vendredi 15 décembre 2017

CHARLOTTESVILLE AND THE CONTROVERSIAL PAST IN BELGIUMCHARLOTTESVILLE ET LE PASSÉ CONTROVERSÉ EN BELGIQUE | Charlottesville und die umstrittene Vergangenheit in Belgien


BY KESTELOOT, CHANTAL ON DECEMBER 14, 2017 


Les 11 et 12 août 2017, l’extrême droite américaine s’est donné rendez-vous à Charlottesville en Virginie pour protester contre l’intention de la municipalité de déboulonner la statue de Robert E. Lee, un général sécessionniste américain. Le 12 août 2017, un homme au volant de son véhicule fonce sur un groupe de contre-manifestants antiracistes. Une femme décède des suites de cet acte de violence. Effet de l’été ou d’une actualité en sommeil, quelques jours plus tard, la presse belge s’empare du sujet et revient sur la question des monuments et de quelques noms de rues controversés.
Transfert culturel et/ou débat de fond?
La question qui rebondit est celle de la place du passé dans l’espace public. Dans quelle mesure les choix formulés il y a plusieurs décennies doivent-ils continuer à déterminer notre cadre de vie? Si le regard de la société civile par rapport à certains faits du passé a évolué, comment traduire cette évolution dans l’espace public? Y a-t-il des décisions légitimes et quelles sont les instances chargées de les prendre? Deux enjeux essentiels focalisent périodiquement les débats en Belgique: la question de la mémoire coloniale et celle de la collaboration durant la Seconde Guerre mondiale.
LÉOPOLD II ET L’HÉRITAGE COLONIAL
La place du passé colonial dans l’espace public n’est pas neuve. Elle a déjà rebondi à diverses reprises. En décembre 2015, une polémique avait éclaté alors que la Ville de Bruxelles avait annoncé son intention de rendre hommage au deuxième roi des Belges à l’occasion du 150e anniversaire de son intronisation. Devant la levée de boucliers suscitée par le projet, la Ville y avait finalement renoncé mais diverses associations avaient néanmoins saisi l’occasion pour badigeonner la statue du roi de peinture rouge pour dénoncer les exactions commises durant l’époque coloniale.[1] Le débat ne se limite d’ailleurs pas à la statue emblématique de la place du trône à Bruxelles. Le Musée royal d’Afrique centrale – par ailleurs créé par Léopold II et actuellement en pleine transformation – reçoit périodiquement des demandes de communes désirant voir retirer de leur champ visuel les statues de Léopold II; une option qui ne cadre pas avec la politique du musée qui rouvrira ses portes en 2018.[2]
Dans la foulée des événements de Charlottesville, dès le 16 août, la question était à nouveau posée: combien de temps des statues se référant au passé colonial belge allaient-elles encore trôner dans l’espace public? N’est-il pas temps de le “décoloniser”? Si pour un certain nombre d’intervenants, les statues évoquant le passé colonial doivent être entreposées dans un musée, pour d’autres, il s’agit de les mettre en contexte, d’autres encore plaident pour un libre accès; y laisser des artistes réaliser des performances et des installations.[3] De toute évidence, la sensibilité est extrême tant au sein des associations qui invitent à “décoloniser” l’espace public que dans les milieux d’anciens coloniaux et de leurs descendants.
UNE COLLABORATION OCCULTÉE
Dans six communes (Lanaken, Zoersel, Marke, Puurs, Kapelle-op-den-Bos et Alveringen) existe une rue Cyriel Verschaeve ou, plutôt, une Cyriel Verschaevestraat (en fait, quatre rues, une avenue et une place) car toutes sont situées en Flandre. La dernière des attributions toponymiques – celle de Zoersel, date de 1981. A l’époque, une tentative de réaction contre cette attribution avait été menée mais sans succès.[4] Cyriel Verschaeve (1874-1949) n’est pas n’importe qui. Poète, prêtre; l’homme est avant tout un nationaliste flamand. Son engagement remonte à la Première Guerre mondiale où il rallie le courant antibelge radical. Dès les années trente, il adhère au national-socialisme et collabore activement avec l’occupant durant la Seconde Guerre mondiale. En fuite à la fin de la guerre, il est condamné à mort par contumace par l’Etat belge en 1946. Il décède en exil en Autriche, mais son corps est rapatrié clandestinement en Belgique par un groupuscule flamingant d’extrême droite.
