samedi 2 décembre 2017

Malika El Aroud, pionnière de la djihadosphère, déchue de sa nationalité belge


J.LA. La Libre Belgique

La France demande l'extradition de trois terroristes présumés belges
LA VEUVE DE L’ASSASSIN DU COMMANDANT MASSOUD A MANQUÉ "À SES DEVOIRS DE CITOYENNE BELGE". 


C’est une décision exceptionnelle qui a été rendue jeudi par la cour d’appel de Bruxelles. Celle-ci a décidé de déchoir de leur nationalité belge deux personnes condamnées pour terrorisme. Malika El Aroud, pionnière de la djihadosphère et veuve de l’assassin du commandant Massoud, n’est désormais plus que marocaine tandis que Bilal Soughir, qui avait recruté en 2005 Muriel Degauque, la première Occidentale kamikaze, n’est plus que tunisien.
Agée de 58 ans, Malika El Aroud a un parcours unique dans les annales du terrorisme. Elle a rejoint l’Afghanistan avec son mari qui, deux jours avant les attentats du 11 septembre, a commis l’attaque-suicide ayant coûté la vie au commandant Massoud. Elle a revendiqué l’acte de son mari à son procès où elle fut acquittée en 2003. Elle était devenue une icône dans les milieux djihadistes.
AUCUN REPENTIR
Elle s’est remariée avec un homme avec qui elle sera condamnée en Suisse pour avoir lancé un site glorifiant le djihad. De retour en Belgique, le couple a organisé une filière d’envoi de combattants en Afghanistan empruntée par sept personnes. Parmi ceux-ci, son mari, Moez Garsallaoui, qui sera abattu sur place par un drone. Arrêtée en 2008, elle a été condamnée à huit ans de prison, toujours défiante, s’excusant ainsi à son procès "auprès des porcs pour les avoir comparés à des soldats américains". Elle était libre depuis décembre dernier.
Bilal Soughir, 44 ans, avait été condamné à cinq ans de prison en 2008. La cour d’appel avait estimé qu’il était le chef d’une filière d’envoi de candidats au martyr en Irak. C’est celle-ci que Muriel Degauque avait empruntée en 2005 pour gagner l’Irak où elle avait perdu la vie dans un attentat-suicide.
Dans cette filière, c’est Bilal Soughir qui avait les contacts à l’étranger menant vers Moussab al-Zarqaoui, le Jordanien - lequel avait fait allégeance à Al-Qaïda et dont le groupe est considéré comme le précurseur de l’Etat islamique.
UNE PROCÉDURE TRÈS ENCADRÉE
Les procédures en déchéance de nationalité ne peuvent viser que les "nouveaux Belges" qui disposent d’une deuxième nationalité. Elle est une sanction civile prise par une cour d’appel. Deux motifs peuvent être invoqués. Le premier est d’avoir acquis frauduleusement la nationalité : cela peut être via de faux papiers ou en simulant un mariage. La seconde est d’avoir "manqué gravement à ses devoirs de citoyen belge".
C’est ce second motif qui a été retenu à charge de Malika El Aroud et de Bilal Soughir. Ils ont pu, le 26 octobre, avec leurs avocats, Mes Nicolas Cohen et Olivia Venet, répondre aux arguments développés par l’avocat général André Vandoren. Après en avoir délibéré, la cour d’appel de Bruxelles a rendu son arrêt jeudi.
Les arrêts de déchéance de nationalité sont extrêmement rares. Il n’y aurait eu qu’une dizaine de cas. Quatre seulement ont trait au "manque grave à ses devoirs de citoyen". A chaque fois, il a été question d’incompatibilité de l’islam radical avec la citoyenneté belge.
Trois décisions ont été prises à Bruxelles. Elles ont frappé le Tunisien Tarek Maaroufi, condamné à trois reprises pour terrorisme, le Marocain Abdelcrim El Hadouti, qui avait épaulé en 2001 Nizar Trabelsi dans la préparation d’une bombe qui devait exploser à la base militaire de Kleine-Brogel et le Tunisien Omar Sliti qui avait rejoint l’Afghanistan des Talibans en 2000. A Anvers, un Marocain, Mohamed R’ha, impliqué dans un réseau islamiste au Maroc, a également été déchu de sa nationalité belge.
Une autre procédure en déchéance de nationalité est toujours pendante à Anvers. Elle vise Fouad Belkacem, le leader charismatique de Sharia4Belgium.
J.La. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
MALIKA, NEÏLA, CAMELIA,PIERRE ET LES AUTRES 


