vendredi 2 février 2018

Depuis Calais, Gérard Collomb dénonce des affrontements «d'une gravité exceptionnelle»


• Par  Edouard de Mareschal  Le Figaro


Le ministre de l'Intérieur s'est rendu à Calais dans la soirée de jeudi, à la suite de violents affrontements entre migrants afghans et érythréens qui ont fait 22 blessés dont cinq par balles. 
Depuis Calais, où il s'est rendu dans la nuit de jeudi après les affrontements violents qui ont fait 22 blessés dont cinq par balle, Gérard Collomb a estimé que les faits étaient «d'une gravité exceptionnelle». «Lorsqu'on voit le nombre de blessés par balle, on se dit qu'on a atteint un degré de violence inédit», a déclaré le ministre de l'Intérieur lors d'une visite des policiers au commissariat de Calais. Et d'ajouter: «Si les forces de l'ordre n'étaient pas intervenues, le bilan aurait pu être pire.»
Les affrontements ont éclaté à la mi-journée, à l'issue d'une distribution de repas boulevard des Justes, près de l'hôpital de la ville, où se concentrent traditionnellement des migrants majoritairement afghans. Pour des raisons qui restent à éclaircir, une centaine d'Afghans se sont battus contre une trentaine d'Érythréens. Des coups de feu ont été tirés et cinq Érythréens ont été blessés par balle. Le pronostic vital de quatre d'entre eux, est engagé.
Les tensions ont repris cinq kilomètres plus loin, à Marck, où une centaine de migrants africains voulaient en découdre avec des Afghans. Appelés sur place, les policiers sont intervenus juste à temps pour séparer les deux groupes. Les combats ont repris vers 17 heures rue des Verrotières, un autre point que les migrants fréquentent lors des distributions de nourriture, mais aussi pour accéder à une rampe d'eau et aux toilettes mobiles. Le calme était revenu dans la soirée, mais près de cent cinquante CRS restaient mobilisés toute la nuit.
Selon les premiers éléments de l'enquête, «les gens qui ont tiré au revolver étaient apparemment des passeurs», a déclaré le ministre dans l'hélicoptère qui l'amenait à Calais. «Ça n'est pas le migrant de base qui peut avoir une arme à feu sur lui», a-t-il poursuivi. Jeudi soir, il n'avait encore été procédé à aucune interpellation. «Mais d'après les nouvelles que j'ai eues juste avant de partir, on a identifié des gens», a-t-il précisé. Le profil d'un jeune Afghan est par ailleurs activement recherché.
Au cours de sa visite, le ministre de l'Intérieur a fustigé le rôle de certaines structures d'aide aux migrants, qui organisent des distributions de repas plusieurs fois par jour. «J'appelle les associations, et notamment celles qui ont refusé de rencontrer le président de la République à Calais, je les appelle à réfléchir sur ce qui s'est passé ce soir, a-t-il déclaré. Ce qui s'est produit confirme une fois de plus ce que nous disions: ce type d'attroupement mène à de graves troubles à l'ordre public.» L'Auberge des migrants, Utopia 56 et Médecins du monde avaient refusé de rencontrer Emmanuel Macron lors de la venue, le 16 janvier dernier. Dans son discours, le Président avait fustigé les associations qui «encouragent ces femmes et ces hommes à rester là, à s'installer dans l'illégalité, voire à passer clandestinement de l'autre côté de la frontière».

Au commissariat de Calais, Gérard Collomb a une nouvelle fois martelé que Beauvau apportait «des réponses concrètes» à la crise migratoire. «J'ai proposé un certain nombre de dispositions: légiférer sur le problème du renvoi des migrants dublinés, et c'est ce qui va se faire avec la proposition de loi Warsmann. Nous nous sommes aussi engagés à réduire le délai de traitement des demandes d'asile à six mois, et c'est ce que prévoit le projet de loi immigration.» La maire de Calais, qui était à ses côtés, a par ailleurs appelé à Gérard Collomb à durcir la législation pour les migrants reconnus coupables d'infractions pénales, à l'image de ceux impliqués dans les affrontements de jeudi. «Le projet de loi immigration doit intégrer des mesures prévoyant l'expulsion des migrants reconnus responsables de ce type de violences», a déclaré Natacha Bouchart.
La délégation s'est enfin rendue dans la zone des Dunes, en périphérie de la ville. C'est dans ce périmètre que les derniers affrontements de la journée se sont produits. Aux côtés du préfet Fabien Sudry, de Natacha Bouchart ou encore du député LR Pierre-Henri Dumont, le ministre de l'Intérieur est passé saluer les forces de l'ordre, pompiers et agents de l'État qui étaient mobilisés ce soir-là. Gérard Collomb conclura son passage à Calais par une dernière réunion vendredi matin avec le préfet, suivie d'une conférence de presse. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
COLOMB FAIT DU FRANCKEN 

