lundi 18 décembre 2017

Autriche : l'extrême droite obtient trois ministères régaliens


• Par   Julien Licourt  Figaro
  

Un accord de gouvernement a été trouvé entre le Parti populaire (ÖVP, droite) et le Parti de la Liberté (FPÖ, extrême droite). Parmi les six portefeuilles que ce dernier va gérer, on trouve l'Intérieur, la Défense et les Affaires étrangères.
Douze ans après, l'extrême droite est de retour au gouvernement en Autriche. Samedi, le jeune leader de la droite autrichienne, Sebastian Kurz, vainqueur des dernières élections législatives, a conclu un accord avec l'extrême droite autrichienne afin de former un futur gouvernement. L'annonce de cette alliance a été faite sur le mont Kahlenberg qui domine Vienne. Un lieu où s'est déroulé, en 1683, la bataille qui a mis fin au siège de la ville par les Ottomans. Tout un symbole.
À la mi-octobre, l'ÖVP (Parti populaire, droite) était arrivée en tête des législatives. Mais avec 31,5% des voix, Sebastian Kurz, 31 ans, n'était pas en mesure de présenter un gouvernement composé de sa seule formation. Deux options s'offraient à lui: prolonger l'alliance, vieille de 10 ans, avec les socio-démocrates du SPÖ, arrivés en seconde position avec 27%, ou s'allier avec le parti d'extrême droite FPÖ, situé juste derrière avec 26%.
SIX MINISTÈRES, TROIS RÉGALIENS
On se doutait, compte tenu de sa campagne menée, très à droite, que Sebastian Kurz opterait pour cette dernière option. Sentant le vent tourner en sa faveur, Heinz-Christian Strache, le leader du FPÖ, avait alors fait monter les enchères, affirmant avant même le scrutin que le ministère de l'Intérieur était «une condition» et celui des Affaires étrangères, «une demande catégorique». La moisson aura finalement été encore plus grande puisqu'il obtient un troisième ministère régalien: la Défense. En tout, le parti d'extrême droite contrôlera 6 ministères et le poste de vice-chancelier sera issu de ses rangs.
À l'Intérieur, on retrouve donc une homme clé du FPÖ depuis une vingtaine d'années: Herbert Kickl. Jusqu'ici, il écrivait les discours du président du parti et était l'auteur de nombre de slogans chocs du FPÖ. Les Affaires étrangères reviennent à Karin Kneissl, spécialiste du Moyen-Orient diplômée à la fois de l'université de Georgetown aux États-Unis et de l'ENA française. Elle n'a pas la carte du FPÖ mais en aura l'étiquette. La Défense revient à un jeune cadre du parti, Mario Kunasek. Norbert Hofer, qui s'était incliné en 2016 au second tour de la présidentielle, s'occupera des Transports. Enfin, le patron du parti, Heinz-Christian Strache, devient vice-chancelier, également en charge de la Fonction publique et des Sports.

RÉORIENTER L'UE
Kunz et Strache ont d'ores et déjà annoncé qu'une sortie de l'Union européenne était «exclue». Ils ont en revanche plaidé pour d'avantage de «subsidiarité». Ils souhaitent redéfinir les domaines où l'UE doit avoir plus de force comme, selon eux, la maîtrise des frontières, et ceux où les États doivent retrouver plus de compétences.
Le nouveau gouvernement devrait officiellement entrer en fonction en début de semaine prochaine. Lors de la dernière participation du FPÖ au gouvernement autrichien, entre 2000 et 2005, les autres États européens avaient pris des mesures, symboliques, à l'encontre de l'Autriche. Cette fois, une telle réaction n'est sans doute pas à attendre de la part des membres de l'UE. Les temps ont changé.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
MONTÉE DES PÉRILS 

