mercredi 31 janvier 2018

Politique migratoire: on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas


BÉATRICE DELVAUX LE SOIR
Un groupe de constitutionnalistes et un collectif de professeurs d’université viennent grossir l’assemblage hétéroclite mais déterminé de citoyens qui estiment qu’une limite a été franchie par le gouvernement fédéral.

Jour après jour, il grossit, le flot de ceux qui ne veulent pas fermer les yeux face à des mesures qui portent atteinte au respect des droits de l’homme et de la dignité humaine, à la démocratie et aux libertés civiles. - Belga. 


On ne pourra plus dire qu’on ne savait pas, qu’on n’avait rien vu et qu’on n’était pas prévenu : « Il y a quelque chose qui ne va pas » dans la politique migratoire menée par la Belgique aujourd’hui. Ce ne sont pas les partis d’opposition qui le disent, ce ne sont pas les syndicats ou l’« industrie » des gauchistes, ce ne sont pas « juste » des francophones et pas « que » des intellectuels. Ce ne sont pas non plus des professionnels de la manifestation et de la propagande.
C’est une série de personnalités et de citoyens qui, les uns après les autres, semaine après semaine, posent un acte individuel ou collectif pour dire « pas en notre nom ».
Ce sont les 30.000 inscrits sur la plateforme citoyenne du parc Maximilien, ce sont les frères Dardenne dans une carte blanche entre Noël et Nouvel An, ce sont certains policiers de Schaerbeek et Bruxelles-Ville, ce sont des membres de l’administration. C’est la lettre des juges d’instruction, puis celle des procureurs, suivies d’une autre encore, signée d’une loge maçonnique. C’est la publication aujourd’hui de deux appels dans Le Soir  : le premier, rédigé par huit constitutionnalistes, dénonce le projet de loi sur les visites domiciliaires, le second est une protestation collective de dizaines de professeurs d’université contre la politique migratoire du gouvernement.
Dans chacun de ces cas, il s’agit de Flamands et de francophones, de gens de gauche et de droite, de socialistes et de libéraux, issus de milieux laïques comme catholiques, des personnes surtout qui généralement ne s’impliquent pas dans le débat public et ne se mêlent pas de politique par désir personnel, devoir de réserve ou éthique professionnelle, ou culte du secret.
«  Qu’autant de gens changent de ligne de conduite a un caractère exceptionnel  », commente le directeur du Crisp, Jean Faniel. Oui, c’est exceptionnel.
Ce pan de société soudain en marche n’est pas une bande d’irresponsables, de cosmopolites naïfs ou d’idiots charitables. Ces citoyens ne sortent d’ailleurs pas de leur zone de confort et ces intellectuels ne brisent pas leur devoir de réserve pour réclamer le laxisme dans la politique de migration menée par la Belgique. S’il s’était agi de cela, jamais on n’aurait assisté à un mouvement aussi diversifié.
Non, le « pas de trop », le « quelque chose qui ne va pas » pour cet assemblage hétéroclite mais déterminé de citoyens touche au respect des droits de l’homme et de la dignité humaine, à la démocratie et aux libertés civiles. D’une manière ou d’une autre, là où ils sont actifs, des juges, des citoyens, des professeurs, des avocats estiment qu’une limite a été franchie, que ce soit en actes, en intentions ou en paroles, par le gouvernement fédéral.
Peut-on exhorter ceux qui sont visés à ne pas balayer d’un revers de la main en le caricaturant ou en le délégitimant ce message venu de la société ? Ces initiatives ne cherchent pas à déstabiliser politiquement, mais à remettre chacun là où il est, devant sa conscience. 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY
L’EFFET VISEGRÁD ?

L’analyse de Béatrice Delvaux est irréfutable, comme souvent. Qu’on ne s’y trompe pas, le phénomène n’est pas belgo-belge, il est occidental. La question est celle de l’immigration qui se rue vers les démocraties occidentales pour des raisons politiques et plus souvent encore économiques.  Sans le proclamer ouvertement, la  NVA reprend à son compte le slogan, du Belang : « eigen volk eerst ». Marine le Pen plaide la préférence française et le stop à l’immigration. Colomb et Macron font du Francken en douce. Personne ne veut d’un nouveau Calais. Merkel a perdu la confiance des Allemands avec son « wir schaffen das ». L’extrême droite anti immigrée (AFD) monte, monte tandis qu’Angela  peine à former un gouvernement avec la gauche social-démocrate.
Donald Trump lui une réponse péremptoire : « America first » et l’édification d’un mur anti immigré. Les nations Est européennes  lui emboitent le pas. En Autriche, un nouveau chancelier semble tiraillé entre l'Ouest et l’Est du groupe de Visegrád – cette alliance informelle qui comprend aussi la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie.
«Kurz a été élu sur ses promesses en matière d’immigration et d’asile. Sur ces thèmes, la Hongrie est un partenaire important, qu’il lui faut rencontrer», explique le politologue salzbourgeois Eric Miklin. .« En juillet, l’Autriche prendra la présidence tournante de l’Europe. L’occasion pour son nouveau leader de devenir concret. »
Ce sera l’été de tous les dangers. Il y a fort à parier qu’avec le retour du beau temps, des vagues de dizaines de milliers de réfugiés africains, afghans, syriens, irakiens franchiront les mers et les montagnes et exerceront sur les frontières extérieures de l’Europe une formidable pression. Il devrait s’en suivre une tension extrême entre les régaliens identitaires et nationalistes attachés aux frontières et les élites cosmopolites qui prônent une Europe ouverte sur le monde avec une libre circulation des marchandises, des idées, des hommes et des femmes.
Attention car en 2019 auront lieu les élections européennes dans le 27 pays de l’Union. Ce sera l’année de tous les dangers et l’heure de vérité pour l’Europe.
MG 


EN AUTRICHE, UN NOUVEAU CHANCELIER TIRAILLÉ ENTRE L’EST ET L'OUEST
Par Céline BEAL, correspondante en Autriche — Libération 


Le chancelier autrichien Sebastian Kurz avec le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, mardi à Vienne. Photo Joe Klamar. AFP

Sebastian Kurz reçoit ce mardi son homologue hongrois, le controversé Viktor Orbán. Une visite qui n'a rien d'anodin pour ce conservateur qui a construit son aura politique sur des positions anti-réfugiés et dont le pays prendra cet été la tête du Conseil de l'Union européenne. En Autriche, un nouveau chancelier tiraillé entre l’Est et l'Ouest
Il s’agit d’une simple réunion de travail, non d’une réception officielle – la distinction est symbolique. Reste que le chancelier conservateur Sebastian Kurz reçoit Viktor Orbán à Vienne ce mardi. Selon les médias locaux, le dirigeant hongrois et porte-parole du groupe de Visegrád – cette alliance informelle qui comprend aussi la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie – veut s’assurer de la bienveillance de son nouvel homologue autrichien, en amont du Conseil européen du 23 février. Il rencontrera aussi le vice-chancelier et chef du FPÖ, Heinz-Christian Strache, qui se pique parfois de prendre l’artisan magyar de la «démocratie illibérale» en exemple.
Cette visite de voisinage, effectuée alors que le nouveau gouvernement autrichien est à peine installé, n’est pas anodine. Sebastian Kurz est connu pour son soutien à la Hongrie en matière de politique migratoire, rejetant lui aussi les quotas de réfugiés en Europe et réclamant la fermeture des frontières extérieures de l’Union. «Kurz a été élu sur ses promesses en matière d’immigration et d’asile. Sur ces thèmes, la Hongrie est un partenaire important, qu’il lui faut rencontrer», explique le politologue salzbourgeois Eric Miklin.
OFFENSIVE DE CHARME
«Kurz se garde néanmoins d’accueillir Orbán en grande pompe, pour ne pas froisser en Europe de l’Ouest», note le spécialiste. Il est probablement un peu tôt pour l’Autrichien, qui a fait entrer l’extrême droite dans son gouvernement, pour s’afficher avec le représentant de Visegrád, où l’Etat de droit n’a pas le vent en poupe. Au contraire, le chancelier a commencé son mandat par une offensive de charme, bien mise en scène pour les médias. A Bruxelles, à Paris puis à Berlin, il a expliqué que son pays reste «pro-européen», sans élaborer plus concrètement.
Le gouvernement Kurz joue-t-il double jeu ? Pendant la campagne législative, Heinz-Christian Strache s’était prononcé pour que l’Autriche devienne le cinquième membre du groupe de Visegrád. Entré au gouvernement, il a pu nommer la ministre des Affaires étrangères, Karin Kneissl, qui, pour son premier déplacement officiel, a préféré la Slovaquie à la neutre Suisse, comme c’était la coutume.
«REGARDÉS DE HAUT»
L’historien Michael Gehler exclut pourtant un ralliement de l’Autriche au «V4», qui «irait à l’encontre des intérêts du pays». A la différence de la Hongrie et de ses partenaires, la riche république alpine est en effet un pays de destination pour les migrants et un contributeur net au budget communautaire. Cependant, ses dirigeants parlent de sortir de l’ombre du grand voisin allemand. A l’été 2015, Sebastian Kurz a d’ailleurs construit son aura politique en prenant le contre-pied de l’attitude accueillante d’Angela Merkel face aux réfugiés.
Vienne pourrait préférer une nouvelle interprétation de son rôle, hérité de la guerre froide, de conciliateur entre Européens occidentaux et orientaux, cette fois plus à l’écoute des seconds. Les pays de l’Est seraient trop souvent «regardés de haut», a déploré Sebastian Kurz dans le Bild allemand. En juillet, l’Autriche prendra la présidence tournante de l’Europe. L’occasion pour son nouveau leader de devenir concret.
Céline BEAL correspondante en Autriche





mardi 30 janvier 2018

Visites domiciliaires: des députés MR demandent un amendement du texte


Le Vif

La présidente du Sénat, Christine Defraigne, n'est pas isolée au MR dans sa contestation du projet de loi sur les visites domiciliaires. Deux députés MR à la Chambre, Françoise Schepmans et Richard Miller, se sont également prononcés en faveur d'un amendement du projet de loi. 



    © JEAN-LUC FLEMAL/Belgaimage
Lundi, M. Miller est monté au créneau au Conseil du MR pour faire part de ses préoccupations à l'égard du texte combattu ou contesté par plusieurs associations, la magistrature, les ordres des avocats mais aussi des organisations plus discrètes, comme des loges maçonniques. Il n'a pas été suivi. Mardi, le parti a d'ailleurs publié un communiqué pour réaffirmer sa ligne et son soutien au projet de loi.
A entendre Mme Schepmans et M. Miller, le débat n'est toutefois pas clos. Il n'y a d'ailleurs pas eu de vote au Conseil du parti.
"Je soutiens la politique du gouvernement, y compris en matière migratoire mais, hier matin, j'ai plaidé pour que ce texte soit revu et je continue à penser qu'il doit être revu pour être amélioré", a expliqué M. Miller dans les couloirs de la Chambre.
Le député souhaite notamment que le projet confirme l'exception faite aux hébergeurs de sans-papiers mus par des motifs humanitaires. "Il faut préciser que l'hébergeur humanitaire est protégé", a-t-il souligné.
"Dans son état actuel, le texte me pose des problèmes", a-t-il ajouté, insistant sur la liberté d'expression qui existait au sein du MR sur les sujets éthiques.
"C'est un texte qui pose question dans son aspect humain, sensible. Et je pense qu'il y a des points qui peuvent faire l'objet d'amendements, en particulier pour la protection des enfants et les fouilles. Le principe d'inviolabilité du domicile est fondamental: on ne peut y déroger que dans ces cas exceptionnels", a dit de son côté Mme Schepmans.
"Le sujet a été discuté au Conseil du MR. Il y a des avis partagés. Le débat doit se poursuivre entre libéraux", a ajouté la députée-bourgmestre de Molenbeek. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
Y AURAIT-IL DEUX MR : UN MR RÉGALIEN ET CONSERVATEUR ET UN MR PLUS OUVERT, PLUS COSMOPOLITE ? 