Le portrait monstrueux de la désintégration progressive de Malika El Aroud peut en cacher un autre: celui d'une intégration fascinante, paradoxale  et réussie: celle de  de Neïla Salah  incarnée, "avec brio" par Camélia Jordana dans "brio" de Yvan Attal, un chef d'oeuvre de plaidoyer pour et par  le dialogue interculturel. Un film épatant à aller voir absolument et sans tarder seul, en groupe ou en famille.
Un grand moment de cinéma vérité.  Neïla Salah a grandi à Créteil et rêve de devenir avocate. Inscrite à la grande université parisienne d’Assas, elle se confronte dès le premier jour à Pierre Mazard, professeur connu pour ses provocations et ses dérapages. Pour se racheter une conduite, ce dernier accepte de préparer Neïla au prestigieux concours d’éloquence. A la fois cynique et exigeant, Pierre pourrait devenir le mentor dont elle a besoin… Encore faut-il qu’ils parviennent tous les deux à dépasser leurs préjugés. C'est absolument génial et désopilant. Pour vous en persuader, lisez la critique impressionnante de F.d.L.
C'est plus que Pygmalion revisité, My Fair Lady et Educating Rita. "Brio un film fort, atypique, important." A voir donc absolument.
MG
"LE BRIO DE YVAN ATTAL
Brillant ! Voilà un film dont, à priori, l'on n'attend rien qu'une sympathique comédie distrayante. Et qui se révèle un film fort, atypique, important.
Un Pygmalion improbable, éblouissant bateleur d'estrade à Assas, faculté de droit dont la réputation droitière est bien connue, jette son dévolu sur une Galatée issue de l'immigration. Daniel Auteuil et sa Fair Lady, Camélia Jordana, que rien n'aurait dû rapprocher, portent le film et le font avec une vigueur, un sens magnifique de l'interprétation de personnages riches et complexes.
Mais il n'y a pas que cette confrontation de générations, de culture, il y a aussi le récit par petites touches finement décrites, des banlieues problématiques, sans tomber jamais dans les clichés. Camélia vit a Créteil, lieu de la jeunesse du réalisateur. Le métro, lieu de mélange social, est presque un personnage du film. Puis il y a cet autre  mélange : université-barreau et belles carrières qui est subtilement évoqué.
C'est un film qui repose sur les dialogues ; ils sont remarquables ! Que ce soit ceux des protagonistes, des personnes croisées au hasard, des pontes aux réputations d'excellence ou des jeunes loups prêts à tout pour briller dans les concours d'éloquence.
Dialogues aussi via le téléphone portable qui est, à un moment, décrit de façon irrésistible par Auteuil qui n'en laisse rien, pas plus que des réseaux " soseaux ", c'est hilarant et si bien vu. Ne ratez pas la scène familiale entre Camélia, sa Mère et sa Grand-mère : une splendeur d'humour, de tendresse, et qui en dit beaucoup plus sur l'intégration progressive des populations émigrées que de longs discours alambiqués de ceux qui pensent et savent.
Ce film nous rappelle que la langue n'est pas un outil de domination par le savoir et la culture de référence, mais un moyen de réfléchir, de raisonner et de dialoguer. Et pourtant les échanges entre protagonistes ne sont pas dépourvus de provocations, d'un racisme et d'un sexisme qui contribuent à la confrontation, certes, mais aussi à nous interroger chacun de nous, sur ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas dans les propos quotidiens.
L’ascenseur social est ici un escalier qui, marche par marche, permet d'accéder aux raisonnements qui émancipent, aux échanges constructifs avec ses semblables. Le dynamisme de la mise en image, mouvements d'appareil, cadres, lumières et partis pris esthétiques affirmés contribuent à faire de ce film une histoire que l'on suit avec autant de plaisir que de surprise. Et qui laissera des traces dans nos mémoires car le film interroge notre quotidien.
N.B. En avant générique, un extrait de l'interview " BREL PARLE " réalisée par Marc Lobet le 8 juillet 1971 sur pellicule couleur inversible. L'image est restaurée depuis peu par les moyens numériques. Il n'est pas besoin de vous dire (bel exemple de prétérition) que cette image projetée pour la première fois en salle sur grand écran est magnifique.
FdL
"LE BRIO" : DIALOGUES PLUTÔT BIEN TOURNÉS ET HUMOUR RAVAGEUR
La Libre Belgique
(...)“Le brio” pose la question de la maîtrise de la langue pour dépasser son statut social. Après une farce assez ratée sur l’antisémitisme l’année dernière (“Ils sont partout”), Attal continue donc de creuser ici les thèmes de l’intégration et de l’identité française. Il le fait de façon généreuse, fidèle à une certaine vision de l’école républicaine.
De ce fait souvent naïf, le film est néanmoins porté par deux comédiens complices. Face à la jeune chanteuse Camélia Jordana (qui semble décidément réorienter sa carrière vers le cinéma après “Bird People” ou plus récemment “Cherchez la femme”), Daniel Auteuil campe avec délectation le rôle de ce vieux professeur aussi brillant que réactionnaire qui, au contact d’une jeune femme “issue de la diversité”, comme il le dit sous guise de moquerie, va apprendre à passer outre ses a priori. Si le thème est assez convenu, “Le brio” est heureusement allégé par des dialogues plutôt bien tournés et un humour ravageur qui se joue habilement des préjugés racistes.


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