vendredi 2 mars 2018

Bruxelles : pourquoi la N-VA est la seule alternative

Le Vif

Drieu Godefridi
PhD (Sorbonne), juriste et auteur

Plus personne ne l'ignore : Didier Reynders est entré à campagne, pour constituer à Bruxelles une nouvelle majorité après les prochaines élections régionales (2019). Une nouvelle majorité qui serait bien naturellement emmenée par lui-même. 

  
 
© Belgaimage 

Le scénario est cousu de fil blanc : si le MR remporte les élections, du côté bruxellois francophone, il lui reviendra d'entamer les discussions pour constituer une nouvelle majorité. Correct !
Alors, pour qu'à Bruxelles les choses changent, votons MR ?
Ce n'est pas si simple. D'abord parce que D. Reynders est le champion des victoires électorales transformées en échec politique : que l'on se souvienne de sa tentative avortée de mettre en place une "orange bleue" après son indéniable succès électoral de 2007.
Ensuite parce que les autres partis francophones sont résolus à maintenir le MR, surtout emmené par Reynders, hors de la future majorité. Bien que l'intéressé ait tout mis en oeuvre pour séduire la Gauche, sa personnalité n'en reste pas moins perçue comme "clivante".
Dès lors, le MR de Reynders ne sera en mesure de faire "bouger les lignes", à Bruxelles, que s'il atteint une majorité absolue ou quasiment dans son groupe linguistique.
Bien entendu, il n'existe strictement aucune chance que le MR atteigne ou flirte avec la majorité absolue du côté francophone. Par conséquent, à supposer que le vote n'évolue pas du côté flamand, rien -- rien -- n'empêchera les autres partis bruxellois francophones de constituer une majorité sans le MR.
Dès lors, et c'est pure logique, la majorité bruxelloise -- qui, rappelons-le, comprend nécessairement deux groupes linguistiques -- ne se jouera pas du côté francophone, quel que soit le score de D. Reynders et du MR, mais du côté flamand.
Car, du côté flamand, le jeu est nettement plus ouvert, se partageant entre le SP.A, le CD&V et le VLD, qui ne représentent quasiment plus rien, les affreux du Vlaams Belang, dont personne ne veut, et puis la N-VA. Le moins qu'on puisse écrire est que la N-VA a le vent en poupe, non pas, et c'est assez exceptionnel pour être souligné, en dépit de sa participation du pouvoir fédéral (la fameuse "usure du pouvoir"), mais en raison même de ce qui est perçu comme la qualité supérieure de son personnel politique (cfr. la popularité des excellences N-VA du côté francophone).
L'objectif de la N-VA en 2019 sera de s'assurer une majorité absolue dans le groupe linguistique néerlandais.
Si la N-VA parvient à s'arroger la majorité des élus néerlandophones, il ne sera pas possible de constituer une majorité sans la N-VA. N'en déplaise aux stratèges en chambre du PS, on ne gouverne pas Bruxelles sans une majorité dans les deux groupes linguistiques. Les dispositions légales sont limpides à cet égard, dans leur lettre comme leur esprit, et n'ont jamais été remises en cause.
La conclusion s'impose d'elle-même : les Bruxellois qui souhaitent un changement de cap radical en 2019 voteront N-VA, de façon à assurer à ce parti une majorité absolue dans le groupe linguistique néerlandais.
Le MR aura d'autant plus de mal à faire valoir l'argument du vote "utile" que rares sont les Bruxellois à considérer que, depuis 1989 (création de la Région bruxelloise), le vote MR a jamais contribué à améliorer leurs conditions de vie.
En 2019, le vote utile sera N-VA.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"LE MR VEUT ÊTRE À LA FOIS UN PARTI CLASSIQUE-LIBÉRAL ET LAW AND ORDER" 