La réaction brutale du président Chastel à l’égard des mails envoyés par Eddy Caekelberghs et la réaction à lettre de la loge Chaos adressée aux députés de signature MR semble créer une ligne de fracture au sein du MR
MG 


EDDY CAEKELBERGHS: DÉRAPAGE JOURNALISTIQUE... OU POLITIQUE? 

La mise à pied d'un journaliste, mardi au sein de la rédaction de la RTBF, nous apparaît pour le moins interpellant, a fortiori lorsque l'on apprend que le "commanditaire" de cette mise à l'écart n'est autre que le président d'un parti "démocratique".
Un message, jugé polémique par certains, a été adressé, lundi soir par le journaliste concerné, à des membres du centre d'action laïque (CAL). Certes.
Mettant fermement en cause la politique migratoire du gouvernement fédéral présidé par le libéral Charles Michel, la missive n'a manifestement pas plu au président du MR, lequel aurait aussitôt joué de son influence auprès de la direction de la chaîne publique.
Faisant suite à l'intervention d'Olivier Chastel, le directeur de l'information Jean-Pierre Jacqmin et l'administrateur général de la RTBF Jean-Paul Philippot ont, sans attendre, suspendu d'antenne le journaliste visé.
Dans l'attente des résultats des investigations ertébéennes, plusieurs questions se posent, en termes de fonctionnement démocratique notamment.
Appartient-il à un président de parti, ou à tout autre responsable politique, d'interférer auprès de sa direction lorsqu'un journaliste, ou tout autre travailleur, est susceptible d'avoir enfreint certaines règles?
Appartient-il à un président de parti, ou à tout autre responsable politique, d'interférer auprès de sa direction lorsqu'un travailleur exprime une opinion de citoyen, soit-il ou non journaliste?
Sans préjuger de quoi que ce soit quant à la pertinence des propos tenus par le journaliste sanctionné et la manière de les avoir communiqués, des règles régissent le fonctionnement de notre démocratie.
Il est certes compréhensible que, au regard du contrat de travail qui les lie, la RTBF puisse réclamer des explications à l'un de ses employés. Mais il est inadmissible qu'une sanction soit infligée à un travailleur par le biais d'un président de parti, sous prétexte que ses pairs auraient été victimes d'une quelconque vexation.
Encore aujourd'hui, la liberté d'expression reste mise à mal dans nombre de pays. Le simple fait de mécontenter les autorités y suffit pour justifier une mise à l'écart, voire des sanctions bien plus graves encore.
Récemment pointée du doigt par Amnesty International, la Turquie, voisine de nos frontières européennes, s'illustre par la répression à l'égard de professionnels de l'information qui osent critiquer l'autorité. Pertes d'emploi, emprisonnements et fermetures d'organes de presse y constituent des moyens privilégiés pour faire taire d'éventuelles contestations.
Si nous n'en sommes heureusement pas là, la vigilance reste de mise.
Par l'élaboration d'une législation adéquate, la responsabilité du politique consiste à assurer à tout un chacun la possibilité d'exercer pleinement son droit d'expression, dans le respect d'autrui.
Le rôle du politique n'est a contrario pas d'influencer untel ou untel en vue de faire taire celles et ceux qui tiendraient des propos divergeant des leurs.
Au nom d'une déontologie journalistique prétendument bafouée, il est inacceptable de sacrifier la déontologie politique...
Christophe COLLIGNON
Député - Vice-président du Parlement de Wallonie 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DREYFUSARDS ET ANTIDREYFUSARDS? 
 
La compétence professionnelle d'Eddy Caekelberghs est de notoriété publique. Son talent de journaliste critique honore la RTBF. Qu'il ne soit pas asexué idéologiquement est son droit le plus légitime. Il est donc normal qu'il contre-attaque par la voix de son avocate dont les arguments sont irréfutables.  Eddy Caekelberghs a exhumé un extrait vidéo où Louis Michel parle des réfugiés avec générosité. « N’hésitons pas ! Viralisons avec un texte bien senti et court […] genre : “Qui a le droit de faire ça ?” dit Louis Michel en 2009 ! “Théo et Moi”, répond son fils en 2018 ! »
So what? Certes cela signifie clairement qu'Eddy Caekelberghs est hostile à la politique de Charles Michel inspirée par la N-VA.  Il n'est pas le seul. Toutefois,  il n'a pas émis cette opinion sur antenne mais dans un mail adressé au président du CAL. So what?
Eddy Caekelberghs saisirait volontiers le trompette du j'Accuse qu'emboucha autrefois le grand Emile Zola. C'est ce qu'il semble vouloir dire dans ce mail viral au président du Cal.
En vérité, l'affaire Caekelberghs lève un très gros  lièvre et cela ce n'est franchement pas banal. La radicalité de la réaction du président du MR révèle en effet une grande nervosité interne entre les libéraux conservateurs tendance Reynders (celui qui va déjeuner chez Bruneau avec Bart et Jambon et envisage des élections anticipées) et les libéraux plus ouverts tendance Louis Michel père et le bouillant président des jeunes MR.  
En vérité , il s'installe dans tous les partis, en France comme en Belgique et aussi en Allemagne une fracture entre les partisans d'un monde cosmopolitique ouvert et sans frontières où circulent librement les hommes, les idées, les biens et les marchandises et d'autre part les souverainistes conservateurs qui, à l'instar de Trump, de Le Pen, de Victor Orban ou du jeune Autrichien Sebastian Kurz veulent un durcissement des frontières et de la politique migratoire et plaident pour l'édification de murs défensifs destinés à arrêter l'immigration. Ce clivage s'observe même au sein du groupe parlementaire en Marche d' Emmanuel Macron.
Il se rencontre même au coeur des familles, des clubs et associations en tous genres, y compris au Cercle de Lorraine.
Il semble qu'on en soit revenu au temps de l'affaire Dreyfus où dreyfusards et antidreyfusards s'affrontaient de manière virulente.
Les populistes de tendance conservatrice et les élites intellectuelles plus enclines au progressisme s'opposent de plus en plus durement.
Cela nous promet une campagne électorale d'une virulence tout à fait exceptionnelle.
MG


EDDY CAEKELBERGHS VEUT PORTER PLAINTE AU PÉNAL
Le Soir
Par Maxime Biermé 

Le journaliste considère que sa suspension des ondes de la RTBF a porté atteinte à sa réputation. Cette décision a contribué à la publicité d’un mail polémique qui devait rester privé. 




Mis à l’écart provisoirement des ondes de la RTBF par la direction du service public, Eddy Caekelberghs a décidé de réagir. Vendredi, il a demandé à son avocate de rédiger une plainte pénale, une fois toutes les modalités analysées. «  Il s’agit de faire la clarté dans ce dossier et d’identifier les circonstances précises des abus  », précise Carine Doutrelepont.
Pour rappel, nos confrères de SudPresse ont dévoilé mercredi un mail polémique envoyé par le journaliste depuis son adresse professionnelle. Il y écrit à ses amis du Centre d’action laïque (CAL), dont il est membre, qu’il dispose d’un extrait vidéo où Louis Michel parle des réfugiés. « N’hésitons pas ! Viralisons avec un texte bien senti et court […] genre : “Qui a le droit de faire ça ?” dit Louis Michel en 2009 ! “Théo et Moi”, répond son fils en 2018 ! »
Eddy Caekelberghs s’exprime dans Le Soir via son avocate. Il dénonce une violation de l’article 124 de la loi du 13 juin 2005 sur le secret des communications électroniques. Loi qui interdit à tout tiers de prendre intentionnellement connaissance d’un message qui ne lui est pas destiné et ensuite de l’utiliser ou d’en révéler le contenu.
L’avocate précise que le fait que le mail ait été envoyé depuis une adresse professionnelle n’a pas d’importance. «  Le secret des communications s’applique autant au mail privé que professionnel. (...) De plus, à la RTBF, il n’y a pas d’interdiction formelle d’envoyer des mails privés via son adresse professionnelle. (...) Le fait que le directeur de l’info ait fait usage d’un courrier frauduleusement obtenu et ait suspendu le journaliste en raison du contenu du mail, tout en commentant publiquement le contenu du courriel privé, est plus grave. Il reproche à Eddy Caekelberghs d’avoir émis une opinion personnelle partisane dans le cadre d’un échange de correspondance privé. Si l’on suit cette thèse, on devrait conclure que la RTBF interdit, hors antenne, toute forme d’expression et d’opinion personnelle. Et qu’en sus, la violation du secret des communications est sans importance…  »
Le fait qu’une telle réaction provienne de personnes travaillant dans un organisme public inquiète particulièrement Carine Doutrelepont et son client : « Nous sommes très troublés qu’à la RTBF, la prise de connaissance d’un mail privé soit utilisée pour sanctionner un journaliste sur la base du Code de déontologie, au motif que la personne aurait porté atteinte à l’image de l’organisme car elle se serait engagée de manière partisane. » Selon elle, Eddy Caekelberghs n’a pas violé le Code de déontologie. « Ses propos n’ont été rendus publics qu’uniquement et du fait d’une série de réactions en chaîne de tiers dont SudPresse et la direction info de la RTBF. »
Par sa démarche, Eddy Caekelberghs espère pouvoir laver son honneur. «  Il se sent atteint dans sa dignité et estime qu’un préjudice a été porté à sa légitimité professionnelle  ». Il attend un sursaut raisonnable de la RTBF.