Dubus La Libre 

Colomb fait du Francken, tandis que Yann Moix et la maire de Calais s'écharpent sur les migrants. Colomb et Francken n'ont pas vraiment le même ADN politique. Il font cependant exactement la même chose mais le disent, le justifient autrement. Yann Moix, clown blanc droitier de l'émission "on n'est pas couché" issu de l'écurie conservatrice du Figaro, embouche la trompette des pro migrants. C'est dire qu'on s'y perd un peu. Le parti de Charles Michel se coupe en deux, les pro migrants et les régaliens. Les "morts en sursis" de Calais victimes des balles des passeurs risquent de raidir encore les points de vue.
Alain Destexhe s'invite dans le débat: "Aujourd'hui, ceux qui se disent vos porte-paroles sont choqués par la politique de Theo Francken et du gouvernement belge. Moi, je le suis par leurs manipulations sémantiques, leur instrumentalisation du malheur de pauvres migrants et leur non-respect de la loi, du droit et de la démocratie."
"En soulageant votre conscience au prix de quelques nuits d'hébergement, vous laissez ces migrants en danger dans la précarité et aux mains de filières criminelles dont vous vous faites les complices objectifs plutôt que de respecter les lois de nos pays démocratiques."
"Enfin, le bien mal nommé phénomène "d'appel d'air" existe vraiment. Combien de candidats au départ vont-ils se mettre en marche, au péril de leur vie, suite à vos actions, qui leur confirment à tort que l'Eldorado européen est à leur portée ?" Est ce à dire que la droite partout en Europe va prendre le pouvoir et se raidir sur la question de la migration sauvage?
Les élections européennes de 2019 risquent d'être un test majeur pour la Commission.
Mais plus globalement, "Nous assistons probablement aux derniers soubresauts de l'hégémonie culturelle de la gauche." (Destexhe)
2018 sera l'année de tous les dangers non seulement pour la Belgique en déliquescence, pour la France en pleine métamorphose, l'Allemagne en désarroi et surtout l'Europe qui risque de se déchirer sur la question des migrants.
MG


LETTRE AUX "HÉBERGEURS" (ET À QUELQUES COLLÈGUES LIBÉRAUX)

