jeudi 4 janvier 2018

SOUDAN: LOUIS TOBBACK SOULIGNE LA RESPONSABILITÉ DE TOUTE LA MAJORITÉ


Walter PauliWalter Pauli est journaliste au Knack. (Le Vif)
Louis Tobback (sp.a) entame sa toute dernière année comme bourgmestre de Louvain. Notre confrère de Knack s'est entretenu avec lui, notamment au sujet de l'accord sur l'asile controversé avec le Soudan. "Theo Francken peut être assuré que tout le gouvernement était derrière lui." 


          Louis Tobback © Hatim Kaghat 

Depuis deux semaines, Theo Francken fait l'objet de critiques pour le renvoi impitoyable de demandeurs d'asile soudanais.
Louis Tobback: J'ai un avis nuancé sur l'intervention de Francken. J'ai déjà dit dans le passé que la politique de Francken était le prolongement de ce que je faisais comme ministre des Affaires étrangères. Je trouvais aussi que l'État belge ne pouvait donner l'impression d'avoir perdu les pédales. [...] Il y a beaucoup de choses que fait Francken que je ferais aussi. Mais il s'en délecte trop. C'est pour cette raison qu'il a provoqué un incident en disant avec volupté : "Je vais nettoyer le parc Maximilien." Ce n'est pas bien. Renvoyer les demandeurs d'asile doit rester une corvée. [...]
LE MOIS DERNIER, FRANCKEN A DÉCLARÉ À KNACK QU'IL AVAIT BEAUCOUP DE RESPECT POUR VOUS: "LA RÉPONSE DE TOBBACK À LA MORT DE SEMIRA ADAMU (UNE RÉFUGIÉE NIGÉRIANE ÉTOUFFÉE DANS UN COUSSIN LORS DE SON RAPATRIEMENT EN 1998, NLDR) FAIT DE LUI UN GRAND MONSIEUR." VOUS AVIEZ DÉMISSIONNÉ PARCE QUE VOUS VOUS SENTIEZ POLITIQUEMENT RESPONSABLE DE LA MORT DE CETTE FEMME. FRANCKEN NE DOIT-IL PAS DÉMISSIONNER PARCE QU'IL EST POLITIQUEMENT RESPONSABLE DE LA TORTURE DE DEMANDEURS D'ASILE SOUDANAIS ?
Il y a quelques différences essentielles entre les deux dossiers. Bien que le Premier ministre Dehaene trouvait que je devais rester, je me sentais politiquement responsable d'erreurs graves commises par des gendarmes. À cause d'eux une jeune fille est morte.
Il en va tout à fait différemment pour les Soudanais. Quand on a appris que l'État belge coopérerait avec les fonctionnaires soudanais, il y a eu de vives protestations - et à juste titre. Mais même le ministre des Affaires étrangères Didier Reynders (MR) a déclaré à la télévision que la coopération avec les Soudanais était tout à fait normale, "parce que tous les pays européens le font".
EN OCTOBRE, FRANCKEN A REÇU UNE NOTE DU COMMISSARIAT GÉNÉRAL AUX RÉFUGIÉS ET AUX APATRIDES LE METTANT EN GARDE CONTRE LES RISQUES COURUS PAR LES SOUDANAIS DANS LEUR PAYS.