UNE LOGE MAÇONNIQUE, SISE À BRUXELLES, ÉCRIT AUX DÉPUTÉS PROCHES OU MEMBRES. ELLE LES IMPLORE DE BARRER LE PROJET DE LOI GOUVERNEMENTAL SUR LES VISITES DOMICILIAIRES, JUGÉ LIBERTICIDE.
Le Soir 

Mes très chers frères, mes très chères sœurs.» C’est par ces lignes que commence l’étonnant courrier qu’ont reçu plusieurs députés évoluant dans la sphère d’influence maçonnique. Expéditrice: la loge de l’obédience maçonnique Droits humains, deuxième en Belgique en nombre de membres, après le Grand Orient, sise à Bruxelles et relativement puissante, nous confie-t-on. L’appel à se mobiliser a d’ailleurs été envoyé, par ailleurs, à l’ensemble des loges constituant cette Obédience, soit plusieurs centaines d’unités en Belgique.
De manière explicite, Droits humains invite les députés à rejeter le texte actuellement en débat au Parlement (en commission dans un premier temps, avant d’atterrir en assemblée plénière) et prévoyant d’autoriser les visites domiciliaires d’agents de l’Office des étrangers chez les personnes qui hébergent des migrants, afin d’arrêter celles ou ceux qui se trouveraient en situation illégale.
On peut lire: «Par ton engagement maçonnique, tu travailles au progrès de l’humanité. En l’occurrence, ce progrès passe par une défense des principes élémentaires de notre démocratie. Nous espérons que tu auras à cœur de t’opposer à l’adoption de ce texte dangereux et d’y sensibiliser les membres de ta formation politique.»
La loge critique le projet de loi et parle d’«intimidation» à l’égard de celles et ceux qui accueillent les migrants: « «Respecte l’étranger voyageur, aide-le, sa personne est sacrée pour toi», nous apprend le précepte maçonnique. On pourrait gloser sur ce que ce projet porte de criminalisation de l’étranger en situation irrégulière. On pourrait aussi souligner tout ce qu’il porte d’intimidation, pour ne pas dire de punition, à l’encontre de ceux et celles qui font le choix de tendre la main à leurs frères et sœurs en humanité, de leur offrir le refuge temporaire de leur foyer, en leur ouvrant leurs portes.»
Mais c’est davantage sur le sort fait au principe d’inviolabilité du domicile que la loge s’inquiète: «Bien plus fondamentalement, c’est le principe même de la restriction et de la protection de l’inviolabilité du domicile qui nous paraît représenter une menace grave pour les droits et libertés individuelles qui nous sont chers et que notre Ordre a contribué à bâtir au travers de nombreux combats démocratiques.»
ÉLUS TIRAILLÉS
Plusieurs députés, que nous avons contactés, confirment avoir reçu ce courrier. Des libéraux, des socialistes, en l’occurrence. Ils ne veulent pas apparaître: «C’est confidentiel.» Et gageons que, parmi les élus concernés, d’aucuns sont tiraillés aujourd’hui entre, d’une part, leur adhésion personnelle à la franc-maçonnerie, et, de l’autre, la solidarité gouvernementale. Entre le mot d’ordre de l’obédience Droits humains et la défense du projet de loi suédois au Parlement fédéral (avec conviction, là encore), il faudra choisir…
Dans le monde des francs-maçons également, ce courrier est abondamment commenté. Certains estiment que la démarche va trop loin. «Cela risque de renforcer le cliché d’une influence occulte de la loge, et de politiser le débat. Or nos membres ne se regroupent pas en raison de l’appartenance à un parti, mais autour de valeurs», confie cet acteur de la franc-maçonnerie. Le même rappelle que les loges qui, à l’étranger, on pris des options politiques affirmées ont souvent perdu de leur influence.
Dans nos colonnes (lire ci-contre), Edouard Delruelle, professeur de philosophie (ULg) et maçon, juge en revanche, que l’intervention est «légitime et logique».
Un «frère» nous explique lui aussi: «Constituée à la Renaissance pour contrecarrer l’Église toute-puissante et qui imposait ses vues, persécutée à l’époque, pourchassée plus tard sous le régime nazi, la franc-maçonnerie a pour vocation et pour fonction de mener de grands combats pour les droits et les valeurs. Pensez, plus près de nous, à la loi sur l’euthanasie, à l’interruption volontaire de grossesse… Cette fois encore, on est dans un combat juste. Ce projet de loi sur les visites domiciliaires touche à des valeurs fondamentales, nous devions réagir.»
Quoi qu’il en soit, tout cela met une pression supplémentaire sur la majorité fédérale (en particulier, on l’a dit, sur ses parlementaires qui, par ailleurs, sont membres de la franc-maçonnerie), cela dans un dossier, on le sait, très controversé.




lundi 29 janvier 2018

Gand: Guy Verhofstadt poussera la liste Open Vld

La Libre
BELGA
  


L'ancien Premier ministre et actuel chef de file libéral au parlement européen Guy Verhofstadt poussera la liste de l'Open Vld à Gand, qui sera emmenée par le député flamand Mathias De Clercq. M. Verhofstadt a profité de l'occasion - les vœux de Nouvel an de la section libérale de Gand - pour glisser une pique à l'égard de la N-VA.
"A Gand, c'est nous qui décidons de notre liste, et non Anvers, et nous ne changeons pas de tête de liste comme de sous-vêtement! ", a-t-il lancé. L'actualité communale gantoise a vécu une petite surprise dimanche avec le choix de la N-VA de placer à la tête de sa liste une personnalité relativement peu connue, l'eurodéputée Anneleen Van Bossuyt, après plusieurs mois de querelles entre les leaders locaux du parti, Elke Sleurs et Siegfried Bracke.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA BATAILLE DE GAND

On nous avait prédit une bataille d'Anvers. Elle n'aura pas lieu, n'y revenons pas. Voici qu'on nous annonce la Bataille de Gand et que le flamboyant Guy Verhofstadt s'y précipite à visière découverte.
Décidément la politique est en train de reprendre des couleurs neuf mois avant les communales.
Voici donc que le VLD jette ses meilleures troupes dans la bataille.
MG


vendredi 26 janvier 2018

Belgique : Chronique d'une mort annoncée

Jules Gheude
Essayiste politique 
Le Vif

Il y a deux ans, lors d'un reportage de la VRT, Liesbeth Homans, ministre (N-VA) du gouvernement flamand, exprimait le souhait de voir la Belgique disparaître en 2025. Aujourd'hui, le groupe financier Bloomberg annonce la fin de la Belgique en 2028. Le Royaume se trouve donc en phase terminale. 



© Belga 

Cela n'empêche pas la coalition suédoise de Charles Michel d'envisager des mesures pour le long terme, notamment en ce qui concerne l'énergie. Il est même question de la construction d'une nouvelle centrale nucléaire en... 2040, même si la ministre Marie-Christine Marghem s'empresse de préciser qu'il s'agit là d'un scénario tout à fait théorique.
Bref, on prépare un avenir dans lequel la Belgique pourrait ne plus avoir sa place.
Si l'espoir, dit-on, fait vivre, il importe aussi de tenir compte de la réalité.
Depuis 1970, le moteur institutionnel de la Belgique a subi six entretiens. Mais aujourd'hui, il semble totalement bloqué. La saga du RER, les nuisances sonores au-dessus de Brussels Airport, la construction d'un stade national, la mise en application du pacte énergétique... Autant d'éléments qui viennent illustrer les propos tenus en 2016 par Jean Quatremer, le correspondant bruxellois du journal "Libération" : le royaume est dans une voie sans issue : impotence, incompétence, irresponsabilité.
La Belgique est souvent associée au mouvement surréaliste. On connaît ce tableau de René Magritte intitulé "Ceci n'est pas une pipe". L'artiste aurait pu également dessiner les contours de la Belgique, en y ajoutant "Ceci n'est pas un pays"...
Ce qui est en tout cas surréaliste, c'est de voir la plus grande formation politique du pays, la N-VA, au gouvernement fédéral, alors qu'elle plaide ouvertement pour l'émergence d'une République flamande au sein de l'Europe. Cela s'appelle "entretenir un serpent en son sein".
Lorsque la "suédoise"é a vu le jour en 2014, il fut décidé de placer le communautaire au frigo pour la durée de la législature. Insensé, lorsqu'on sait qu'en Belgique, le moindre dossier revêt un aspect communautaire. On le voit encore aujourd'hui avec la polémique entretenue autour de Théo Francken, le ministre (N-VA) à l'Asile et à l'Immigration. Les francophones réclament à cor et à cri sa démission, tandis que l'homme ne cesse de doper les adhésions à son parti. Continue comme cela ! a lâché Bart de Wever, lors de la réception de Nouvel An de la N-VA à Malines...
Si des élections devaient avoir lieu aujourd'hui, il ne fait aucun doute que Théo Francken se retrouverait sur la première marche du podium en Flandre. Autrement dit, l'entêtement des francophones à son égard ne fait que précipiter la mort du royaume.
Les francophones souffrent de ce que j'appellerais "le syndrome du catoblépas", cet animal légendaire à long cou grêle dont la lourde tête traîne à terre et l'amène à brouter ses propres pattes.
Les francophones sont, en effet, perpétuellement dans le déni. Ils refusent de voir la réalité en face : depuis 1970, tout a été mis en oeuvre pour faire de la Flandre une véritable nation (un peuple, un territoire, une langue, une culture).
Il n'y a pas place, dans ce petit pays, pour deux nations : une belge (mais a-t-elle vraiment jamais existé ?) et une flamande, constatait François Perin en 1981. Et il ajoutait : Qu'est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. Les Wallons ont beau se proclamer belges. Quel est celui d'entre eux qui se battrait (au sens propre : en participant à une guerre civile) pour rétablir la Belgique contre la volonté des Flamands ? Poser la question, c'est la résoudre. Jamais l'Europe, ni l'OTAN, dira-t-on, ne laisseront éclater la Belgique. Que pourraient-ils donc faire : débarquer les "Marines" pour nous apprendre par la force à vivre ensemble ?
Le Centre d'études du MR porte le nom de Jean Gol. Les pontes de ce parti ignorent-ils qu'à la fin de sa vie, Jean Gol ne se faisait plus la moindre illusion quant à la Belgique ? Selon lui, la poussée irrésistible du nationalisme flamand ne pouvait qu'entraîner la disparition du pays et seule la France était de nature à assurer l'avenir de la Wallonie.
Dans son livre "Splendeurs de la liberté", Paul-Henry Gendebien rapporte cet entretien qu'il eut avec l'intéressé : Nous en arrivâmes bien vite à calculer le nombre de départements, de conseillers généraux et régionaux, de députés qui reviendraient à la Wallonie. Sa férocité se déchaîna lorsque nous évoquâmes ceux de ses amis politiques qu'il faudrait recaser à l'Assemblée nationale. "De toute manière, ajouta-t-il, ils seront fiers de porter l'écharpe tricolore et quelques décorations feront le reste...". Nous évoquâmes aussi diverses formules d'association ou de réintégration dans la République, le précédent de l'Alsace-Lorraine n'étant pas sans intérêt.
La raison pour laquelle la Belgique a été créée en 1830 (volonté des grandes puissances de l'époque, notamment l'Angleterre, de se prémunir contre la France) ne représente plus rien depuis belle lurette. Le temps n'est-il pas venu de réparer ce que l'ancien Premier ministre Yves Leterme a lui-même qualifié d'accident de l'Histoire ?
Jean Rey, l'un des pères de la construction européenne, était connu pour sa sagesse. En 1947, il déclara : Partout, quand un Etat unitaire est travaillé par un mouvement nationaliste, il est impossible qu'il ne finisse pas par craquer.
La Catalogne, l'Ecosse, la Flandre : il est vain de mener des combats d'arrière-garde contre des mouvements irréversibles.
En raison des caprices de l'Histoire, la Wallonie n'a été française que durant une très brève période, de 1794 à 1814. Pourtant, depuis le 13ème siècle, le français y a été accepté comme langue littéraire. L'historien namurois Félix Rousseau voit là le fait capital de l'histoire intellectuelle de la Wallonie. Sans aucune contrainte, de leur pleine volonté, les Wallons sont entrés dans l'orbite de Paris et depuis sept siècles, avec une fidélité qui ne s'est jamais démentie, n'ont cessé de participer à la culture française.
La France serait-elle disposée aujourd'hui à accueillir la Wallonie ? A cette question, Jacques Attali, l'ancien conseiller du président François Mitterrand, répond clairement : S'ils étaient consultés demain sur l'éventuel rattachement des francophones à la France, 95% des habitants de l'Hexagone répondraient favorablement. Et il ajoute : C'est un beau débat. Qu'il commence !
(1) Derniers livres parus : "François Perin - Biographie", Editions Le Cri, 2015, et "Un testament wallon - Les vérités dérangeantes", Mon Petit Editeur, 2015.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
REQUIEM BELGIQUE 