Le raisonnement ne manque ni de pertinence ni surtout de perversité.
Reste la question pour qui roule Drieu Godefridi?
"Né en 1972, Drieu Godefridi est un auteur libéral belge, fondateur de l'Institut Hayek à Bruxelles.
Titulaire de masters en droit et philosophie et d'un DEA en droit fiscal, Drieu Godefridi est docteur en philosophie (Sorbonne) et venture capitalist, conceptualisant et finançant des entreprises en Europe.
En 2006, il tient pendant quelques semaines une chronique dans le journal de gauche Le Journal du mardi. Drieu Godefridi est un auteur libéral belge, fondateur de l'Institut Hayek à Bruxelles.
Libéral classique, il est très critique de ce qu'il dénomme l'« utopie libertarienne".
(wikipédia)
Les classes moyennes écrit Drieu Godefridi "estiment que l' afflux massif de réfugiés certes infiniment respectables mais qui sont culturellement à l’Europe ce que Mars est à Vénus, cause une dégradation de leurs conditions de vie à tous les niveaux: enseignement, sécurité, sentiment d’appartenance à une communauté de valeurs."
"Beaucoup d'électeurs du MR apprécient la ligne dure de Theo Francken" écrit Jeroen Zuallaert dans Knack. Et de préciser:
"Dans le débat francophone, on est encore attaché par principe aux droits de l'homme. En Flandre, on est plus pragmatique."(...)
"Beaucoup d'électeurs du MR apprécient la ligne plus dure d'hommes politiques comme Theo Francken et Jan Jambon. Mais pour les militants, qui ont des valeurs plus libérales, la politique actuelle est plus difficile à avaler."
"Aujourd'hui, le MR veut être à la fois un parti classique-libéral et law and order. C'est fondamentalement intenable. Un jour, il faudra choisir." Kiezen is verliezen dit un vieil adage flamand.
MG


VERS UNE N-VA FRANCOPHONE? 

Drieu Godefridi in L'écho
Face aux faiblesses du MR, plus rien n'empêche la N-VA de renforcer encore son déjà considérable poids électoral et parlementaire en favorisant l'émergence d'une N-VA francophone.
Par Drieu Godefridi
Docteur en philosophie, juriste
La question paraîtra une contradiction dans les termes: comment pourrait-il y avoir une N-VA francophone sachant que ce parti est flamand jusque dans son nom (Nieuw-Vlaamse Alliantie), et même nationaliste flamand, et qu’il persiste à s’inscrire dans une dynamique — certes de long terme — d’indépendance de la Flandre?!
Et pourtant, Bart De Wever, Jan Jambon et Théo Francken reçoivent des centaines de demandes en ce sens. Bien sûr, des courriers ne font pas un parti. Alors prenons un autre "échantillon" dont je connais bien la sociologie: les entrepreneurs francophones (oui, il en reste).
Je ne trahis pas la vérité en affirmant qu’ils sont nombreux à se dire dégoûtés de la faiblesse du MR et prêts à voter pour un équivalent francophone de la N-VA. Aussi, il y a les sondages, qui donnent déjà 6% à la N-VA à Bruxelles — le MR en chute libre — alors qu’elle n’a pas fait le premier pas en direction de l’électorat francophone.
LE CAS FRANCKEN
Le cas exemplaire est évidemment celui de Francken. Voilà un homme qui est — le mot n’est pas trop fort — haï par l’intelligentsia belge francophone, sur lequel on ne lira pas une ligne favorable dans la presse francophone, et qui jouit néanmoins de 30% d’opinions favorables en Wallonie (en hausse constante), ce qui en fait l’un des hommes politiques les plus populaires de la région.
La colère du peuple de droite francophone vis-à-vis du MR s’exprime principalement sur deux thématiques.
Le premier est l’immigration. Alors que depuis deux ans les élections en Occident se gagnent non seulement à droite mais précisément sur le thème de l’immigration, le MR reste sur le sujet d’un silence assourdissant.
Depuis 2000, la Belgique fut submergée par un nombre d’immigrés nettement plus important que la plupart de ses voisins — proportionnellement à sa population — et les classes moyennes estiment que cet afflux massif de personnes certes infiniment respectables mais qui sont culturellement à l’Europe ce que Mars est à Vénus, cause une dégradation de leurs conditions de vie à tous les niveaux: enseignement, sécurité, sentiment d’appartenance à une communauté de valeurs.
Les récents épisodes de pillages à répétition, à Bruxelles, n’ont rien fait pour démentir cette perception. Avec laquelle on peut ou non s’accorder mais qui est celle des populations européennes et, en démocratie, l’opinion du peuple, ça compte!
Et puis, il y a eu la désignation au gouvernement wallon de ce qui est probablement l’extrémiste écologiste le plus radical qui occupe aujourd’hui des responsabilités à ce niveau en Europe, en la personne de Jean-Luc Crucke.
Non seulement le MR exige-t-il la sortie du nucléaire au fédéral — alors que nous avons 7 réacteurs capables de produire de l’énergie bon marché pour 20 années supplémentaires — encore ce parti nomme-t-il au gouvernement wallon un ministre qui interdit aussitôt les véhicules au diesel, bientôt les chaudières, les nouvelles villas (sic) et ce n’est qu’un début.
Il est difficile de concevoir une politique plus liberticide et anti-économique. Jean Gol qui nous mettait en garde contre "le totalitarisme écologique" doit faire des cumulets dans sa tombe. Tout cela au nom d’une science pour le moins controversée et dont les Américains, par exemple, viennent de se détourner et cela, quoi qu’on en dise en Europe, sans espoir de retour.
Cette folle politique écologiste aura comme conséquence mécanique une explosion de la facture électrique des ménages, et de celle de nos entreprises. Ce qu’a d’ailleurs reconnu publiquement et sans ambages la ministre fédérale de l’énergie, autre MR, Madame Marghem.