Pour évaluer ce danger, il n'est pas nécessaire d'avoir une note, non? Le président soudanais Omar el-Bechir est un criminel de guerre reconnu. L'homme est recherché par la Cour Pénale Internationale. C'est de cela que parlait le débat, quand Francken a sorti son plan sinistre. Mais il l'a fait avec le consentement explicite de la majorité.
Au fond, de quoi se plaint le Premier ministre ? Charles Michel (MR) aussi a souligné textuellement que le gouvernement soutenait la venue de "fonctionnaires soudanais" ? Il ne faut pas qu'ils viennent dire maintenant qu'ils ne savaient pas que ce que faisait Francken. Y compris les CD&V tels que Nahima Lanjri et Wouter Beke : leur indignation est très tardive. Si les choses tournent mal pour ces personnes renvoyées cela relève de la responsabilité collective de toute la majorité. [...]
EN GROS, VOUS TROUVEZ QUE FRANCKEN N'EST PAS POLITIQUEMENT RESPONSABLE DU SORT DES SOUDANAIS, COMME VOUS L'ÉTIEZ DANS LE CAS DE SEMIRA ADAMU?
Francken est tout aussi responsable que le reste du gouvernement d'avoir fait venir les services secrets soudanais à Bruxelles, et de les avoir fait sélectionner les victimes. Le reste du gouvernement l'a soutenu. Ils ne peuvent pas dire qu'ils n'étaient pas au courant.
Francken peut être assuré que tout le gouvernement était derrière lui dans son choix scandaleux de refouler des Soudanais sélectionnés par les représentants de ce régime.
MAIS VOUS TROUVEZ QUE C'EST UNE PRATIQUE SCANDALEUSE, CETTE COOPÉRATION BELGE AVEC LES SOUDANAIS?
Cet accord avec les Soudanais dépasse l'entendement, non ? Ce qui serait vraiment étonnant, c'est qu'on ne torture personne à Khartoum. Et je me moque que les gouvernements français et allemand aient déjà un accord. À présent, le gouvernement belge souhaite étudier ce qui s'est exactement passé au Soudan. Mais nous n'avons même pas d'ambassade à Khartoum! Écrivez donc (rire cynique) que la Sûreté d'état a probablement envoyé un de ses meilleurs agents au Soudan pour constater sur place si on torture dans les prisons. Il sera plus difficile de savoir s'il y a eu des morts. Les morts ne viennent pas témoigner, et les Soudanais ne nous donneront pas l'adresse de l'endroit où ils font disparaître leurs prisonniers.
Il est évidemment totalement inapproprié de se référer aux années trente. Mais un homme de mon âge n'y peut rien s'il voit parfois des parallèles inexprimables. Est-ce qu'en 1935 on aurait également demandé aux dirigeants d'un certain régime de venir choisir parmi les réfugiés en Belgique ? Charles Michel a-t-il déjà étudié la situation sous cet angle? 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
TOBACK EGAL A LUI MÊME 