Jules Gheude est un entêté. depuis des décennies, il annonce la fin de la Belgique. Il se pourrait bien que les faits lui donnent raison à l'horizon des grandes élections de 2019, à moins que le scrutin ne soit anticipé.
Les avis là-dessus sont très partagés.
Celui de François Perin était définitif dès 1981 quand , lucide, il affirmait :
Il n'y a pas place, dans ce petit pays, pour deux nations : une belge (mais a-t-elle vraiment jamais existé ?) et une flamande, constatait-il. Qu'est-ce qui empêcherait les Flamands de proclamer unilatéralement leur indépendance ? Ils ont créé tous les instruments de leur future légitimité. Les Wallons ont beau se proclamer belges. Quel est celui d'entre eux qui se battrait (au sens propre : en participant à une guerre civile) pour rétablir la Belgique contre la volonté des Flamands ? Poser la question, c'est la résoudre. Jamais l'Europe, ni l'OTAN, dira-t-on, ne laisseront éclater la Belgique. Que pourraient-ils donc faire : débarquer les "Marines" pour nous apprendre par la force à vivre ensemble ?
Plus le temps passe et plus cette prophétie se transforme en évidence.
MG



jeudi 25 janvier 2018

"La question migratoire mérite mieux que les caricatures"

Le Vif
"Non, Monsieur De Wever, il n'y a pas d'un côté une droite attachée à l'Etat-nation et à la citoyenneté, et de l'autre une gauche naïve, laxiste ou 'cosmopolite', plaidant pour l'ouverture de toutes les frontières", indique Paul Magnette (PS)

  
© Belga

Paul Magnette (PS) répond à la carte blanche polémique de Bart De Wever parue la veille dans De Morgen. Dans ce texte, le bourgmestre de Charleroi accuse le président du parti nationaliste flamand de vouloir "détourner l'attention", "lancer de vaines polémiques", car le "gouvernement MR-NVA est dans la tourmente". Il y rappelle l'histoire ayant façonné "nos lois en matière d'asile et de migrations", ayant débuté avec un appel des patrons, après la Seconde Guerre mondiale, d'"ouvrir les frontières" pour "obtenir une main-d'oeuvre abondante et peu organisée".
"Pour les progressistes, la seule réponse aux phénomènes migratoires est le multilatéralisme et le co-développement", ajoute Paul Magnette, qui estime que la Belgique et l'Union européenne vont actuellement dans le mauvais sens. Côté belge, "le démantèlement progressif de notre politique de développement, dont les budgets sont constamment réduits, prépare les vagues migratoires de demain", assène au passage l'homme politique hennuyer.
"La question migratoire (...) mérite mieux que les caricatures, les simplismes, et les manipulations rhétoriques. Quand on substitue les slogans démagogiques au débat démocratique, quand on joue avec les passions tristes à des fins politiques, on sape les bases fragiles de la communauté civique", ajoute encore Paul Magnette, qui estime encore que "l'image internationale" du pays "est abîmée par le cynisme du Secrétaire d'Etat" à l'Asile et la Migration, le N-VA Theo Francken.


COMMENTAIRE  DE DIVERCITY
UN DOSSIER QUI DEVIENT VIRAL

Jules Gheude écrit: "En Belgique, le moindre dossier revêt un aspect communautaire. On le voit encore aujourd'hui avec la polémique entretenue autour de Théo Francken, le ministre (N-VA) à l'Asile et à l'Immigration. Les francophones réclament à cor et à cri sa démission, tandis que l'homme ne cesse de doper les adhésions à son parti. Continue comme cela ! a lâché Bart de Wever, lors de la réception de Nouvel An de la N-VA à Malines"
"Si des élections devaient avoir lieu aujourd'hui, il ne fait aucun doute que Théo Francken se retrouverait sur la première marche du podium en Flandre. Autrement dit, l'entêtement des francophones à son égard ne fait que précipiter la mort du royaume."
C'est une évidence et la gauche francophone tombe à pieds joints dans le piège qu'habilement lui tend Bart De Wever stratège machiavélique. Il a tout intérêt à ce que le gouvernement tombe maintenant sur l'affaire Francken. Le matador des Flandre agite le chiffon rouge et le taureau wallon fonce tout droit vers l'épée qui lui infligera le coup de grâce. C'est fascinant.
Nous allons tout droit vers de élections anticipées précédée d'une sale campagne virale.
MG


RTBF: EDDY CAEKELBERGHS ÉCARTÉ DE L’ANTENNE APRÈS UN MAIL POLÉMIQUE


Le journaliste de La Première a envoyé un mail qui remet en cause l’indépendance éditoriale du service public. Il ne présentera plus ses émissions le temps d’une enquête interne.
Eddy Caekelberghs est écarté de la présentation de ses émissions sur La Première depuis mercredi. Il y présentait « Au bout du jour » après le journal parlé de 19 heures et « Majuscules » le dimanche après-midi.
Tout est parti d’un mail porté à la connaissance de nos confrères de SudPresse que Le Soir s’est procuré. Lundi soir, depuis son adresse professionnelle, Eddy Caekelberghs a écrit à Henri Bartholomeeuse, président du Centre d’action laïc (CAL) ainsi qu’à Benoît Van der Meerschen, le secrétaire général adjoint du CAL et à Jean-Paul Barrs, ancien secrétaire général du parti socialiste belge et membre du CAL.
Il transfère ce qu’on devine être un extrait d’interview intitulé : «  Migrants, interview Louis Michel 2009, libre circulation, accueil  ». Il signale à ceux qu’il appelle ses « amis » que l’extrait est libre de droit «  il faut l’exploiter à fond : nos réseaux sociaux et nos émissions ! […] N’hésitons pas ! Viralisons avec un texte bien senti et court en parallèle de notre CB (probablement en référence à une carte blanche publiée dans la presse mardi NDLR.) Genre : « Qui a le droit de faire ça ? » dit Louis Michel en 2009 ! « Théo et Moi » répond son fils en 2018 !  ».

OLIVIER CHASTEL SIDÉRÉ PAR LE CONTENU DU MAIL
Le Président du MR, Olivier Chastel, a pris connaissance de ce mail mardi. Sidéré, par le contenu, il a contacté le directeur de l’information de la RTBF, Jean-Pierre Jacqmin et le patron du service public, Jean-Paul Philippot. Le MR souhaitait que la RTBF se positionne clairement afin de ne pas jeter l’opprobre sur tous les journalistes de la maison. Un courrier officiel a été envoyé mercredi après-midi à Jean-Paul Philippot et à la société des journalistes.
La décision de la RTBF n’a pas tardé. Elle a suspendu Eddy Caekelberghs de l’antenne le temps d’une enquête interne. Dans un communiqué, le service public affirme se distancier clairement de ce contenu «  qui ne traduit en rien ni sa déontologie ni ses missions. La RTBF ne partage ni ne cautionne des propos qui pourraient porter atteinte et préjudice à l’indépendance journalistique. La RTBF continue à défendre et à garantir l’indépendance dans le traitement des sujets et le caractère pluraliste des débats et regards croisés sur les grands enjeux.  »
Le Soir n’a pas réussi à joindre Jean-Pierre Jacqmin et Eddy Caekelberghs. Le premier a précisé dans SudPresse que la décision de la RTBF «  est une simple mesure de préservation de l’antenne, qui ne préjuge en rien des suites qui seront données à l’affaire. Nous réaffirmons et revendiquons l’indépendance et la déontologie de l’ensemble des journalistes de la RTBF, qui ne peut être prise en défaut par quelque militance que ce soit. L’acte qui est aujourd’hui au cœur de la polémique est un acte isolé, dont le contenu ne nous plaît pas.  »


LE CDH RÉAGIT À LA CARTE BLANCHE DE DE WEVER: "POUR LA N-VA, LES WALLONS AUSSI SONT DES ÉTRANGERS"
BELGA ET LA LIBRE



Le cdH a fustigé mercredi, par la voix de son chef de groupe au parlement wallon Dimitri Fourny, les propos du président de la N-VA Bart De Wever considérant, dans une carte blanche, qu'une immigration ouverte en Belgique constituerait une menace sur la sécurité sociale. "Bart De Wever fustige les étrangers en considérant que ceux-ci vont plomber la sécurité sociale", a résumé M. Fourny à l'occasion des vœux à la presse de son groupe parlementaire.
"Nous avons bien fait de ne pas participer au pouvoir avec des personnages de ce type. Ne nous y trompons pas: nous Wallons sommes aussi, aux yeux de ce petit monsieur, considérés comme des étrangers", a-t-il ajouté. A ses yeux, les propos de Bart De Wever sont "méprisables et inadmissibles dans un débat démocratique équilibré".
M. Fourny s'exprimait au nom du président du cdH, a précisé le parti.
Le président de la N-VA a publié mercredi dans le quotidien flamand de gauche De Morgen une carte blanche dans laquelle il affirme qu'ouvrir les frontières aux migrants comme le préconise, selon lui, la gauche mettra inévitablement le fonctionnement actuel de la Sécurité sociale en péril, une allégation qui a déclenché bon nombre de réactions.
Belga


"OUVRIR LES FRONTIÈRES AUX MIGRANTS C'EST METTRE LA SÉCU EN DANGER": "DES PROPOS D'UNE VIOLENCE INOUÏE"
Le Vif

Pour le président de la N-VA, Bart De Wever, ouvrir les frontières aux migrants comme le préconisent, selon lui la gauche, mettra inévitablement le fonctionnement actuel de la Sécurité sociale en péril."Il s'agit de propos d'une violence inouïe qui visent à jouer sur la peur" selon un expert. Le danger pour la sécu, c'est la N-VA, estime pour sa part le PS.


