mardi 30 janvier 2018

Visites domiciliaires: des députés MR demandent un amendement du texte


Le Vif

La présidente du Sénat, Christine Defraigne, n'est pas isolée au MR dans sa contestation du projet de loi sur les visites domiciliaires. Deux députés MR à la Chambre, Françoise Schepmans et Richard Miller, se sont également prononcés en faveur d'un amendement du projet de loi. 



    © JEAN-LUC FLEMAL/Belgaimage
Lundi, M. Miller est monté au créneau au Conseil du MR pour faire part de ses préoccupations à l'égard du texte combattu ou contesté par plusieurs associations, la magistrature, les ordres des avocats mais aussi des organisations plus discrètes, comme des loges maçonniques. Il n'a pas été suivi. Mardi, le parti a d'ailleurs publié un communiqué pour réaffirmer sa ligne et son soutien au projet de loi.
A entendre Mme Schepmans et M. Miller, le débat n'est toutefois pas clos. Il n'y a d'ailleurs pas eu de vote au Conseil du parti.
"Je soutiens la politique du gouvernement, y compris en matière migratoire mais, hier matin, j'ai plaidé pour que ce texte soit revu et je continue à penser qu'il doit être revu pour être amélioré", a expliqué M. Miller dans les couloirs de la Chambre.
Le député souhaite notamment que le projet confirme l'exception faite aux hébergeurs de sans-papiers mus par des motifs humanitaires. "Il faut préciser que l'hébergeur humanitaire est protégé", a-t-il souligné.
"Dans son état actuel, le texte me pose des problèmes", a-t-il ajouté, insistant sur la liberté d'expression qui existait au sein du MR sur les sujets éthiques.
"C'est un texte qui pose question dans son aspect humain, sensible. Et je pense qu'il y a des points qui peuvent faire l'objet d'amendements, en particulier pour la protection des enfants et les fouilles. Le principe d'inviolabilité du domicile est fondamental: on ne peut y déroger que dans ces cas exceptionnels", a dit de son côté Mme Schepmans.
"Le sujet a été discuté au Conseil du MR. Il y a des avis partagés. Le débat doit se poursuivre entre libéraux", a ajouté la députée-bourgmestre de Molenbeek. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
Y AURAIT-IL DEUX MR : UN MR RÉGALIEN ET CONSERVATEUR ET UN MR PLUS OUVERT, PLUS COSMOPOLITE ? 

La réaction brutale du président Chastel à l’égard des mails envoyés par Eddy Caekelberghs et la réaction à lettre de la loge Chaos adressée aux députés de signature MR semble créer une ligne de fracture au sein du MR
MG 


EDDY CAEKELBERGHS: DÉRAPAGE JOURNALISTIQUE... OU POLITIQUE? 

