samedi 31 mars 2018

Lutter contre le terrorisme


Par Alain Duhamel  Libération

Au-delà de l’hommage rendu aux victimes, Emmanuel Macron doit traiter la question des rapports entre laïcité, communautarisme et unité nationale.
C’est un sujet sur lequel on aimerait bien entendre enfin Emmanuel Macron nous exposer en détail sa doctrine : comment, à l’épreuve des attentats, concilier unité nationale, laïcité et communautarisme ? Dans les circonstances actuelles - drame de Trèbes, assassinat antisémite, lutte contre Daech -, le thème s’impose, et c’est au Président de donner le ton et de fixer la ligne. Ses trois prédécesseurs s’y sont essayés sur des registres différents et avec des réponses incomplètes. On n’a pas oublié la commission Bernard Stasi sur la laïcité, mise en place par Jacques Chirac, le débat sur l’identité française lancé par Nicolas Sarkozy ou les discours solennels, d’ailleurs, de belle tenue, de François Hollande et de Manuel Valls face aux terribles attentats auxquels ils ont dû faire face.
Aucun n’a cependant formulé une réponse globale, encore moins une doctrine. Chacun a interprété, avec dignité, la musique de l’unité nationale lors des drames qui sont survenus sous leurs mandats. Emmanuel Macron l’a fort bien fait lui aussi. Personne n’a cependant voulu aller au fond de la question. Et pourtant, celle-ci se pose comme jamais. Elle se pose parce que l’on constate que désormais la polémique enfle, que le climat se dégrade et que la démagogie prend des proportions herculéennes. C’est le réflexe d’unité nationale qui se fissure. Pour la première fois, l’opposition ne se contente pas d’ouvrir les dossiers et de contester les moyens employés contre le terrorisme, comme c’est son droit absolu, elle s’en prend directement au président de la République, accusé de «naïveté coupable» et même «d’absence d’action».
Laurent Wauquiez, qui s’extrémise de plus en plus et renchérit sur Marine Le Pen, proclame qu’Emmanuel Macron «ne combat pas le terrorisme qui ronge notre pays, ne lutte pas contre le communautarisme avec la fermeté qui s’impose». Nous y sommes. Le président de LR met en accusation le chef de l’Etat et conteste sa volonté de lutter contre terrorisme et communautarisme, naturellement amalgamés dans son esprit. Fin de l’union nationale. On dira qu’il s’agit là de manœuvres politiciennes, de postures caricaturales, de cynisme ordinaire du tandem Wauquiez - Le Pen. Erreur, car c’est la cohésion nécessaire face au terrorisme qui se défait, et c’est Daech qui atteint très exactement son objectif, fracturer les communautés démocratiques.
D’où la nécessité pour Emmanuel Macron, au-delà de l’hommage solennel aux victimes, au-delà de la célébration légitime des vertus républicaines, au-delà du renforcement des moyens (sa loi antiterroriste d’octobre dernier était au bas mot la quatorzième du genre, chacune d’entre elle élargissant les pouvoirs judiciaires et les moyens d’action policière), d’où la nécessité de traiter la question des rapports entre laïcité, communautarisme et unité nationale dans notre pays.
La laïcité est réglée par la loi de 1905 (maintes fois amendée) qui respecte les religions mais elle les confinent dans l’espace privé. Elle est aujourd’hui dépassée pour deux motifs : le développement spectaculaire des moyens d’expression (réseaux sociaux, Internet, information continue) rend largement caduque la distinction entre espace public et espace privé. Quant à l’islam, deuxième religion de France, il n’existait pas dans le pays au moment où fut adoptée la loi de 1905 dans le tumulte et l’invective.
En France, l’islam est une religion sans statut et de surcroît, en France comme ailleurs, et particulièrement dans sa version sunnite, ici dominante, une religion sans Eglise institutionnelle. L’islam en France est un objet politique, culturel, religieux non identifié, largement abandonné à lui-même. Il subit de fortes influences étrangères (d’Algérie, du Maroc, de Turquie, d’Arabie Saoudite), il est doté de faibles institutions représentatives sans prestige et sans autorité. Il est à construire et à inventer. Il n’y a pas, en France, de règle du jeu pour l’islam, contrairement à la situation du catholicisme, du protestantisme, du judaïsme, du bouddhisme ou des orthodoxes.
Cette situation absurde, paradoxale, est surtout dangereuse. Tant que les musulmans français n’auront pas des mosquées dignes de leur religion mais financées en France, des imams réellement formés et intégrés dans la société française, tant que l’islam restera une zone grise, la place sera largement ouverte pour le salafisme dans sa version guerrière, non quiétiste, pour les Frères musulmans, bref pour les versions anti-occidentales, anti-démocratiques, anti-françaises de l’islam.
On ne peut pas mener la lutte contre le terrorisme par tous les moyens légaux et matériels et laisser simultanément l’islam comme en suspension sur le territoire français, sans statut, sans structures, sans règles et sans perspectives publiques. Il n’y aura pas de lutte efficace contre le terrorisme sans que la question de la laïcité et du communautarisme reçoive une réponse.
Alain Duhamel


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"LE CORAN CONTRE L'INTÉGRISME" (Ali Daddy)

"Il n’y aura pas de lutte efficace contre le terrorisme sans que la question de la laïcité et du communautarisme reçoive une réponse."
Qu'on se le dise et pas qu'en France mais aussi en Belgique et partout en Europe.
Selon un sondage publié par le Figaro, les Français interrogés veulent plus de fermeté mais ils estiment toutefois que la droite ne ferait pas mieux qu'Emmanuel Macron. "83% des Français seraient favorables au renvoi des «fichés s» étrangers"
Il est clair que Laurent Wauquiez, le nouveau leader des Républicains,  s'efforce, à partir de telles constatations,  de rallier l'électorat du FN un peu comme De Wever tente-avec succès- de siphonner l'électorat Vlaams Belang. Sa stratégie est limpide. Il est conscient que   61 % des 1009 Français interrogés sont favorables au vote de nouvelles mesures d'exception pour leur sécurité, quitte à limiter leurs propres libertés. Un constat partagé jusque dans les rangs de la gauche par un sympathisant sur deux.
88 % des Français seraient même favorables à la proposition de Manuel Valls d'interdire le salafisme en France, une mesure perçue cependant comme difficile, voire impossible à appliquer. Mais tout cela est purement conjoncturel et tactique.
      Dans sa "lettre d'exil, la barbarie et nous" la sarkhoziste Jeannette Bougrab, fille de harki, née en 1973 à Châteauroux s'attaque au fond du problème et elle rend, elle aussi, le salafisme responsable de cette déviance dangereuse. Bougrab« mesure la chance d’être de [sa] génération, celle d'avoir fait des études à une époque où il était encore possible de devenir docteur en droit public en ayant des parents qui ne savaient ni lire ni écrire. Aussi, l’école laïque française, "qui n’a pas su se réformer", n’échappe pas désormais à l’obscurantisme, terreau de l’intégrisme : "Jadis sanctuaire qui permettait l’intégration des enfants d’horizons lointains, elle cristallise aujourd’hui tous les travers du communautarisme."
Et l'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy de désigner l’ennemi, celui qui finance, avec son pétrole, l’islamisme en France, via les écoles coraniques et les mosquées salafistes, l’Arabie saoudite, où l’idéologie terroriste puise sa doctrine criminelle dans les principes du wahhabisme.
"S’il n’y avait pas eu l’or noir, la question du wahhabisme n’aurait été qu’une affaire anecdotique aux marges du monde islamique. Il aurait été confiné à quelques contrées désertiques. Il n’aurait pas étendu son ombre politico-religieuse à la quasi-totalité de l’espace musulman.
"En Arabie saoudite, « les droits les plus fondamentaux sont inexistants ». Le wahhabisme en est la cause et prolifère dans des « territoires meurtris par des guerres civiles à répétition, qui exposent les populations à l’exode et à la mort ».
"L’islamisme radical veut imposer au monde sa loi prétendument divine, exclusive par principe de toute autre :  sa propagande joue tour à tour sur la corde romantique – l’islam « fiévreux et fervent » – pour ensorceler les plus faibles et sur la corde culpabilisante – le procès en islamophobie – pour désarmer les plus forts."
"Aujourd’hui, après les attentats de Paris, de Bruxelles et de Berlin, les gouvernements osent enfin utiliser le terme qui jusqu’à présent leur brûlait les lèvres : « guerre ». Ils commencent seulement à prendre la mesure d’un conflit mondial mené par les sectateurs de l’islam contre l’Occident, cette civilisation de mécréants et d’hérétiques."
"Heureusement qu’il existe des intellectuels continuant de vivre dans leur pays, et qui ont le courage de dénoncer tout haut une réalité que nous, Occidentaux, refusons de condamner même tout bas : au prix de leur vie, de nouveaux hérétiques se battent contre des Inquisitions renouvelées. Ils sont courageux, voire téméraires, et incarnent l’esprit de résistance."
Jeannette Bougrab a choisi de nommer les responsables : « djihadisme, salafisme, wahhabisme, islam radical, Daech, Arabie saoudite, Qatar, … »
Elle se désole de surcroît de la mollesse d'une « laïcité moribonde » face à un « fondamentalisme galopant ». « Osons les mots. Ouvrons les yeux ! L'islam radical poursuit un but politique ".
Surtout, elle s'indigne  quand l'Institut Montaigne révèle que  29 % des musulmans de France jugent la charia plus importante que la loi républicaine ?
"Aucune forme de tolérance n'est justifiable à l'égard de ceux qui nient nos valeurs ? " « C'est contre un ennemi qui divinise la mort que nous luttons. Nous ne le vaincrons qu'en réapprenant à mourir pour une plus haute idée de la vie, avec la ferme volonté d'être prêts à tout donner pour elle. »
De fait, Alain Duhamel a mis le doigt sur l'essentiel: "Il n’y aura pas de lutte efficace contre le terrorisme sans que la question de la laïcité et du communautarisme reçoive une réponse."
Mais cela n'est pas seulement vrai pour la France, c'est une évidence pour l'Europe tout entière, de l'Atlantique à L'Oural.
De toute évidence, la version wahabiste du salafisme ne cesse de progresser partout, y compris en Belgique. Constatons toutefois que le gouvernement belge a été bien inspiré de mettre enfin un terme à la convention de coopération étroite et de financement par l'Arabie saoudite du centre islamique de la mosquée  du Cinquantenaire.
Qu'il soit clair dans l'esprit de tous que le salafisme, le wahabisme ne sont jamais  que des interprétations du Coran et qu'il en existe d'autres.  Puisse chaque musulman, tenté par l'interprétation littérale du Coran, faire sienne la formule paulienne : "La lettre tue, et l'esprit donne vie" (2ème épître aux Corinthiens, III, 6) ! Face aux massacres violents auxquels nous assistons, le silence est coupable.
Il est devenu indispensable et surtout urgent de  mener une réflexion en profondeur sur les causes mêmes de la difficulté de nombreux jeunes issus des immigrations à s'intégrer harmonieusement dans la société qui les accueille.
Sans doute est-ce de l'échec et du décrochage scolaire de trop nombreux jeunes que naît leur sentiment d'exclusion lequel entraîne une forme d'exclusion sociale créant de la sorte  un terreau favorable d'une part à un rejet de notre système social et d'autre part un terrain de chasse  idéal pour les  extrémistes religieux désireux de les endoctriner dans une dynamique de radicalisation dangereuse, voire d'incitation au djihadisme. Leurs méthodes qui passent par un recrutement en rue mais surtout sur internet sont d'une redoutable efficacité. Toujours elles ont un fondement religieux de caractère plus islamiste que musulman certes mais toujours fondé sur une interprétation en l'occurrence fondamentaliste du texte fondateur.
Comment les ramener, ces dénégateurs, ces égarés sur le chemin de rectitude, voilà la vraie question qui se pose à nous.
Nous ne saurions assurément faire l'économie d'une analyse des causes de l'échec de notre enseignement en matière de transmission de notre projet éducatif européen/belge/francophone
C'est, en tout état de cause  le" bouillon de culture communautariste" qui génère les facteurs de radicalisation,  il semble dès lors indispensable non seulement de réfléchir aux causes profondes de l'exclusion sociale qui génère cette radicalisation mais surtout de tenter de guérir le mal par le bien. Qu'est ce à dire?
   Surtout bien évidemment  promouvoir à l'école et en dehors de l'école  l’esprit critique comme outil principal  de déradicalisation et de prévention. Dans l’esprit du grand public, "raison", "esprit critique" et "islam" ne font pas bon ménage, ils seraient même carrément antinomiques. Certes, cette observation peut s’appliquer aux croyants fondamentalistes et ils sont nombreux à faire une lecture littéraliste, aveugle du Coran. Poussée à l’extrême une telle lecture peut aboutir à une approche carrément intégriste du texte fondateur notamment dans les cas de radicalisation. Les radicaux ne font-ils pas une lecture de mauvaise foi à partir de versets isolés de leur contexte ?
Pourtant il est, répétons le une fois encore, au risque de lasser, une autre lecture possible et hautement souhaitable du Coran, une lecture de bonne foi. Une lecture structuraliste, c’est-à-dire inspirée par le grand islamologue français Jacques Berque et qui respecte l’architecture du texte en mettant en relation les versets les uns avec les autres et qui seule permet de saisir à la fois l’authenticité, l’originalité et la hardiesse du Coran, autrement dit sa nature propre qui est essentiellement éthique.
« Appréhende le Coran comme s’il t’était révélé à toi personnellement » dit un hadith célèbre. C’est-à-dire sans l’intermédiaire de quiconque, imam, recteur ou prédicateur auto proclamé qu’il soit lettré et/ou se prétende inspiré. Une lecture libre-exaministe du Coran comme celle que firent de la Bible les chrétiens réformés ou protestants, ceux qui protestaient notamment contre la lecture et le commentaire imposé des clercs catholiques.   
N'est ce pas cette approche critique et personnelle qu'il convient de prôner et de promouvoir non pas une lecture et une interprétation biaisée, haineuse, réductrice et dogmatique? C’est que, à bien le lire,  le Coran en appelle à la raison aussi bien qu’à l’esprit critique.
« Nous l'avons fait descendre en forme de Coran arabe escomptant que vous raisonniez » (XII, 2).
Cet esprit critique est, à l'évidence, l'arme la plus efficace contre la radicalisation. Lui seul en effet peut déconstruire les conditionnements installés par les prédicateurs autoproclamés qui opèrent dans l’ombre des arrières mosquées, en rue et surtout sur la toile.
Il s’agit bien en effet de déconstruire par l’esprit critique tout discours qui cherche à égarer et cela en se référant à des contre-arguments tirés du Coran lui-même : « Va dans la rectitude, ne suis pas leurs passions » (XLII, 15).
Expliquer le Coran rationnellement à des jeunes musulmans dans l’"errance" telle  devrait être la méthode préconisée pour  ramener sur le droit chemin, « le chemin de Rectitude » (I, 6), les éléments qui ont été égarés par des dénégateurs islamistes, ces « instigateurs sournois » (CXIV, 4), ces « maîtres d’illusion » (XXXV, 5). C’est précisément  ainsi  que le Coran nomme les "dénégateurs", c’est-à-dire de ceux qui pervertissent la parole coranique qui est en réalité une  guidance éthique, laquelle s'inspire largement des guidance (descentes) antérieures: la Thora et les évangiles..
« Il en est parmi eux un parti qui se tord la langue sur l'Ecriture, pour vous faire croire  que c'est l'Ecriture alors que ce n'en est pas.... » (III, 78).
Qui fut radicalisé par une lecture perverse et sectaire du Coran ne saurait être déradicalisé que par une lecture libératrice de ce même Coran.  Il s'agit d'un travail de reconstruction coranique après l'oeuvre de déconstruction des "mal agissants".
Mais un tel travail libérateur, une telle reconstruction éthique, ne saurait être effectué que par quelqu’un qui sait son Coran et surtout qui a compris son sens profond, c’est-à-dire sa démarche éthique et pacificatrice. Qui est capable de cela? Voilà la vraie question. Il est donc urgent et on en vient au deuxième point  de former dans nos universités des théologiens critiques capables d'expliquer et de commenter "l'éthique coranique" laquelle doit être appréhendée comme un "rappel" des guidances éthiques (juive et chrétienne) qui l'ont précédé.  La meilleure arme contre le radicalisme intégriste ne saurait être, selon Ali Daddy que le Coran lui-même, un texte appréhendé par une raison clairvoyante et critique capable de penser le texte fondateur en le questionnant sans relâche. Un Coran en accord avec les valeurs fondatrices de l’Europe : l’État de droit, les lumières et la laïcité. Telle est la méthode à préconiser pour ramener les "égarés" sur le "chemin de rectitude". Car « qui bien se guide ne saurait être égaré par qui s’est fourvoyé » (V, 105). Ce verset d'une puissance inouïe mérite d'être longuement médité par tout musulman et également par tout non musulman. Ali Daddy, Larbi Kechat ou Rachid Benzine disent la même chose. Mais certains trouvent ces esprits novateurs peu représentatifs. Pourtant, ils répondent clairement à la question fondamentale de feu Mohammed Arkoun, le grand islamisant de la Sorbonne. Allons-nous assister à l'islamisation de la modernité ou à la modernisation de l'islam? Tous les trois, et ils sont loins d'être les seuls plaident sans hésiter pour une modernisation de l'islam dans le respect des valeurs occidentales (droits de l'homme, égalité hommes femmes, séparation culte et politique, etc). 
La vocation du musulman est de lire ce Livre mais aussi et surtout de le comprendre afin d’en saisir la nature intrinsèquement éthique : une éthique universelle. Le nouveau ministre de l'intérieur allemand se trompe quand il affirme (et 77% des Allemands avec lui) que l'islam ne fait pas partie de la culture européenne.
Cette éthique, faut-il le rappeler est définie dans le Coran comme celle du Bel-Agir (ihsân)
« Bel-agir trouverait-il récompense autre que bel-agir ? » (LV, 60)
Autrement dit :Fais le bien bien pour le seul amour du bien!
Gandhi, qui lisait indifféremment la Bible, le Coran et la Bhagavadgita  affirmait : « L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie ; la vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit ».
La démarche coranique est, en tout état de cause, une démarche logique, rationnelle et critique.  Peu le reconnaissent et moins encore en tirent les conséquences.
Le récit de Joseph est une invitation qui va dans ce sens:
« Ce sont là des signes du Livre explicite
Nous l’avons fait descendre en forme de Coran arabe, escomptant que vous raisonniez. » (XII, 1-2)
Faire preuve de clairvoyance, de lucidité et de discernement comme corollaires à l’esprit critique, c’est justement ce qu’il faut mettre dans la tête de nos jeunes !
« Il en est parmi eux un parti qui se tord la langue sur l’Ecriture, pour vous faire croire que c’est de l’Ecriture alors que ce n’en est pas, et qui disent que cela vient de Dieu alors que cela ne vient pas de Lui ; ils profèrent sur Dieu le mensonge, et ils le savent… » (III, 78)
En vérité les jeunes égarés par une parole mensongère ignorent tout de cela  et c'est précisément  pour cela qu’il faut les aider  à faire travailler leurs «neurones» ! Le Coran bien compris est la meilleure arme contre l'intégrisme. Seul leur esprit critique leur fera distinguer  le vrai du faux et leur évitera de se jeter sur le premier « gourou» ou avocat du  «Daech» qui passe !
« Bel-agir trouverait-il récompense autre que bel-agir ? » (LV, 60)