Là aussi, dans la foulée des événements de Charlottesville, la réaction est immédiate. Dès le 17 août, l’un des principaux quotidiens du nord du pays, De Standaard, revient sur la question. La rédaction a pris contact avec les autorités locales des six communes concernées. Clairement, certains responsables locaux expriment leur gêne, d’autres ne veulent pas évoquer le passé, d’autres encore invoquent les difficultés administratives qui résulteraient d’un changement de nom. Seul le bourgmestre de l’une des communes semble clairement souhaiter la disparition de cette dénomination. Apparemment, les habitants des rues concernées ne souhaitent pas de changement. Pourtant, du côté des historiens, des voix se font clairement entendre en faveur d’un changement.
On peut s’interroger sur la cohérence des politiques publiques. Dès 1944, l’Etat belge avait mis en œuvre une politique de répression de la collaboration. Mais l’attribution des noms de rues reste une compétence locale. Du côté flamand, en 2002(!) une résolution du Parlement avait condamné la collaboration.[5] Comment dès lors expliquer cette frilosité des communes concernées sachant que l’attribution d’un nom de rue demeure en tout état de cause une forme d’hommage? Comment admettre un hommage à un condamné à mort par l’Etat belge? De toute évidence, au-delà des arguments administratifs, cette question renvoie au regard à tout le moins bienveillant qu’une partie de la société flamande a entretenu avec certaines formes de collaboration. Leur engagement a avant tout été considéré comme celui de brebis égarées en faveur de la Flandre. A la fin du conflit, les mêmes ont été considérées comme injustement et lourdement sanctionnées par un Etat belge soupçonné de vouloir se saisir de l’occasion pour discréditer le mouvement flamand dans son ensemble.
UN DÉBAT EN SUSPENS?
Septembre 2017. La rentrée des classes s’annonce. La question du passé dans l’espace public perd de son actualité. Pourtant, en coulisses, les enjeux et les sensibilités restent les mêmes. Le débat pourrait reprendre.[6] En 2018, le Musée royal d’Afrique centrale rouvrira ses portes avec une nouvelle présentation de l’histoire coloniale de la Belgique. Les élections locales se tiendront en octobre 2018, les élections générales au printemps 2019. En 2019-2020, on commémorera le 75e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale; en 2020, les 60 ans de l’indépendance du Congo. Bref, autant d’occasion de faire rebondir le débat… ou faudra-t-il encore attendre des controverses et des manifestations loin de nos frontières?
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Lectures supplémentaires
•Goegebeur, Anton and Ewoud Ceulemans. “Verwijzingen naar koloniaal verleden doen stof opwaaien: “foute” standbeelden wankelen op voetstuk”. De Morgen, 16.08.2017.
•Vannieuwenhuyze, Bram. “Haal ‘foute’ standbeelden en straatnamen niet van de straat”. De Morgen, 18.08.2017.
Resources sur le web
•Van Hassel, Marte. Het koloniale mo(nu)ment. Richting een hedendaags alternatief voor het Belgische koloniale erfgoed. Gent: Universitiet Gent Masterproef, vakgroep Kunst-, Muziek- en Theaterwetenschappen, 2016-2017. www.lib.universitiet.gent.be/hetkolonialemo(nu)ment (consulté le 11 Décembre 2017).
•www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre (consulté le 11 Décembre 2017).
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[1] Des faits similaires avaient déjà été commis en 2008 à Bruxelles. Les premières actions remontent, semble-t-il, à 2004 à Ostende. Sur cette question, voir Marte Van Hassel, Het koloniale mo(nu)ment. Richting een hedendaags alternatief voor het Belgische koloniale erfgoed (Gent: Universitiet Gent Masterproef, vakgroep Kunst-, Muziek- en Theaterwetenschappen, 2016-2017):www.lib.universitiet.gent.be/hetkolonialemo(nu)ment (Letzter Zugriff am 11.12.2017).
[2] Anton Goegebeur and Ewoud Ceulemans, “Verwijzingen naar koloniaal verleden doen stof opwaaien: ‘foute’ standbeelden wankelen op voetstuk,” De Morgen, 16.08.2017.
[3] Bram Vannieuwenhuyze, “Haal ‘foute’ standbeelden en straatnamen niet van de straat,” De Morgen, 18.08.2017: 26.
[4] Raymond Lemmens, “Verschaeve es een deel van ons verleden. Moeten we dat uitwissen?” De Standaard, 17.08.2017.
[5] Voir www.belgiumwwii.be/belgique-en-guerre (consulté le 11 Décembre 2017).
[6] Un appel en vue d’un grand débat sur le passé national belge avait été lancé dans la foulée des événements de Charlottesville. Voir Herman Van Goethem, “Waarom voeren we geen nationaal debat over monumenten,” De Morgen, 16.08.2017.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CES MONUMENTS QUI FONT DÉBAT 

