samedi 9 décembre 2017

DE LA DEMCOCRATIE EN AMERIQUEPaul De Grauwe, Le Soir

     

La nouvelle loi fiscale votée aux Etats-Unis renforce les inégalités comme sous l’Ancien régime. La réduction de l’impôt sur les sociétés n’est pas une bonne nouvelle pour les pays européens. A moins que l’UE ne planche sérieusement sur l’établissement d’une Union fiscale.
Le Président Trump et le parti républicain ont atteint leur but: une redistribution massive des revenus en faveur des Américains les plus riches.
Pendant la campagne électorale, Trump avait promis qu’il drainerait le marais de Washington. Il arrêterait le pouvoir des lobbyistes. Après une année de Trump, le pouvoir des lobbyistes est plus grand que jamais. Les grandes entreprises et les super-riches ont tenu la plume des parlementaires et imposé une nouvelle loi fiscale qui leur sert richement au détriment de l’américain moyen. Bien que ce dernier bénéficiera d’une réduction limitée de l’impôt sur son revenu, celle-ci ne restera en vigueur que pendant quelques années. Il appartiendra ensuite au futur gouvernement de combler le déficit budgétaire. Celui-ci est estimé à 1,5 milliard de dollars étalés sur une période de 10 ans.
Il ne fait aucun doute que l’Américain moyen payera pour les cadeaux attribués aux super-riches. Déjà les membres républicains du Congrès annoncent qu’il ne reste plus d’argent pour les programmes sociaux tels que l’assurance maladie des pauvres (Medicaid), des personnes âgées (Medicare) et des enfants (Programme d’assurance maladie pour enfants). Cet argent disparaîtra dans les poches profondes des super-riches, qui, comme Trump, ne paieront plus de droits de succession, ce qui permettra de perpétuer, comme dans l’Ancien Régime, l’énorme inégalité des richesses en Amérique d’une génération à l’autre.
DE LA DÉMOCRATIE À LA PLOUTOCRATIE
Comment en est-on arrivé là? L’Amérique est passée d’une démocratie relativement efficace à une ploutocratie: un système politique où une petite couche des Américains les plus riches établit les lois qui consistent à augmenter leur richesse. Ceci est à son tour le résultat de l’énorme augmentation de l’inégalité en Amérique. Cela s’exprime par le fait que les 1% les plus riches ont plus de richesses que 90% de la population. Cela donne aux riches un pouvoir politique démesuré. Ce pouvoir a été considérablement augmenté par la Cour suprême américaine en 2010, quand celle-ci statua que les restrictions au soutien financier des politiciens sont inconstitutionnelles. Depuis lors, les membres du Congrès ne peuvent plus être élus sans le soutien financier des milliardaires, à moins qu’ils ne soient eux-mêmes très riches.
UNE INÉGALITÉ COMME SOUS L’ANCIEN RÉGIME
Je me suis mis à relire les derniers jours le livre magistral de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique. Cet aristocrate français voyagea en Amérique après la restauration de la monarchie en France pour enquêter sur les conséquences de l’égalité sur le système politique. Il en vint à la conclusion que le grand degré d’égalité qui à l’époque régnait en Amérique avait rendu possible que ce pays crée des institutions démocratiques fortes. En revanche, pour Tocqueville, il était certain que la grande inégalité qui, malgré la révolution, régnait toujours en France rendait la démocratie impossible dans ce pays. S’il retournait en Amérique aujourd’hui, il reformulerait sa conclusion: la grande inégalité en Amérique qui approche aujourd’hui celle de l’Ancien Régime, y rend la démocratie impossible.
DES SOCIÉTÉS TOUJOURS PLUS PUISSANTES
Quelle est l’implication pour nous? Je crains qu’elle soit négative. La nouvelle loi fiscale américaine (qui doit encore passer par la Commission jointe des deux chambres du Congres avant de venir définitive) réduit l’impôt sur les sociétés aux États-Unis de 35% à 20%. La pression politique des entreprises multinationales, en vue de réduire les impôts des sociétés, augmentera encore davantage en Europe et ailleurs. On s’imagine déjà les chantages renouvelés d’aller s’installer ailleurs s’ils n’obtiennent pas satisfaction. La spirale à la baisse des impôts sur les sociétés sera encore plus difficile à contenir. Un développement qui va à l’encontre du souhait de la majorité de la population.
On nous racontera que les entreprises investiront plus grâce à la baisse des impôts sur les sociétés. Cela profitera à la production et à l’emploi et générera les impôts additionnels qui financeront la réduction des tarifs.
Malheureusement, il y a peu de preuves scientifiques que la baisse de l’impôt des sociétés produit ces effets miraculeux. La raison est qu’elle engendre une dynamique d’augmentation des impôts sur le travail et une diminution des dépenses sociales qui devient nécessaire pour compenser la baisse de l’impôt des sociétés. Le résultat est: moins de pouvoir d’achat et moins de demande de biens et de services. Dans une telle dynamique, les entreprises n’auront que peu d’incitations à augmenter l’investissement. La manne fiscale sera distribuée aux actionnaires.