jeudi 29 mars 2018

Professeur de latin, je reconnais que d'autres apprentissages sont prioritaires


(OPINION) La libre Belgique
Une opinion de Alain Maingain, licencié-agrégé en philologie classique 

Pourquoi ne pas approfondir l’alphabétisation technoscientifique, l’initiation à la pensée algorithmique, l’utilisation critique des supports numériques ou  la maitrise de clés de lecture des contextes sociaux, économiques, culturels, comme les travaux préparatoires du Pacte l’ont mis en évidence?

Le vaste chantier du Pacte pour un Enseignement d’excellence a suscité attentes et espérances chez nombre d’acteurs et de partenaires du système scolaire. "On" allait enfin adapter les contenus de la formation aux réalités socio-culturelles du monde contemporain, soutenir les pratiques innovantes et émancipatrices, s’attaquer au scandale des parcours brisés de milliers d’enfants et adolescents. Au fur et à mesure que l’esquisse d’une mise en œuvre concrète se fait plus précise, s’accroit le désenchantement de ceux qui associent excellence et émancipation.
Récemment Marie-Martine Schyns a dévoilé un projet de grilles-horaires pour le futur tronc commun jusque 15 ans. Bien que la Ministre ait pris la précaution d’indiquer qu’elles étaient communiquées à titre indicatif, l’on en sait suffisamment pour discerner les renoncements et les compromis.
Abandonnées, par exemple, les plages horaires spécifiquement dédiées à des ateliers-projets permettant à tous les élèves d’exercer et d’articuler les différents apprentissages disciplinaires dans le cadre de démarches actives et coopératives. La prescription d’un volume annuel de soixante périodes pris en charge par différents cours ne donne pas le même statut à ces approches. Réduite aussi, du même coup, la place structurelle des démarches interdisciplinaires favorisant le croisement des disciplines et le décloisonnement des apprentissages, puisqu’elles dépendront entre autres du choix de chaque école (ou Pouvoir organisateur) pour une approche intégrée ou non des sciences humaines. Et pourtant, la complexité des réalités naturelles, sociales, culturelles justifie que l’on habitue régulièrement, dès le plus jeune âge, tous les élèves à croiser les points de vue et à en faire une synthèse. Retardée jusqu’en en troisième année l’apprentissage formalisé des concepts et modèles des sciences économiques et des sciences sociales, clés de compréhension du monde dans lequel les élèves grandissent et facilitateurs d’insertion dans celui-ci.
LE LATIN ET PAS L’INITIATION À LA PENSÉE ALGORITHMIQUE
Toute l’attention des commentateurs s’est focalisée sur ce que certains ont appelé, peut-être avec une relative ironie, le "grand retour du latin". Dès que l’on parle de parcours commun, la question de la place des langues anciennes, particulièrement celle du latin, surgit en force. Depuis des décennies, toute réforme du premier degré de l’enseignement secondaire bute sur cette question et la contourne autant que possible par des compromis insatisfaisants.
Certes, des arguments objectifs ne manquent pas pour mettre en évidence les effets bénéfiques de l’apprentissage des langues anciennes : sur le plan linguistique, sur le plan cognitif et sur le plan culturel. D’autres disciplines peuvent y concourir tout aussi utilement (langues modernes, éducation à la philosophie et à la citoyenneté, formation historique…). Et il y a aujourd’hui, dans une formation commune et pluridisciplinaire, bien d’autres domaines à approfondir substantiellement comme l’alphabétisation technoscientifique, l’initiation à la pensée algorithmique, l’utilisation critique des supports numériques, la maitrise de clés de lecture des contextes sociaux, économiques, culturels… Les travaux préparatoires du Pacte l’ont mis en évidence.
En revanche, imposer du latin à tous, c’est conforter la dimension logico-verbale et l’approche conceptuelle déjà omniprésentes via la langue des apprentissages, les langues modernes, l’histoire, la géographie, les cours de religion/morale et l’éducation à la citoyenneté par la philosophie.
Ce faisant on s’écarte des ambitions d’un tronc commun "polytechnique", c’est-à-dire une formation susceptible de reconnaitre, de développer et de valoriser la palette des aptitudes humaines. D’aucuns s’empresseront de souligner que tous les enfants et adolescents n’ont pas les mêmes aptitudes ou les mêmes dons. Il serait plus juste de considérer que la stimulation des aptitudes intrinsèques à l’espèce humaine varie d’un individu à l’autre selon son parcours personnel dans les environnements qui sont les siens. Raison de plus pour que l’école démocratique développe quant à elle de manière équilibrée l’ensemble des "technès" ou habiletés. Or, comment l’élève qui ne se sent pas à l’aise dans les approches verbales, théoriques, abstraites pourrait-il se sentir valorisé, mis en confiance, reconnu dans les premières années du secondaire?
MOINS DE PÉRIODES DE FRANÇAIS
De surcroit, pour inscrire dans la grille-horaire du début du secondaire deux heures de latin pour tous, le cours de français en deuxième et troisième années se voit réduit à quatre périodes hebdomadaires. Cette opération bénéficie d’un alibi séduisant : le latin comme renforcement du français. Pour les publics scolaires les plus fragilisés, on peut au contraire redouter un obstacle supplémentaire. Ce dont les usagers fragiles du français ont surtout besoin, c’est d’un bain linguistique important et diversifié : des ateliers d’écriture, des exercices d’expression orale, des découvertes hors les murs de l’école… Et cela justifie la présence de six périodes de français dans la grille-horaire. En outre, des expériences ont démontré que pour des apprenants dont le français n’est ni la langue maternelle ni la langue quotidienne, il s’avère utile de proposer des cours de structuration de la langue première (l’allemand, le chinois, le turc, l’arabe, le polonais, le roumain…). Cela facilite l’apprentissage d’autres langues et développe la confiance en soi du jeune qui se rend ainsi compte que son identité n’est pas niée dans l’espace et le temps scolaires. Le latin n’est pas un remède universel !
L’imposition de deux heures de latin à tous les élèves résulte vraisemblablement d’un compromis avec un certain dogmatisme : pour les puristes, le tronc commun doit proposer le même programme de cours à tous, au nom d’un principe d’équité et d’inclusion. Alors, pour faire place au latin, il s’imposera à tous.
Certes, la liberté d’organiser des options au choix des écoles permet à certaines d’entre elles de viser un "public de niche" et renforce de facto le phénomène de "marché scolaire" à la base des inégalités scolaires pointées par les études PISA. Tel n’est pas l’objectif. On peut néanmoins sortir de l’uniformisation-standardisation, en soi discutable, sans mettre à mal la justice sociale. Cela implique d’admettre que tous les élèves n’ont pas les mêmes points d’ancrage pour les apprentissages et d’y remédier adéquatement.
ALTERNATIVES À L’IMPOSITION DU LATIN À TOUS?
Y a-t-il des alternatives à l’imposition du latin à tous les élèves ? Le Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles pourrait décider que toutes les écoles veilleront au renforcement de la langue des apprentissages en proposant aux uns l’étude de la langue latine, à d’autres des activités de productions orales ou écrites, à d’autres encore l’étude approfondie de la langue familiale. Le choix entre ces divers dispositifs, en fonction des besoins spécifiques de chaque élève, serait bien entendu concerté avec les parents. Par ailleurs, pourquoi ne pas prévoir, au cours de la troisième année secondaire, pour tous les élèves la possibilité de suivre, à raison de trois périodes hebdomadaires pour chacune, à la fois une activité révélatrice du rapport plus abstrait aux apprentissages spécifique de l’enseignement de transition (dont le latin pour ceux qui le souhaitent) et une activité révélatrice du rapport plus concret aux apprentissages spécifique à l’enseignement de qualification (entre autres sous forme de stages). En somme, pourquoi imposer à tous de s’initier au latin alors que l’on est encore loin d’imposer à tous de tester, de manière répétée, leur intelligence pratique à l’occasion d’une réalisation matérielle? Ainsi, la troisième année jouerait son rôle de charnière par rapport à la suite du cursus, en associant geste mental et geste manuel.
Pendant près de trente ans j’ai enseigné la langue latine avec conviction. Sans renier l’importance de cet engagement passé, j’accepte lucidement aujourd’hui que d’autres apprentissages s’avèrent prioritaires pour relever d’autres défis avec d’autres jeunes. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"LE LATIN N’EST PAS UN REMÈDE UNIVERSEL !" 