TRAHISON
Immigration, énergie: le peuple francophone de droite se sent trahi. Il voit et sent que, sur ces sujets, la N-VA défendrait mieux ses intérêts que ne le fait le MR.
Alors, qu’attend la N-VA pour surgir sur la carte électorale du Sud du pays? Eh bien ma foi c’est fort simple: la N-VA ne pourra continuer à gouverner au niveau fédéral qu’avec un partenaire francophone. Ce partenaire ne sera évidemment pas le CDH, suicidé par Milquet et ses sbires. Ce ne sera pas non plus — l’énoncé de l’hypothèse fera sourire, même si en politique rien n’est jamais impossible, le sacré Parti socialiste. Reste le MR.
Sauf, bien entendu, si le MR devait persister dans ses ultimatums sur l’immigration et l’énergie, auquel cas le gouvernement fédéral finirait par tomber — une hypothèse que personne ne peut exclure à l’approche des élections.
Dans ce cas, plus rien n’empêcherait la N-VA de renforcer encore son déjà considérable poids électoral et parlementaire en favorisant l’émergence d’une N-VA francophone, offrant ainsi l’opportunité aux Belges francophones de voter pour un parti réfléchi, "burkéen", en fait plutôt modéré, mais authentiquement de droite.
Drieu Godefridi,


"BEAUCOUP D'ÉLECTEURS DU MR APPRÉCIENT LA LIGNE DURE DE THEO FRANCKEN"
Jeroen Zuallaert
Source: Knack
En Belgique francophone, la résistance face à la politique migratoire prend de l'ampleur. Au sein du MR, le débat est extrêmement difficile, estime notre confrère de Knack. 
     

 
Theo Francken © Belga
Dimanche dernier, au moins 10 000 personnes ont affronté le froid sibérien pour manifester en faveur d'une politique d'asile et de migration plus humaine. Beaucoup de manifestants sont heurtés par la loi sur les visites domiciliaires, qui doit permettre les perquisitions dans les habitations où résident des personnes en séjour illégal en Belgique. "Même le syndicat policier nous soutient dans notre opposition contre la loi sur les visites domiciliaires", affirme Mehdi Kassou de BXLRefugees, la plateforme citoyenne qui a participé à l'organisation de la manifestation.
D'après Kassou - qui souligne que les organisateurs ont compté environ 15 000 manifestants - la résistance à la politique d'asile actuelle est un "phénomène national." Pourtant, il est frappant que la part de manifestants de Wallonie (40%) et Bruxelles (35%) soit nettement plus élevée.
Pourtant, l'avis sur la migration est le même des deux côtés de la frontière linguistique, déclare Dirk Jacobs, sociologue à l'ULB. "La différence principale, c'est la façon dont on en débat. Dans le débat francophone, on est encore attaché par principe aux droits de l'homme. En Flandre, on est plus pragmatique. Une notion telle que 'gutmensch' qui en Flandre qualifie les personnes qui plaident pour une politique d'asile clémente, n'existe tout simplement pas en Belgique francophone."
En outre, le MR du Premier ministre Charles Michel n'adopte pas de position univoque dans le débat de migration. Ainsi il y a le parlementaire Alain Destexhe, qui défend la ligne dure du gouvernement et reproche leur naïveté à "certains collègues libéraux". Les Bruxellois qui offrent un abri aux migrants "encouragent l'immigration illégale", déclarait-il dans une opinion parue sur Le Vif. D'autre part, il y a les anciens coryphées du MR tels que le gouverneur de la province de Liège Hervé Jamar, qui héberge des migrants. Et il n'est pas le seul, affirme Kassou. "Nous travaillons ensemble avec un autre député MR qui héberge aussi des réfugiés."
"Le sujet d'asile et de migration pose problème au MR", confirme le politologue Pierre Verjans (Université de Liège). Il voit une rupture étonnante entre électeurs et militants. "Beaucoup d'électeurs du MR apprécient la ligne plus dure d'hommes politiques comme Theo Francken et Jan Jambon. Mais pour les militants, qui ont des valeurs plus libérales, la politique actuelle est plus difficile à avaler."
Sous la présidence de Louis Michel, le MR se profilait à peine sur le sujet, explique Verjans. "Mais sous Charles Michel et Olivier Chastel le parti a bougé. Aujourd'hui, il veut être à la fois un parti classique-libéral et law and order. C'est fondamentalement intenable. Un jour, il faudra choisir."




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