jeudi 21 décembre 2017

Coucke, le milliardaire aux deux visages


AMANDINE CLOOT LE SOIR

Sa fortune, il l’a construite sur pas grand-chose. Portrait d’un personnage aux deux visages : le fanfaron et l’homme d’affaires.

     

©PhotoNews


Marc Coucke n'a jamais manqué une rencontre de son équipe favorite. Petit, le garçon, originaire de Merelbelke, près de Gand, passe ses week-ends dans la ville côtière avec ses parents. Son père l’emmène voir les matchs. « Je suis supporter du KV depuis que j’ai cinq ans. J’adore ce club, je veux en faire quelque chose de grand », nous confiait-il il y a quelques mois. Et quand Coucke aime, Coucke achète, Coucke lifte à son image.
Le KVO, il se l’offre en 2013. Mercredi, il a créé la surprise en annonçant le rachat de 70 % du capital du Sporting d’Anderlecht, « où on le voyait souvent », dixit un agent.
En termes de symbole « belge », difficile de trouver mieux. En terme « d’ascension » finalement, non plus. Marc Coucke était un « bekende vlaming », roi des jeux télé et fan d’Ostende, il est aujourd’hui milliardaire, connu au Sud comme au Nord du pays, et bientôt, sûrement, à la tête du plus emblématique club de football belge.
LA NIAQUE
Sa fortune, car il faut commencer par-là – elle lui permet « ses investissements », diront certains, « ses achats compulsifs », diront d’autres, « sa soif de gloire », diront les mauvaises langues – il l’a construite sur pas grand-chose. L’histoire est connue mais elle vaut la peine d’être encore racontée, pour saisir l’ampleur du personnage, sa « niaque » surtout. A la sortie du service militaire, ce pharmacien fraîchement diplômé se lance dans le porte-à-porte. Avec un ami rencontré à l’armée, il parcourt la Belgique en voiture, le coffre rempli de bidons de shampoing mélangés à des parfums. C’était le tout début d’Omega Pharma, entreprise spécialisée dans les produits pharmaceutiques sans prescription, constituée en 1987. Coucke, scientifique certes mais « d’abord commercial », se saignera plus tard – « Je ne pourrais plus à mon âge m’endetter à ce niveau-là, il fallait être un peu fou » – afin de racheter les 50 % de parts que détient son associé, fera entrer sa société sur Euronext Bruxelles… Pour finalement vendre en 2014 « son bébé qu’il aime tant » à un groupe américain. Avec à la clé cette plus-value record qui vaudra au patron, le titre de milliardaire.
Et quelques polémiques aussi (on parle de « taxe coucke » à l’époque) en raison de l’absence d’impôts payés sur les 1,3 milliard encaissés… Coucke transformera le scandale en coup de comm’ de génie. Prenant dans les médias, une position « pro entrepreneur » et, dévoilant, son visage d’homme d’affaires, que l’on avait finalement peu vu jusqu’alors, derrière le farfelu, l’excentrique qui tourne des émissions de téléréalité en Flandre, qui tweete à tout va non sans humour, le dingue de sport.
LE CYCLISME, SES PREMIERS MILLIONS
Milieu dans lequel il n’a pas attendu d’être « vraiment très riche » pour investir. S’il est « fou » de foot, c’est le cyclisme qui lui prend ses premiers millions. En 2003, il arrive comme sponsor de l’équipe Quick Step pour la première fois avec la marque Davitamon, l’un des produits d’Omega Pharma. Passe chez Lotto. Et ainsi suite jusqu’à Etixx. De ses deux passions de gosse, il racontait au Soir (la question méritera d’être posée à nouveau) : « Le cyclisme, c’est une vraie stratégie. Le foot non. Etixx est une marque belge. J’ai l’ambition qu’elle devienne une marque internationale. Le football, c’est privé ».Pourtant, au LOSC, déjà, club lillois dont il a possédé 5 % jusqu’en 2016, il est pressenti pour prendre la relève du président Michel Seydoux. Aujourd’hui d’ailleurs, un agent, qui préfère rester anonyme, ne s’étonne pas de son arrivée à Anderlecht, « il avait besoin de quelque chose de plus grand qu’Ostende. Là-bas, il a fait tout ce qu’il y avait à faire. »
Toujours plus grand, toujours plus inattendu. Marc Coucke aurait très bien pu s’offrir une retraite peinarde à Merelbelke, bien au chaud sous ses billets, dans son château très bling-bling, avec sa femme et ses jumelles. Il aurait très bien pu également se concentrer sur ses participations sportives. Très peu pour lui. A la place, il promet à la Belgique en 2015, caméras et nombreuses interviews à l’appui, d’investir la moitié de son pactole dans l’économie réelle du pays. Alychlo, holding dont l’intitulé est né de la contraction des prénoms de ses deux filles chéries, lui servira de véhicule.
IMMOBILIER
Peu après cette sortie médiatique, il investit 75 millions d’euros dans le groupe immobilier ostendais de son ami, voire fils spirituel, Bart Versluys. Des immeubles de luxe sur la côte belge, voilà qui n’émeut pas grand monde. Mais suivent rapidement Mithra, la pharma liégeoise et, puis, bien sûr, Pairi Daiza. « J’étais déjà dans la fondation d’Eric Domb, vous savez », explique-t-il après sa prise de participation. « On cherche un vaccin pour soigner les bébés éléphants, c’est fantastique non ? C’est pour des choses comme ça que je fais partie de ce projet. » Coucke, écolo, défenseur des animaux ? Et accessoirement sauveur de la Wallonie ? Jamais où on l’attend, en tout cas.
Et donc à Durbuy aussi. Pour les mêmes raisons qu’à Ostende, dit-il, « parce qu’il y a des souvenirs d’enfance, de vraies attaches ». Sur la plus petite ville du monde, l’homme lance une véritable OPA en 2016, non sans remuer ses habitants. Désormais, parcs d’attractions, restaurants et hôtels ne sont plus dans les mains des grandes familles du coin mais dans celles du « bekende vlaming ». Amoureux du surréaliste Marcel Duchamp, dont il possède « la plus grande collection », il ouvrira prochainement au coeur des Ardennes un musée d’art moderne dédié principalement à l’artiste. Pas vraiment le style du coin, mais il en faut plus pour gêner Marc Coucke.
A Ostende, le milliardaire chante sur la plage et dans les bars accompagné de l’équivalent du Grand Jojo flamand – le titre « Couckenbak » a fait près de 300.000 vues sur Youtube ! – et danse sur les tables une « pintje » à la main, entourés des VIP du KVO. Dans les loges d’Anderlecht, entre grands sponsors et donc grands patrons, pas sûr que le style « Coucke» passe comme une lettre à la poste. Mais à l’Union belge de football, dont il a fait partie du comité exécutif, on raconte qu’il déjà quitté la salle en claquant la porte et dans des colères folles. Avec Perrigo, l’Américaine qui a racheté Omega Pharma, l’histoire s’est finie devant un tribunal. Marc Coucke a deux visages : celui du fanfaron et celui de l’homme d’affaires. Le second sait exactement ce qu’il veut et fera tout ce qu’il faut pour y arriver.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES NOUVEAUX MÉCÈNES?