La mise à pied d'un journaliste, mardi au sein de la rédaction de la RTBF, nous apparaît pour le moins interpellant, a fortiori lorsque l'on apprend que le "commanditaire" de cette mise à l'écart n'est autre que le président d'un parti "démocratique".
Un message, jugé polémique par certains, a été adressé, lundi soir par le journaliste concerné, à des membres du centre d'action laïque (CAL). Certes.
Mettant fermement en cause la politique migratoire du gouvernement fédéral présidé par le libéral Charles Michel, la missive n'a manifestement pas plu au président du MR, lequel aurait aussitôt joué de son influence auprès de la direction de la chaîne publique.
Faisant suite à l'intervention d'Olivier Chastel, le directeur de l'information Jean-Pierre Jacqmin et l'administrateur général de la RTBF Jean-Paul Philippot ont, sans attendre, suspendu d'antenne le journaliste visé.
Dans l'attente des résultats des investigations ertébéennes, plusieurs questions se posent, en termes de fonctionnement démocratique notamment.
Appartient-il à un président de parti, ou à tout autre responsable politique, d'interférer auprès de sa direction lorsqu'un journaliste, ou tout autre travailleur, est susceptible d'avoir enfreint certaines règles?
Appartient-il à un président de parti, ou à tout autre responsable politique, d'interférer auprès de sa direction lorsqu'un travailleur exprime une opinion de citoyen, soit-il ou non journaliste?
Sans préjuger de quoi que ce soit quant à la pertinence des propos tenus par le journaliste sanctionné et la manière de les avoir communiqués, des règles régissent le fonctionnement de notre démocratie.
Il est certes compréhensible que, au regard du contrat de travail qui les lie, la RTBF puisse réclamer des explications à l'un de ses employés. Mais il est inadmissible qu'une sanction soit infligée à un travailleur par le biais d'un président de parti, sous prétexte que ses pairs auraient été victimes d'une quelconque vexation.
Encore aujourd'hui, la liberté d'expression reste mise à mal dans nombre de pays. Le simple fait de mécontenter les autorités y suffit pour justifier une mise à l'écart, voire des sanctions bien plus graves encore.
Récemment pointée du doigt par Amnesty International, la Turquie, voisine de nos frontières européennes, s'illustre par la répression à l'égard de professionnels de l'information qui osent critiquer l'autorité. Pertes d'emploi, emprisonnements et fermetures d'organes de presse y constituent des moyens privilégiés pour faire taire d'éventuelles contestations.
Si nous n'en sommes heureusement pas là, la vigilance reste de mise.
Par l'élaboration d'une législation adéquate, la responsabilité du politique consiste à assurer à tout un chacun la possibilité d'exercer pleinement son droit d'expression, dans le respect d'autrui.
Le rôle du politique n'est a contrario pas d'influencer untel ou untel en vue de faire taire celles et ceux qui tiendraient des propos divergeant des leurs.
Au nom d'une déontologie journalistique prétendument bafouée, il est inacceptable de sacrifier la déontologie politique...
Christophe COLLIGNON
Député - Vice-président du Parlement de Wallonie 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DREYFUSARDS ET ANTIDREYFUSARDS? 
 
La compétence professionnelle d'Eddy Caekelberghs est de notoriété publique. Son talent de journaliste critique honore la RTBF. Qu'il ne soit pas asexué idéologiquement est son droit le plus légitime. Il est donc normal qu'il contre-attaque par la voix de son avocate dont les arguments sont irréfutables.  Eddy Caekelberghs a exhumé un extrait vidéo où Louis Michel parle des réfugiés avec générosité. « N’hésitons pas ! Viralisons avec un texte bien senti et court […] genre : “Qui a le droit de faire ça ?” dit Louis Michel en 2009 ! “Théo et Moi”, répond son fils en 2018 ! »
So what? Certes cela signifie clairement qu'Eddy Caekelberghs est hostile à la politique de Charles Michel inspirée par la N-VA.  Il n'est pas le seul. Toutefois,  il n'a pas émis cette opinion sur antenne mais dans un mail adressé au président du CAL. So what?
Eddy Caekelberghs saisirait volontiers le trompette du j'Accuse qu'emboucha autrefois le grand Emile Zola. C'est ce qu'il semble vouloir dire dans ce mail viral au président du Cal.
En vérité, l'affaire Caekelberghs lève un très gros  lièvre et cela ce n'est franchement pas banal. La radicalité de la réaction du président du MR révèle en effet une grande nervosité interne entre les libéraux conservateurs tendance Reynders (celui qui va déjeuner chez Bruneau avec Bart et Jambon et envisage des élections anticipées) et les libéraux plus ouverts tendance Louis Michel père et le bouillant président des jeunes MR.  
En vérité , il s'installe dans tous les partis, en France comme en Belgique et aussi en Allemagne une fracture entre les partisans d'un monde cosmopolitique ouvert et sans frontières où circulent librement les hommes, les idées, les biens et les marchandises et d'autre part les souverainistes conservateurs qui, à l'instar de Trump, de Le Pen, de Victor Orban ou du jeune Autrichien Sebastian Kurz veulent un durcissement des frontières et de la politique migratoire et plaident pour l'édification de murs défensifs destinés à arrêter l'immigration. Ce clivage s'observe même au sein du groupe parlementaire en Marche d' Emmanuel Macron.
Il se rencontre même au coeur des familles, des clubs et associations en tous genres, y compris au Cercle de Lorraine.
Il semble qu'on en soit revenu au temps de l'affaire Dreyfus où dreyfusards et antidreyfusards s'affrontaient de manière virulente.
Les populistes de tendance conservatrice et les élites intellectuelles plus enclines au progressisme s'opposent de plus en plus durement.
Cela nous promet une campagne électorale d'une virulence tout à fait exceptionnelle.
MG


EDDY CAEKELBERGHS VEUT PORTER PLAINTE AU PÉNAL
Le Soir
Par Maxime Biermé 

Le journaliste considère que sa suspension des ondes de la RTBF a porté atteinte à sa réputation. Cette décision a contribué à la publicité d’un mail polémique qui devait rester privé. 