L'âge n'a pas de prise sur cet esprit caustique qui excelle dans les propos polémiques et dont le verbe met promptement  chaos ses adversaires. En quelques tirs  bien ajustés il coule sans pardon la suédoise et flingue son pilote fragile. C'est que Michel le fils est moins coriace que Michel le père; comme Toback junior, il ne vient pas à la cheville de son illustre géniteur.
Les diverses cartes blanches  assassines et les interviews fracassantes de vieux crocodile (Deprez, Toback, -Eyskens ne tardera pas à se faire entendre-),  criblent la carlingue d'une suédoise qui se révèle soudain terriblement kamikaze.
L'analyse fouillée du bilan du  gouvernement de Charles Michel par le professeur Herman Mathijs semble lui donner le coup de grâce. Voyez plutôt.
MG  

 
"2018 POURRAIT BIEN ÊTRE UNE ANNÉE ÉLECTORALE PLUS ÉTENDUE QUE PRÉVU"
Le Vif 

"L'opposition ne manquera pas de déposer une motion de méfiance contre le gouvernement Michel et alors il faudra trancher", estime le professeur en finances publiques à l'Université de Gand et à la VUB et membre du Conseil Supérieur des Finances Herman Matthijs. Il n'exclut pas la possibilité d'élections fédérales anticipées.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'arène politique fédérale est agitée. Les sujets de discussion ne manquent pas et beaucoup de dossiers attendent une décision. Cependant, le tollé au sein du gouvernement sur les Soudanais risque de signifier la fin de cette coalition suédoise. À quoi ressemble l'avenir de ce gouvernement ?
Dossiers
De nombreux dossiers attendent une décision, notamment les pensions, la taxe sur les comptes-titres, la privatisation de Belfius, le statut bancaire de Dexia... reste à voir si l'année électorale 2018 apportera beaucoup de percées. Il y a d'autres dossiers qui méritent plus d'attention.
Énergie nucléaire
La sortie nucléaire est à l'ordre du jour depuis quelques années. Ce gouvernement souhaite également fermer nos centrales nucléaires d'ici 2025. L'accord gouvernemental en parle également. Néanmoins, cet accord stipule qu'il faut mettre au point un mécanisme de monitoring et de correction pour garantir l'approvisionnement, la durabilité, un prix abordable et la sécurité. Les citoyens de ce pays n'ont encore rien entendu de sérieux à ce sujet.
Aujourd'hui, l'énergie nucléaire représente 52% de notre production d'électricité. Les moulins à vent ne suffiront pas à combler ces 52%, il nous faut au moins six centrales de gaz de taille conséquente.
Cependant, nous sommes début 2018 et il n'y a pas l'ombre d'une alternative aux centrales nucléaires, qui devraient fermer en 2025. Et la sortie nucléaire avait déjà été décidée par les gouvernements violets.
Et personne ne sait qui va payer les nouvelles centrales, alors qu'en Belgique les coûts d'énergie élevés pèsent fort sur l'attrait d'investissement. Ce dossier mal géré entraînera forcément des factures plus élevées pour les citoyens.
L'abandon de l'énergie nucléaire signifie aussi une émission accrue de CO2 et une perte de connaissances acquises chèrement sur ce thème. Et que faire si les centrales de thorium percent ? Il faut également souligner que les pays scandinaves et les présidents Obama et Trump ont choisi et choisissent de nouvelles centrales nucléaires.
En tout cas, ce dossier d'énergie nucléaire est un des nombreux débats menés de manière trop sentimentale par la politique. Mais c'est Paris qui décide des rêves belges, car au début du siècle nous avons vendu la quasi-totalité de notre infrastructure électrique à GDF-Suez. Aussi n'avons-nous pas grand-chose à dire dans ce dossier. Notre pays est une colonie énergétique de la Cinquième République française.
F-16
Paris et ses dirigeants actuels, le président Macron et son épouse Brigitte Trogneux, exercent également une mainmise sur la Belgique par le biais du remplacement des F-16. Vu la ligne directe entre l'Élysée et le MR, la France essaie de ramener ses Rafale (Dassault) dans la course en proposant une offre de compensation de pas moins de 20 milliards d'euros. C'est totalement invraisemblable parce que ce n'est guère proportionnel au prix de 34 nouveaux avions (environ 3,5 milliards d'euros) et le fait qu'on peut qualifier la France de cimetière socio-économique.
Cependant, les Français étaient déjà sortis de la course et il faudra voir en quelle mesure le MR veut rouvrir cette procédure pour ramener Paris dans la course, car il n'y a que deux inscriptions réglementaires : le F-35A (Lockheed) et l'Eurofighter.
Les partis flamands peuvent difficilement choisir un appareil français, étant donné que la collaboration militaire avec les Pays-Bas dépend de l'achat du F-35.
Ce dossier pourrait néanmoins aboutir à un accord confédéral: le Rafale pour Florennes et le F-35 pour Peer/Kleine Brogel. Dans ce dossier, il sera également intéressant de voir en quelle mesure les partis francophones sont capables de résister au néocolonialisme parisien.
