mercredi 20 décembre 2017

Turquie: une opposante lorgne la présidence d'Erdogan en 2019


Le Vif 


S'appuyant sur un nouveau parti qu'elle vient de créer, une figure dissidente de l'opposition turque ambitionne de déloger le président Recep Tayyip Erdogan en 2019 et d'annuler les pouvoirs renforcés qu'il a fait adopter par référendum.
Meral Aksener, 61 ans, première femme ministre de l'Intérieur en Turquie, entre 1996 et 1997, a affirmé lors d'un entretien à l'AFP qu'elle envisage de se présenter face à M. Erdogan lors du scrutin prévu en 2019.
Son dessein est un secret de polichinelle depuis qu'elle a lancé, fin octobre, le Bon Parti, un peu plus d'un an après son expulsion de la formation nationaliste MHP après avoir échoué à en prendre la tête.
La naissance d'une nouvelle force conservatrice emmenée par une figure charismatique constitue un événement politique important sur la scène politique turque, dominée depuis 15 ans par M. Erdogan et son parti islamo-conservateur AKP.
Le Bon Parti pourrait en effet empiéter sur les voix de l'AKP, soulignent les experts, et Mme Aksener s'efforce de rallier les mécontents de M. Erdogan en jurant de détricoter une réforme constitutionnelle controversée adoptée par référendum en avril dernier.
Cette réforme, dont les principales dispositions entreront en vigueur après la présidentielle de 2019, instaure un système présidentiel en Turquie, transférant l'ensemble des pouvoirs exécutifs au chef de l'Etat.
Avec ce système, "vous donnez tout ce qu'il y a en Turquie, tous les pouvoirs, toutes les décisions à une seule personne", critique Mme Aksener.
"Dans notre programme, nous avons inscrit la promesse de ramener (le système parlementaire)", déclare-t-elle à l'AFP.
NATIONALISTE, CONSERVATRICE
2019 sera une année électorale chargée en Turquie, avec des élections municipales en mars suivies d'élections présidentielle et législatives le 3 novembre.
Au cours de l'entretien, mené au siège de son parti à Ankara, Mme Aksener a affirmé que ses collègues "souhaitent" qu'elle soit la candidate du parti en 2019.
"A l'heure actuelle, il semble que je serai (la candidate), et j'y suis disposée", affirme-t-elle, installée sous un portrait du fondateur de la République turque, Mustafa Kemal Atatürk.
Mais Mme Aksener explique que son parti se prépare aussi à l'éventualité d'élections anticipées, alors que les rumeurs se multiplient sur la volonté du gouvernement d'avancer les élections par crainte d'une dégradation de la situation économique d'ici 2019.
L'une des dates évoquées dans les médias est le 15 juillet 2018, qui coïncide avec le deuxième anniversaire du coup d'Etat déjoué par M. Erdogan en 2016.
Outre la présidentielle, le Bon parti doit également relever le défi du seuil de 10% nécessaire aux législatives pour entrer au Parlement.
"Ce n'est pas un problème", assure Mme Aksener, dont le parti pense même pouvoir obtenir au moins 20% des voix. Les instituts de sondage sont plus mesurés, mais certains estiment que la formation a le potentiel nécessaire pour franchir la barre des 10%.
En cas de victoire, Mme Aksener serait la première femme présidente en Turquie. Une seule a déjà occupé le poste de Premier ministre, Tansu Ciller, entre 1993 et 1996. Mme Aksener a été l'une de ses proches conseillères dans les années 1990.
Se décrivant comme une nationaliste, conservatrice en matière de religion, Mme Aksener rejette les comparaisons avec la présidente du Front national, parti d'extrême droite français, Marine Le Pen.
"Il y a une grande différence entre le nationalisme européen et la vision du nationalisme en Turquie", souligne celle qui pendant la campagne pour le référendum brandissait un drapeau turc dessiné au henné sur la paume de sa main.
Mme Aksener soutient en outre que la rhétorique des nationalistes turcs est exempte de tout racisme.
RELATIONS AVEC L'OCCIDENT
Mme Aksener, également surnommée par certains la "Dame de fer" turque en référence à l'ancienne Première ministre britannique Margaret Thatcher, assure par ailleurs que le gouvernement que formerait son parti en cas de victoire s'efforcerait de rétablir de bonnes relations avec l'Occident.
Cette année, la Turquie a traversé de nombreux épisodes orageux avec ses alliés occidentaux, dont l'Allemagne et les Etats-Unis.
"Nous pensons que les problèmes avec l'Occident peuvent être résolus", dit-elle.
Mme Aksener dit soutenir le processus d'adhésion à l'Union européenne, expliquant à l'AFP que les discussions doivent se poursuivre, alors que les négociations sont au point mort depuis plusieurs années. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DONT ACTE 

On lui souhaite bonne chance à l'ex-ministre, fondatrice d'un nouveau parti politique... "Et si, à 61 ans, Meral Aksener évinçait Erdogan lors de la prochaine élection présidentielle ?" se demande le Figaro.
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Son objectif ? Disputer le pouvoir au président Recep Tayyip Erdogan lors de l'élection de 2019. La femme politique turque  a promis d'œuvrer au «renouveau» et à une Turquie «puissante» et «heureuse». Utopique ? Pas tant que cela à en croire une enquête d'opinion publiée par l'Institut Gezici ce mercredi 1er novembre et selon laquelle, en cas d'élection anticipée, Recep Tayyip Erdogan serait battu par Meral Aksener au second tour.
Surnommée «la dame de fer», en référence à l'intransigeante Margaret Thatcher, Meral Aksener est perçue selon le Figaro comme une excellente oratrice au fort caractère. Elle est aussi régulièrement comparée  à Asena, célèbre louve de la mythologie turque. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'à 61 ans, la femme politique détonne dans le paysage politique turc. Et, peu de choses, à ce jour, ont filtré sur sa vie privée.
Née en 1956 en Turquie, Meral Aksener sort diplômée de l'Université d'Istanbul à l'âge de 23 ans. Elle devient ensuite enseignante d'histoire entre 1979 et 1982, avant de devenir assistante de recherche à la faculté d'ingénierie de Kocaeli. Ce n'est que douze ans plus tard qu'éclot son réel intérêt pour la politique. D'abord candidate aux élections municipales de la ville où elle travaille, elle devient, seulement deux années plus tard, ministre de l'Intérieur. Un portefeuille prestigieux qu'elle conserve cependant moins d'un an.
À cette même période, elle s'illustre dans le cercle rapproché de l'ex-Première ministre Tansu Ciller. Militante du parti d'extrême-droite MHP (Parti d'action nationaliste) depuis 2001, elle a échoué à en prendre la tête en 2016. Alliance dont elle a par la suite été exclue pour avoir tenté d'évincer son dirigeant, Devlet Bahçeli, qui soutenait la réforme institutionnelle visant à renforcer... les pouvoirs d'Erdogan.
D'après Le Monde, après son renvoi, 70% des militants de base quittent le MHP. Depuis, elle serait devenue l'une des principales personnalités politiques du pays, connue pour ses critiques envers le président Erdogan et son gouvernement. «Elle entend restaurer les institutions, donner de l'air à la société civile laminée par les purges, dénouer la question kurde et rassembler une population qui n'a jamais été aussi divisée», détaille Le Monde au sujet de son programme. Une femme à la tête de la Turquie ? Réponse en 2019.


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