Et dites vous bien que c'est un prof de latin qui l'affirme après l'avoir enseigné pendant trente ans.
Il est fort à parier que cet article lui vaudra une volée de bois vert de la part de ses collègues classiques et de toute la corporation qui enseigne les langues anciennes.
Et pourtant, quelle belle lucidité!
Voyons cela de plus près:
"D’aucuns s’empresseront de souligner que tous les enfants et adolescents n’ont pas les mêmes aptitudes ou les mêmes dons. Il serait plus juste de considérer que la stimulation des aptitudes intrinsèques à l’espèce humaine varie d’un individu à l’autre selon son parcours personnel dans les environnements qui sont les siens. Raison de plus pour que l’école démocratique développe quant à elle, de manière équilibrée, l’ensemble des "technès" ou habiletés."
De fait nous ne naissons pas avec le même capital d'aptitudes ou habiletés. L'un se voit doter par la nature d'une mémoire phénoménale, l'autre d'une aptitude innée à résoudre les problèmes, le troisième d'un formidable esprit de synthèse, un autre d'analyse, un troisième de maîtrise verbale etc. Si les hommes naissent libres et égaux, c'est loin d'être le cas des cerveaux. Les différences sont sidérantes, nous en avons tous fait l'expérience et c'est ce qui fait combien on est tous aussi différents que nos visages ou nos empreintes digitales respectives.  Peut on éduquer un cerveau autrement, dit est il possible d'entraîner ces aptitudes? Bien sûr que oui: "Des ateliers d’écriture, des exercices d’expression orale, des découvertes hors les murs de l’école peuvent contribuer à améliorer l'aptitude expression, comme les ateliers théâtre, la mémorisation de poèmes,  (mon meilleur élève doué d'une mémoire d'éléphant avait appris le Coran par coeur avec son grand père imam) de formules physiques ou chimiques ou de listes de temps primitifs (ce sont les verbes les plus courants) et l'apprentissage de vocabulaire de langues étrangères peuvent entraîner la mémoire, comme , comme les mathématiques la physique peuvent développer l'aptitude à résoudre des problèmes, comme la chimie ou le latin peuvent stimuler l'esprit d'analyse et comme internet, bien enseigné, peut permettre un entraînement à la recherche d'informations, comme l'histoire peut favoriser l'acquisition d'un esprit de synthèse et un esprit critique, comme l'éducation physique peut développer tout notre aspect psycho moteur et les disciplines artistiques notre sensibilité affective  etc..
"En tout état de cause, il s’avère utile de proposer des cours de structuration de la langue première (l’allemand, le chinois, le turc, l’arabe, - Flahaut n'a pas tort-  le polonais, le roumain…). Cela facilite l’apprentissage d’autres langues et développe la confiance en soi du jeune qui se rend ainsi compte que son identité n’est pas niée dans l’espace et le temps scolaires. Le latin n’est pas un remède universel !"
L'école est à réinventer radicalement, non pas selon un "pacte" quelconque mais  dans un esprit de véritable "excellence" ce qui suppose comme le pensait le grand pédagogie Louis Vandevelde une démarche de "directivité transparente". Directivité parce que c'est aux enseignants qu'il appartient de prendre toutes les initiatives didactiques, "transparente" car il ont le devoir de prévenir les enseignés des démarches pédagogiques qu'ils entraînent au moment où il les entraînent. "Si je te demande de restituer fidèlement ce que tu a mémorisé, je ne veux pas savoir ce que tu penses de la chose mémorisée; en revanche si je te demande de formuler un avis critique sur un texte, je ne te demande pas de me débiter mécaniquement ce que tu as mémorisé." Etc.
Entraîner systématiquement les aptitudes transversales (au delà des matières scolaires et à travers celles-ci) c'est carrément enseigner à apprendre. L'école n'est-elle pas là fondamentalement pour "apprendre à apprendre" et acquérir une méthode de travail et de gestion du temps qui permettent à tout élève de devenir un apprenant autonome, autrement dit un autodidact capable d'affronter la plus complexe des sociétés humaines de tous les temps?.
"Ce que l'on apprend le plus solidement et ce que l'on retient le mieux, c'est ce que l'on apprend en quelque sorte par soi-même"  Emmanuel Kant, 1803 lumière des Lumières.

Vandevelde qui  prônait le "connais toi toi-même socratique" voulait qu'en sortant du secondaire l'élève ait une vision précise de son profil d'aptitudes: ex j'ai une mémoire phénoménale et un bon esprit d'analyse et je communique aisément si je faisais le droit.  Ou bien: j'ai une formidable aptitude à résoudre des problèmes et de la mémoire, si j'essayais polytech, ou encore: j'ai une aptitude innée à trouver les renseignements et un magnifique esprit d'analyse, si je tentais l'informatique ou encore j'ai peu d'aptitudes intellectuelles mais une formidable "intelligence au bout des doigts" (Alain) si je devenais artisan etc etc. Ou encore j'ai en sens exceptionnel de la communication et infiniment d'intuition, je veux être artiste...
Dans tous les cas de figure: "L’imposition de deux heures de latin à tous les élèves résulte vraisemblablement d’un compromis avec un certain dogmatisme." C'est vrai aussi pour les heures d'histoire ou de biologie. (...) "En somme, pourquoi imposer à tous de s’initier au latin alors que l’on est encore loin d’imposer à tous de tester, de manière répétée, leur intelligence pratique à l’occasion d’une réalisation matérielle?"
"Sans renier l’importance de cet engagement passé, j’accepte lucidement aujourd’hui que d’autres apprentissages s’avèrent prioritaires pour relever d’autres défis avec d’autres jeunes."
Voilà qui témoigne d'une grande sagesse à laquelle je veux rendre hommage bien humblement. Au vrai j'ai toujours pensé cela et j'ai même essayé de le mettre en pratique à l'athénée. Mais attention, je me suis heurté à la totale incompréhension des corps enseignants constitués infiniment attachés à leur matières et au privilège de les enseigner en toute liberté. Il n'est pas toujours bon d'avoir de l'avance sur le gros du peloton.
Mais sachez le, l'école comme nous l'avons connue enfant, vit sa dernière décennie.  Demain on enseignera radicalement autrement: du côté de l'élève face aux matières et pas l'inverse.
MG

lundi 26 mars 2018

Une manifestation nationale contre le racisme dans les rues de Bruxelles

Le Vif

Plus de 120 organisations ont pris part samedi après-midi à Bruxelles à la manifestation nationale contre le racisme, la discrimination, la haine, les inégalités et l'agressivité.
Le cortège, organisé à l'occasion de la Journée internationale contre le racisme et la discrimination (21 mars), est parti de la gare du Nord à 14 heures pour arriver à la gare du Midi vers 17 heures. La police a recensé 3.000 participants alors que les organisateurs en ont comptés 8.000.
"Nous remarquons que de plus en plus de gens sont exclus de notre société", a expliqué Charlotte Vandycke, directrice de Vluchtelingenwerk Vlaanderen. "Regardez la politique de logement pour les réfugiés. C'est l'un des domaines où l'on voit qu'une politique antidiscriminatoire et une approche contre le racisme peuvent vraiment faire une différence", a-t-elle ajouté.
"Si nous passons en revue les récentes propositions des autorités, on voit que l'on fait trop peu d'avancées. On laisse passer des occasions", selon Mme Vandycke.
Les associations formulent plusieurs revendications. Elles demandent notamment aux autorités de prévoir un accueil chaleureux et de qualité pour les réfugiés, dans une approche respectant les droits de l'Homme et favorisant l'intégration, la régularisation et le traitement social égal de tous les sans-papiers.
Elles appellent également à la mise en place de tests de situation proactifs assortis de sanctions sur le marché du travail et de la location afin de débusquer les éventuelles discriminations.
Parmi les participants, on retrouve Tout Autre Chose - Hart Boven Hard BXL, La Ligue des droits de l'Homme, la Coordination des Collectifs des Sans-Papiers, Vie féminine...


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
IL EXISTE UN RACISME ANTI FEMININ

Certes, le racisme refait surface partout en Europe et il faut s'en inquiéter séeieusement. Mais qu'on ne s'y trompe pas, il existe également, et pas seulement chez les salafistes, un machisme hostile aux femmes ainsi que le révèle cette enquête sidérante menée par Libération au sein d'une prépa à la plus prestigieuse école des officiers. Décidément, la phrase de Gramsi reste d'actualité: "L'ancien se meurt, le nouveau n'arrive pas à voir le jour, dans l'entre deux surgit une diversité de phénomènes morbides" Vous aves dit diversité?

LYCÉE SAINT-CYR: UNE MACHINE À BROYER LES FEMMES
Par Guillaume Lecaplain et Anaïs Moran — Libération
«Libération» a enquêté sur le sexisme érigé en système au sein des classes préparatoires militaires par un puissant groupe d’élèves : les «tradis». Entre humiliations et harcèlement moral, tout est fait pour saper les ambitions des étudiantes.