Le Soudan
Aujourd'hui, l'extradition de Soudanais illégaux et les tortures supposées entraînent des tensions dans ce gouvernement. Cependant, il faut souligner que ce dossier comporte sa dose d'hypocrisie. Depuis 2014, le dictateur islamique soudanais el-Bechir a un accord de soutien avec l'Union européenne alors qu'il est recherché par la Cour pénale internationale. En outre, la Belgique entretient de simples relations diplomatiques avec ce pays. Et on torture "massivement" au Soudan. De tout cela, on n'a jamais fait de problème.
La dissolution du parlement catalan élu et l'emprisonnement de dirigeants catalans par Madrid ne sont pas problématiques, tout comme les arrestations massives d'opposants politiques par Erdogan durant le week-end de Noël. Les Ayatollahs dictateurs en Iran non plus ne respectent pas toujours les Droits de l'Homme, mais on se tait vu "l'accord sur l'uranium" et d'autres contrats juteux.
Si on ne renvoie plus de Soudanais à cause des tortures, on n'a qu'à mettre fin aux relations diplomatiques avec ce pays et opposer son veto au soutien de l'UE à ce pays africain.
Si on discute du Soudan, c'est parce que ce pays ne représente rien, ni sur le plan politique, ni économique.
Dernière remarque: n'avons-nous plus le droit de refouler des illégaux? Et qu'allons-nous faire de ce grand groupe, car la majorité des pays de cette planète sont des dictatures ? En outre, la Belgique est déjà un pays surpeuplé. Finalement, il faut ajouter que le gouvernement Michel est également la victime de la mauvaise sécurisation de la zone Schengen et de la pagaille créée par la Commission européenne à l'égard du dossier de migration.
Vers les élections?
C'est ainsi que nous aboutissons à l'état des lieux de ce gouvernement fédéral. Un étranger doit avoir l'impression que dans ce pays l'opposition fait partie du gouvernement. Si on dit que le gouvernement Michel est faible, alors l'opposition est encore plus incolore.
Au sein du gouvernement, il y a souvent une opposition entre les trois partis économiques libéraux d'une part et le CD&V d'autre part. On sait en effet depuis longtemps que le CD&V ne se sent pas à l'aise dans ce gouvernement. Cependant, les sondages ne donnent pas de majorité à une coalition de gauche composée du CD&V, du cdH, des Verts et des socialistes. Une telle construction, ainsi qu'une tripartite traditionnelle, offre probablement le moins de perspective de pouvoir au CD&V. La plus grande garantie pour Charles Michel de rester Premier ministre, c'est la N-VA.
Si un parti du gouvernement demande le licenciement du "trop populaire" Secrétaire à l'Asile et à la Migration Theo Francken, on demande au fond la fin de ce gouvernement Michel. Quel parti de l'opposition voudra soutenir une nouvelle équipe pour les mois qui restent ? La réponse est simple : aucun. De cette manière, il y aura des élections fédérales anticipées avant les vacances de Pâques. Lors de la reprise des activités de la Chambre, l'opposition ne manquera pas de déposer une motion de méfiance contre le gouvernement Michel et alors il faudra trancher. Ils seront nombreux à se contorsionner dans tous les sens.
En ce début d'année, je donne un conseil électoral "gratuit" au CD&V et à l'Open VLD : pour les deux partis, des élections anticipées sur la question soudanaise tourneront à la course au seuil électoral. Il y a une énorme différence entre les idées véhiculées par la Rue de la Loi et les rues de village.
En cas de chute du gouvernement, Arco, la taxe sur les comptes-titres, le statut bancaire de Dexia et les dossiers dont ils ont déjà discuté seront transmis à la prochaine équipe gouvernementale.
Que faire?
Il ne fait pas de doute que le Premier ministre Charles Michel a passé la trêve de Noël à chercher une solution pour tous ces dossiers. Il survivra à la motion de défiance. Mais il reste assez de problèmes pour échauffer les esprits. La situation économique favorable continuera à faire baisser le déficit, la dette et le chômage. À cet égard, il faut miser sur le contrôle budgétaire des vacances de Pâques.
Cependant, il y a déjà eu trop d'incidents entre les quatre partenaires de coalition et la campagne avant le début des élections communales du 14 octobre commence. En outre, il y a peu de risques qu'on distribue encore beaucoup de cadeaux politiques sur les dossiers en cours. C'est pourquoi continuer jusqu'à mi-2019 n'est pas une bonne idée. En outre, 2018 sera une bonne année socio-économique et budgétaire, un climat idéal pour se présenter à l'électeur fédéral.
Conclusion
2018 pourrait bien se révéler une année électorale plus étendue que prévu. Avancer les élections fédérales et les lier au scrutin local pour les dissocier des élections régionales arrange très bien les partis du gouvernement et de l'opposition. Il ne reste plus qu'à trouver un dimanche qui mène à une victoire électorale.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
EN CONCLUSION? 
 