Afin d’éviter cette dynamique à la baisse il est crucial que l’Union européenne aille de l’avant dans l’intégration fiscale. En décidant ensemble des tarifs de l’impôt, les pays européens pourront mieux résister aux chantages des grandes entreprises internationales. Ces chantages ont jusqu’à aujourd’hui connu des succès parce qu’ils manipulaient et intensifiaient la concurrence entre les pays européens. Une union fiscale en Europe ferait la force.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DONALD TRUMP  PRESIDENT APOCALYPTIQUE ET "INSTIGATEUR SOURNOIS"
 Notre monde semble aller de plus en plus mal, au point qu'on en arrive à se demander si on est en 1912, en 1932 ou en 1786.
Je ne doute plus , pour ma part après pris connaissance de l'analyse décoiffante de Paul De Grauwe notre brillant économiste belge (Leuven) exilé à la prestigieuse London School of Economics. C'est clair: Trump conduit l'Amérique tout droit à la révolte, peut-être même à une révolution  style " 1789". "Pour Tocqueville, il était certain que la grande inégalité qui, malgré la révolution, régnait toujours en France rendait la démocratie impossible dans ce pays. S’il retournait en Amérique aujourd’hui, il reformulerait sa conclusion: la grande inégalité en Amérique qui approche aujourd’hui celle de l’Ancien Régime, y rend la démocratie impossible." (De Grauwe)
Donald Trump nous réserve non seulement une révolution mais vraisemblablement aussi, dans la foulée, comme les Bush père et fils avant lui, la guerre.
"S’arranger avec les écritures saintes ? Passer un compromis avec l’Eternel ou avec Allah ? Ce grand retour du spirituel dans la politique internationale porte un nom, commun aux deux univers : la guerre" (Laurent Joffrin in Libé)
Ce président est redoutable.  Avec lui, "L’Amérique est passée d’une démocratie relativement efficace à une ploutocratie: un système politique où une petite couche des Américains les plus riches établit les lois qui consistent à augmenter leur richesse."
Chers lecteurs de DiverCity, lisez attentivement  cet article pénétrant et tant pis s'il vous empêche  désormais de dormir. Il est grand temps d'ouvrir les yeux sur les desseins réels de Donald Trump. Ce président à l'apparence imprévisible dévoile petit à petit sa vision carrément apocalyptique de l'avenir:
"La tendance qui rapproche aujourd’hui les sionistes juifs des sionistes chrétiens, et que partagent et Trump et Netanyahu est que, si eux ne gagnent pas sur le "mal", c’est toute la civilisation occidentale qui périclitera." L'analyse  terrifiante de Sébastien Boussois dans la Libre Belgique mérite un arrêt sur image et une longue méditation:
"Ce coup de folie de Donald Trump, qui n’en est pas un, en décidant de déplacer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, révèle plusieurs faits concrets et mûrement réfléchis."
 "Donald Trump est dans la défiance permanente face au vieux système des relations internationales et des Nations Unies. "'
"Son idée de Jérusalem comme Capitale est une obsession américaine très ancienne"
"Il faut comprendre aujourd’hui le glissement religieux du monde : nous sommes, et Donald Trump le premier, dans une vision apocalyptique, millénariste et évangélique du monde."
"En reconnaissant Jérusalem comme la capitale d’Israël, Trump se réinscrit au cœur du combat mondial contre le mal, en l’occurrence les pays arabes, et reprend par la force le flambeau du contrôle du Moyen-Orient. C’est par la conviction de la destruction créatrice que Trump compte redessiner le monde, de l’Iran à la Corée du Nord, en passant par Israël."
"Lorsque l’on parle de risque de troisième guerre mondiale, il y en a que cela effraie, il y en a aussi pour qui c’est le seul salut de l’humanité qui permettra de renaître sur de meilleures bases purifiées."
Voici donc comment se dessinent peu à peu les contours de la politique intérieure et extérieure d'un président apocalyptique nommé Trump. L'homme se révèle au fil des semaines de plus en plus dangereusement prévisible.
Contrairement à son prédécesseur Barack Obama, ce président d'un genre nouveau est un réel danger pour la paix mondiale mais, paradoxalement,  une bénédiction pour l'Europe pour autant que celle-ci se ressaisisse et prenne quelque distance avec une Amérique trumpienne qui semble  vouloir renouer avec la ligne belliciste des Bush.
Emmanuel Macron ne s'en est pas caché: il rêve de réactiver la dynamique franco allemande pour relancer la construction européenne.  Et il n'hésite pas, à cette fin de faire pression sur l'européaniste Martin Schulz, (ancien Président du Parlement Européen et actuel  président de la SPD) pour qu'il se décide à former une nouvelle grande coalition avec le parti de Angela Merkel (CDU). Rien n'est joué encore mais rien de sérieux ne s'est jamais concrétisé en Europe sans une solide coopération franco allemande.
Il est grand temps de revoir notre logiciel d'appréciation de la politique internationale et  notre regard géopolitique sur l'évolution du monde.
Donald Trump, "maître d'illusion" (les fake news) , et  "instigateur sournois" (c'est le nom que donne le Coran à Stan/Iblis, l'esprit du mal) est en train de rebattre les cartes et de changer brutalement la donne, ce qui n'est pas sans danger pour notre avenir. Notre premier devoir n'est-il pas d'essayer de comprendre où ce président conduit l'Amérique et dans quelle aventure il est en train de précipiter la planète et on ne parle même pas ici de sa politique délétère d'environnement ?
MG
   


