mardi 5 décembre 2017

Bientôt deux partis des Belges issus de l'immigration en Flandre et à Bruxelles?


Erik RaspoetJournaliste Knack in Le Vif 

Dyab Abou Jahjah et Ahmet Koç travaillent chacun de leur côté à un nouveau parti politique. Serreront-ils les rangs, ou leur rupture est-elle définitive ? 

Dyab Abou Jahjah et Ahmet Koç © Belga 

En mai dernier, Dyab Abou Jahjah et Ahmet Koç ont diffusé un message commun. En septembre, ils présenteraient un nouveau parti, axé sur les Belges issus de l'immigration. L'initiative des deux enfants terribles de la politique flamande a été abondamment commentée. Ces dernières années, le Belge libanais Abou Jahjah, fondateur de la Ligue arabe européenne, inspirateur du Movement X, s'est surtout fait remarquer pour ses opinions polémiques. Le conseiller provincial limbourgeois Ahmet Koç doit sa notoriété nationale à son exclusion du parti socialiste flamand suite à ses propos séditieux après le coup d'État avorté en Turquie.
Ahmet Koç travaille à une liste turque pour les élections communales du 10 octobre. Parallèlement, Dyab Abou Jahjah poursuit son mouvement politique - d'ailleurs de concert avec l'avocate gantoise Meryem Kaçar, ancienne sénatrice de Groen et tout comme Koç d'origine turque.
Y a-t-il de l'eau dans le gaz? Dyab Abu Jahjah ne veut pas parler de dispute ou de brouille. "Le fait est qu'il y a un mois que je n'ai plus parlé à Koç", dit-il. "Il faut lui demander pourquoi, moi je continue à travailler au projet". Meryem Kaçar est l'une des initiatrices", admet-il. "Mais je parle avec beaucoup de gens. Avec des personnes issues de l'immigration, mais aussi avec d'autres gens. Les Belges sont les bienvenus, s'ils soutiennent le programme et apportent une plus-value. Pas d'autochtones prétextes donc." Hormis Meryem Kaçar, on ne connaît pas les noms. "C'est trop tôt", déclare Abou Jahjah. "Nous souhaitons organiser une conférence de presse autour du 20 janvier. Ce n'est qu'à ce moment-là que nous dévoilerons le nom, et que nous présenterons le programme et la direction du parti".
Il est bref à propos de la rupture avec Koç. "Il est toujours le bienvenu, mais il faut qu'il soit sur notre longueur d'onde. Nous voulons évoluer vers un mouvement large pour tous ceux qui ne se sentent pas représentés au sein du paysage politique". Est-ce là que se trouve le grand écart ? Koç, champions des voix au sein de la communauté turco-limbourgeoise se focalise-t-il trop sur sa base ? Ou est-ce ailleurs que le bât blesse, comme nous l'apprend une source bien informée au sein de la communauté turque à Gand ? "Ils se sont disputés à propos du nom du président du parti", dit-il.
"C'est absurde", déclare Ahmet Koç. "Ni Dyab ni moi n'avons exigé le leadership. C'est aux membres d'élire le président pendant un congrès. Malheureusement, toutes les personnes autour de la table n'avaient pas toutes autant de maturité politique, d'où les discussions." Pourquoi n'a-t-il pas parlé à son colistier depuis un mois ? "Dyab souhaite surtout se concentrer sur Bruxelles. Cela rendait tout complexe, car lors des discussions entre Flamands et francophones, nous avons fini par devoir utiliser des textes en anglais."
"En plus, je trouvais que nous avions assez palabré. Je voulais prendre la route, rencontrer des gens. C'est ce que je fais maintenant, je parcours toute la Flandre à la recherche de soutien. Il y a beaucoup d'intérêt, y compris de la part de conseillers communaux, et même d'échevins", affirme Koç qui ne veut pas citer de noms. Tout comme Abou Jahjah, il ne souhaite pas miser exclusivement sur la communauté des migrants. "Fin janvier, nous avons organisé un congrès de lancement. J'ai déjà engagé un bureau de communication". Deux lancements pour deux nouveaux partis qui ciblent surtout, mais pas exclusivement les électeurs issus de l'immigration ? Koç espère fermer les rangs. "Il serait très bête de se présenter séparément à l'électeur", dit-il.
D'ici octobre, Koç espère soumettre des listes électorales à Gand, Anvers, Malines et dans les centres miniers limbourgeois Genk, Beringen, Heusden-Zolder, Houthalen-Helchteren et Maasmechelen. Ce sont exactement les villes où Abou Jahjah souhaite se déployer même s'il y ajoute Bruxelles Ville, Schaerbeek, Saint-Josse, Molenbeek, Anderlecht et Ixelles.
Il n'y aura pas de cartels avec des partis existants "en 2018", déclare Abou Jahjah. "Nous souhaitons établir la réputation du parti sous son propre nom. Et en plus, si c'est pour former un cartel avec un parti, autant devenir membre. Nous voulons faire entendre une nouvelle voix : à gauche de sp.a et Groen, à certains égards à droite du PTB". Abou Jahjah brandit des sondages qui légitiment un certain optimisme pour le 10 octobre. "Parmi les Belges issus de l'immigration, nous atteignons 40 à 50%. En Flandre, car à Bruxelles nous avons plus de concurrence, notamment de la part des baronnies PS. Pourtant, je suis d'avis que notre plus grand potentiel se trouve là. Les Bruxellois issus de l'immigration ne supportent plus non plus le clientélisme des partis traditionnels".


