mercredi 31 janvier 2018

Politique migratoire: on ne pourra pas dire qu’on ne savait pas


BÉATRICE DELVAUX LE SOIR
Un groupe de constitutionnalistes et un collectif de professeurs d’université viennent grossir l’assemblage hétéroclite mais déterminé de citoyens qui estiment qu’une limite a été franchie par le gouvernement fédéral.

Jour après jour, il grossit, le flot de ceux qui ne veulent pas fermer les yeux face à des mesures qui portent atteinte au respect des droits de l’homme et de la dignité humaine, à la démocratie et aux libertés civiles. - Belga. 


On ne pourra plus dire qu’on ne savait pas, qu’on n’avait rien vu et qu’on n’était pas prévenu : « Il y a quelque chose qui ne va pas » dans la politique migratoire menée par la Belgique aujourd’hui. Ce ne sont pas les partis d’opposition qui le disent, ce ne sont pas les syndicats ou l’« industrie » des gauchistes, ce ne sont pas « juste » des francophones et pas « que » des intellectuels. Ce ne sont pas non plus des professionnels de la manifestation et de la propagande.
C’est une série de personnalités et de citoyens qui, les uns après les autres, semaine après semaine, posent un acte individuel ou collectif pour dire « pas en notre nom ».
Ce sont les 30.000 inscrits sur la plateforme citoyenne du parc Maximilien, ce sont les frères Dardenne dans une carte blanche entre Noël et Nouvel An, ce sont certains policiers de Schaerbeek et Bruxelles-Ville, ce sont des membres de l’administration. C’est la lettre des juges d’instruction, puis celle des procureurs, suivies d’une autre encore, signée d’une loge maçonnique. C’est la publication aujourd’hui de deux appels dans Le Soir  : le premier, rédigé par huit constitutionnalistes, dénonce le projet de loi sur les visites domiciliaires, le second est une protestation collective de dizaines de professeurs d’université contre la politique migratoire du gouvernement.
Dans chacun de ces cas, il s’agit de Flamands et de francophones, de gens de gauche et de droite, de socialistes et de libéraux, issus de milieux laïques comme catholiques, des personnes surtout qui généralement ne s’impliquent pas dans le débat public et ne se mêlent pas de politique par désir personnel, devoir de réserve ou éthique professionnelle, ou culte du secret.
«  Qu’autant de gens changent de ligne de conduite a un caractère exceptionnel  », commente le directeur du Crisp, Jean Faniel. Oui, c’est exceptionnel.
Ce pan de société soudain en marche n’est pas une bande d’irresponsables, de cosmopolites naïfs ou d’idiots charitables. Ces citoyens ne sortent d’ailleurs pas de leur zone de confort et ces intellectuels ne brisent pas leur devoir de réserve pour réclamer le laxisme dans la politique de migration menée par la Belgique. S’il s’était agi de cela, jamais on n’aurait assisté à un mouvement aussi diversifié.
Non, le « pas de trop », le « quelque chose qui ne va pas » pour cet assemblage hétéroclite mais déterminé de citoyens touche au respect des droits de l’homme et de la dignité humaine, à la démocratie et aux libertés civiles. D’une manière ou d’une autre, là où ils sont actifs, des juges, des citoyens, des professeurs, des avocats estiment qu’une limite a été franchie, que ce soit en actes, en intentions ou en paroles, par le gouvernement fédéral.
Peut-on exhorter ceux qui sont visés à ne pas balayer d’un revers de la main en le caricaturant ou en le délégitimant ce message venu de la société ? Ces initiatives ne cherchent pas à déstabiliser politiquement, mais à remettre chacun là où il est, devant sa conscience. 



COMMENTAIRE DE DIVERCITY
L’EFFET VISEGRÁD ?

L’analyse de Béatrice Delvaux est irréfutable, comme souvent. Qu’on ne s’y trompe pas, le phénomène n’est pas belgo-belge, il est occidental. La question est celle de l’immigration qui se rue vers les démocraties occidentales pour des raisons politiques et plus souvent encore économiques.  Sans le proclamer ouvertement, la  NVA reprend à son compte le slogan, du Belang : « eigen volk eerst ». Marine le Pen plaide la préférence française et le stop à l’immigration. Colomb et Macron font du Francken en douce. Personne ne veut d’un nouveau Calais. Merkel a perdu la confiance des Allemands avec son « wir schaffen das ». L’extrême droite anti immigrée (AFD) monte, monte tandis qu’Angela  peine à former un gouvernement avec la gauche social-démocrate.
Donald Trump lui une réponse péremptoire : « America first » et l’édification d’un mur anti immigré. Les nations Est européennes  lui emboitent le pas. En Autriche, un nouveau chancelier semble tiraillé entre l'Ouest et l’Est du groupe de Visegrád – cette alliance informelle qui comprend aussi la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie.
«Kurz a été élu sur ses promesses en matière d’immigration et d’asile. Sur ces thèmes, la Hongrie est un partenaire important, qu’il lui faut rencontrer», explique le politologue salzbourgeois Eric Miklin. .« En juillet, l’Autriche prendra la présidence tournante de l’Europe. L’occasion pour son nouveau leader de devenir concret. »
Ce sera l’été de tous les dangers. Il y a fort à parier qu’avec le retour du beau temps, des vagues de dizaines de milliers de réfugiés africains, afghans, syriens, irakiens franchiront les mers et les montagnes et exerceront sur les frontières extérieures de l’Europe une formidable pression. Il devrait s’en suivre une tension extrême entre les régaliens identitaires et nationalistes attachés aux frontières et les élites cosmopolites qui prônent une Europe ouverte sur le monde avec une libre circulation des marchandises, des idées, des hommes et des femmes.
Attention car en 2019 auront lieu les élections européennes dans le 27 pays de l’Union. Ce sera l’année de tous les dangers et l’heure de vérité pour l’Europe.
MG 