C’est une lettre, rédigée avec rage et remplie de rancœur, qui a sonné l’heure de la rébellion au lycée militaire de Saint-Cyr-l’Ecole (Yvelines). Celle de Mathilde (1), 20 ans, élève de deuxième année de classe préparatoire dans l’établissement, envoyée au président Macron, le samedi 2 décembre 2017. Avec ces mots, reflets d’une plaie à vif : «J’avais jusqu’à présent le projet d’intégrer l’Ecole spéciale militaire (ESM) de Saint-Cyr. […] J’ai honte d’avoir voulu aller dans une armée qui n’est pas prête à recevoir des femmes. J’ai appris que porter un vagin ruine une carrière, une vocation, une vie.» Mathilde rêvait d’être officière de l’armée de terre. Ces deux années de prépa au lycée de Saint-Cyr, réputées être le meilleur tremplin pour atteindre cet objectif, ont fracassé son rêve.
Harcèlement moral, intimidations, insultes, humiliations, marginalisation, coups bas : depuis son arrivée, en septembre 2016, Mathilde se sent «persécutée» par un groupe de garçons «prêts à tout»pour la voir abandonner le concours d’entrée à l’ESM (lire encadré).
«RÉACTIONNAIRE»
Ils se nomment communément les «tradis» et ont réussi leur pari : la jeune femme souhaite retourner dans le civil à la fin de l’année, écœurée par le monde militaire et sa misogynie corrosive. Ce n’est malheureusement pas la seule. Dans la «corniche» de Saint-Cyr (l’ensemble des classes préparatoires du lycée), ce sexisme psychologiquement virulent, orchestré par une minorité puissante (environ 60 élèves sur 230), est subi de manière quotidienne par une large majorité d’étudiantes. «Sans que le commandement ne bouge d’un orteil», s’insurge Mathilde.
La lettre adressée à Emmanuel Macron était porteuse d’espoir, d’un balbutiement de révolte. Elle a fait pschitt. Quelques tables rondes ont été organisées au lycée… Mais aucune mesure n’a été annoncée après. Alors, face à cette «passivité», Mathilde a choisi de contacter Libération pour alerter sur ce «vase clos réactionnaire et paternaliste». Au fil des jours, une quinzaine d’autres personnes ont, elles aussi, spontanément souhaité libérer la parole. Leurs témoignages couvrent une période allant de 2013 à aujourd’hui. Filles (très majoritairement) et garçons, ex-étudiants, élèves actuels anciens membres de l’encadrement : tous décrivent à Libé le sexisme systémique des classes préparatoires au lycée militaire de Saint-Cyr. Ou comment sévit depuis des générations le clan des tradis pour évincer leurs camarades féminines et broyer leurs ambitions. En quasi toute impunité.
«YOULE»
Mercredi 29 novembre 2017, trois jours avant l’envoi de la lettre. Comme tous les ans à cette même date, c’est jour de fête au lycée militaire de Saint-Cyr : l’établissement hanté par le souvenir napoléonien célèbre la fameuse bataille d’Austerlitz en organisant la soirée du «2S» lors de laquelle les élèves proposent des «sketchs». Ce soir-là, une dizaine d’élèves (que des garçons) arrivent torse nu pour danser sur scène. Sur la peau, ils ont peint le symbole µ. Prononcé «mu», c’est un nom de code signifiant «misogyne», nous explique Agathe, une ancienne élève d’hypokhâgne du lycée. «Il est tagué dans la cour, il est gravé sur les tables de classe. Bref, il est partout», assure-t-elle. Quelques minutes de show plus tard, une jeune fille, volontaire, entre en scène afin de se faire «faussement» scalper par les jeunes hommes. Qui la mènent ensuite à leur chef en criant : «Youlez les…» avant d’entendre une partie du public masculin répondre d’une seule voix : «…grosses !»
«Youlez les grosses» signifie «scalpez les filles». Car dans le langage interne que les tradis se transmettent d’année en année, les «grosses»,ce sont les jeunes femmes. Parce qu’elles «sont juste bonnes à être engrossées», explique à Libération Marie, qui a fait une première année de prépa à Saint-Cyr-l’Ecole avant de changer d’orientation. La «youle» ? «C’est le nom de la coiffure que les tradis arborent pour se différencier du reste des élèves», renchérit Marie. Très court sur les côtés, longue mèche sur le haut du crâne. Mathilde se souvient de cette soirée : «Les filles de l’assemblée sont restées abasourdies. On ne savait pas trop si cela signifiait que nous n’étions pas les bienvenues ou si c’était carrément une menace de mort. Dans tous les cas, c’était de la misogynie clairement exposée.»
Quelques filles sont bien allées voir la direction du lycée pour protester contre ce sketch douteux. Selon elles, il avait été validé en amont par la direction du lycée qui ne pouvait plus changer son fusil d’épaule. Aurore, 20 ans, étudiante à bout de nerfs, se souvient : «Le commandement nous a répondu qu’il ne fallait pas que nous prenions la mouche pour une simple blague potache.» Du côté du ministère, on affirme à Libération que les sketchs seront interdits lors de la prochaine soirée «2S». «Je n’y crois pas. C’est toujours la même hypocrisie. Ici, on laisse les filles se faire opprimer et on ne sanctionne jamais les bourreaux», dénonce Aurore.

«Contre-nature»
Les «bourreaux», ce sont eux : les Mohicans, la Mafia, l’Inquisition, la Ferme et les Gaulois. Des «familles» de garçons ultraconservateurs perpétuées chaque année par un système de parrainage, qui n’acceptent toujours pas la présence de jeunes filles dans la corniche. Elles sont pourtant officiellement admises depuis 1986, même si les premières étudiantes sont arrivées au début des années 2000. Ce groupe masculiniste, à la fois occulte et hyperstructuré, est officiellement interdit par l’autorité militaire. Et pour cause. Dans les couloirs de leurs dortoirs, ils brandissent fièrement le drapeau des confédérés américains, devenu dans le monde entier un signe de ralliement raciste, ou s’habillent avec des bretelles à ses couleurs. Selon des sources internes, des croix gammées auraient été retrouvées dessinées à la craie sur certaines chaises, avec l’inscription Deutschland über alles (un extrait de l’hymne allemand utilisé par les nazis). Le 20 novembre dernier, jour de la mort de Franco, des témoins rapportent les avoir entendus louer les «valeurs» du dictateur espagnol. Sur Facebook, les tradis «likent» des groupes qui militent contre l’avortement. Ces jeunes adultes, de 17 à 21 ans, sont nostalgiques «de la religion d’Etat, des colonies…»observe un de leurs anciens professeurs : «Et ils pensent qu’accorder des congés paternité, c’est contre-nature.» Tous les mercredis, ils vont à la messe au lycée et tous les dimanches à Versailles, ville voisine à environ 5 kilomètres de Saint-Cyr-l’Ecole, dans une église où elle est dite en latin. En 2013, une majorité de tradis ont rejoint la Manif pour tous et des autocollants du mouvement fleurissaient dans l’établissement. L’année dernière, ils se sont procuré un drapeau gay pour le brûler au lycée. Une information recoupée par plusieurs témoins. D’ailleurs, un des sketchs organisé lors du «2S» de 2016 montrait un homme symboliquement envoyé au bûcher (avec des fumigènes). Il portait des bretelles arc-en-ciel.
Chaque année, les hostilités débutent fin septembre, quand les tradis font le tour des dortoirs pour recruter parmi les nouveaux. «Si tu ne rejoins pas leurs rangs, tu seras considéré comme un "souz" [un sous-homme, ndlr], déplore Pierre, élève de classe prépa. Les tradis sont dans cette logique de "si tu n’es pas avec nous tu es contre nous". Les non-suiveurs sont marginalisés durant le reste de l’année. Mais je ne peux pas vraiment me plaindre quand je vois ce que les tradis réservent aux étudiantes.» Car leur cible, ce sont les filles. Pour s’excuser de vouloir leur mettre des bâtons dans les roues, ils plaident parfois la concurrence logique d’une prépa exigeante comme celle de Saint-Cyr. Les filles leur prendraient des places, qui sont chères. «Mais si ce n’était que ça, ils n’auraient pas de raison de s’entraider entre eux, contrebalance un observateur de l’intérieur. En réalité, selon eux, les filles ne devraient tout simplement pas être là. Les femmes sont des êtres merveilleux, doux et gentils, mais mieux à la maison à faire des enfants.» «Ils n’ont aucune vision complexe du monde, assène un de leurs anciens professeurs. La sensualité, la sexualité, ils ne connaissent pas. Pour certains, une fille c’est une sœur ou une maman.» En clair, elles n’ont rien à faire là.
«A MORT LES GROSSES»
Les nombreux témoignages recueillis par Libé parlent de «haine palpable» et de «guerre froide». Coups de pied dans les portes la nuit pour empêcher les filles de dormir, défécation devant leur chambre, refus de manger à la même table qu’elles à la cantine, menaces de «scalp» (toujours lui), pancartes «à mort les grosses» affichées dans l’internat, chansons composées des termes «salopes» et autres «cuissssss» marmonnées au passage d’une élève en couple (et donc soupçonnée d’avoir des relations sexuelles), remise du «concombre d’or» devant toute la promotion à la jeune fille qui a «le plus cuissé durant l’année»… Sans oublier l’ignorance ritualisée ou «l’indifférence courtoise» comme la surnomment les tradis eux-mêmes : cet usage qui consiste à ne jamais adresser la parole aux filles. Jamais, au point de ne pas transmettre les consignes du commandement ou à les prévenir des contrôles scolaires. Et donc à les pénaliser dans leurs études.
«On retrouve les filles en pleurs dans les couloirs, prêtes à tout arrêter du jour au lendemain, rapporte une source interne. Entre le stress des concours, l’intensité des semaines de cours et ce sexisme en situation de force, beaucoup d’étudiantes n’arrivent plus à contrôler leur sentiment de détresse.» Aurore n’a pas peur de parler de harcèlement sexiste : «Je me sens humiliée dans mon identité de femme et bafouée dans mon droit d’être ici. Ça m’a rendue malade. J’ai longtemps eu des nausées, des maux de ventre, un corps épuisé. J’en ai parlé à un médecin qui m’a confirmé que tout n’était que psychologique.»
«Leur but, c’est qu’on décroche en fin de première année», synthétise Rebecca qui est sortie de la prépa en juin 2016 sans concourir pour l’ESM. L’ancienne apprentie officière a tenu trois ans, avec une année de «khûbe» (redoublement), mais en «craquant» à chaque vacance. Aujourd’hui, la jeune femme se dit «dégoûtée» du métier qui la faisait rêver plus jeune. Même constat pour Noémie, ancienne élève de la prépa Saint-Cyr aujourd’hui en réorientation. Elle ambitionnait de devenir pilote de l’armée de l’air, mais elle a entre-temps «totalement perdu confiance en elle». Déléguée élue lors de son unique année de classe prépa, la jeune fille a été toute l’année «boycottée» au profit de son vice-délégué et membre de la famille tradi. «On me disait toujours "va travailler, va te reposer, ton vice-délégué va s’en charger". Il n’y avait que six tradis sur une classe de 30 élèves mais j’ai fini par être transparente aux yeux de tout le monde. Certains ont commencé à me traiter de salope et à dire que je n’étais bonne à rien. Je pleurais trop régulièrement, je voulais tout le temps rentrer chez moi. Les tradis ont réussi à me faire penser que je n’étais pas assez douée pour devenir officière. Je suis partie.»
Coralie a tenu trois années de prépa jusqu’à son intégration à l’ESM de Saint-Cyr. Après quelques mois à l’ESM, elle a choisi d’abandonner. Désenchantée. «Je m’étais interdit de craquer en prépa car je pensais qu’à l’Ecole spéciale, les garçons tradis disparaîtraient dans la masse. J’ai cru pouvoir me débarrasser d’eux, je me suis trompée.» C’est une réalité que la jeune femme n’avait pas assez appréhendée : les garçons du groupe des tradis du lycée, fondé sur l’entraide scolaire et la démotivation des concurrents, sont des «bêtes à concours» qu’on retrouve en nombre sur les bancs de l’ESM. «En arrivant à Coëtquidan (Morbihan), j’ai retrouvé les pires, lâche Coralie. On m’a de nouveau traitée comme une sous-merde. Ce sentiment de ne jamais être à sa place est épuisant. J’ai fini par craquer. Je n’ai pas eu la force que je voulais.»
FERMER LES YEUX
Le phénomène n’est ni nouveau, ni inconnu pour le ministère des Armées. Depuis la rentrée 2014, un «référent mixité» est en poste dans chaque lycée militaire et une inspection générale a lieu chaque année pour faire le tour de l’ambiance qui y règne. En 2015, la section «sciences économiques» de la prépa Saint-Cyr a été purement et simplement supprimée aux motifs de «comportements discriminatoires à l’égard des élèves féminines» et de «conduites vexatoires et blessantes» de la part des tradis. «Une mesure forte», appuie le chef du service d’information de l’armée de terre, le colonel Benoît Brulon, vers qui nous a orientés la direction de l’établissement. Elle aurait permis de «largement améliorer le climat ces quatre dernières années», continue-t-il. D’ailleurs, le rapport Galtier, rendu au ministère des Armées début 2018 à la suite de l’inspection du lycée, établit les mêmes conclusions, selon le général Pierre Liot de Nortbecourt, adjoint au directeur des ressources humaines de l’armée de terre en charge des lycées militaires et des écoles de formation initiales. «Reste une problématique dans une section»,reconnaît-il. Les lettres, dans laquelle les tradis sont aujourd’hui les plus actifs. «De la méchanceté, des bêtises, un effet de groupe», brosse le général. Il s’agit de jeunes garçons qui sont déjà dans le collimateur des autorités du lycée.»
Des témoins dénoncent pourtant un «double discours» entretenu par le commandement à la tête du lycée de Saint-Cyr. C’est vrai, à chaque début de rentrée scolaire, les petits nouveaux sont avertis par le chef de corps et les capitaines de la présence nuisible des familles tradis. «Ils font semblant de prendre les choses en main mais ce n’est que de la forme. Au vu de leur passivité tout le reste de l’année, on se demande s’ils ne cautionnent pas au fond la mentalité des tradis», explique l’une de nos sources. Selon elle, des dizaines de rapports d’élèves ont été transmis à la direction l’an passé, sans qu’aucune sanction ne soit prise. En interne, une majorité de témoins s’entendent pour dire que le véritable blocage se situe au niveau des plus hauts gradés.
Au fond, le phénomène est simple : les prépas sont noyautées par le groupe des garçons ultras, beaucoup de filles et quelques garçons abandonnent. Les tradis, eux, parviennent à intégrer l’école puis à devenir officiers. Et se retrouvent ainsi dans la potentialité d’encadrer les formations des plus jeunes. Et sont portés, même inconsciemment, à fermer les yeux sur certaines pratiques qui leur rappellent leurs jeunes années. «Que des élèves fascistes me mènent la vie dure, je peux m’en remettre, soupire Marie, une ancienne élève de prépa littéraire. Que mes futurs chefs de régiment fassent la sourde oreille, c’est inadmissible. Le manque d’engagement des cadres encourage les éléments perturbateurs.» Et décourage les autres. Dans sa lettre, Mathilde lâche une terrible formule : «Ainsi, les fraternités se forment, c’est juste qu’il n’y a pas de sœurs.»
(1) A la demande des intéressés, tous les prénoms ont été modifiés.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE  MACHISME TRIOMPHANT

