'effrayant, ce n'est pas sérieux. Rien dans le programme de ce parti n'évoque la grève insurrectionnelle ou la dictature du prolétariat. Reprocher encore aujourd'hui à Écolo d'avoir, en 2013, avalisé le pacte budgétaire européen (TSCG) constitutionnalisant l'austérité néglige le fait que, entre-temps, la direction de ce parti a changé et que plusieurs de ses responsables actuels s'étaient à l'époque opposés à cette décision. Quant au PS, il est en ce moment dans une telle séquence de "football-panique" qu'il ne peut se permettre de faire campagne "comme si de rien n'était". Premier indice : les 123 propositions, devenues 170, issues de son "chantier des idées" sont la compilation de toutes les idées progressistes qui circulent. Le PS se déclare désormais "écosocialiste" comme Mélenchon, fait son autocritique sur la pénalisation des chômeurs mise en place par le gouvernement Di Rupo, parle d'abroger le TSCG et se prononce en faveur de la réduction collective du temps de travail avec embauche compensatoire et sans perte de salaire... Enfin, on trouve des militant·e·s des trois partis dans les mêmes syndicats et dans les mêmes associations de la société civile qui, toutes, espèrent un changement de cap politique et une rupture avec la tambouille sociale-libérale dans laquelle la "gauche de gouvernement" s'est beaucoup trop compromise.
Bref, de tous les côtés, les lignes bougent. Mais sans doute pas suffisamment pour qu'une discussion puisse aboutir à un protocole d'accord. Il y a trop de méfiance, héritée d'un passé proche, et trop de concurrence légitime induite par la compétition électorale qui s'annonce. Ce n'est pas une raison pour camper sur ses positions. Il n'y a pas d'obligation de résultat, mais il y a une obligation morale de débattre sans s'éviter devant le "peuple de gauche" qui n'a pas beaucoup d'occasions de se réjouir aujourd'hui. À 18 mois des échéances électorales, cela n'aurait aucun sens de bricoler un accord de gouvernement dans la coulisse. Ce qui est nécessaire aujourd'hui, c'est une confrontation ouverte et publique sur un agenda négocié. Quelle qu'en soit l'issue, cela sera au minimum un bel exercice de pédagogie politique. Pour le reste, rendez-vous en juin 2019.


EMEUTE À BRUXELLES : L'ÉDUCATION PLUTÔT QUE LE BÂTON
Le vif

La montée du sentiment d'insécurité ressenti en Belgique constitue un défi social, politique et institutionnel que nous nous devons de relever. Comment les pouvoirs publics peuvent-ils répondre à ce défi?


© Belga
Comprendre les craintes des citoyens, les mécanismes de l'insécurité, les facteurs qui les provoquent et qui poussent des jeunes à l'incivilité sont les éléments indispensables permettant de mesurer leur impact et de rechercher des solutions efficaces et durables. Cela relève de la responsabilité de chacun des acteurs de notre société.
Suite aux derniers débordements au centre-ville de Bruxelles, les partis de la majorité fédérale ainsi que l'ensemble de la presse flamande ont prôné la tolérance zéro en annonçant, notamment, la mise en place d'un plan d'action axé majoritairement sur la répression.
Bien que les violences physiques et verbales envers les forces de l'ordre et les entrepreneurs soient inacceptables et qu'elles méritent des sanctions à la hauteur des préjudices causés, il nous semble illusoire de croire que l'on résoudra ces problèmes uniquement à l'aide de moyens répressifs et d'une fusion des six zones police bruxelloises, comme si une telle fusion allait mieux répondre au défi social de Bruxelles.
Il est essentiel, selon nous, de garder et de renforcer la police locale dont les membres connaissent les spécificités des nombreux quartiers de Bruxelles. Ce n'est que de cette manière qu'un réel travail de prévention efficace tant en matière d'intégration, de sécurité et de lutte contre les incivilités pourra être accompli.
Malgré les propositions de tolérance zéro et d'une politique répressive plus stricte, la question essentielle reste sans réponse : comment donner aux jeunes ayant participé à ces débordements une réponse à leur mal-être, leur situation de précarité grandissante et d'échecs scolaire ?
Ce défi social bruxellois doit être abordé via l'aspect éducatif mais aussi à travers un projet d'encadrement des jeunes afin de leur offrir une réelle perspective d'avenir.
Or, force est de constater que là où ils vivent une partie de ces jeunes, les écoles sont sous financées et peuvent difficilement faire face aux situations de décrochage scolaire, de décrochage social et de radicalisation.
Au lieu de consacrer davantage des moyens à la répression, nous proposons d'affecter ceux-ci aux écoles sous financées, à la mise à disposition d'infrastructures sportives et d'espaces culturels, au soutien des associations de terrain qui accompagnent ces jeunes au jour le jour.
Ce n'est qu'à travers la mise en oeuvre de ces propositions que nous développerons une meilleure cohésion sociale à Bruxelles et que nous préviendrons ce type de débordements.
Il est indispensable de redonner du sens et des perspectives d'avenir à ces jeunes !
Deborah Lorenzino, présidente DéFI Jeunes
Nicolas Harmel, secrétaire politique DéFI Jeunes
 

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