EN AUTRICHE, UN NOUVEAU CHANCELIER TIRAILLÉ ENTRE L’EST ET L'OUEST
Par Céline BEAL, correspondante en Autriche — Libération 


Le chancelier autrichien Sebastian Kurz avec le Premier ministre hongrois Viktor Orbán, mardi à Vienne. Photo Joe Klamar. AFP

Sebastian Kurz reçoit ce mardi son homologue hongrois, le controversé Viktor Orbán. Une visite qui n'a rien d'anodin pour ce conservateur qui a construit son aura politique sur des positions anti-réfugiés et dont le pays prendra cet été la tête du Conseil de l'Union européenne. En Autriche, un nouveau chancelier tiraillé entre l’Est et l'Ouest
Il s’agit d’une simple réunion de travail, non d’une réception officielle – la distinction est symbolique. Reste que le chancelier conservateur Sebastian Kurz reçoit Viktor Orbán à Vienne ce mardi. Selon les médias locaux, le dirigeant hongrois et porte-parole du groupe de Visegrád – cette alliance informelle qui comprend aussi la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie – veut s’assurer de la bienveillance de son nouvel homologue autrichien, en amont du Conseil européen du 23 février. Il rencontrera aussi le vice-chancelier et chef du FPÖ, Heinz-Christian Strache, qui se pique parfois de prendre l’artisan magyar de la «démocratie illibérale» en exemple.
Cette visite de voisinage, effectuée alors que le nouveau gouvernement autrichien est à peine installé, n’est pas anodine. Sebastian Kurz est connu pour son soutien à la Hongrie en matière de politique migratoire, rejetant lui aussi les quotas de réfugiés en Europe et réclamant la fermeture des frontières extérieures de l’Union. «Kurz a été élu sur ses promesses en matière d’immigration et d’asile. Sur ces thèmes, la Hongrie est un partenaire important, qu’il lui faut rencontrer», explique le politologue salzbourgeois Eric Miklin.
OFFENSIVE DE CHARME
«Kurz se garde néanmoins d’accueillir Orbán en grande pompe, pour ne pas froisser en Europe de l’Ouest», note le spécialiste. Il est probablement un peu tôt pour l’Autrichien, qui a fait entrer l’extrême droite dans son gouvernement, pour s’afficher avec le représentant de Visegrád, où l’Etat de droit n’a pas le vent en poupe. Au contraire, le chancelier a commencé son mandat par une offensive de charme, bien mise en scène pour les médias. A Bruxelles, à Paris puis à Berlin, il a expliqué que son pays reste «pro-européen», sans élaborer plus concrètement.
Le gouvernement Kurz joue-t-il double jeu ? Pendant la campagne législative, Heinz-Christian Strache s’était prononcé pour que l’Autriche devienne le cinquième membre du groupe de Visegrád. Entré au gouvernement, il a pu nommer la ministre des Affaires étrangères, Karin Kneissl, qui, pour son premier déplacement officiel, a préféré la Slovaquie à la neutre Suisse, comme c’était la coutume.
«REGARDÉS DE HAUT»
L’historien Michael Gehler exclut pourtant un ralliement de l’Autriche au «V4», qui «irait à l’encontre des intérêts du pays». A la différence de la Hongrie et de ses partenaires, la riche république alpine est en effet un pays de destination pour les migrants et un contributeur net au budget communautaire. Cependant, ses dirigeants parlent de sortir de l’ombre du grand voisin allemand. A l’été 2015, Sebastian Kurz a d’ailleurs construit son aura politique en prenant le contre-pied de l’attitude accueillante d’Angela Merkel face aux réfugiés.
Vienne pourrait préférer une nouvelle interprétation de son rôle, hérité de la guerre froide, de conciliateur entre Européens occidentaux et orientaux, cette fois plus à l’écoute des seconds. Les pays de l’Est seraient trop souvent «regardés de haut», a déploré Sebastian Kurz dans le Bild allemand. En juillet, l’Autriche prendra la présidence tournante de l’Europe. L’occasion pour son nouveau leader de devenir concret.
Céline BEAL correspondante en Autriche





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