© Belga

Le chef de file des nationalistes flamands entend par cette voie réagir à la situation au Parc Maximilien à Bruxelles, où aboutissent des migrants qui souhaitent rejoindre la Grande-Bretagne.
L'opposition a dénoncé ces derniers mois l'attitude du gouvernement fédéral à leur égard.
Dimanche soir, des milliers de personnes ont formé entre la gare du Nord et le Parc Maximilien une chaîne humaine pour empêcher une action de police visant, selon la plate-forme citoyenne, à arrêter les migrants présents sur place.
Selon M. De Wever, l'action de ces associations et bourgmestres de gauche concourt à créer un second Calais.
Mais pour lui, ces "bien pensants de gauche" doivent choisir: accueillir tout le monde et ouvrir les frontières, ou préserver notre système social à son niveau actuel. Car si l'on décide de mettre notre Sécurité sociale à disposition de chacun, alors elle s'écroulera, prédit-il.
"UNE RHÉTORIQUE POUR FAIRE PEUR À DES FINS ÉLECTORALES"
"Il s'agit de propos d'une violence inouïe qui visent à jouer sur la peur, laquelle étant porteuse de votes", analyse un sociologue de l'Université libre de Bruxelles, Andrea Rea. Dans cette carte blanche, le chef de file des nationalistes flamands appelle les "bien-pensants de gauche" à choisir entre les frontières ouvertes ou la Sécurité sociale. Car si l'on décide de mettre notre Sécurité sociale à disposition de chacun, alors elle s'écroulera, prédit-il.
Selon Andrea Rea, directeur du Groupe de Recherche sur les relations Ethniques, les Migrations et l'Égalité (GERME), ce n'est pas la première fois que la N-VA fait le lien entre la migration et la mise en péril de notre système de Sécurité sociale. "Il s'agit d'une rhétorique pour faire peur aux gens, qui vise à récolter des votes. Or, un rapport de la Banque nationale a démontré l'utilité des nouveaux migrants sur le marché du travail. Les propos de Bart De Wever ne sont donc clairement pas fondés sur des éléments tangibles. Il construit des évidences qui n'en sont pas", relève M. Rea.
"On est en train de taper sur le maillon faible alors que le gouvernement fédéral a entre ses mains tous les instruments pour sauver notre Sécurité sociale", poursuit-il. La grande difficulté est, selon lui, le manque de Justice fiscale, les citoyens étant défavorisés face à l'impôt par rapport aux multinationales et entreprises privées. "Cela pose un problème à la Sécurité sociale ainsi qu'à l'ensemble du budget de l'État (école, hôpitaux, etc.), souligne-t-il.
Le sociologue estime encore que l'immigration sera un des thèmes centraux des prochaines élections sur lequel la classe politique risque de se diviser.
LE DANGER POUR LA SÉCU, C'EST LA N-VA, RÉPOND LE PS
"Le danger pour la sécurité sociale, c'est la N-VA", a répondu mercredi le chef de groupe PS à la Chambre, Ahmed Laaouej, à la tribune libre du président de la N-VA, Bart De Wever, à propos de l'accueil des migrants.
Le député a pointé du doigt les réductions de cotisations sociales décidées par le gouvernement, qui se traduisent par un manque à gagner pour la sécurité sociale de plusieurs milliards d'euros, les économies dans la sécurité, sociale, le saut d'index ou encore les mesures en matière de pension. "La N-VA ne cesse d'exacerber les tensions dans la société de manière cynique pour en tirer un profit électoral. La N-VA crée un écran de fumée pour masquer une politique de plus en plus teintée de relents racistes avec la passivité complice de ses partenaires de majorité, dont certains semblent d'ailleurs de plus en plus contaminés par les idées abjectes de la N-VA. La sortie récente du ministre Ducarme à propos de l'aide médicale urgente accordée aux sans-papiers en témoigne", a-t-il accusé. Le président des nationalistes flamands n'a pas réagi lorsqu'une députée de son parti a proposé de supprimer le remboursement de certaines prothèses pour les personnes démentes ou très âgées, remarque M. Laaouej. "Après avoir attaqué les personnes démentes ou très âgées, la N-VA désigne un nouveau bouc-émissaire: les migrants qui seraient le nouveau danger pour la sécurité sociale", a-t-il ajouté. "Si l'on veut développer une approche positive de la sécurité sociale, on doit reconnaître que le défi qu'elle doit relever est celui du vieillissement de la population et du financement en mettant davantage à contribution les revenus du capital".
"NOUS PLAIDONS POUR DES ROUTES MIGRATOIRES SURES, PAS POUR L'OUVERTURE DES FRONTIÈRES"
"Nous ne plaidons pas en faveur de l'ouverture des frontières (aux migrants), mais bien pour des routes migratoires sures", a affirmé mercredi l'organisation Médecins du Monde en réaction à la carte blanche du chef de la N-VA, Bart De Wever.
L'ONG a souhaité réagir aux propos du patron de la N-VA afin "de clarifier les choses": "Médecins du Monde ne plaide pas pour des frontières ouvertes, mais bien pour des routes migratoires sures et légales."
"L'allégation selon laquelle les organisations issues du milieu associatif sont un prétexte ou une 'façade morale' pour étendre un programme idéologique témoigne d'une image plutôt obscure de l'être humain."
Médecins du Monde en appelle au dialogue: "parce qu'une chose est claire, la polarisation ne mène jamais à une solution." "Arrêtons de semer la discorde au moment où nous devons faire face sérieusement à la problématique (de la migration) de façon unie", a encore pointé l'ONG.
"Nous plaidons depuis des mois déjà pour que toutes les parties puissent s'asseoir autour de la table afin de parvenir à une solution. En s'en prenant désormais également aux volontaires et aux organisations citoyennes, nous nous éloignons encore davantage d'une solution et la situation dans notre pays devient de plus en plus polarisée. C'est regrettable, mais notre appel au dialogue reste valable."
POUR LA N-VA, LES WALLONS AUSSI SONT DES ÉTRANGERS
Le cdH a fustigé mercredi, par la voix de son chef de groupe au parlement wallon Dimitri Fourny, les propos du président de la N-VA Bart De Wever. "Bart De Wever fustige les étrangers en considérant que ceux-ci vont plomber la sécurité sociale", a résumé M. Fourny à l'occasion des voeux à la presse de son groupe parlementaire.
"Nous avons bien fait de ne pas participer au pouvoir avec des personnages de ce type. Ne nous y trompons pas: nous Wallons sommes aussi, aux yeux de ce petit monsieur, considérés comme des étrangers", a-t-il ajouté. A ses yeux, les propos de Bart De Wever sont "méprisables et inadmissibles dans un débat démocratique équilibré".
M. Fourny s'exprimait au nom du président du cdH, a précisé le parti.
La cheffe de groupe à la Chambre, Catherine Fonck, a quant à elle mis en exergue les prévisions démographiques sur lesquelles le gouvernement se fonde dans sa réforme des pensions. Celles-ci prévoient un solde migratoire de 360.000 personnes, explique-t-elle. "Qu'en pense Bart De Wever? " a-t-elle ajouté.
Le président de la N-VA a publié mercredi dans le quotidien flamand de gauche De Morgen une carte blanche dans laquelle il affirme qu'ouvrir les frontières aux migrants comme le préconise, selon lui, la gauche mettra inévitablement le fonctionnement actuel de la Sécurité sociale en péril, une allégation qui a déclenché bon nombre de réactions.

mardi 23 janvier 2018

Migrants : fracture humaniste en Macronie

Marianne

Plusieurs soutiens de la première heure du président de la République relaient les protestations d'associations d'aide aux étrangers et se rebellent contre la fermeté de la prochaine loi sur l'immigration et l'asile. Quand une question politique débouche sur une césure morale au cœur de la majorité.
On annonçait une fronde venue de certains élus du groupe La République en marche à l'Assemblée. Avant même la présentation du projet de loi asile et immigration en Conseil des ministres, voilà qu'une première rébellion émane d'intellectuels, d'écrivains, d'associatifs, de syndicalistes, dont certains constituèrent les premières légions du macronisme. Mardi, dans une lettre ouverte publiée par le Monde, le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, l'économiste Jean Pisani-Ferry, ainsi que Thierry Pech et Lionel Zinsou, respectivement directeur général et président du think tank Terra Nova, ont violemment fustigé la politique migratoire d'Emmanuel Macron et de son gouvernement.
« Nous nous sommes réveillés dans un pays où l'on arrache leurs couvertures à des migrants à Calais. Où l'on lacère leurs toiles de tente à Paris. Où l'on peut se perdre, pieds et mains gelés, sur les pentes enneigées de la frontière franco-italienne. Où des circulaires cherchent à organiser le recensement administratif dans les centres d' hébergement d'urgence, au risque de décrédibiliser le travail des associations et au mépris du principe d'accueil...


Lettre ouverte de Yann Moix à Emmanuel Macron : "Vous laissez perpétrer à Calais des actes criminels envers les exilés"
YANN MOIX, À LIBÉRATION



L'écrivain Yann Moix fustige dans une lettre ouverte publiée dans Libération adressée à Emmanuel Macron la politique migratoire de la France, et plus particulièrement le traitement infligé aux migrants à Calais. Vidéo à l'appui, il affirme avoir filmé sur place des «actes de barbarie».
Monsieur le président de la République, chaque jour, vous humiliez la France en humiliant les exilés. Vous les nommez «migrants» : ce sont des exilés. La migration est un chiffre, l’exil est un destin. Réchappés du pire, ils représentent cet avenir que vous leur obstruez, ils incarnent cet espoir que vous leur refusez. C’est à leur sujet que je vous écris.
Vous avez affirmé, dans votre discours de Calais, que «ceux qui ont quelque chose à reprocher au gouvernement s’attaquent à sa politique, mais qu’ils ne s’attaquent pas à ses fonctionnaires.» Je ne m’en prendrai ici qu’à vous. Et à vous seul.
Je ne suis pas, comme vous dites, un «commentateur du verbe» : je suis un témoin de vos actes. Quant à votre verbe, il est creux, comme votre parole est fausse et votre discours, double.
J’affirme, M. le Président, que vous laissez perpétrer à Calais des actes criminels envers les exilés. Je l’ai vu et je l’ai filmé.
J’affirme, M. le Président, que des fonctionnaires de la République française frappent, gazent, caillassent, briment, humilient des adolescents, des jeunes femmes et des jeunes hommes dans la détresse et le dénuement. Je l’ai vu et je l’ai filmé.
J’affirme, M. le Président, que des exilés non seulement innocents, mais inoffensifs, subissent sur notre territoire des atteintes aux droits fondamentaux de la personne. Je l’ai vu et je l’ai filmé.
Toutes les images sont extraites du film de Yann Moix, Re-Calais , qui sera diffusé au printemps sur Arte
Vous menacez de saisir la justice si les «faits dénoncés» ne sont pas «avérés» . Voici donc, monsieur le Président, les ¬images des conséquences obscènes de ¬votre politique.
Ces actes de barbarie, soit vous les ¬connaissiez et vous êtes indigne de votre fonction ; soit vous les ignoriez et vous êtes indigne de votre fonction. Ces preuves, si vous les demandez, les voici ; si vous faites semblant de les demander, les voici quand même. Les Français constateront ce que vous commettez en leur nom.
«Je ne peux pas laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre exercent des violences physiques» , avez-vous dit. Ajoutant : «Si cela est fait et prouvé, cela sera sanctionné» . D’abord, vous menacez de procès en diffamation ceux qui démasquent ¬votre politique ; ensuite, vous menacez de procédures de sanction ceux qui l’appliquent.
Journalistes, policiers : avec vous, tout le monde a tort à tour de rôle. Les uns d’avoir vu, les autres d’avoir fait. Tout le monde a tort sauf vous, qui êtes le seul à n’avoir rien vu et le seul à n’avoir rien fait. On attendait Bonaparte, arrive Tartuffe.