Décidément, l'égalité hommes/femmes n'est pas du goût de tous, surtout, apparemment, parmi les futures élites militaires.

samedi 24 mars 2018

Pascal Bruckner : « Le terrorisme islamiste reste, et pour longtemps, la menace majeure pour notre sécurité »


•Par  Alexandre Devecchio

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Le philosophe et essayiste réagit à l'attentat de Carcassonne et de Trèbes. Il y voit la persistance d'une menace islamiste sur notre territoire.
LE FIGARO. - Vendredi matin, un terroriste islamiste a tué deux personnes lors d'une prise d'otages dans un supermarché de Trèbes. Plus tôt, il avait tué un homme et blessé un policier à Carcassonne…
Pascal BRUCKNER. - Daech n'est pas mort. C'est une grenade à fragmentation qui continue à frapper longtemps après le décès prononcé. Certes, il a perdu Raqqa et Mossoul, mais reste vivant dans le cœur et l'esprit de très nombreux radicaux. Il est possible que nous connaissions encore pendant dix ou 20 ans des attentats commis en son nom. Le fait que l'attaque se soit déroulée près de Carcassonne prouve qu'il n'y a pas une parcelle du territoire à l'abri du terrorisme. Les djihadistes ne sont pas des jacobins, ce sont des opportunistes qui tuent partout où ils le peuvent. Et même dans un supermarché de l'Aude. Leur but reste de désorganiser la société en semant la terreur et la désolation.(...)


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE MARTYR ET LE HEROS

Deux postures exceptionnelles se sont affrontées à Trèbes.
Les deux hommes n'y ont pas survécu.
Il est, au-delà de l'émotion que provoque cette nouvelle attaque barbare intéressant d'opposer les deux profils en présence. D'une part un raté, frustré, un égaré suicidaire ayant obtenu ses galons dans la  petite délinquance qui déshonore sa religion; de l'autre un officier brillant animé d'un courage inouï, d'une folle témérité qui s'est sacrifié pour des otages anonyme. Il fait honneur à la France et force le respect de tous.
On est en droit d'attendre que sortent de la communauté musulmane des êtres intègres qui incarnent les valeurs éthiques du Coran tout en faisant honneur à la France et à l'Europe. Est-ce demander l'impossible?
MG


Islamisation, délinquance, trafics : ce qui se passe vraiment dans les banlieues
• Par  Manon Quérouil-Bruneel Figaro

EXCLUSIF - Pendant un an, Manon Quérouil-Bruneel, grand reporter, est allée à la rencontre des habitants d'une cité de Seine-Saint-Denis. Religion, drogue, prostitution, petits trafics et grand banditisme : son livre choc, La Part du ghetto, raconte le quotidien méconnu d'une France en marge de la République. Récit de son enquête et extraits exclusifs.
«Il suffit de passer le pont, c'est tout de suite l'aventure!» chantait Brassens. Ça marche aussi avec le périphérique. A moins d'une dizaine de kilomètres de la capitale se trouve un autre monde, à la fois proche et lointain. Avec ses codes, ses règles et ses valeurs. Pendant un an, j'ai tenté d'en comprendre le fonctionnement en m'immergeant dans une cité de Seine-Saint-Denis. Pour pousser des portes qui me seraient restées closes, je me suis appuyée sur l'un de ses habitants, Malek Dehoune, que je connais depuis une dizaine d'années. Ensemble, nous avons eu envie de raconter cette vie de l'autre côté du périph, loin des clichés. Grâce à sa solide réputation dans la cité, la méfiance qu'inspirent généralement les journalistes s'est progressivement estompée. Au fil des mois, j'ai obtenu les confidences de dealers, de mères de famille, de prostituées, de retraités, de grands voyous, de commerçants, de musulmans laïcs et de salafistes. Je les ai écoutés en m'appliquant à ne jamais les juger.
Ces tranches de vie racontent un quotidien très éloigné de celui que peignait La Haine - film culte sur le malaise des banlieues françaises et de cette deuxième génération d'immigrés, née en France dans les années 1970, qui a grandi la rage au ventre en ne se trouvant nulle part à sa place. En plongeant dans la cité, je pensais naïvement côtoyer leurs dignes héritiers. Mais vingt ans après, les choses ont bien changé. Les jeunes ne brûlent plus de voitures, ils font du fric sans esclandre, conscients que les émeutes nuisent au business. Pragmatiques, avant tout. «On est des bourgeois, pas des révolutionnaires, comme le résume l'un d'entre eux, surnommé «Chocolat», en référence au shit qu'il vend. On sait qu'on fait pas longtemps dans ce métier. On mène une vie normale, comme un type qui travaille dans un bureau, quoi.»

En l'occurrence, plutôt comme un patron d'une petite PME. A 22 ans, «Chocolat» est le gérant de ce qu'on appelle un «terrain», c'est-à-dire un territoire de deal, qui se vend et s'achète comme un bien immobilier: entre 100.000 et 2 millions d'euros - selon la taille et la localisation. Mais ce n'est pas qu'une question d'argent: un terrain se mérite et se gagne aussi à la réputation. Quand les «anciens» décident qu'ils n'ont plus l'âge de dealer au pied des tours, ils choisissent avec soin ceux à qui ils passent la main. «Choco» a été désigné à 19 ans. Son terrain se trouve à côté de celui de football, dans le parc pelé au cœur de la cité. Avant midi, il est généralement désert. Les «petits», comme les surnomment les «anciens», vivent la nuit et se lèvent tard. Sur son terrain, «Chocolat» écoule en moyenne 350 grammes de cannabis par jour. Un emplacement «moyen», comparé à d'autres, comme celui de Bagnolet, qui débite un kilo par jour. Mais il lui permet de gagner «un smic tous les deux jours», et de s'offrir les services d'un vendeur et de deux «choufs» - des guetteurs chargés de donner l'alerte en cas de descente policière. «Chocolat» se contente de passer quelques heures, pour vérifier que tout va bien et verser les salaires de ses employés, payés 50 euros par jour. Le reste du temps, il s'occupe de l'approvisionnement, la clé d'un business prospère.
Le shit, c'est comme le cours de l'or: le prix au kilo peut varier de plus ou moins 1000 euros sur un an. Comme un trader, un bon trafiquant doit anticiper les variations, avoir du stock en réserve et être placé au plus proche de la source, pour avoir le meilleur tarif possible et dégager un maximum de bénéfices. Etc.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES START-UPS DE LA DÉLINQUANCE 

Et voilà que tout se banalise au gré de l'offre et de la demande. Il y a un marché pour le shit et la main invisible désigne les dealers et leurs lieutenants. En somme tout se banalise même le capitalisme sauvage et mafieux des banlieues.  "Comme un trader, un bon trafiquant doit anticiper les variations, avoir du stock en réserve et être placé au plus proche de la source, pour avoir le meilleur tarif possible et dégager un maximum de bénéfices."
Le drame de Trèbes montre combien il est aisé de franchir le pas qui sépare la délinquance du terrorisme islamiste.
Un livre à lire par ceux qui veulent comprendre et sont de plus en plus écœurés de ce qu'ils découvrent.
MG



vendredi 23 mars 2018

En Australie, une femme vit en auto-suffisance depuis 30 ans


20 mars 2018 (Osons rêver d'un monde meilleur) 

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Alors que les grandes chaînes de distribution ne cessent de nous inciter à croire que nous sommes dépendants de leur production et que l’achat définit qui nous sommes, de nombreuses personnes à travers le monde nous prouvent qu’adopter un mode de vie écologique et responsable est encore possible. Jill Redwood est l’une de ces résistantes d’un autre genre.
Jill Redwood est une écrivaine et activiste originaire d’East Gippsland, en Australie. Lassée par les soucis de surconsommation qu’engendrent les supermarchés, elle a décidé, il y a plus de trente ans, d’établir une retraite dans la campagne australienne où elle pourrait elle-même satisfaire à ses besoins. Elle a ainsi commencé à bâtir sa maison en 1983, de ses propres mains, et sans grande connaissance dans le domaine de la construction.
Pour mener à bien ce projet fou pour l’époque, elle va utiliser des matériaux entièrement écologiques, comme des chutes de bois et des déjections de vache mixées avec de la chaux pour la charpente et les murs de sa maison. Si ça semble peu ragoutant, le procédé fut efficace. Au bout de huit ans de travaux et pour moins de 3000$, Jill Redwood a réussi à obtenir un résultat plus que surprenant.


Sa maison est équipée d’un poêle à bois qui lui fournit du chauffage et de l’eau chaude. On y trouve aussi des panneaux solaires, fournissant assez d’électricité pour que Jill puisse utiliser son ordinateur, sa radio, quelques lampes et son équipement de cuisine. « Quand le soleil brille très fort et que je récupère beaucoup d’énergie, j’ai même assez pour une machine à laver. C’est du luxe. » explique Jill au Daily Mai, dont le mode de vie est très simple sans être coupé du monde et des technologies.
Elle a baptisé son havre de paix « Witchwood », qui se situe à une heure et demie de la ville de Gippsland, au Sud-Est de l’Autralie. Sur ses 6 hectares de terrain, Jill Redwood possède toutes les ressources nécessaires pour vivre de manière auto-suffisante. Elle fait pousser elle-même ses fruits et légumes et, en tant que grande amoureuse des animaux, elle vit avec des chiens, des chevaux, des chèvres, des oies et des poules. Elle a toujours détesté les supermarchés et a décidé de s’émanciper de ce système de consommation. Résultat, elle n’y va plus que quelques fois par an, pour acheter des produits « rares » qu’elle ne peut pas cultiver elle-même, comme de l’huile d’olive, de la farine, du chocolat et de la Vegemite (pâte à tartiner australienne salée). Absolument tout le reste provient de sa propre production. « Tout dépend de la saison, c’est le jardin qui dicte ce qu’il y a au menu » précise-t-elle.
Par ailleurs, tous ses biens personnels, dont les meubles, ont été récupérés de la décharge ou achetés d’occasion. Elle aime vivre avec peu, et avoue que la plupart de ses dépenses va pour ses animaux. « Je détesterais être dépendante d’un supermarché et dénaturer la nourriture pour satisfaire mes besoins. Ca me paraît fou quand on rentre dans un supermarché et qu’on voit ce que les gens achètent… Toute la vie et les bonnes choses y sont remplacées par des additifs avec lesquels vous n’aimeriez même pas passer la serpillère. »
Jill Redwood est une activiste environnementaliste, présidente d’une association dans la région. Pour se faire un minimum d’argent, elle rédige des articles et dessine des bandes dessinées. Même si elle admet que c’est un choix de vie un peu radical qui s’est précisé à un certain moment de sa vie, elle en est parfaitement satisfaite et encourage tous ceux qui la soutiennent à migrer vers un tel mode de vie. Pour elle, faire attention à la nature est plus qu’une nécessité, c’est une évidence, et ça commence par de la simplicité volontaire. La grande persévérance de Jill et son ouverture d’esprit ne manquera pas d’inspirer ceux qui hésitent à changer de mode de vie, sans perdre de vue qu’il n’existe pas de modèle unique et que chacun est encouragé à innover.