Alain Destexhe
L'humanitaire et les droits de l'homme, je crois savoir ce que c'est. J'ai passé 12 ans à MSF dont quelques années comme bénévole. Comme médecin, j'ai sauvé des vies. Comme militant des droits de l'homme, j'ai dénoncé beaucoup de régimes. Mais après 12 ans, j'ai appris, comme Marcel Gauchet avant moi, que les droits de l'homme ne font pas une politique.
Et que les solutions humanitaristes des problèmes de la planète n'existent pas. J'ai même écrit un livre la dessus (L'humanitaire impossible ou deux siècles d'ambiguïtés) qui tentait de démontrer qu'avec les meilleures intentions, l'aide humanitaire pouvait parfois aggraver le problème qu'elle prétendait soulager. Après le génocide au Rwanda et la purification ethnique en Bosnie, pour rester cohérent, j'ai décidé de quitter Médecins Sans Frontières pour faire de la politique.
Instrumentalisation de la détresse des migrants
Aujourd'hui, ceux qui se disent vos porte-paroles sont choqués par la politique du Theo Francken et du gouvernement belge. Moi, je le suis par leurs manipulations sémantiques, leur instrumentalisation du malheur de pauvres migrants et leur non-respect de la loi, du droit et de la démocratie.
Regardons les faits. Le texte sur les visites domiciliaires, validé par le Conseil d'Etat est dans le "pipeline" législatif depuis beau temps. Il n'est pas lié au Parc Maximilien. Il s'adresse à ceux qui, en fin de parcours administratif et parfois judiciaire, reçoivent un ordre de quitter le territoire (OQT). Des textes similaires sont appliqués en France et dans d'autres pays européens. Les policiers ont mieux à faire que de rester des jours, des semaines ou des mois devant une porte close avant que la personne en question quitte le lieu où elle habite pour passer de l'espace privé à l'espace public. Cela n'a pas davantage de sens d'arrêter au hasard un clandestin dans la rue lorsqu'on sait où il vit. Mais peut-être dois-je comprendre que ce sont ces OQT eux-mêmes que vous contestez ? Que vous contestez le droit de notre État de décider qui nous voulons ou pouvons accueillir ?
Les migrants que vous hébergez peuvent être pris immédiatement en charge par l'État et éviter la faim et le froid en entrant dans la procédure d'asile. Mais la plupart ne le font pas, parce qu'ils souhaitent se rendre en Angleterre, ce qui est illégal aux yeux du droit britannique, belge et européen. Par votre action, vous encouragez donc l'immigration illégale.
Le respect des lois de pays démocratiques
Le peuple et le Parlement britannique ont exprimé clairement leur volonté de stopper cette immigration illégale. Leur contestez-vous ce droit, décidé par l'une des plus vieilles démocraties du monde ? Qui êtes-vous pour vous substituer à ce peuple et décider à sa place ? En soulageant votre conscience au prix de quelques nuits d'hébergement, vous laissez ces migrants en danger dans la précarité et aux mains de filières criminelles dont vous vous faites les complices objectifs plutôt que de respecter les lois de nos pays démocratiques.
Enfin, le bien mal nommé phénomène "d'appel d'air" existe vraiment. Combien de candidats au départ vont-ils se mettre en marche, au péril de leur vie, suite à vos actions, qui leur confirment à tort que l'Eldorado européen est à leur portée ?
Assez d'hypocrisie !
Certes, je ne doute pas que nombre d'entre vous sont animés par un sentiment spontané de générosité, mais assez de mensonges et d'hypocrisie : sous le masque de l'humanitarisme et des droits de l'Homme, c'est évidemment un changement de politique qui est réclamé. Vos porte-paroles veulent ouvrir les frontières de la Belgique et de l'Europe -- davantage qu'elles ne le sont déjà... -- encourager encore un peu plus l'immigration, et refuser à nos États le droit de décider dans le respect de la démocratie et du droit international qui est le bienvenu chez nous et qui ne l'est pas. Ils remettent ainsi en cause la légitimité démocratique du Gouvernement, ainsi que l'ensemble de la politique d'asile et d'immigration de l'Union européenne. Ils feraient mieux de le dire clairement et de se présenter aux élections avec un tel programme ou d'appeler à voter pour les partis de gauche qui les soutiennent. Ce serait moins hypocrite et plus respectueux des règles élémentaires la démocratie, dont les règles s'écrivent au Parlement, et non dans la rue.
Votre mouvement est qualifié de citoyen, un terme repris sans réserve par les médias. C'est pourtant tout l'inverse. La citoyenneté permet à un individu d'être reconnu comme membre d'une société et de participer à la vie publique, pas de contourner des lois légitimes votées par le Parlement, ni de se substituer à la représentation nationale, à la volonté populaire et à des lois qui, quoi que vous en disiez, respectent parfaitement les droits de l'Homme.
Les derniers soubresauts de l'hégémonie culturelle de la gauche
Nous assistons probablement aux derniers soubresauts de l'hégémonie culturelle de la gauche. La technique est toujours la même. Mobiliser médias, académiques, "société civile", écrivains et artistes pour intimider, menacer et dénoncer la politique gouvernementale comme attentatoire aux valeurs, non conforme aux droits de l'Homme et, à la limite, proto-fasciste. A cet égard, la carte blanche de 72 "politologues" est une caricature du genre, bien peu rigoureuse de la "science politique" que j'ai également étudiée à Paris. Avec l'emploi de termes comme "rafles", "l'armée de l'ombre", "les Justes", on tisse un amalgame odieux entre les migrants et les Juifs condamnés à mort, ainsi qu'entre le Gouvernement belge et le régime nazi. Qu'il doit être bon de se sentir faisant partie du camp du Bien, conforté par les médias et de se comparer aux (vrais) résistants face à l'abominable duo Francken/Michel ! En termes narcissiques, c'est - j'en conviens - imbattable.
Ce type de chantage, qui a si bien fonctionné depuis la Seconde guerre mondiale, opère de moins en moins avec le réveil des peuples et le courage d'intellectuels qui osent, enfin, braver le politiquement correct.
Alain DESTEXHE

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