Soit les forces de l’ordre obéissent à des ¬ordres précis, et vous êtes impardonnable ; soit les forces de l’ordre obéissent à des ¬ordres imprécis, et vous êtes incompétent. Ou bien les directives sont données par vous, et vous nous trahissez ; ou bien les directives sont données par d’autres, et l’on vous trahit.
Quand un policier, individuellement, ¬dépasse les bornes, on appelle cela une bavure. Quand des brigades entières, groupées, dépassent les bornes, on ¬appelle cela un protocole. Vous avez ¬instauré à Calais, monsieur le Président, un protocole de la bavure.
Quand une police agit aussi unie, pendant si longtemps, elle ne peut le faire sans se plier à un commandement. Est-ce bien vous, monsieur le Président, qui intimez aux policiers l’ordre de déclencher ces ¬actions souillant la dignité de l’homme  ? Vous y avez répondu vous-même : «Dans la République, les fonctionnaires appliquent la politique du gouvernement.»
L’histoire a montré qu’on peut parfois ¬reprocher à un policier de trop bien obéir. Mais elle a surtout montré qu’on doit ¬toujours reprocher à un président de mal commander, précisément quand le respect humain est bafoué. En dénonçant les violences policières, en cherchant à savoir qui est le donneur de ces ordres, je ne fais que défendre la police, parce que lui ¬donner de tels ordres, c’est justement ¬porter atteinte à son honneur.
«La situation est ce qu’elle est par la brutalité du monde qui est le nôtre» , dites-vous. Peut-on attendre, monsieur le Président, qu’une situation aussi complexe soit ¬démêlée par une pensée aussi simpliste  ? Que des décisions si lourdes soient ¬compatibles avec des propos si légers ? On attendait Bonaparte, arrive Lapalisse.
Serez-vous plus enclin à l’émotion qu’à la réflexion  ? Ecoutez la voix de ces jeunes qui, fuyant les assassins et la dictature, rançonnés puis suppliciés en Libye, traversent la Méditerranée sur des embarcations douteuses pour accoster, à bout de forces, dans une Europe que vous défendez par vos formules et qu’ils atteignent par leur courage.
Vous avez osé dire : «Notre honneur est d’aider sur le terrain celles et ceux qui ¬apportent l’humanité durable dans la ¬République.» Au vu de ce qui semblerait être votre ¬conception de «l’humanité», les associations préfèrent l’aide que vous leur avez ¬refusée à celle que vous leur promettez. A Calais, on vous trouve plus efficace dans la distribution des coups que dans la distribution des repas.
Ces associations, monsieur le Président, font non seulement le travail que vous ne faites pas, mais également le travail que vous défaites. Quant à votre promesse de prendre en charge la nourriture, elle n’est pas généreuse : elle est élémentaire. Vous nous vendez comme un progrès la fin d’une aberration.
La colonisation en Algérie, monsieur le Président, vous apparut un jour comme un «crime contre l’humanité». Ne prenez pas la peine de vous -rendre si loin dans l’espace et dans le temps, quand d’autres atrocités sont commises ici et maintenant, sous votre présidence. Sous votre responsabilité.
Faites, monsieur le Président, avant que l’avenir n’ait honte de vous, ce qui est en votre pouvoir pour que plus un seul de ces jeunes qui ne possèdent rien d’autre que leur vie ne soit jamais plus violenté par la République sur le sol de la nation. Mettez un terme à l’ignominie. La décision est difficile à prendre  ? On ne vous demande pas tant d’être courageux, que de cesser d’être lâche.
Saccages d’abris, confiscations ¬d’effets personnels, pulvérisation de sacs de couchages, entraves à l’aide humanitaire. Tel est le quotidien des exilés à Calais, monsieur le Président. Hélas, vous ne ¬connaissez rien de Calais. Le Calais que vous avez visité mardi dernier n’existe pas : c’était un Calais pipé ; c’était ¬un Calais imaginaire et vide ; c’était un ¬Calais sans «migrants». Un Calais sur mesure, un Calais de carton-pâte. Le Calais que vous avez visité, monsieur le Président, ne se trouve pas à Calais.
Le Défenseur des droits a dénoncé, lui aussi, le «caractère exceptionnellement grave de la situation» , qu’il n’hésite pas à décrire comme étant «de nature inédite dans l’histoire calaisienne» . Une instance de la République, monsieur le Président, donne ainsi raison à ceux à qui vous donnez tort. Mais je vous sais capable de ne pas croire vos propres services, tant vous ¬donnez si souvent l’impression de ne pas croire vos propres propos.
Comme on se demande à partir de combien de pierres commence un tas, je vous demande, monsieur le Président, à partir de combien de preuves commence un crime.
Je citerai enfin les conclusions de la «mission IGA-IGPN-IGGN relative à l’évaluation de l’action des forces de l’ordre à Calais et dans le Dunkerquois» d’octobre 2017 – mission qui dépend du ministère de l’Intérieur : «L’accumulation des témoignages écrits et oraux, bien que ne pouvant tenir lieu de preuves formelles, conduit à considérer comme plausibles des manquements à la doctrine d’emploi de la force et à la déontologie policière, principalement à Calais. Ces manquements portent sur des faits de violences, sur un usage -disproportionné des aérosols lacrymogènes, la ¬destruction d’affaires appartenant aux ¬migrants ainsi que le non-respect de l’obligation du matricule RIO [le référentiel des identités et de l’organisation].»
© REPORTERS
Permettez-moi, monsieur le Président, de traduire cette phrase dans un français non-policier : «Nous croulons sous les preuves de violences policières, notamment de gazages, mais nous refusons de les considérer comme des preuves au sens strict, car cela risquerait de froisser monsieur le ¬ministre de l’Intérieur, qui serait obligé d’enquêter sur l’épidémie d’anonymat qui saisit ses troupes au moment de l’assaut contre les migrants.»
Vous dites : «Je ne peux laisser accréditer l’idée que les forces de l’ordre utilisent la violence.» Les violences vous dérangeraient-elles moins que le fait qu’on les laisse accréditer ?
A l’heure, monsieur le Président, où vous décrétez ce qui est, ou n’est pas, une «fake news», vous nous rappelez de manière ¬salutaire que vous êtes prompt au mensonge éhonté. On attendait Bonaparte, -arrive Pinocchio.
Je ne sais pas exactement de quoi vous êtes responsable ; je sais seulement en quoi vous êtes irresponsable. Le grand mérite de votre politique, c’est qu’on peut la voir à l’œil nu.
Surtout à Calais, où tout est fait pour ¬rendre impossible aux exilés l’accès à l’Angleterre. Non seulement ils n’ont pas le droit de rester, mais ils n’ont pas la possibilité de partir. Que doivent-ils faire  ? Attendre qu’on leur brûle la rétine  ? Ou bien jouer leur destin en tentant la traversée  ?
Vous menacez en tout, monsieur le Président, des gens qui ne nous menacent en rien. Votre politique ne fait pas que trahir nos valeurs, elle les insulte. Les mesures antimigratoires sont toujours populaires. Mais voulant faire plaisir à la foule, vous trahissez le peuple.
Le préfet du Pas-de-Calais m’a appelé, ¬furieux, osant se réclamer de Jean Moulin ; mais Jean Moulin s’est battu pour faire cesser la barbarie, non pour intimider ceux qui la dénoncent. Les exilés sont des victimes. Laissez les martyrs morts en paix ; cesse de faire la guerre aux martyrs vivants.
Jean Moulin fut supplicié pour une France qui accueille les hommes, pas pour une France qui les chasse. Dites à votre préfet que se réclamer d’un héros de la ¬Résistance quand, dans sa sous-préfecture, Erythréens, Afghans et Soudanais sont harcelés, délogés, gazés nuit et jour, c’est prendre Jean Moulin en otage. Et c’est le trahir une deuxième fois.
Ce n’est plus vous qui êtes en marche, monsieur le Président, c’est la vérité. Vous pouvez porter plainte contre moi pour ¬diffamation ; la postérité portera plainte ¬contre vous pour infamie.
Yann Moix, à Libération


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"VOUS POUVEZ PORTER PLAINTE CONTRE MOI POUR -DIFFAMATION ; LA POSTÉRITÉ PORTERA PLAINTE ¬CONTRE VOUS POUR INFAMIE."

Tout se passe comme si se préparait en France, mais aussi partout en Europe, y compris chez nous,  une nouvelle affaire Dreyfus. "Dans un monde qu’on dit replié sur lui-même, égoïste et peu impliqué, le fait que des familles lambda offrent d’héberger des gens dont ils ne savent rien force le respect, mais est estampillé fragile".
Une fois de plus Béatrice Delvaux nous propose la meilleure des lectures possibles de ce terrible événement. On lira aussi dans le même journal le coup de gueule de Jean-François Kahn:
"Ouverture des frontières, immigration libre: et après on fait quoi?"
"Avec la migration, les populations en marge gonflent, de véritables bidonvilles réapparaissent, les dépenses sociales à la charge des collectivités locales flambent..."
L'immigration et son afflux de demandeurs d'asile sera sans contredit la question qui tous partis confondus divisera l'Europe au risque de la disloquer.
"La problématique des migrants est extrêmement sensible et complexe à gérer. Elle demande de la nuance, de la prudence, une véritable maestria pour éviter de faire exploser les divisions qui habitent la société sur la question de l’accueil."
Que chacun en juge en toute conscience et avec discernement
MG


UNE CHAÎNE HUMAINE POUR LES MIGRANTS: PRÉSERVONS LA MATURITÉ CITOYENNE
Béatrice Delvaux, Le Soir



Il faut éviter de réduire le dossier des migrants à une logique d’opposition entre gauchistes naïfs forcenés et droite répressive.
On l’a écrit de nombreuses fois : la problématique des migrants est extrêmement sensible et complexe à gérer. Elle demande de la nuance, de la prudence, une véritable maestria pour éviter de faire exploser les divisions qui habitent la société sur la question de l’accueil. Entre ceux qui plaident l’humanité et la solidarité – le fameux « devoir d’hospitalité » du philosophe Jacques Derrida – et ceux qui prônent la politique a minima, le chemin est étroit. Sur le fond, le leitmotiv du gouvernement – fermeté et humanité – est le bon angle d’attaque, histoire à la fois de « rassurer » les nationaux et de « protéger » les réfugiés. En pratique, c’est évidemment une gageure.
Depuis plusieurs semaines, la polarisation publique s’est accrue. Une confrontation ouverte est à l’œuvre, sur le terrain, dans les médias et en justice, entre le gouvernement fédéral et, en particulier, la Ligue des droits de l’homme. On peut même parler d’un « duel » de personnes, entre le Premier ministre et le président de la Ligue, concrétisé au début de l’année par le « combat » de posts sur Facebook entre Charles Michel, justifiant de façon très argumentée sa politique migratoire, et Alexis Deswaef répliquant, paragraphe par paragraphe. Ce week-end, la sortie du ministre Denis Ducarme (MR) sur sa volonté d’organiser une procédure de contrôle de l’aide médicale d’urgence aux migrants, pour éviter de potentiels abus, a illico suscité l’indignation de Médecins du Monde et du Ciré. Quelques heures auparavant, ce sont les syndicats et le secrétaire d’Etat Theo Francken (N-VA) qui s’échangeaient des « amabilités » sur Twitter, après l’idée que les syndicats défendraient les migrants illégaux et pas les migrants qui, « eux », travaillent – les routiers. On a déjà fait mieux dans le genre nuancé.
UNE FLAMME FRAGILE
Il faut absolument gérer cette surenchère, qui excite les débordements racistes sur les médias sociaux. Mais il faut surtout éviter de tout réduire à une logique d’opposition sur ce sujet, entre gauchistes naïfs forcenés et droite répressive. Car au milieu de ce mauvais jeu de quilles, se trouve un groupe de citoyens qui, sans nécessairement avoir de carte de parti, d’affiliation syndicale, humanitaire ou politique, font depuis des mois « quelque chose » pour apporter leur part de solution à une problématique migratoire compliquée.
On se souvient de ces villages qui ont spontanément géré cet accueil, ou de ceux qui avaient d’abord refusé l’installation de réfugiés sur leur territoire pour l’organiser in fine, après des discussions et des rencontres. L’hébergement, par des familles belges, de migrants du parc Maximilien illustre la même volonté de solidarité. Ce réflexe citoyen est une flamme fragile : attention à ne pas entraîner cette chaîne de solidarité dans la polarisation, attention aussi à ne pas l’instrumentaliser. Dans un monde qu’on dit replié sur lui-même, égoïste et peu impliqué, le fait que des familles lambda offrent d’héberger des gens dont ils ne savent rien force le respect, mais est estampillé « fragile ».

lundi 22 janvier 2018

Charles Michel: «J’ai confiance dans la politique migratoire du gouvernement»


Le Soir Belga
Le Premier ministre réaffirme son soutien à la politique menée par Theo Francken. 