JÉRUSALEM: TRUMP FACE À L’AXE DU MAL

(OPINION)
La Libre Belgique

Une opinion de Sébastien Boussois, chercheur en sciences politiques (ULB-UQAM), spécialiste des questions israélo-palestiniennes.

A l’origine, le sionisme était un mouvement politique laïc. Il n’était nullement question, à part la création d’un foyer juif en Palestine, de donner une connotation religieuse à l’État Hébreu, voire de faire du nationalisme religieux le fer de lance de la politique du pays. C’est pourtant devenu le cas depuis près de quarante ans.
Les choses ont bien changé depuis 1947 et la fin du plan de partage de la Palestine prévu par les Nations Unies. Exit Jérusalem qui devait devenir une zone internationale avec ses lieux trois-fois-saints. Petit à petit, Israël a gagné du terrain au nom de sa sécurité, pour finir par "récupérer" en 1967 la partie jordanienne de la vieille ville qui devint avec le Mur occidental, le "quartier juif". Les soldats de Tsahal ne prêtaient désormais plus serment à Massada, forteresse dominant la vallée du Jourdain et lieu politique symbolique de la résistance juive contre l’envahisseur, mais au Mur dit des Lamentations, le plus haut lieu religieux du judaïsme.
SURTOUT PAS JÉRUSALEM CAPITALE !
Face aux résolutions des Nations Unies condamnant l’occupation de territoires palestiniens dont celle de Jérusalem, la communauté internationale avait fini pour une fois par être unanime : si l’on souhaitait voir à terme l’émergence d’un État palestinien, il ne fallait surtout pas faire de Jérusalem la capitale d’Israël, dans l’attente d’une résolution pacifique du conflit. Un État aujourd’hui déjà largement condamné par la colonisation des territoires en Cisjordanie et à Jérusalem-est, au-delà de la ligne verte du 5 juin 1967 (reconnue comme la meilleure frontière entre deux États israélien et palestinien).
Aujourd’hui, depuis l’échec des accords de Camp David en 2000, il n’y a plus de processus de paix. Le front le plus stable pour Israël depuis