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"LES BRUXELLOIS ISSUS DE L'IMMIGRATION NE SUPPORTENT PLUS NON PLUS LE CLIENTÉLISME DES PARTIS TRADITIONNELS". 

Encore un paquet de voix perdues pour le PS, singulièrement à Bruxelles. On espère en tous cas que ce parti s'appellera autrement que "Islam". Dyab Abou Jahjah est assurément une pointure capable de manier le verbe du moins en néerlandais. "Le Premier ministre belge Guy Verhofstadt déclarait en 2002 sur base des informations dont il disposait, à la suite de manifestations qui ont dégénéré à Anvers après un crime raciste :  "Cette organisation est un danger pour notre société surtout parce qu'il ne veut pas créer une cohabitation pacifique entre les communautés religieuses dans notre pays. Il est très clair que l'on cherche par des confrontations, des provocations à créer des troubles dans la vie des quartiers."
"si Abou Jahjah est l'occasion de remettre sur le tapis la question des intégrations des immigrés, il y met aussi la question du nationalisme et du culturalisme comme catégorie fondatrice du politique » Félice Dassetto. Il est considéré par l'hebdomadaire flamand Knack comme étant le quatrième Belge allochtone le plus influent.
Sa démarche est foncièrement antipathique et s'inscrit en totale rupture avec toute volonté de  favoriser le "vivre ensemble".  
Il y a quelques chances que ce parti fasse des voix au niveau communal dès 2018. Pour le PS c'est carrément une menace.
MG 

DYAB ABOU JAHJAH, né à Hanin (Liban) le 24 juin 1971, est un militant politique belge d'origine libanaise, fondateur de la Ligue arabe européenne. (Wikipédia)

Son père, Khalil Abou Jahjah, est professeur à l'université libanaise de Saïda, spécialiste de la littérature arabe et titulaire de deux doctorats à l'université Saint-Joseph de Beyrouth. Il est musulman chiite. Sa mère, Nanette Younes, est une institutrice chrétienne maronite. Dyab Abou Jahjah est né au Liban sud, dans une ville proche de la frontière libano-israélienne. Après des études de droit à l'université de Saïda, Dyab Abou Jahjah s'engage dans un mouvement armé en lutte contre Israël, le Hezbollah1.