Mis à l’écart provisoirement des ondes de la RTBF par la direction du service public, Eddy Caekelberghs a décidé de réagir. Vendredi, il a demandé à son avocate de rédiger une plainte pénale, une fois toutes les modalités analysées. «  Il s’agit de faire la clarté dans ce dossier et d’identifier les circonstances précises des abus  », précise Carine Doutrelepont.
Pour rappel, nos confrères de SudPresse ont dévoilé mercredi un mail polémique envoyé par le journaliste depuis son adresse professionnelle. Il y écrit à ses amis du Centre d’action laïque (CAL), dont il est membre, qu’il dispose d’un extrait vidéo où Louis Michel parle des réfugiés. « N’hésitons pas ! Viralisons avec un texte bien senti et court […] genre : “Qui a le droit de faire ça ?” dit Louis Michel en 2009 ! “Théo et Moi”, répond son fils en 2018 ! »
Eddy Caekelberghs s’exprime dans Le Soir via son avocate. Il dénonce une violation de l’article 124 de la loi du 13 juin 2005 sur le secret des communications électroniques. Loi qui interdit à tout tiers de prendre intentionnellement connaissance d’un message qui ne lui est pas destiné et ensuite de l’utiliser ou d’en révéler le contenu.
L’avocate précise que le fait que le mail ait été envoyé depuis une adresse professionnelle n’a pas d’importance. «  Le secret des communications s’applique autant au mail privé que professionnel. (...) De plus, à la RTBF, il n’y a pas d’interdiction formelle d’envoyer des mails privés via son adresse professionnelle. (...) Le fait que le directeur de l’info ait fait usage d’un courrier frauduleusement obtenu et ait suspendu le journaliste en raison du contenu du mail, tout en commentant publiquement le contenu du courriel privé, est plus grave. Il reproche à Eddy Caekelberghs d’avoir émis une opinion personnelle partisane dans le cadre d’un échange de correspondance privé. Si l’on suit cette thèse, on devrait conclure que la RTBF interdit, hors antenne, toute forme d’expression et d’opinion personnelle. Et qu’en sus, la violation du secret des communications est sans importance…  »
Le fait qu’une telle réaction provienne de personnes travaillant dans un organisme public inquiète particulièrement Carine Doutrelepont et son client : « Nous sommes très troublés qu’à la RTBF, la prise de connaissance d’un mail privé soit utilisée pour sanctionner un journaliste sur la base du Code de déontologie, au motif que la personne aurait porté atteinte à l’image de l’organisme car elle se serait engagée de manière partisane. » Selon elle, Eddy Caekelberghs n’a pas violé le Code de déontologie. « Ses propos n’ont été rendus publics qu’uniquement et du fait d’une série de réactions en chaîne de tiers dont SudPresse et la direction info de la RTBF. »
Par sa démarche, Eddy Caekelberghs espère pouvoir laver son honneur. «  Il se sent atteint dans sa dignité et estime qu’un préjudice a été porté à sa légitimité professionnelle  ». Il attend un sursaut raisonnable de la RTBF.