Rien à me mettre sous la dent en ce jeudi sombre de décembre.
Aujourd'hui à 16.28h le soleil s'arrêtera de descendre à l'horizon et, remontera tout doucement dans le ciel. Ceci est une bonne nouvelle, et il est utile de faire circuler des nouvelles positives, il y en a si peu.
Alors, braquons un  projecteur sur Marc Coucke le petit pharmacien flamand qui a "réussi" au delà de ce qu'on peut imaginer.
C'est quoi au juste réussir? Faire un maximum de blé et payer un minimum d'impôt pour s'offrir ensuite une ou plusieurs danseuses?
Autrefois les très riches jouaient volontiers les mécènes protecteurs des arts. Désormais les "sponsors"  soutiennent une personne, un organisme ou une action d'intérêt général, un club de foot, une équipe de cyclistes non pas dans un but philanthropique comme pour le mécénat, mais à des fins de notoriété commerciale.
En effet, ce nouveau mode de  « parrainage » se fait moyennant l'octroi en retour de contreparties comme la promotion des produits et services de l'entreprise sponsor, ainsi que sa notoriété et son image de marque.  C'est wikipédia qui le dit. "Marc Coucke a deux visages : celui du fanfaron et celui de l’homme d’affaires. Le second sait exactement ce qu’il veut et fera tout ce qu’il faut pour y arriver."
Je ne saurais dire pourquoi mais je perçois "quelque chose de Trump" chez ce fanfaron qui a réussi.
MG

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