©Belga 

J’ai confiance dans la politique migratoire du gouvernement, qui est largement inspirée par celle de Maggie De Block (Open VLD) sous le gouvernement Di Rupo  », a réaffirmé, dans un entretien à La Libre Belgique publié samedi, le Premier ministre Charles Michel. « C’est une politique qui protège les frontières européennes  », et qui mêle «  une exigence de fermeté (…) et d’humanité  », précise celui qui refuse de commenter son récent entretien avec le secrétaire d’Etat N-VA Theo Francken, au centre d’une polémique sur la gestion des migrants soudanais et la communication sur ce dossier.
«  J’ai écouté très attentivement les propos de nos détracteurs  », affirme le Premier libéral. «  À aucun moment je n’ai entendu une alternative, si ce n’est les frontières ouvertes  ». Au Parlement, jeudi, «  l’opposition s’est livrée à un concours olympique de la bassesse politique  », lâche-t-il.
Alors que les appels à la démission de Theo Francken se sont multipliés, sur fond d’enquête du CGRA sur d’éventuels cas de torture de personnes soudanaises renvoyées au pays, le Premier ministre rappelle «  une vérité absolue : personne n’est intouchable  », tout en répétant que l’enquête en question ne vise pas à déterminer le sort du politique N-VA. 


«SE GARDER DES FAUX BONS SENTIMENTS» : MACRON RÉPOND AUX CRITIQUES SUR SA POLITIQUE MIGRATOIRE  Figaro 

LE SCAN POLITIQUE - En déplacement à Rome, chef de l'État a répliqué aux associations et intellectuels qui dénoncent sa politique vis-à-vis des migrants, louant un mélange d'«efficacité» et d'«humanité».
«Bienvenue au pays des droits de l'homme». La Une choc de l'Obs qui montre le visage en noir et blanc d'Emmanuel Macron derrière des fils barbelés a provoqué des réactions au sein de la classe politique: le délégué général de la République en Marche, Christophe Castaner, s'est dit «choqué» par le montage de l'hebdomadaire, quand la ministre Jacqueline Gourault a assuré que le visuel «rappelle les camps». C'est sur le fond qu'Emmanuel Macron a souhaité répondre, alors que le prix Nobel de littérature français Jean-Marie Gustave Le Clézio dénonce dans les pages du journal un «déni d'humanité insupportable» dans le traitement des migrants.
«Il y a beaucoup de confusion chez les intellectuels», a répliqué ce jeudi Emmanuel Macron au cours d'une conférence de presse à Rome avec le chef du gouvernement italien, Paolo Gentiloni. «Il faut se garder des faux bons sentiments», a appuyé le président, alors que l'écrivain s'est insurgé contre la politique devenue «un monstre froid» qui agit en suivant «des lois et des instructions qui ne tiennent pas compte du sentiment humain». «La France n'est pas fermée», a rétorqué Emmanuel Macron. Mais «nous sommes face à des vagues migratoires (...) qui sont inédites depuis la fin de la Seconde guerre mondiale», a-t-il ajouté, en rappelant qu'un record de 100.000 demandes d'asile avaient été déposées en France l'an dernier.

EDOUARD PHILIPPE À LA MANOEUVRE À PARIS
La politique du gouvernement «ne remet en rien en cause le droit d'asile (...). Il y a des femmes et des hommes qui arrivent qui ont le droit d'être protégés et ils le sont», a-t-il affirmé. Selon lui, «le sujet des migrations n'est pas derrière nous. Nous parlons de femmes et d'hommes qui continuent à mourir. Face à ce défi, notre réponse doit être structurée et solidaire». «Il faut avoir de la détermination, de l'efficacité et de l'humanité. L'humanité sans l'efficacité, ce sont de belles paroles. L'efficacité sans l'humanité, c'est de l'injustice», a-t-il affirmé.
Des arguments que le premier ministre Édouard Philippe a répétés aux associations, qu'il rencontrait à Matignon jeudi après-midi. Quelques heures avant la rencontre, plus de vingt associations actives dans l'hébergement et l'aide aux étrangers (dont la Fédération des acteurs de la solidarité, Emmaüs, le Secours catholique, Médecins sans frontières, la Fondation Abbé Pierre...) ont saisi le Conseil d'État pour obtenir la suspension en urgence de la «circulaire Collomb» du 12 décembre organisant le recensement des migrants dans les centres d'hébergement d'urgence.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
COLOMB FAIT DU FRANCKEN, MACRON FAIT SON DE WEVER ET LA GAUCHE FAIT SON CINEMA 

En somme la suédoise et Macron suivent, à peu de choses près, la même ligne politique en obéissant à la même philosophie, celle qu'approuvent 60% des Français et une majorité de Flamands. Les francophones de Belgique paraissent plus réservés et surtout plus divisés sur la question de l'accueil des migrants demandeurs d'asile.
«La France n'est pas fermée», a lancé Emmanuel Macron. Mais «nous sommes face à des vagues migratoires (...) qui sont inédites depuis la fin de la Seconde guerre mondiale», a-t-il ajouté
Colomb et Francken suivent la même ligne et Macron et De Wever également.  Édouard Philippe: «Il faut avoir de la détermination, de l'efficacité et de l'humanité. L'humanité sans l'efficacité, ce sont de belles paroles. L'efficacité sans l'humanité, c'est de l'injustice."
C'est la question qui occupera prioritairement l'Europe en 2018 et sur laquelle elle risque de se fracasser entre deux camps antagonistes.  Déjà l'Autriche annonce la couleur -brune en l'occurrence- avec le retour du vocabulaire des "Unmenschen".
MG 


"À TOI, JEUNE RÉFUGIÉ(E)..."
À toi, jeune réfugié(e), qui aujourd'hui te retrouve dans un centre d'accueil ou dormant ici et là

© BELGA/THIERRY ROGE

En ce début d'année, à défaut d'autres moyens, je me permets de t'adresser ces quelques mots, qui je l'espère, t'apporteront un peu de réconfort.
Il y a vingt-trois ans, comme toi, je suis devenue réfugiée. Je n'étais qu'un enfant d'à peine quatorze ans. À seize ans, je suis devenue orpheline. Mon monde et tout ce à quoi je m'accrochais se sont effondrés. Je t'épargne les pleurs, le sentiment d'injustice, la solitude, l'insécurité, l'envie de mourir, le désespoir et autres émotions négatives.
Car vois-tu, j'ai traversé ce désert et j'ai survécu. J'ai rencontré des étoiles ici et là qui m'ont guidé avec bienveillance, des oasis qui ont étanché ma soif, des sourires qui ont soigné mes blessures, j'ai vu l'humanité dans certains regards et j'ai réappris à croire encore, à croire en l'Homme. Je me suis reconstruite aux contacts de mes rencontres mais surtout, j'ai chéri mon rêve de devenir quelqu'un un jour. De ne pas baisser les bras.
Alors à mon tour, humblement, humainement, je viens vers toi avec l'espoir fou d'ajouter un peu de lumière dans ton monde. Accepte ma petite main tendue, invitation à ne jamais abandonner, à puiser la force dans ce grand rêve que tu as jadis osé. Ce rêve de partir, d'abandonner tout ce que tu avais connu, de laisser derrière ton histoire, ton identité et ta dignité, de répartir à zéro avec pour seul espoir de retrouver la sécurité, la paix et un avenir meilleur. Le rêve qui t'a porté et t'a aidé à supporter les dangers de ce voyage dont certains compagnons n'auront pas vu la destination.
Et quand le froid de l'hiver, la longueur des procédures administratives, la solitude et le désespoir s'acharnent à te rappeler ta condition précaire, serre ton bonheur. Oui, car au fond de toi tapit un petit bonheur, le bonheur d'avoir échappé aux bombes, le bonheur ne plus attendre siffler les balles, le bonheur de ne pas voir des corps allongés sans vie, le bonheur d'avoir quitté une terre inhospitalière qu'était devenu ton propre pays. Un pays qui n'arrivait plus à garantir ta sécurité, à nourrir ni ton ventre affamé ni tes rêves ambitieux.
Accroche-toi à la chaleur d'un bonjour, à la solidarité des inconnus et surtout ne laisse jamais ton rêve mourir.
Que 2018 te rapproche encore plus de la réalisation de ton rêve.
Solidairement,
Liliane Bahufite
Carte Blanche 
Le Vif


TROUBLES À BRUXELLES: "NI EXCUSE, NI EXPLICATION"... VRAIMENT ?
Bernard Devos  LE VIF
Délégué-général aux droits de l'enfant 
  
       

" Ni excuse, ni explication "... Tels étaient les mots du bourgmestre de Bruxelles au journal télévisé de la RTBF au lendemain des troubles qui ont émaillé la soirée de la qualification du Maroc pour la prochaine coupe du monde de football. S'il est indispensable de faire en sorte que ces faits ne restent pas impunis, comme l'ont unanimement réclamé l'ensemble des partis politiques du pays, il est tout aussi important d'analyser et de comprendre le contexte et les circonstances dans lesquels ces événements se sont déroulés.