La France l'aura échappé belle en évitant une présidence de Le Pen. En revanche l'Autriche subit aujourd'hui  un retour brutal de l'extrême droite au pouvoir. Un vent mauvais souffle désormais sur l'Autriche, la Hongrie, la Tchéquie, la Pologne, bref l'ancienne  Mittel-Europa.  "It is not the first time the Freedom party has been in government. It was part of a coalition government between 2000 and 2005. There was uproar at the time among EU leaders, and bilateral diplomatic relations were frozen in protest. The response this time is likely to be more muted, given the increased support for other rightwing populist parties across Europe." (The Guardian)
L'Europe, y compris la France, le Pays-Bas et l'Allemagne  se trouve confrontée avec une puissante montée des partis non démocratique et anti immigrés. 
La prochaine vague d'immigration qui selon toute probabilité s'abattra sur l'Europe au printemps prochain risque de secouer l'Union Européenne, voire de la disloquer.
Il faudra alors plus que le volontarisme macronien pour éviter son implosion. On comprend pourquoi le jeune président de la République  française qui vient de fêter ses quarante ans au château de Chambord  se prépare à lancer une liste centriste paneuropéenne dans la ligne de  l’Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ALDE) présidée par Guy Verhofstadt.
Les élections européennes de 2019 seront à l'évidence les plus dangereuses  de l'histoire de l'Union européenne.
Coincée entre le puissant marteau russe et l'enclume américaine défaillante, l'Europe jouera son destin démocratique dans la décennie qui vient. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ce n'est pas gagné d'avance.
MG 


THE FREEDOM PARTY, WHICH IS ANTI-IMMIGRATION, WILL CONTROL THE FOREIGN, INTERIOR AND DEFENCE MINISTRIES AND OTHERS.
The Guardian 

Following meetings with Kurz and Strache, Van der Bellen said he’d been assured the new government would be pro-European. “In these talks among other things we agreed it is in the national interest of Austria to remain at the centre of a strong European Union and to actively participate in the future development of the European Union,” he said.
It is not the first time the Freedom party has been in government. It was part of a coalition government between 2000 and 2005. There was uproar at the time among EU leaders, and bilateral diplomatic relations were frozen in protest.
The response this time is likely to be more muted, given the increased support for other rightwing populist parties across Europe. Similar parties have not, however, had the same success. Marine Le Pen, the leader of France’s Front National, lost in May’s presidential election and the Dutch anti-immigration Freedom party of Geert Wilders was defeated.
Strache has moved to clean up the party’s image by suspending members for antisemitic behaviour, including a local councillor for a Nazi salute in October.
In his youth, Strache was detained at a torch-lit protest organised by a group imitating the Hitler Youth, which he now dismisses as “stupid”, but not everyone is convinced by the turnaround.
In September a group remembering Nazi camp victims published a list of what it said were at least 60 antisemitic and racist incidents involving FPO figures since 2013. “If they really changed their ideology, it is a question they can only answer themselves,” said analyst Alexandra Siegl. “I would say they changed their tactics and their strategies mainly.”
ACCORD ENTRE DROITE ET EXTRÊME DROITE EN AUTRICHE: HEINZ-CHRISTIAN STRACHE, LE PROCHE DES NÉONAZIS DEVENU FRÉQUENTABLE (PORTRAIT)
La Libre Belgique
AFP Publié le samedi 16 décembre 2017 à 17h06 - Mis à jour le samedi 16 décembre 2017 à 17h15