En savoir plus sur https://www.osonsrever.fr/en-australie-une-femme-vit-en-auto-suffisance-depuis-30-ans/#rxE89p3eTUm18ljY.99 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ET SI C'ÉTAIT CELA L'AVENIR?

"S’ABSTRAIRE DU MONDE ET DE SES DÉSIRS POUR DEVENIR RÉELLEMENT SOI-MÊME."
Jean Jacques Rousseau pédagogue n'autorisait qu'un seul livre à son élève Emile: Robinson Crusoé.
"Puisqu’il nous faut absolument des livres, il en existe un qui fournit, à mon gré, le plus heureux traité d’éducation naturelle. Ce livre sera le premier que lira mon Émile ; seul il composera durant longtemps toute sa bibliothèque, et il y tiendra toujours une place distinguée. Il sera le texte auquel tous nos entretiens sur les sciences naturelles ne serviront que de commentaire. Il servira d’épreuve durant nos progrès à l’état de notre jugement ; et, tant que notre goût ne sera pas gâté, sa lecture nous plaira toujours. Quel est donc ce merveilleux livre ? Est-ce Aristote ? est-ce Pline ? est-ce Buffon ? Non ; c’est Robinson Crusoé.
Robinson Crusoé dans son île, seul, dépourvu de l’assistance de ses semblables et des instruments de tous les arts, pourvoyant cependant à sa subsistance, à sa conservation, et se procurant même une sorte de bien-être, voilà un objet intéressant pour tout âge, et qu’on a mille moyens de rendre agréable aux enfants. Voilà comment nous réalisons l’île déserte qui me servait d’abord de comparaison. Cet état n’est pas, j’en conviens, celui de l’homme social ; vraisemblablement il ne doit pas être celui d’Émile : mais c’est sur ce même état qu’il doit apprécier tous les autres. Le plus sûr moyen de s’élever au-dessus des préjugés et d’ordonner ses jugements sur les vrais rapports des choses, est de se mettre à la place d’un homme isolé, et de juger de tout comme cet homme en doit juger lui-même, eu égard à sa propre utilité."
En 1845, Henry David Thoreau part vivre dans une cabane construite de ses propres mains, au bord de l’étang de Walden, dans le Massachusetts. Là, au fond des bois, il mène pendant deux ans une vie frugale et autarcique, qui lui laisse tout le loisir de méditer sur le sens de l’existence, la société et le rapport des êtres humains à la Nature. Une réflexion sereine qui montre qu’il faut qui montre qu’il faut s’abstraire du monde et de ses désirs pour devenir réellement soi-même.  Récemment Sylvain Tesson a refait à peu près la même expérience "dans les forêts de Sibérie"
"Assez tôt, j'ai compris que je n'allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m'installer quelque temps, seul, dans une cabane.
DANS LES FORÊTS DE SIBÉRIE.
J'ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal.
Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j'ai tâché d'être heureux.
Je crois y être parvenu.
Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie.
Et si la liberté consistait à posséder le temps ?
Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d'espace et de silence - toutes choses dont manqueront les générations futures ?
Tant qu'il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu."
Plusieurs lecteurs commentent:
Une cabane blottie au fond des bois. Le froid glacial de la taïga sibérienne, la chaleur d'un thé fumant. La forêt, la neige, le lac, un poêle, une fenêtre. Entre les effluves de vodka, la retraite, la contemplation, l'observation, l'introspection.
Une aventure, une expérience, un défi ?! C'est le témoignage d'une âme solitaire, qui n'entend pas "fuir", fait une pause, pour habiter pleinement l'espace et le temps. Un esprit qui a un besoin vital de se ressourcer, se nourrir de silence, de mots, pensés, lus ou écrits, dans un "ermitage" qui ne possède pas d'heures.
Plus qu'une fuite, donc, c'est une fugue : demeurer un temps éloigné d'un monde en péril, des contractions humaines, opérer un retour vers l'essence des choses, de la vie, la véracité de la nature sauvage.

LA LIBERTÉ EXISTE TOUJOURS. IL SUFFIT D'EN PAYER LE PRIX. Henry de Montherlant Carnets 1957.
Une fuite? Comment appeler autrement un séjour de réclusion volontaire sur un rivage forestier avec une caisse de livres et des raquettes à neige? Une quête?  Trop grand mot. Une expérience?
La cabane est un laboratoire. Une paillasse où précipiter ses désirs de liberté, de silence et de solitude.
Un champ expérimental où inventer une vie ralentie.
(...) On peut accepter ces changements de plein gré. Demain les crises économiques nous les imposeront. Dans les forêts de Sibérie p.49)
Au cours de ces journées je me consacre à à la pure réjouissance d'être. (ibid 84)
"Réduit à moi seul, je me nourris, il est vrai , de ma propre substance, mais elle ne s'épuise pas..." écrit Rousseau dans les rêveries. 109
L'ermite s'interdit toute brutalité sur son environnement. 110
La démence prométhéenne affaiblit l'être dans le fracas de la machine. Gorki 122
Crédo des cabanes: ne pas réagir...ne jamais rebondir...ne pas décrocher. S'avouer indifférent au sort du monde. 128
Walt Whitman:"Je n'ai rien à voir avec ce système, pas même assez pour m'y opposer" 130
L'ermite s'efface, il se dafait de toute identité. 131
"Malgré toute ma volonté, la solitude est la chose la plus difficile à protéger." p137 Michel Déon
Il découvre que la limitation est source de joie. 148
La forêt ne juge personne, elle impose sa règle. 184
L'alternative c'est l'ermitage. 211
Ce qui donne un sens à notre comportement à l'égard de la vie  est la fidélité à un certain instant et notre effort pour éterniser cet instant. Mishima 227
Moins elle avait de but et plus sa vie prenait de sens 230
Il faut se donner la possibilité d'un bonheur minimum. 243
La nature frôle le kitch sans y verser jamais. 268
L'ermite gagne en douceur ce qu'il perd en civilité. 277
S'il veut garantir sa santé mentale, un anachorète doit habiter l'instant. 277




jeudi 22 mars 2018

«Une scène pour Bruxelles»


«Une scène pour Bruxelles» est le projet architectural choisi pour la reconversion du garage Citroën Yser
Les travaux commenceront à l’automne 2019 et sont échelonnés en étapes successives jusqu’à l’ouverture officielle du site fin 2022, permettant à KANAL d’organiser des activités culturelles temporaires pendant la durée du chantier.

Le projet architectural des bureaux noAarchitecten (Bruxelles), EM2N (Zurich) et Sergison Bates architects (Londres) a été unanimement choisi pour la reconversion de l’ancien garage Citroën Yser en un nouveau pôle culturel qui, sous le nom KANAL, réunira un musée d’art moderne et contemporain, un centre d’architecture (CIVA) et des espaces publics dédiés à la culture, l’éducation et les loisirs. Le jury du concours d’architecture international salue un projet « exceptionnellement bien intégré à son contexte ».
Intitulé «  Une Scène pour Bruxelles  », le projet lauréat met en valeur tous les éléments iconiques de l’architecture existante. Le showroom évidé et restructuré devient la «  vitrine  » de KANAL, accueillant des installations, performances et concerts au rez-de-chaussée, ainsi qu’un restaurant au dernier étage. La grande frise extérieure blanche est prolongée pour encercler tout le bâtiment sous la forme d’un ruban lumineux, qui pourra diffuser des informations ou s’inscrire dans un projet artistique.
À l’intérieur, une «  rue  » transversale traversera le site de 35 000 m2, donnant notamment accès à trois grandes « boîtes dans la boîte », insérées dans les anciens ateliers et qui accueilleront le musée d’art moderne et contemporain, le CIVA et un auditorium de 400 places. Cette solution permet à l‘équipe d’architectes internationaux de répondre au besoin de maîtriser les conditions climatiques des différents espaces, mais elle reflète aussi sa volonté d’animer toutes les façades du bâtiment. Le musée disposera d’espaces d’exposition répartis sur quatre niveaux, de hauteurs différentes, permettant de nombreuses configurations.
Les travaux commenceront à l’automne 2019 et sont échelonnés en étapes successives jusqu’à l’ouverture officielle du site fin 2022, permettant à KANAL d’organiser des activités culturelles temporaires pendant la durée du chantier.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UN MUSÉE CITROËN POUR QUOI FAIRE? 

Fascinant! Mais qui demande ce musée au juste? Le peuple bruxellois? Le associations culturelles? Ou le PS soucieux de placer dans cette structure somptuaire quelques uns de ses apparatchiks particulièrement difficiles à recaser? Et surtout, qui va financer cette pyramide? Ne dit-on pas que Bruxelles croule sous les dettes et est particulièrement difficile à financer?
Les mauvais esprit objecteront qu'on n'entretient pas les tunnels mais on est prêt à entretenir le musée Kanal cette danseuse chère au coeur du ministre président. On vient d' échapper au stade de foot somptuaire de justesse. Le monstre Citroën nous sera-t-il imposé malgré tout coûte que coûte? Et l'opposition de se taire dans toutes las langues!
MG


lundi 12 mars 2018


CHRISTIAN LAPORTE
La Libre 



La géographe Sarah De Laet estime qu’un tiers des partants appartiennent aux classes populaires.
Ainsi qu’en a attesté le dernier baromètre démographique de l’Institut bruxellois de Statistique et d’Analyse (IBSA), la région de Bruxelles-Capitale voit se poursuivre l’exode de sa population vers sa large périphérie. Alors qu’en 2016, 24 381 résidents de Flandre ou de Wallonie se sont installés à Bruxelles, on a aussi vu 39 124 habitants quitter la capitale pour une des autres régions belges. On peut en déduire que la croissance de la population bruxelloise, observée depuis de nombreuses années, résulte surtout de migrations internationales et des naissances issues d’une population qui est en moyenne plus jeune que dans le reste du pays. Cette croissance est redistribuée à l’extérieur de la ville.
En soi, le bilan migratoire négatif de Bruxelles vis-à-vis des autres régions n’est pas neuf. La périurbanisation est un objet de souci pour les autorités bruxelloises. Elle touche en effet les classes moyennes qui peuvent contribuer larrgement à l’impôt des personnes physiques, perçu au lieu de domicile.
A l’instar de l’immigration internationale qui se diversifie à Bruxelles, les migrations à destination du reste de la Belgique ont aussi tendance à prendre diverses formes. En fait, les décideurs politiques se focalisent trop sur un prétendu exode urbain des classes moyennes alors qu’ils devraient aussi prendre en compte les processus de "périurbanisation modeste".
PRESSION SOCIALE ET SPATIALE
La géographe Sarah De Laet (ULB) s’est attelée dans le numéro 121 de Brussels Studies mis en ligne ce lundi à faire le point sur les migrations des classes populaires. Trente pour cent des personnes qui quittent aujourd’hui Bruxelles pour s’installer ailleurs en sont issues. Elles affrontent une double pression… D’abord sociale avec la déstructuration du modèle salarial, les pénuries d’emplois et l’insécurité économique. La pression est aussi spatiale en raison de l’augmentation des coûts du logement en ville. Où s’installent-ils ? En fait, ces ménages s’installent d’abord dans les espaces périurbains, particulièrement en périphérie nord.
AUSSI EN WALLONIE
Mais pas uniquement : s’ils rejoignent d’anciennes localités industrielles de la périphérie proche, ils vont aussi dans la vallée de la Dendre et de façon plus marquée encore, dans celle de la Haine et de la Sambre. Puis aussi à Charleroi ou dans des communes ouvrières de la périphérie d’Anvers.
Cette géographie de la périurbanisation des ménages bruxellois modestes peut surprendre ! Pour ce qui est de la périphérie proche de Bruxelles, elle est habitée par de nombreux ménages aisés, voire très aisés mais aussi par des moins nantis qui s’installent dans des maisons ne correspondant pas à la classique et allégorique "maison quatre façades avec jardin". A Bruxelles même, le départ en périphérie de ménages populaires stables (c’est-à-dire proches du marché du travail) opère une forme de tri sociospatial. Les quartiers centraux remplissent toujours une fonction d’accueil pour les populations arrivant depuis l’étranger, essentiellement pour les moins nanties d’entre elles. Celles-ci iront éventuellement nourrir, plusieurs années plus tard, le flux des ménages populaires "stabilisés" qui quittent Bruxelles.
Pour Sarah De Laet, il est trop réducteur de considérer les quartiers populaires centraux uniquement sous l’angle de la pauvreté et des difficultés économiques. Il s’agit aussi d’espaces d’accueil et de formation d’un capital social, culturel et également économique. Bref, les décideurs politiques ne peuvent esquiver ces autres enjeux.