FONDATEUR DE LA LIGUE ARABE EUROPÉENNE
Abou Jahjah est arrivé clandestinement en Belgique où il a demandé et obtenu l’asile politique en invoquant des persécutions par le Hezbollah. Abou Jahjah a admis par la suite que cela n’avait jamais été le cas. Son mariage en 1994 (suivi d’un divorce dans la même année) a eu comme seul but d'obtenir la nationalité belge2.
Il fonde une association politique nationaliste arabe, la Ligue arabe européenne, qui prend comme modèles les mouvements noirs américains du type Black Power des années 1960. Il est décrit dans un article du New York Times de 2003 comme « This is the man known as Belgium's Malcolm X »3. Dans une interview au magazine américain Time en 2002 il déclare qu'il n'est pas anti-américain, qu'en fait il admire les lois antidiscriminatoires en Amérique: « Les lois raciales d'Amérique sont plus avancées qu'ici. J'ai des membres de ma famille à Détroit et ils sont arabes-américains mais ils se sentent américains. JE NE ME SENS PAS EUROPÉEN. L'Europe a besoin de rendre son concept de citoyenneté inclusif de toutes les cultures et religions. Je suis un musulman pratiquant mais je ne suis pas un monstre. Je ne suis pas un fondamentaliste. »4.
Le Premier ministre belge Guy Verhofstadt déclare en 2002 sur base des informations dont il dispose, à la suite de manifestations qui ont dégénéré à Anvers après un crime raciste : « Cette organisation est un danger pour notre société surtout parce qu'il ne veut pas créer une cohabitation pacifique entre les communautés religieuses dans notre pays. Il est très clair que l'on cherche par des confrontations, des provocations à créer des troubles dans la vie des quartiers. »5. Cinq ans plus tard, Abou Jahjah et un autre responsable de la LAE sont condamnés à un an de prison pour incitation à des actes de violence, mais l'année suivante ils sont acquittés en appel6,7.
Le professeur de sociologie des religions Felice Dassetto, spécialiste de l'islam en Belgique, écrivait fin 2002: « on peut se demander si Abou Jahjah et ses amis ne sont pas de bons enfants de Flandre (qui parlent d'ailleurs correctement le français, comme pas mal de jeunes d'origine marocaine de Flandre). Ils sont enfants du nationalisme flamand, qu'il soit légitime et orthodoxe, ou qu'il soit illégitime comme celui du Vlaamse Blok. À ce nationalisme-là (légitime ou illégitime), ils en opposent un autre, arabe (ou arabo-musulman). À l'ethnisme flamand, un autre, arabe également. (...) à Borgerhout comme en Flandre, l'identité flamande aime aussi séparer, n'aime pas non plus ce café au lait qu'est la Belgique. Sa seule catégorie est la séparation, la différenciation, l'identification claire du lait et du café. Des jeunes flamands arabes prennent l'idée de la séparation à leur compte. Ils ne font que prendre au sérieux leur être flamand. (...) si Abou Jahjah est l'occasion de remettre sur le tapis la question des intégrations des immigrés, il y met aussi la question du nationalisme et du culturalisme comme catégorie fondatrice du politique »8.
initiateur de la liste resist et du parti démocratique musulman
L'AEL d'Abou Jahjah participe aux élections législatives fédérales de 2003 sur une liste RESIST, commune avec le Parti du travail de Belgique (PTB), une organisation marxiste-léniniste prochinoise, mais cette liste aboutit à un échec électoral (0,43 % dans la circonscription flamande au Sénat), même par comparaison aux scores habituels du PTB (0,62 % en 1999 pour la même circonscription). Aux élections régionales flamandes de 2004, l'AEL présente deux listes sous la dénomination Moslim Democratische Partij (MDP, Parti démocratique musulman) dans les circonscriptions d'Anvers et de Flandre-Orientale, elles obtiennent respectivement 0,27 % et 0,14 %.
Malgré ces résultats électoraux médiocres en juin 2004, le magazine américain Time le met encore en avant en février 2005 et en décembre 2005 comme un dirigeant politique musulman important9
En juillet 2006, Dyab Abou Jahjah part au Liban pour y apporter son soutien durant la guerre l'opposant à Israël. En septembre 2013, il annonce son retour en Belgique10.
Il a obtenu un MA en science politique à l'Université catholique de Louvain11.
RETOUR EN BELGIQUE
En septembre 2013 il rentre en Belgique en raison de la situation tendue au Liban. Certaines personnalités politiques s'émeuvent de son retour notamment André Gantman, président du groupe N-VA au conseil communal d’Anvers qui demanda à la ministre de la justice,  Annemie Turtelboom de procéder à son arrestation. Pour André Gantman, "Lors de son départ au Liban, Abou Jahjah avait indiqué qu’il comptait rejoindre le Hezbollah, une organisation terroriste. Abou Jahjah doit être arrêté afin d’être questionné sur ses activités au sein du Hezbollah. Je demande à la ministre de la Justice de faire usage de son droit d’injonction positive une fois qu’il foule le sol belge"12.
À partir de janvier 2014 il écrit une colonne hebdomadaire dans le quotidien flamand de référence De Standaard. Il est considéré par l'hebdomadaire flamand Knack comme étant le quatrième Belge allochtone le plus influent.
Pour l'islamologue Montasser Alde'emeh, Dyab Abou Jajah est une mauvaise publicité pour tous les musulmans. Selon lui, Dyab Abou Jajah incite les jeunes musulmans à se victimiser ce qui nuit gravement à leur réussite13.
En janvier 2017, Dyab Abou Jajah est licencié du journal De Standaard pour avoir estimé sur son blog qu’un attentat commis par un Palestinien contre un groupe de soldats israéliens, faisant quatre morts, ne pouvait être qualifié d’acte de terrorisme14. Trente intellectuels du Nord et du Sud du pays prennent alors sa défense dans une carte blanche publiée dans les journaux De Morgen15 et La Libre Belgique16.
En mars 2017, il lance un nouveau parti politique17 à Bruxelles, visant à garantir une égalité radicale à tous les Bruxellois, quel que soit leur genre, leur classe sociale, ou leur appartenance ethnique ou religieuse.
CITATIONS
Extrait d'une tribune publiée en ligne le 7 novembre 2001 à propos du 11 septembre, intitulée "Notre dommage collatéral, et le leur" :
« La plupart d'entre nous [les Arabes, que nous vivions à l'étranger ou dans notre pays] - sauf un petit pourcentage d'exceptions qui confirment la règle - ont ressenti ce jour-là quelque chose qui ne peut être décrit comme de la joie ou de la bonne humeur, mais plutôt comme un sentiment de douce revanche. Nous avions tous - à part cette petite minorité - une position de « on ne récolte que ce qu'on sème ». Voir des gens sauter par les fenêtres du WTC était une vision très dérangeante pour nous tous, nous nous sommes tous sentis mal pour ça, et désolés pour ces gens. Ce sentiment de tristesse était également très présent à chaque fois qu'on essayait de penser à comment ça avait dû être pour les pauvres passagers de ces avions.». Mais il ajoute que « maintenant, deux mois après les événements de septembre, on voit les choses plus clairement. C'est terrible comment des criminels, par leur actes, créent le malheur de tellement de gens, gens de leur propre peuple et ennemis présumés. Comment la violence produit plus de violence, qui elle-même produit encore plus de violence18. »



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