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INTERNATIONAL
Elle est loin l'époque où il portait le treillis pour se livrer à des exercices paramilitaires avec des néonazis : à 48 ans, l'ancien "jeune loup" de l'extrême droite autrichienne, Heinz-Christian Strache, s'apprête à enfiler l'habit de vice-chancelier après avoir soigneusement poli son image.
Lunettes, costume-cravate et mine grave : c'est avec les atours d'un homme d'Etat que ce technicien dentaire de formation aux yeux bleus, chef du Parti de la liberté d'Autriche (FPÖ), s'est présenté samedi matin sous les ors du palais de la Hofburg.
Aux côtés de son partenaire conservateur Sebastian Kurz, futur chancelier, il a présenté au président Alexander Van der Bellen le programme de gouvernement scellé la veille.
Un moment de satisfaction tout particulier face à un chef d'Etat écologiste libéral qui, il y a moins de deux ans, avait dit qu'il n'envisagerait pas, "en l'état", d'investir au gouvernement ce tribun au passé sulfureux.
Mais celui qui avait débordé son ex-mentor Jörg Haider sur sa droite il y a douze ans a abandonné les provocations et appris à montrer patte blanche.
Et au terme de deux mois de négociations menées "d'égal à égal" avec le jeune dirigeant conservateur Sebastian Kurz, vainqueur des législatives du 15 octobre, il savoure le moment.
"Arrivés troisièmes des élections, nous avons fait valoir bien plus de 50% de positions FPÖ" dans le programme de coalition, s'est-il félicité.
'SALONFÄHIG'
Satisfaction supplémentaire : malgré son scepticisme affiché envers l'UE et de récentes déclarations selon lesquelles "l'islam n'a pas sa place en Autriche", son entrée au gouvernement en compagnie de sa garde rapprochée ne provoque guère d'émotion en Europe.
"Il n'y aura pas de levée de boucliers massive comme en 2000", quand l'arrivée au pouvoir du FPÖ de M. Haider avait provoqué l'adoption de sanctions européennes contre Vienne, note le politologue Thomas Hofer.
Etre devenu "salonfähig" (fréquentable) n'est pas le moindre succès de ce Viennois issu de la "mouvance néonazie", relève la journaliste Nina Horaczek, qui lui a consacré une biographie.
Après avoir testé différents habillages politiques, jusqu'à présenter une candidate ultranationaliste à la présidentielle en 2010, M. Strache a en effet progressivement poli le discours de son parti, dont il a écarté les caciques les plus encombrants.
Pour Mme Horaczek, le dirigeant a compris qu'il devait "apparaître comme un homme d'Etat" pour imposer son parti dans les urnes.
La stratégie s'est avérée payante : après s'être hissé au second tour de la présidentielle en 2016, du jamais vu, le FPÖ a recueilli 26% aux dernières législatives, s'imposant comme un partenaire de choix pour M. Kurz.
JOUEUR D'ÉCHECS
Mais M. Strache et son parti n'ont, sur le fond, rien cédé sur leurs fondamentaux xénophobes et eurosceptiques, selon les analystes.
Les allusions régulières au risque d'"invasion de masse" et de "guerre civile" montrent "clairement qu'ils restent radicaux", relève Mme Horaczek. Pour Thomas Hofer, "l'adoption d'un ton modéré relève d'une simple tactique".
"Je jouais aux échecs avec mon grand-père", a reconnu M. Strache pendant sa campagne électorale, disant "toujours calculer plusieurs coups à l'avance".
En décrochant quatre portefeuilles-clés (vice-chancellerie, Intérieur, Défense, Affaires étrangères), le FPÖ réussit le grand roque : il passe de l'opposition aux ministères régaliens et gère désormais "tout le domaine de la sécurité", note M. Hofer.
Né le 12 juin 1969 à Vienne et élevé par sa mère, Heinz-Christian Strache prend le contrôle du FPÖ en 2005, à 35 ans, après avoir acculé Jörg Haider (qui mourra en 2008 dans un accident de voiture) à quitter le parti et à fonder l'éphémère BZÖ.
Affaiblie par sa participation gouvernementale, la formation retrouve des couleurs sous l'impulsion de ce trentenaire habitué des boîtes de nuit et des réseaux sociaux, qui rajeunit son électorat.
Mais s'il a renoncé aux slogans ouvertement xénophobes, le FPÖ, un parti créé par d'anciens nazis, n'en reste pas moins "incurable", selon le Comité Mauthausen, une organisation de déportés.
La presse a ressorti des photos datant des années 1980 montrant M. Strache se livrant à des exercices paramilitaires avec des membres du groupuscule néonazi interdit Wiking Jugend. "J'étais stupide, jeune et naïf", a plaidé l'intéressé.
AFP




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