GRANDE DICHOTOMIE
Croissant pauvre vs péricentral/périurbain. A Bruxelles, les parcours résidentiels des classes populaires subissent l’influence d’une structure sociospatiale marquée entre des quartiers centraux populaires (le "croissant pauvre") et des communes péricentrales (dans la Région) ou périurbaines (en dehors de la Région) plus aisées. Au cœur de la ville, vu le maigre stock de logements sociaux (à peine 7,26 % en 2016), la plupart des ménages pauvres recourent au marché locatif privé. Avec des logements de mauvaise qualité, moins chers ou plus accessibles qu’ailleurs en ville. Puis le centre connaît des dynamiques de gentrification : de nouveaux habitants aux profils socio-économique ou socioculturel plus élevés remplacent partiellement des habitants moins nantis, moins diplômés. Et les classes populaires aussi quittent Bruxelles.

"Les classes populaires aussi quittent Bruxelles. Une analyse de la périurbanisation des populations à bas revenus" est en ligne sur www.brusselsstudies.be


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
PLUS VALUES IMMOBILIÈRES ET MIGRATION DE POPULATIONS 

Les Bruxellois qui émigrent vers la périphérie pour des raisons économiques ou autres ne cessent pas pour autant d'être des Bruxellois sociologiques et culturels. Simplement ils vont renforcer la communauté  des émigrés qui gonfle les effectifs de la population du Brabant, autrement dit de la métropole urbaine bruxelloise que le NVA refuse de reconnaître et avec elle refuse catégoriquement de collaborer. La Flandre-et surtout la NVA- a la hantise de la tâche d'huile francophone qui ne cesse de s'étendre depuis plus de cinq décennies et justifie selon elle de renforcer le gordel, ce carcan symbolique qui a pour ambition de dissuader des Bruxellois francophones de s'installer dans les villes et villages de la périphérie bruxelloises. Le gordel n'arrête personne.  On constate en longeant les routes d'accès à Vilvorde, Halle ou Alost que les petites maisons modestes occupées par des retraités flamands en fin de vie sont systématiquement rachetées par des familles bruxelloises issues de l'immigration. Ce phénomène paraît irréversible.
Beaucoup de familles schaerbeekoises, jettoises, anderlechtoises séduites par les plus- values immobilières ont tendance à vendre leurs maisons à la faveur de la gentrification et à vouloir s'installer en Brabant flamand dans le bâti modeste mais généralement pourvu de jardinets séduisants. Il n'est pas certain que le Liégeois Didier Reynders, qui entend se rapprocher de la N-VA, mesure l'ampleur de ce problème.
MG


dimanche 11 mars 2018

Het Brussels engagement van Didier Reynders: 'Niemand weet wat hij wil'


Han RenardHan Renard is redacteur bij Knack
Uit Knack
Didier Reynders heeft zijn zinnen op Brussel gezet, zegt hij. Echte ambitie of politieke strategie? Off the record valt bij politieke mede- en tegenstanders vooral scepsis te rapen.

Het ontgaat niemand hoe minister van Buitenlandse Zaken Didier Reynders (MR) zich de laatste tijd opnieuw laat gelden in de binnenlandse politiek. Er was de veelbesproken lunch met Bart De Wever en Jan Jambon in sterrenrestaurant Bruneau - een van de vele lunches met politici van alle partijen, aldus Reynders zelf. Ook zegt Reynders tegen iedereen die het horen wil dat hij in 2019 dingt naar het minister-presidentschap van het Brussels Hoofdstedelijk Gewest. In een coalitie met de N-VA, als die partij tenminste haar communautaire eisen in het vriesvak houdt, belooft Reynders in Brussel voor een grote ommekeer te gaan zorgen.
Maar is dat wat Reynders, die al twintig jaar meedraait in de Belgische en Europese toppolitiek, echt wil? 'Niemand die het weet', zegt een partijgenoot. 'Vergeet niet dat hij in 2014 precies hetzelfde nummertje heeft opgevoerd. Ook toen was hij vóór de verkiezingen kandidaat voor het Brusselse minister-presidentschap.'
Toen was het voor Reynders ondenkbaar om de N-VA in een Brusselse regering op te nemen, omdat die partij erop uit is Brussel 'te vernietigen'. Vandaag zijn de Vlaams-nationalisten verwante zielen met eenzelfde drive 'om de dingen te veranderen', nieuwkomers in het Brusselse politieke landschap met wie Reynders een einde wil maken aan het Brusselse malgoverno.
Ik denk dat het minister-presidentschap van Brussel de allerlaatste optie is voor Reynders, als al de rest onmogelijk blijktEen Brussels toppoliticus
De liefdesverklaring van Reynders richting de N-VA deed stof opwaaien, niet alleen onder Franstalige Brusselaars. Ook Brussels minister Guy Vanhengel (Open VLD) zei dat hij geen touw kon vastknopen aan de strategie van de Franstalige liberaal. Vanhengel, al jaren de kingmaker van de Vlaamse meerderheden in de Brusselse regering, noemde de N-VA ongeschikt om Brussel te regeren en een partij waarmee hij pas als het echt niet anders kan zou onderhandelen. Tot ergernis van zijn partijvoorzitter Gwendolyn Rutten, die Vanhengel publiekelijk desavoueerde.
Maar nogal wat Brusselse politici vrezen dat besturen met de N-VA één lange lijdensweg wordt, omdat het enige echte project van die partij voor Brussel het afschaffen van Brussel zou zijn. Elke maatregel die het Brussels Gewest versterkt en dus de toekomstige onafhankelijkheid van Vlaanderen bemoeilijkt, valt bij de N-VA'ers daarom in ongenade.
EEUWIGE NUMMER TWEE
De Brusselse N-VA wordt, ondanks onbekende kopstukken zoals Johan Van den Driessche, volgens recente peilingen de grootste partij aan Vlaamse kant. Meer zelfs: de N-VA zou met dit peilingresultaat onmisbaar zijn om in Brussel een meerderheid te kunnen vormen.
Maar feit is wel dat die peilingen, gebaseerd op een steekproef van nauwelijks enkele tientallen Brusselse Vlamingen en een foutenmarge die groter is dan het peilingspercentage van de meeste Brusselse Vlaamse partijen, volkomen onbetrouwbaar zijn. Daar kun je geen politieke analyses op baseren.
Ook niet te vertrouwen - althans daarvoor steekt niemand in de Wetstraat zijn hand in het vuur - is wat Didier Reynders beweert te willen gaan doen. Sinds partijgenoot Charles Michel hem de loef afstak en het premierschap binnenhaalde waar hij al zo lang van droomde, lijkt Reynders zich te moeten schikken in het lot van de eeuwige nummer twee. Ook in 2019 blijft Charles Michel uiteraard de kandidaat-premier van de MR en de partij is intussen stevig in handen van Olivier Chastel, een absolute vertrouweling van Michel.
Bekend is dat Reynders een prestigieuze Europese of internationale functie nastreeft en dat Charles Michel daar ook naar op zoek was, en is. Alleen lijkt niets zich aan te dienen. Het voorzitterschap van de Europese Investeringsbank leek Reynders wel wat, maar nu die functie niet vrij blijkt te komen en alleen het vicevoorzitterschap beschikbaar is, is hem dat kennelijk te min. Bovendien is er concurrentie van de N-VA. 'Reynders zal hebben gemerkt dat anderen in de federale regering, zoals Johan Van Overtveldt, ook internationale ambities hebben. Dat inzicht heeft hem misschien de blik naar Brussel doen richten', zegt een Vlaamse liberaal.
In 2014 greep Reynders naast de post van Europees Commissaris toen CD&V het premierschap opgaf om Marianne Thyssen naar Europa te sturen. De Belgische Eurocommissaris zal opnieuw deel uitmaken van de federale regeringsonderhandelingen in 2019. Bij de MR leeft het gevoel dat het de beurt is aan een Franstalige. 'De drie Europese topfuncties waarover België beschikt zijn op dit moment in de handen van Vlamingen: behalve Europees Commissaris Marianne Thyssen, is er Koen Lenaerts, de president van het Europees Hof van Justitie, en Annemie Turtelboom, die zopas is voorgedragen als lid van de Europese Rekenkamer', zegt een MR-parlementslid. Maar aangezien de nieuwe Belgische eurocommissaris het voorwerp wordt van de volgende regeringsonderhandelingen, is het voorbarig om daarop vooruit te lopen.
Blijft de vraag of iemand die heel zijn politieke carrière op federaal niveau heeft doorgebracht en al zo lang in de hoge internationale kringen verkeert, die omgaat met ministers, staatshoofden en regeringsleiders, echt met de voeten in het Brusselse moeras wil. 'Ik denk dat het minister-presidentschap van Brussel de allerlaatste optie is voor Reynders, als al de rest onmogelijk blijkt', zegt een Brussels toppoliticus. 'Ik geloof nooit dat hij dit ernstig meent', denkt ook een partijgenoot. 'Maar heel eerlijk, niemand in de partij die het weet, hij houdt ons in de mist.'
GODSGESCHENK
Als sluwe vos houdt Reynders zijn kaarten tegen de borst. La Libre Belgique repte vorige week van een 'persoonlijke evolutie' bij de minister van Buitenlandse Zaken, een soort voortschrijdend inzicht gebaseerd op het gecombineerde besef dat internationaal de mogelijkheden beperkt zijn en dat Brussel er slecht aan toe is. Hierdoor zou Reynders hebben besloten het geweer van schouder te veranderen en het wereldtoneel voor Brussel te verruilen.
'Reynders en een persoonlijke evolutie? Dan word ik pas echt achterdochtig', lacht een MR-parlementslid.
Ook een Brussels politicus trekt de bedoelingen van Reynders in twijfel. 'Als Reynders echt voor Brussel kiest, waarom doet hij dan niet mee aan de gemeenteraadsverkiezingen? Hij duwt zelfs de MR-lijst in Ukkel niet. En waarom is hij dan geen lijsttrekker voor het Brussels Gewest in 2019? Nee, hij zegt dat hij de Brusselse Kamerlijst zal trekken, omdat hij daar zijn populariteit beter kan verzilveren. Maar als het hem echt menens was, zou hij een duidelijke keuze voor Brussel maken;'
Voor de Brusselse MR is het Brusselse engagement van Reynders wel een godsgeschenk. De MR kampt in de hoofdstad al jaren met een pijnlijk gebrek aan boegbeelden, politiek leiderschap, alsook een klare lijn en een politieke strategie. Dat Reynders zijn opening naar de N-VA met geen enkele lokale partijinstantie had doorgesproken, neemt men dan maar op de koop toe. Wat overheerst, is de hoop dat Reynders de MR er in Brussel bovenop kan helpen, want volgens de peilingen spint niet de MR maar wel vroegere kartelpartner Défi van Olivier Maingain garen bij de neergang van de PS in de hoofdstad. Reynders heeft bovendien bakken ervaring en een indrukwekkend netwerk.
Met zijn lokroep naar de N-VA hoopt Reynders naar verluidt rechtse Brusselaars, gecharmeerd van het harde migratie- en veiligheidsstandpunt van de N-VA, bij de MR te houden, weliswaar met het risico dat hij zodoende de meer sociaalliberale kiezers richting Olivier Maingain jaagt. Maar er zit stilaan sleet in Franstalig België op het demoniseren van de N-VA. De bangmakerij heeft nog weinig effect, getuige daarvan de populariteit van Jan Jambon en Theo Francken bij de Franstaligen. Dat heeft Reynders goed begrepen. En het kan ook geen kwaad om, met het oog op verdeling van toekomstige internationale topfuncties, bij de N-VA enige goodwill op te bouwen.

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE MOU ET LE FLOU 

Il semble bien que le MR bruxellois soit entré dans une zone de mou et de flou. Destexhe l'a bien compris et il joue cavalier seul à la droite du parti, celle qui est le moins allergique à la N-VA. C'est audacieux. Surtout, c'est habile.
Personne d'autre, hormis Françoise Schepmans ne semble se profiler nettement. Reynders apparaît plus sphinx que jamais. S'il ne se profile pas à Uccle c'est assurément probablement en raison d'une épée de Damoclès nommée Chodieff/De Decker.
On aimerait qu'une personnalité MR de sensibilité social-libérale fasse son "coming out". Mais qui? Bouchez à Mons, certes, Miller dans son fief mais qui en Région Bruxelles capitale?

samedi 10 mars 2018

Pour la N-VA, la déliquescence de Bruxelles est un don des dieux"

(CHRONIQUE) La Libre Belgique
Une chronique de Jan De Troyer.  