© Belgaimage
Suite à une opération inédite de collectes de témoignages filmés par de simples citoyens, plusieurs individus ont pu être arrêtés, identifiés et presque jugés avant même que la Justice ne puisse faire son travail. Selon les informations disponibles, il semble que plusieurs mineurs d'âge figurent au nombre des inculpés, venant tantôt du quartier où ont eu lieu les dégâts, tantôt d'autres communes de la Région de Bruxelles-Capitale et de communes périphériques. N'étant ni proche ni associé à l'enquête, je ne sais rien de plus sur ces jeunes fauteurs de troubles. Mais j'en ai rencontré beaucoup de semblables qui ont été jugés par la justice après de multiples faits, parfois très graves, et dont le parcours mouvementé ne trouve souvent de trêve que lorsqu'il est trop tard.
Et qu'ai-je retenu de leurs rencontres ? D'abord qu'il est impossible de généraliser. Chaque parcours est unique et il serait très présomptueux de laisser croire qu'il existe une technique, une stratégie particulière qui "collerait" à tous les individus et qui nous permettrait d'éviter d'avoir à gérer des soucis d'adolescence, petits ou grands ! Ensuite que nombre d'entre eux ont commencé par désapprouver l'usage de la violence avant de voir leur résistance morale s'effacer progressivement sous l'effet de frustrations diverses : privations matérielles, stigmatisation excessive (outrancière ?) de leurs origines, dépréciation et relégation scolaire, sentiment d'impuissance et horizon professionnel bouché sont, parmi d'autres, les injustices auxquelles ils ont conscience d'être particulièrement exposés.
Pourtant, les jeunes rapidement qualifiés "d'émeutiers" par les médias et les commentateurs des événements des grands boulevards bruxellois ne sont certes pas les seuls à connaître ces relégations douloureuses, ces vexations successives qui semblent compter dans cette envie détestable de s'attaquer au bien d'autrui, d'user d'agressivité et de sombrer dans des comportements délinquants et violents. Bien d'autres jeunes, issus des mêmes milieux socio-économiques, avec les mêmes antécédents et les mêmes références communautaires, tirent parfaitement leur épingle du jeu et obtiennent la reconnaissance sociale qui faisait cruellement défaut aux premiers. Les raisons de ces parcours différenciés semblent tenir pour une large partie dans la qualité de l'éducation dont ont pu profiter les uns et les autres. Un adolescent qui passe à l'acte délinquant est un adolescent qui n'a réussi ni à comprendre la loi et son utilité, ni à se construire des repères suffisamment solides pour être guidé par un idéal capable de l'aider à se transcender et à s'imposer ses propres limites.
Gérer ses pulsions, comprendre les règles de vie en société, prendre les autres en compte ne sont certes pas des compétences innées mais des "construits sociaux" qui s'apprennent tout au long de l'enfance et dès le plus jeune âge. C'est par l'éducation que l'enfant apprend progressivement les règles et qu'il se les approprie pour devenir progressivement acteur de sa propre "civilisation"
Mais, pour des raisons qui tiennent toujours à leur histoire personnelle, de nombreux parents ne parviennent pas à faire ce travail d'éducation de leur enfant. Leurs défaillances sont toujours lourdes de conséquences et le sont plus encore dans les milieux défavorisés, où les problèmes sociaux s'y additionnent et en décuplent les effets. Il n'est pas facile pour un enfant de se construire dans un contexte où la relégation, l'exclusion et l'humiliation constituent le lot quotidien de leur famille. Il ne lui est pas non plus aisé de comprendre l'intérêt des limites s'il ne connaît que celles, injustes, que lui impose la précarité de son milieu de vie.
Dans l'intérêt des enfants et de la société dans son ensemble, il est indispensable que l'Etat organise, via ses services spécialisés, l'accompagnement de ces parents et de ces familles pour leur permettre d'acquérir les compétences nécessaires et qu'il offre, par ailleurs, des lieux éducatifs de qualité en suffisance qui permettront de "compenser" les lacunes familiales.
L'ÉDUCATION EST LOIN DE CONSTITUER UNE ABSOLUE PRIORITÉ POUR LES DIFFÉRENTS NIVEAUX DE POUVOIR
L'éducation est cependant loin de constituer une absolue priorité pour les différents niveaux de pouvoir, du fédéral aux collectivités locales, en passant par les régions ou les communautés pourtant premières compétentes en la matière. Pour appuyer cet argumentaire sans paraître complètement irresponsable ou en décalage avec le monde réel, j'aimerais pointer quelques exemples. Ils concernent l'ensemble de la région bruxelloise puisque, comme le bourgmestre l'a signalé, les casseurs viennent aussi de plusieurs communes avoisinantes.
Commençons par la petite enfance. Pour l'ensemble de la Région de Bruxelles-Capitale, le taux de couverture moyen en places en crèche est de 31%. Cela signifie que seul un enfant sur trois pourra fréquenter un milieu éducatif dont tous les spécialistes s'accordent pour reconnaître le caractère quasi indispensable au bon développement de l'enfant. A y regarder de plus près, les communes les plus pauvres sont particulièrement démunies alors que d'autres dépassent largement la moyenne régionale. Un exemple ? Woluwe-Saint-Lambert 47%, Molenbeek 11% ! Pourtant le prix Nobel d'économie de 2000, James Heckman, a parfaitement mis en évidence les multiples raisons d'investir massivement dans la petite enfance. De la naissance à l'âge de cinq ans, le cerveau se développe rapidement pour construire les bases des compétences multiples, nécessaires pour réussir à l'école, pour gérer sa santé, sa carrière et sa vie. L'accès à la crèche favorise les aptitudes cognitives ainsi que l'attention, la motivation, la maîtrise de soi et la sociabilité, autant de compétences qui transforment la connaissance en savoir-faire et les enfants en citoyens insérés et productifs. Economiquement, investir dans l'éducation de la petite enfance pour les enfants à risque est, de surcroit, une stratégie efficace pour réduire les coûts sociaux, à court, moyen et long terme.
Après la crèche, l'école. Le bourgmestre, les chefs d'établissements, les enseignants n'y peuvent pas grand-chose mais notre système scolaire est l'un des plus inéquitables au monde. Un système de sélections, d'exclusions et de relégations successives que plus personne ne conteste vraiment mais qui perdure malgré tout depuis des décennies. Le résultat est lamentable : les enfants les plus faibles sont condamnés à fréquenter, dans un entre soi pathogène, des filières "garage". Un système déplorable auquel l'enseignement spécialisé est forcé de prêter son concours, accueillant généreusement des élèves qui ne souffrent d'aucun handicap si ce n'est la faiblesse culturelle, sociale et/ou financière de leurs parents.
Pourtant, plusieurs communes, dont la ville de Bruxelles, ont fait des efforts considérables pour ouvrir des places supplémentaires dans les écoles. Mais le manque de prévoyance en la matière fait que ces places n'offrent pas toutes les qualités requises et détériore les conditions idéales d'apprentissage dont devrait bénéficier tout élève. Certes, installer des préfabriqués à la hâte permet de limiter le nombre d'enfants sans école mais il conviendrait d'augmenter en parallèle les équipements, leur qualité, faute de se retrouver dans des situations pénibles pour les enfants et les équipes éducatives : réfectoires trop petits où des enfants mangent, à tour de rôle et à la sauvette, quand ils ne sont pas invités à avaler leur sandwich sous un abribus ; toilettes insalubres ; espaces de jeu et de détente limités à leurs plus simple expression quand ils existent encore ; classes surchargées, etc...
Mais, plus fondamentalement, notre système scolaire doit être entièrement revu pour répondre aux exigences et aux réalités de notre temps. C'était la louable ambition du Pacte pour un enseignement d'excellence en Fédération Wallonie-Bruxelles. Certaines mesures fortes, tel le tronc commun polytechnique, artistique, sportif et culturel, ou d'autres plus tièdes mais qui font consensus, sont à mettre en oeuvre sans délai. L'exemple des pays qui sont parvenus à réformer profondément leur système scolaire indique qu'il faut du temps, bien plus en tous cas que celui d'une législature pour obtenir un résultat satisfaisant. Il n'y a pourtant aucun "accord sacré" entre tous les partis politiques pour refonder l'école. Une prochaine majorité pourrait déconstruire ce qui a été discuté pas à pas depuis près de trois ans. Les conséquences seraient tellement dramatiques que je n'ose l'envisager...
Enfin, cette école qui n'arrive pas à s'inscrire positivement dans le parcours de trop nombreux élèves, monopolise pourtant près de 85 % des ressources budgétaires allouées à l'éducation. "Pour éduquer un enfant, il faut tout un village" prétend ce célèbre adage africain. La famille et l'école seuls ne peuvent suffire. D'autres acteurs éducatifs sont aussi indispensables pour assurer une éducation holistique et de qualité. Cependant, à côté de l'ogre scolaire qui engouffre à lui seul près de huit milliards d'euros chaque année, il ne reste que quelques centaines de millions pour tous les autres dispositifs qui pourtant jouent un rôle important dans la construction éducative de nos enfants : aide à la jeunesse, mouvements et organisations de jeunesse, auberges de jeunesse, maisons de jeunes, centres d'éducation permanente doivent ainsi se contenter des miettes et ne peuvent exercer sérieusement leurs activités, au bénéfice des plus précaires notamment.
Contrairement aux idées reçues, il ne s'agit pas seulement d'une question budgétaire, il s'agit de choix politique. Car, au même moment, l'Etat fédéral, associé aux régions et aux communes, continue d'investir massivement dans des politiques sécuritaires menées exclusivement dans des quartiers populaires. Loin de viser à l'émancipation et à l'autonomie des jeunes, ces politiques dites "préventives" sont généralement largement occupationnelles et visent en priorité à limiter et contrôler la place des jeunes dans l'espace public. Plutôt que d'être séduits par les atouts d'une éducation bien comprise dont ils seraient des sujets consentants, de nombreux jeunes deviennent la cible du couple infernal "je préviens ta délinquance- je punis ta délinquance" peu respectueux de leurs droits. Plus loin, la coexistence de plusieurs modèles d'intervention sociale auprès d'un même public de jeunes fragilisés est peu propice à une relation positive et confiante à l'égard des professionnels de terrain et de la société. La juxtaposition de multiples dispositifs aux objectifs parfois contradictoires, par des professionnels qui ne poursuivent pas les mêmes finalités et ne se concertent pas, entraîne une confusion déplorable et représente un gâchis financier inexcusable en temps de crise.
Sans l'ombre d'un doute, les jeunes fauteurs de troubles de la fin de l'automne seront sévèrement punis. Il se pourrait bien qu'ils soient pourtant l'arbre qui cache la forêt et que, outre leur comportement inexcusable, certaines conditions indispensables à l'apprentissage patient des règles de vie en société ne soient plus réunies pour de nombreux jeunes des milieux populaires. Il y a onze ans, je publiais une carte blanche dans le journal "Le Soir" intitulée "Bruxelles, petite ville d'apartheid". J'y écrivais notamment qu' "encourager les dynamiques de mixité sociale, refuser la dualisation de l'enseignement, soutenir les efforts d'ouverture des mouvements et des organisations de jeunesse sont, parmi d'autres, des objectifs prioritaires d'un énorme chantier qu'il est urgent d'entreprendre : définir une ambition éducative qui dépasse les spécificités locales et les préoccupations de proximité."
Le temps a passé depuis. Mais rien n'a changé.
Messieurs Michel et Francken, la rue de la Loi est en deuil (OPINION)
CONTRIBUTION EXTERNE 
 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"BRUXELLES, PETITE VILLE D'APARTHEID?"

A quoi bon commenter.  Cette analyse est tellement pertinente qu'on ne saurait mieux faire que de la méditer en toute lucidité:
"Un adolescent qui passe à l'acte délinquant est un adolescent qui n'a réussi ni à comprendre la loi et son utilité, ni à se construire des repères suffisamment solides pour être guidé par un idéal capable de l'aider à se transcender et à s'imposer ses propres limites."
"C'est par l'éducation que l'enfant apprend progressivement les règles et qu'il se les approprie pour devenir progressivement acteur de sa propre "civilisation"
"Il ne lui est pas non plus aisé de comprendre l'intérêt des limites s'il ne connaît que celles, injustes, que lui impose la précarité de son milieu de vie."
Dans l'intérêt des enfants et de la société dans son ensemble, il est indispensable que l'Etat organise, via ses services spécialisés, l'accompagnement de ces parents et de ces familles pour leur permettre d'acquérir les compétences nécessaires et qu'il offre, par ailleurs, des lieux éducatifs de qualité en suffisance qui permettront de "compenser" les lacunes familiales.
"A y regarder de plus près, les communes les plus pauvres sont particulièrement démunies alors que d'autres dépassent largement la moyenne régionale. Un exemple ?A  Woluwe-Saint-Lambert 47% enfants sont inscrits en pré gardienne , à Molenbeek 11% !"
"Economiquement, investir dans l'éducation de la petite enfance pour les enfants à risque est, de surcroit, une stratégie efficace pour réduire les coûts sociaux, à court, moyen et long terme."
"Mais notre système scolaire est l'un des plus inéquitables au monde." "Il doit être entièrement revu pour répondre aux exigences et aux réalités de notre temps."
Il n'y a toutefois aucun "accord sacré" entre tous les partis politiques pour refonder l'école".

"Cette école qui n'arrive pas à s'inscrire positivement dans le parcours de trop nombreux élèves, monopolise pourtant près de 85 % des ressources budgétaires allouées à l'éducation."
Contrairement aux idées reçues, il ne s'agit pas seulement d'une question budgétaire, il s'agit de choix politique.
"De nombreux jeunes deviennent la cible du couple infernal "je préviens ta délinquance- je punis ta délinquance"
Quiconque réfléchit un temps soit peu arrivera au mêmes conclusions.