Cet article solidement argumenté qu'un vent favorable nous a fait découvrir est interpellant et invite franchement à la réflexion.
Si le monument de Manneken Pis, celui de Peter Pan, le monument  au Pigeon Soldat ou celui du Forain à Anderlecht,  la statue de Gabrielle Petit, celle de madame Chapeau rue des moineaux ou la double statue de Egmont et de Horne ne posent pas  problème à la conscience politique du Bruxellois moyen, en revanche  cela devient déjà plus problématique pour le monument élevé à Godefroid de Bouillon place royale , le monument du travail de Constantin Meunier , celui consacré Fransesco Ferrer av Roosevelt, celui des Bienfaiteurs à Schaerbeek  et, de fait cela devient  tout à fait séditieux pour la statue de Léopold II à un jet de pierre du  Matongué bruxellois.
Faut il démanteler le palais de Justice,  Sainte Gudule? Et on ne parle pas du pavillon des passions qui exaspère les musulmans de la mosquée toute proche. Les monuments sont rarement innocents. "Geschiedenis raakt de kern van wie we zijn, of willen zijn. Monumentenoorlogen zijn van alle tijden. Het gaat telkens over mens en samenleving..."
Tous ces monuments agissent subvertissement sur l'inconscient collectif. Ils modèlent notre perception du réel, notre perception de la ville. Stadtluft macht frei. Tiens prenons l' exemple la place des Bienfaiteurs inaugurée le 14 juillet 1907. La commune de Schaerbeek a voulu rendre hommage aux bienfaiteurs de sa commune, parmi lesquels Jean-Joseph Caroly, avocat, qui avait légué à la commune une somme de 500 000 francs pour la construction d'un hospice. Qui s'en souvient aujourd'hui? Personne bien évidemment. Et pourtant ce monument nous raconte une histoire. En haut de la place se trouve un monument-fontaine en hommage aux bienfaiteurs des pauvres de Schaerbeek, monument dessiné par Joseph Coosemans, artiste-peintre décédé trois ans avant l'inauguration, et réalisé par le sculpteur Godefroid Devreese.
Le monument lui-même figure une allégorie de la Charité protégeant les orphelins. Au centre du bassin figure une femme allongée contemplant un écusson représentant un arbre fruitier, rappelant que Schaerbeek fut une commune de vergers.
Et quid du beau cratère en bronze de Godefroid De Vreese avenue Louis Bertrand qui représente une bacchanale très suggestive. Personne ne s'y arrête et heureusement les automobiliste vont trop vite que pour être distraits par ces délicieuses voluptés. Et pourtant ce monument (offert par Raoul Waroqué aux Schaerbeekois  pour les consoler de l'incendie de leur bel hôtel de ville ) fait sens. Il s'élève sur l'emplacement de l'ancienne église gothique Saint Servais rasée en 1905 (après une rude polémique) pour ouvrir la belle perspective de l'avenue Bertrand. On a retrouvé des statuettes de Bachus dieu du vin en fouillant le cimetière qui l'entourait (on peut les voir dans une vitrine de la maison des arts). C'est dire que la vieille église fut édifiée sur un ancien temple de Bachus, c'est dire  que l'on cultivait la vigne en haut de la rue des "coteaux". Ce n'est pas pour rien qu'il y a une grappe de raisin dans les armoiries de Saint-Josse.
No there are no such thing as innocent monuments.
La leçon de feu Raphaël Derwa reste valable Si tu veux comprendre ta ville parcours la à pied et ouvre les yeux de la mémoire. Il mérite sa statue au parc Josaphat celui-là.
MG

WAAROM VOEREN WE GEEN NATIONAAL DEBAT OVER MONUMENTEN?
- Herman Van Goethem. De Morgen.


  Herman Van Goethem © Universiteit Antwerpen

Herman Van Goethem is historicus en rector van de Universiteit Antwerpen.
Nationale geschiedenis is een hoeksteen in de opbouw van de collectieve identiteit. In onze ‘verbeelde gemeenschap’ belijden en onderhouden we eigen gemeenschappelijke waarden, verhalen, mythen en tradities. Vanuit ons mens- en maatschappijbeeld schuiven we feiten en gebeurtenissen naar voren die we ook op een bepaalde wijze duiden, terwijl we andere zaken minder relevant vinden en negeren.
Pas in de jaren 90 werd in Vlaanderen algemeen erkend dat de politieke collaboratie met de nazi’s een zware fout was. Toch zijn er hier en daar nog restanten
Geschiedenis raakt de kern van wie we zijn, of willen zijn. Monumentenoorlogen zijn van alle tijden. Het gaat telkens over mens en samenleving...

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