Pour les partis au pouvoir, à la Ville de Bruxelles ou dans le gouvernement régional,  le pire cauchemar bruxellois se résume en trois caractères : N-VA.
En Flandre, on aimerait connaître les suites données au scandale du Gial, cette ASBL de la Ville de Bruxelles qui a rémunéré un directeur pendant 17 ans à concurrence de 1250 euros par jour via un contrat de consultance conclu sans aucune mise en concurrence. Le bourgmestre Philippe Close a déjà fait comprendre que la Ville veut absolument maintenir autour de l’administration communale un ensemble opaque d’ASBL. Ce réseau nébuleux permet de régler, en dehors de tout contrôle démocratique auquel sont soumises les administrations, des combines de toutes sortes. On peut y nommer des amis politiques, leur accorder des privilèges, acheter de grosses voitures en leasing et engager des chauffeurs pour répondre aux exigences des apparatchiks. Ces ASBL sont le terreau par excellence pour financer des projets en dehors des budgets communaux. Leurs conseils d’administration sont peuplés par les serviles sherpas des partis politiques au pouvoir.
A Bruxelles-Ville, où le PS est au pouvoir depuis 2000, c’est évidemment ce parti qui a profité le plus de ce système. Mais des situations similaires existent dans d’autres villes du Nord et du Sud, avec des sherpas d’autres couleurs politiques.
On a beau fulminer contre le populisme, en réalité, on le nourrit en maintenant des structures de pouvoir ténébreuses ou en déclarant comme l’a fait l’ex-présidente du Gial, Karine Lalieux, en cherchant des excuses, que "1 250 euros par jour est un prix normal en consultance". Ce n’est pas là la question. L’abus consiste évidemment dans le fait que ce directeur a facturé sans interruption pendant 17 ans, permettant ainsi à l’employeur d’éluder les cotisations sociales. Comme quoi elles sont une bénédiction pour le peuple, sauf quand on doit les payer soi-même comme employeur. Pour freiner le populisme, on pourrait arrêter de prendre les citoyens pour des idiots, surtout quand on appartient à un parti qui prétend défendre la sécurité sociale.
Pour les partis au pouvoir, à la Ville de Bruxelles ou dans le gouvernement régional, tant du côté flamand que du côté francophone, la hantise n’est pas la déconfiture bruxelloise. Pour le SP.A, le VLD ou le CD&V, tout comme pour le PS, Ecolo ou Défi, le pire cauchemar bruxellois se résume en trois caractères : N-VA, le parti pour qui la déliquescence bruxelloise est un don des dieux. Déjà en décembre 2017, le parti de Bart De Wever avait obtenu dans un sondage RTL-VTM un score de 6,1 pour cent, preuve du soutien de certains Bruxellois francophones. Un tel résultat aux élections régionales de 2019 se traduirait en une majorité décisive de 9 sur 17 sièges parlementaires bruxellois réservés aux Flamands. Pour le patron du MR bruxellois, Didier Reynders, c’était une raison pour partager avec Bart De Wever les plaisirs de la table chez Bruneau. Ce petit dîner aux chandelles, annonçant une liaison MR - N-VA, a partout déclenché les sonnettes d’alarme.
Hanté par le spectre d’une fin de carrière ministérielle, le ministre VLD Guy Vanhengel a déclaré que "la N-VA n’est pas apte à gouverner à Bruxelles", déclaration qualifiée par la présidente de son parti Gwendolyn Rutten comme "pas très intelligente". Monsieur Vanhengel se présentera en octobre dans sa commune, Evere, sur une liste PS : voilà qui ne va pas renforcer sa crédibilité en Flandre.
Du côté francophone, le député Ecolo Alain Maron voudrait chasser le spectre N-VA en "refusant la nomination de ministres N-VA". Il voudrait même "contourner la double majorité linguistique requise à la Région de Bruxelles-Capitale". Sans parité politique pour les Flamands en Région bruxelloise, il sera difficile de justifier en Flandre la parité accordée aux francophones au niveau fédéral. Cette dynamite constitutionnelle conduirait à la faillite du modèle bruxellois ou même fédéral. Pas très intelligente non plus, l’idée de Monsieur Maron. Tracer un tel horizon bien sombre pourrait même pousser des Bruxellois à voter MR ou N-VA…


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DÉLIQUESCENCE BRUXELLOISE

Voici que la plomberie institutionnelle bruxelloise  bricolée autrefois  par Dehaene et Moureaux se met à fuir de tous côtés et nous annonce une inondation dramatique dans pas longtemps. Le mécano institutionnel bruxellois imaginé par les deux compères ne résistera pas à cette crise qui risque de rendre la Région de Bruxelles capitale ingouvernable, voire, dans la pire des hypothèses, de bloquer définitivement le pays. André Cools disait qu'en politique c'est généralement le pire qui se produit.
En effet: "Sans parité politique pour les Flamands en Région bruxelloise, il sera difficile de justifier en Flandre la parité accordée aux francophones au niveau fédéral. Cette dynamite constitutionnelle conduirait à la faillite du modèle bruxellois ou même fédéral. "
Jan De Troyer ne m'est pas inconnu, je me souviens de ses déboires avec le SPA qui ont conduit à la démission du patron de Brussel Deze Week mais je ne parviens pas à cerner sa couleur politique. Jan De Troyer, disait son avocate, est vraisemblablement victime d’un "règlement de compte politique". "Ce n’est un secret pour personne : le ministre Pascal Smet (SP.A) a pour projet de rassembler les médias bruxellois néerlandophones (Brussel Deze Week, Brusselnieuws.be, FM Brussel et TV Brussel) en une seule "plateforme". Cette initiative ne plaît pas à tout le monde. Jan De Troyer faisait partie de ceux qui contestaient farouchement le projet "
Dans un article publié en 2013 Jan de Troyer soupçonnait déjà la NVA de nourrir une stratégie diabolique pour bloquer la Région de Bruxelles capitale. En le relisant aujourd'hui on comprend mieux que la N-VA dispose d'une véritable épée de Damoclès pour menacer Bruxelles et, le cas échéant, provoquer l'évaporation de la Belgique. "La N-VA espère utiliser la haute technologie institutionnelle belge destinée à régler les délicats équilibres entre Flamands et francophones pour se rendre incontournable à Bruxelles."
Reste à voir si cette ambition est réaliste. Apparemment Didier Reynders est persuadé de sa pertinence et entend faire un pas de deux avec la NVA à Bruxelles en 2019. Cette stratégie machiavélique pourrait se révéler diabolique si un grand nombre de Bruxellois francophones, dégoûtés par la gestion socialiste, décidaient de voter NVA pour protester plutôt que de s'abstenir ou voter blanc. Il faut savoir qu'un vote pour une liste flamande à Bruxelles pèse presque le double qu'une voix francophone.
LES AMBITIONS BRUXELLOISES DE LA N-VA
LE 20 septembre 2013 Jan de Troyer écrivait:.
Après les élections régionales de mai 2014, la N-VA espère utiliser la haute technologie institutionnelle belge destinée à régler les délicats équilibres entre Flamands et francophones pour se rendre incontournable à Bruxelles. Elle veut pour cela profiter du système de représentation garantie au niveau régional de la minorité néerlandophone à Bruxelles.
Ce mécanisme exige une majorité au sein de chaque groupe linguistique du Parlement bruxellois pour former un gouvernement basé sur une quasi-parité entre Flamands et francophones. Reste à voir si cette ambition est réaliste.
En compensation de la parité politique dont jouissent les francophones au niveau fédéral, les Flamands de Bruxelles bénéficient au sein du Parlement bruxellois d’une représentation garantie de 17 députés néerlandophones sur un total de 89 élus. Une majorité de 9 de ces 17 élus flamands est requise pour soutenir les deux ministres et le secrétaire d’Etat flamands au sein du gouvernement bruxellois.
En admettant que le cordon sanitaire autour du Vlaams Belang soit maintenu, l’arithmétique politicienne veut qu’un parti flamand qui obtiendrait aux élections du 25 mai 2014 six ou sept élus soit incontournable.
En conséquence du cordon sanitaire et dans l’hypothèse où le Vlaams Belang réussisse à sauvegarder 3 sièges, il resterait 14 sièges flamands à partager entre les partis démocratiques flamands. Si la N-VA obtenait 6 sièges, elle serait donc incontournable pour former la majorité nécessaire de 9 élus au sein du groupe flamand du Parlement bruxellois.
Or, ceci n’est pas vraiment exclu. Une progression de quelques milliers de voix bruxelloises suffirait au parti de Bart De Wever pour créer une situation inattendue, en gagnant un sixième siège.
L’Open VLD, le CD&V, le SP.A et Groen ne seraient dans ce cas plus capables de livrer ensemble les 9 parlementaires nécessaires pour la majorité au sein du groupe flamand, puisque la N-VA disposeraient de 9 élus sur 17.
C’est une perspective qui rappelle les craintes politiques à la veille des élections régionales de 2004. Il y a dix ans, certains redoutaient que le Vlaams Belang obtienne 6 des 11 sièges dont disposaient à ce moment-là les Flamands de Bruxelles. Cela aurait mené à un blocage total du système politique à Bruxelles, puisque le cordon sanitaire rendait toute coopération avec l’extrême droite impossible.
Finalement, l’extrême droite a obtenu cinq élus en 2004, le blocage des institutions bruxelloises a donc été évité de justesse. On se rappelle que, lors de la campagne électorale de 2004, le Vlaams Belang avait attiré quelques milliers d’électeurs francophones par ses points de vue xénophobes et en mettant en vedette un francophone, l’ex-commissaire Johan Demol.
Aujourd’hui, la N-VA voudrait suivre la même stratégie et séduire quelques milliers de francophones, non par des positions racistes, mais en s’adressant aux francophones, menant une campagne bilingue axée sur des valeurs conservatrices. C’est une approche hasardeuse.
A la différence de 2004, la N-VA ne dispose pas d’une vedette politique connue par tous les Bruxellois comme l’était Johan Demol. Et il reste à voir si la N-VA trouvera beaucoup de sympathie auprès des électeurs bruxellois en proposant de mettre Bruxelles sous la tutelle des deux grandes Communautés du pays.
Tout comme sa politique à Bruxelles, les ambitions électorales de la N-VA restent marquées d’un manque de réalisme.
Jan de Troyer


Pascal Smet (SP. A) : "En matière de mobilité, je suis vu comme un modèle à l'étranger"
ENTRETIEN: ALICE DIVE & ARNAUD FARR 

Dire que Pascal Smet (SP.A) est à couteaux tirés avec une part significative des socialistes francophones est un euphémisme. Les derniers exemples en date ne manquent pas (lire ci-dessous). Dans les esprits toujours, les effets post-traumatiques du scandale du Samusocial qui a vu s’écraser l’ancien hyper-bourgmestre de la Ville de Bruxelles Yvan Mayeur. A cette époque, les socialistes flamands présidés par John Crombez décident de claquer la porte de la majorité à la Ville dénonçant par là une situation devenue "politiquement intenable". Autre fait peu anodin : en février dernier, le Parti socialiste flamand a décidé qu’il se présenterait seul, et non avec le PS comme ce fut le cas lors du dernier scrutin électoral, aux élections communales du 14 octobre prochain.
"L’incurie de Pascal Smet est sans limites !", lançait cette semaine sur la twittosphère le socialiste francophone Ahmed Laaouej faisant par là allusion à la polémique autour du sens unique installé autour de la basilique de Koelkelberg. Que lui répondez-vous ?
Je trouve ce genre de tweet très grave. Il est fâché contre moi à cause du Plan taxi. Via ce tweet, il prend sa petite revanche personnelle et je trouve cela petit. Avec les élections communales en vue, on voit la maladie bruxelloise réapparaître. Car il est aisé dans le chef de certains élus locaux bruxellois de répéter partout que c’est Smet le méchant et qu’ils sont les gentils. Ahmed Laaouej est dans la majorité avec mon parti à la Région mais il est dans l’opposition à l’échelon communal (NdlR : le PS est en effet dans l’opposition à Koekelberg). Il a peur de perdre des voix. Il doit donc surenchérir pour être écouté. Ce sont des jeux politiciens de village. Ce n’est pas digne d’une capitale.
Cela en dit long sur l’état des relations entre votre parti et le PS…
(...)