UNE LOGE MAÇONNIQUE, SISE À BRUXELLES, ÉCRIT AUX DÉPUTÉS PROCHES OU MEMBRES. ELLE LES IMPLORE DE BARRER LE PROJET DE LOI GOUVERNEMENTAL SUR LES VISITES DOMICILIAIRES, JUGÉ LIBERTICIDE.
Le Soir 

Mes très chers frères, mes très chères sœurs.» C’est par ces lignes que commence l’étonnant courrier qu’ont reçu plusieurs députés évoluant dans la sphère d’influence maçonnique. Expéditrice: la loge de l’obédience maçonnique Droits humains, deuxième en Belgique en nombre de membres, après le Grand Orient, sise à Bruxelles et relativement puissante, nous confie-t-on. L’appel à se mobiliser a d’ailleurs été envoyé, par ailleurs, à l’ensemble des loges constituant cette Obédience, soit plusieurs centaines d’unités en Belgique.
De manière explicite, Droits humains invite les députés à rejeter le texte actuellement en débat au Parlement (en commission dans un premier temps, avant d’atterrir en assemblée plénière) et prévoyant d’autoriser les visites domiciliaires d’agents de l’Office des étrangers chez les personnes qui hébergent des migrants, afin d’arrêter celles ou ceux qui se trouveraient en situation illégale.
On peut lire: «Par ton engagement maçonnique, tu travailles au progrès de l’humanité. En l’occurrence, ce progrès passe par une défense des principes élémentaires de notre démocratie. Nous espérons que tu auras à cœur de t’opposer à l’adoption de ce texte dangereux et d’y sensibiliser les membres de ta formation politique.»
La loge critique le projet de loi et parle d’«intimidation» à l’égard de celles et ceux qui accueillent les migrants: « «Respecte l’étranger voyageur, aide-le, sa personne est sacrée pour toi», nous apprend le précepte maçonnique. On pourrait gloser sur ce que ce projet porte de criminalisation de l’étranger en situation irrégulière. On pourrait aussi souligner tout ce qu’il porte d’intimidation, pour ne pas dire de punition, à l’encontre de ceux et celles qui font le choix de tendre la main à leurs frères et sœurs en humanité, de leur offrir le refuge temporaire de leur foyer, en leur ouvrant leurs portes.»
Mais c’est davantage sur le sort fait au principe d’inviolabilité du domicile que la loge s’inquiète: «Bien plus fondamentalement, c’est le principe même de la restriction et de la protection de l’inviolabilité du domicile qui nous paraît représenter une menace grave pour les droits et libertés individuelles qui nous sont chers et que notre Ordre a contribué à bâtir au travers de nombreux combats démocratiques.»
ÉLUS TIRAILLÉS
Plusieurs députés, que nous avons contactés, confirment avoir reçu ce courrier. Des libéraux, des socialistes, en l’occurrence. Ils ne veulent pas apparaître: «C’est confidentiel.» Et gageons que, parmi les élus concernés, d’aucuns sont tiraillés aujourd’hui entre, d’une part, leur adhésion personnelle à la franc-maçonnerie, et, de l’autre, la solidarité gouvernementale. Entre le mot d’ordre de l’obédience Droits humains et la défense du projet de loi suédois au Parlement fédéral (avec conviction, là encore), il faudra choisir…
Dans le monde des francs-maçons également, ce courrier est abondamment commenté. Certains estiment que la démarche va trop loin. «Cela risque de renforcer le cliché d’une influence occulte de la loge, et de politiser le débat. Or nos membres ne se regroupent pas en raison de l’appartenance à un parti, mais autour de valeurs», confie cet acteur de la franc-maçonnerie. Le même rappelle que les loges qui, à l’étranger, on pris des options politiques affirmées ont souvent perdu de leur influence.
Dans nos colonnes (lire ci-contre), Edouard Delruelle, professeur de philosophie (ULg) et maçon, juge en revanche, que l’intervention est «légitime et logique».
Un «frère» nous explique lui aussi: «Constituée à la Renaissance pour contrecarrer l’Église toute-puissante et qui imposait ses vues, persécutée à l’époque, pourchassée plus tard sous le régime nazi, la franc-maçonnerie a pour vocation et pour fonction de mener de grands combats pour les droits et les valeurs. Pensez, plus près de nous, à la loi sur l’euthanasie, à l’interruption volontaire de grossesse… Cette fois encore, on est dans un combat juste. Ce projet de loi sur les visites domiciliaires touche à des valeurs fondamentales, nous devions réagir.»
Quoi qu’il en soit, tout cela met une pression supplémentaire sur la majorité fédérale (en particulier, on l’a dit, sur ses parlementaires qui, par ailleurs, sont membres de la franc-maçonnerie), cela dans un dossier, on le sait, très controversé.




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