DIEU EST-IL DIPLOMATE ?
Par Laurent Joffrin, Directeur de la publication de Libération
 


Vendredi matin sur France Inter. Nicolas Demorand interroge Aliza Bin-Noun, ambassadrice d’Israël en France, sur le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem décidé par Donald Trump. «Mais Jérusalem est notre capitale depuis trois mille ans !», s’écrie l’ambassadrice, femme fort aimable et compétente au demeurant. Ainsi donc, trois mille ans… C’est la tradition juive, en effet, très respectable comme tant de traditions. C’est écrit dans la Bible, aucun doute : l’Eternel offre aux Hébreux la Terre promise dont Jérusalem est la ville symbole. C’est là que l’incroyant prosaïque, tout de même, tique un peu. La Bible devient-elle pour les diplomates… parole d’Evangile ? Aliza Bin-Noun n’est pas la seule à professer ce genre d’idée. Si Donald Trump a pris sa décision, c’est aussi pour complaire aux branches les plus littéralistes du protestantisme américain, les Evangélistes notamment, persuadés que le soutien à Israël et la dévotion envers Jérusalem sont des conditions sine qua non de l’entrée au paradis.
Difficile, dira-t-on, de ne pas prendre en compte le facteur religieux quand on parle de Jérusalem. Certes. Mais la Bible est-elle vraiment un manuel de géopolitique contemporaine, un guide de diplomatie moderne ? Rappelons tout de même, sans jouer au rationaliste à front bas, que la Bible n’est pas un livre d’histoire. Les spécialistes, par exemple, Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, archéologues israéliens, considèrent que tous les événements rapportés dans la Bible antérieurs à 600 avant JC, comme la captivité en Egypte, l’exode, le retour vers Canaan, sont légendaires. Aucune trace archéologique ne vient les confirmer (c’est même plutôt le contraire). Jérusalem capitale depuis trois mille ans ? C'est une légende. Un quasi-consensus s’est établi chez les experts pour tenir ces passages de la Bible pour un texte politique écrit aux temps du royaume de Juda afin de conforter la monarchie en place, qui cherchait un récit mythique destiné à donner à leur régime une épaisseur historique, un peu comme la monarchie française avait fait remonter sa généalogie à Mérovée, roi de légende sont l’existence est tout sauf avérée.
Tous les peuples ont besoin de mythes. Mais les mythes sont-ils des repères légitimes pour organiser une politique raisonnable, ici et maintenant ? Il en va de même côté musulman. L’attachement à Jérusalem tient au «voyage nocturne» du Prophète, qui serait ensuite monté au ciel guidé par l’ange Gabriel. La vérité historique de cet épisode n’étant pas tout à fait établie, peut-on s’y fier pour discuter du statut de Jérusalem, autrement que pour évoquer une autre tradition, elle aussi respectable, mais d’une solidité factuelle un peu friable ? C’est là qu’on passe du scepticisme à l’inquiétude. Si la mystique tient lieu de politique, comme le suggère l’ambassadrice dans son cri du cœur, quelle est la place pour le compromis ? Peut-on négocier avec Dieu ? S’arranger avec les écritures saintes ? Passer un compromis avec l’Eternel ou avec Allah ? Ce grand retour du spirituel dans la politique internationale porte un nom, commun aux deux univers : la guerre


Aucun commentaire: