lundi 18 décembre 2017

L'Otan s'est élargie à l'est en dépit des promesses faites à Gorbatchev


Le Vif
Source: Belga
Des documents récemment déclassifiés révèlent que des dirigeants occidentaux - et non des moindres, comme le président américain George H.W. Bush et le secrétaire général de l'Otan de l'époque Manfred Wörner - avaient assuré au président soviétique Mikhaïl Gorbatchev, que l'Alliance atlantique ne s'élargirait pas à l'est au-delà de l'Allemagne de l'Est après la réunification allemande d'octobre 1990. 



Mikhail Gorbachev avec Ronald Reagan en 1986. © Reuters 

Deux chercheurs des "Washington University National Security Archives", Svetlana Savranskaja et Tom Blanton sont, en analysant ces documents, arrivés à la conclusion que "plusieurs dirigeants nationaux" s'opposaient en 1990 et 1991 à "une appartenance à l'Otan des pays d'Europe centrale et orientale".
Quant à M. Wörner, un ancien ministre allemand de la Défense, il considérait en 1990 cet engagement comme une "garantie de sécurité" donnée à l'Union soviétique en échange de son accord à la réunification des deux Allemagne - intervenue le 3 octobre de cette année.
M. Gorbatchev a toujours affirmé que l'URSS avait accepté la réunification en échange du non-élargissement de l'Otan vers l'est, une expression qui sous la plume du secrétaire d'Etat américain de l'époque James Baker, dans une lettre au chancelier allemand Helmut Kohl, était que l'Otan "ne bougerait pas d'un pouce" de sa position de l'époque.
Cette promesse n'a toutefois jamais été couchée par écrit, ce qui a valu par la suite au président soviétique d'être accusé d'avoir fait preuve d'une grande naïveté.
Et pourtant, révèlent les documents découverts par les deux chercheurs, de nombreux responsables occidentaux s'étaient montrés rassurants vis à vis des Soviétiques: MM. Bush et Kohl, mais aussi le ministre allemand des Affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher, le président français François Mitterrand, les Premiers ministres britanniques Margaret Thatcher et John Major ainsi que le directeur de la CIA, Robert Gates.
Ces archives provenant de Russie, de France, d'Allemagne, des Etats-Unis sont consultables sur le site http://nsarchive.gwu.edu.
L'élargissement de l'Otan a néanmoins eu lieu après une décision du président américain suivant, Bill Clinton, en 1994, qui a conduit à l'adhésion des pays de Visegrad (Pologne, Hongrie et la République tchèque cinq ans plus tard. La Bulgarie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie ont adhéré en 2004, l'Albanie et la Croatie en 2009 et la Macédoine en juin dernier).
Même le président russe Boris Eltsine - pourtant en bonne relations avec Washington - s'est plaint de cette extension. M. Eltsine, et plus tard aussi l'actuel chef de l'Etat russe Vladimir Poutine, ont affirmé qu'ils s'attendaient à un autre "geste" de l'Otan après la dissolution du Pacte de Varsovie, intervenue le 1er juillet 1991.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UN SCOOP? 

Il s'agit d'un scoop qui jette une lumière crue sur la politique d'élargissement de l'Otan. " M. Gorbatchev a toujours affirmé que l'URSS avait accepté la réunification en échange du non-élargissement de l'Otan vers l'est, une expression qui sous la plume du secrétaire d'Etat américain de l'époque James Baker, dans une lettre au chancelier allemand Helmut Kohl, était que l'Otan "ne bougerait pas d'un pouce" de sa position de l'époque."
  "L'élargissement de l'Otan a néanmoins eu lieu après une décision du président américain suivant, Bill Clinton, en 1994, qui a conduit à l'adhésion des pays de Visegrad (Pologne, Hongrie et la République tchèque cinq ans plus tard. La Bulgarie, l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie ont adhéré en 2004, l'Albanie et la Croatie en 2009 et la Macédoine en juin dernier)."
Tout Européen critique et lucide se doit d'intégrer ces deux phrases dans son logiciel d'interprétation des relations entre Moscou et l'Europe.  Pour De Gaulle qui connaissait son histoire, la Russie était pour la France un allié difficile mais un allié de toujours hormis l'épisode de l'invasion napoléonienne qui se termina par le désastre de la Bérézina. Après la chute du mur de Berlin et celle du rideau de fer, après la réunification de l'Allemagne, l'Otan a remplacé le Pacte de Varsovie dans les pays de Visegrad. C'était de bonne guerre certes mais cela a induit forcément une tension et un casus belli vis à vis de Moscou.
La tentative de Poutine de reprendre la Crimée et d'annexer une partie de l'Ukraine lui a valu une pluie de sanctions économiques qui mettent la Russie à genoux.  Les sanctions sont une initiative américaine relayée par l'Europe. Question: L'Europe a-t-elle intérêt à demeurer fâchée avec la Russie quand les Etats-Unis tournent le dos à leur responsabilité auto proclamée de gendarme du monde.
De Gaulle qui n'aimait beaucoup pas les Américains rêvait d'une Europe de l'atlantique à l'Oural . "Nul autre homme d’Etat n’a été autant fasciné par l’Histoire. Sa très sûre et immense connaissance du passé européen, de la culture de l’Europe et de ses mythes, et la relation intense entre la France et la Russie étaient chacune partie intégrante de son univers mental et de son imaginaire. Le général de Gaulle voyait la Russie comme cet «  allié de revers  » indispensable à sa sécurité, mais plus encore parce qu’elle participait à sa conception de l’équilibre de l’Europe et de la place de l’Europe dans le monde."
La politique franco-russe du Général s’est étendue sur trois décennies, marquées par des ruptures impressionnantes. C’est pourquoi son action et son expérience, considérées dans leur totalité, dans la durée et avec le recul du temps, constituent, au moment où la carte du monde se recompose et que le monde n’est plus exclusivement américain, un précieux apport à la réflexion géopolitique actuelle. ( Hélène Carrère d'Encausse)
Girard parle dans le Figaro de : «L'absurdité du divorce Europe-Russie». Il se pourrait fort bien que le très gaullien Emmanuel Macron qui n'a pas manqué de dire ses quatre vérités à Trump revienne à la vision du général De Gaulle dont la "Ostpolitik" tenait russe en trois mots: "détente, entente et coopération".
La Russie n'est-elle pas notre meilleur rempart -ou glacis si on préfère - contre l'irrésistible poussée chinoise?
MG


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