"Il ne resterait donc plus qu'à choisir un dimanche qui soit favorable à un gain électoral." Gain électoral? Gageons que le N-VA se frotte les mains et que le MR a déjà la migraine. Grosse panique au CDH et au CD&V. Pour le CDh, des élections anticipées sur la thématique soudanaise sont en effet un gage  de désastre électoral.
"On sait depuis longtemps que le CD&V ne se sent pas à l'aise dans ce gouvernement. Cependant, les sondages ne donnent pas de majorité à une coalition de gauche composée du CD&V, du cdH, des Verts et des socialistes. Une telle construction, ainsi qu'une tripartite traditionnelle, offre probablement le moins de perspective de pouvoir au CD&V. La plus grande garantie pour Charles Michel de rester Premier ministre, c'est la N-VA."

On fonce, tête baissée vers la crise de régime dans une Belgique qui risque de devenir assez vite ingouvernable.
En 2005 la Libre écrivait sous le titre "démocratie belges enrayée?" ce qui suit  "Ceux qui croient que l'Etat fédéral belge doit être conservé doivent partir à la recherche des moyens qui peuvent combler le déficit démocratique, tout comme ceux qui défendent la construction européenne doivent partir à la recherche de moyens qui puissent rendre des décideurs européens responsables vis-à-vis de la population européenne. S'il existait en Belgique
des (grands) partis fédéraux qui visent à mobiliser des électeurs des deux côtés de la frontière linguistique, le déficit démocratique serait déjà partiellement réduit. Mais ces partis n'existent plus et ce n'est pas demain qu'ils nous tomberont du ciel. Tous les partis peuvent en principe se présenter dans tout le pays mais ils ne le font pas..
Il y a cependant une solution relativement facile qui permettrait d'avoir un certain nombre d'élus fédéraux qui entrent en dialogue avec des électeurs venant des deux communautés : une circonscription électorale qui dépasse la frontière linguistique. Dans le cadre de l'élection de la Chambre fédérale, on pourrait allouer une partie (par exemple un tiers) des sièges dans une circonscription couvrant l'ensemble du territoire de la Belgique, tout en allouant les autres sièges dans des circonscriptions provinciales. Les partis flamands et francophones pourraient alors - séparément ou en collaboration avec l'autre composante de leur famille politique - présenter pour ces sièges fédéraux des candidats qui ambitionnent d'attirer des électeurs de part et d'autre de la frontière linguistique. La population belge a le droit de se choisir d'une façon démocratique des représentants belges.
Avec une telle circonscription unique pour une part des sièges de la Chambre, on pourrait donc commodément assurer une cohérence limpide des circonscriptions électorales sur une base provinciale, comme le demandent les partis flamands, tout en permettant aux électeurs qui le souhaitent de voter - où qu'ils habitent - pour des candidats de leur propre groupe linguistique, comme le demandent les partis francophones."
Mais cela c'est une autre histoire. Ce qui est sûr c'est que la démocratie belge est de plus en plus enrayée.
MG

DÉMOCRATIE, ENRAYÉE ?

Avec la participation de Vincent de Coorebyter.
« La démocratie, enrayée ? ». Ainsi posée, la question générique portée par le colloque international tenu à l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles, les 30, 31 mai et 1er juin 2013, pouvait apparaître rhétorique. Elle se justifiait pourtant pleinement par la préoccupation des organisateurs de démarrer la réflexion au départ d’une perception largement partagée et contemporaine d’essoufflement du cadre démocratique institutionnel. Celui-ci fait face aux questions politiques, démographiques, économiques qu’impose l’agenda global d’une planète désormais mondialisée sur le plan de ses échanges commerciaux et humains, de ses flux d’informations, et mise au pied du mur de défis exigeant une entente de nature globale.
En définitive, le rôle ingrat de la démocratie serait de parvenir à se protéger à la fois de l’irresponsabilité et de la frilosité, en ressuscitant une vision de l’intérêt général. Cela ne sera guère facile et nécessite de réconcilier l’intérêt général et les intérêts particulier, les jeunes et les vieux, les employés et les ouvriers, les investisseurs et les travailleurs, et de dépasser cette rupture que Pierre Desproges moquait lorsqu’il nous disait que « la démocratie c’est aussi la victoire de Belmondo sur Fellini ou du top 50 sur Mozart ». Telle est la nouveauté de l’ère nucléaire et financière : la loi du plus grand nombre, que le même Desproges dénonçait parce qu’elle n’est que la loi de la médiocrité sur l’intelligence, s’efface finalement elle-même devant les devoirs que nous donnent ceux qui nous suivront, et dont nous n’avions pas été habitués comme espèce, jusqu’ici, à envisager que nos actions présentes pourraient les empêcher tout simplement de vivre. Ce qu’on nomme « démocratie enrayée » pourrait bien préfigurer une bataille décisive entre ceux qui pensent à la prochaine élection et ceux qui parviennent à faire penser les citoyens à la prochaine génération.



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