samedi 24 mars 2018

Pascal Bruckner : « Le terrorisme islamiste reste, et pour longtemps, la menace majeure pour notre sécurité »


•Par  Alexandre Devecchio

FIGAROVOX/ENTRETIEN - Le philosophe et essayiste réagit à l'attentat de Carcassonne et de Trèbes. Il y voit la persistance d'une menace islamiste sur notre territoire.
LE FIGARO. - Vendredi matin, un terroriste islamiste a tué deux personnes lors d'une prise d'otages dans un supermarché de Trèbes. Plus tôt, il avait tué un homme et blessé un policier à Carcassonne…
Pascal BRUCKNER. - Daech n'est pas mort. C'est une grenade à fragmentation qui continue à frapper longtemps après le décès prononcé. Certes, il a perdu Raqqa et Mossoul, mais reste vivant dans le cœur et l'esprit de très nombreux radicaux. Il est possible que nous connaissions encore pendant dix ou 20 ans des attentats commis en son nom. Le fait que l'attaque se soit déroulée près de Carcassonne prouve qu'il n'y a pas une parcelle du territoire à l'abri du terrorisme. Les djihadistes ne sont pas des jacobins, ce sont des opportunistes qui tuent partout où ils le peuvent. Et même dans un supermarché de l'Aude. Leur but reste de désorganiser la société en semant la terreur et la désolation.(...)


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE MARTYR ET LE HEROS

Deux postures exceptionnelles se sont affrontées à Trèbes.
Les deux hommes n'y ont pas survécu.
Il est, au-delà de l'émotion que provoque cette nouvelle attaque barbare intéressant d'opposer les deux profils en présence. D'une part un raté, frustré, un égaré suicidaire ayant obtenu ses galons dans la  petite délinquance qui déshonore sa religion; de l'autre un officier brillant animé d'un courage inouï, d'une folle témérité qui s'est sacrifié pour des otages anonyme. Il fait honneur à la France et force le respect de tous.
On est en droit d'attendre que sortent de la communauté musulmane des êtres intègres qui incarnent les valeurs éthiques du Coran tout en faisant honneur à la France et à l'Europe. Est-ce demander l'impossible?
MG


Islamisation, délinquance, trafics : ce qui se passe vraiment dans les banlieues
• Par  Manon Quérouil-Bruneel Figaro

EXCLUSIF - Pendant un an, Manon Quérouil-Bruneel, grand reporter, est allée à la rencontre des habitants d'une cité de Seine-Saint-Denis. Religion, drogue, prostitution, petits trafics et grand banditisme : son livre choc, La Part du ghetto, raconte le quotidien méconnu d'une France en marge de la République. Récit de son enquête et extraits exclusifs.
«Il suffit de passer le pont, c'est tout de suite l'aventure!» chantait Brassens. Ça marche aussi avec le périphérique. A moins d'une dizaine de kilomètres de la capitale se trouve un autre monde, à la fois proche et lointain. Avec ses codes, ses règles et ses valeurs. Pendant un an, j'ai tenté d'en comprendre le fonctionnement en m'immergeant dans une cité de Seine-Saint-Denis. Pour pousser des portes qui me seraient restées closes, je me suis appuyée sur l'un de ses habitants, Malek Dehoune, que je connais depuis une dizaine d'années. Ensemble, nous avons eu envie de raconter cette vie de l'autre côté du périph, loin des clichés. Grâce à sa solide réputation dans la cité, la méfiance qu'inspirent généralement les journalistes s'est progressivement estompée. Au fil des mois, j'ai obtenu les confidences de dealers, de mères de famille, de prostituées, de retraités, de grands voyous, de commerçants, de musulmans laïcs et de salafistes. Je les ai écoutés en m'appliquant à ne jamais les juger.
Ces tranches de vie racontent un quotidien très éloigné de celui que peignait La Haine - film culte sur le malaise des banlieues françaises et de cette deuxième génération d'immigrés, née en France dans les années 1970, qui a grandi la rage au ventre en ne se trouvant nulle part à sa place. En plongeant dans la cité, je pensais naïvement côtoyer leurs dignes héritiers. Mais vingt ans après, les choses ont bien changé. Les jeunes ne brûlent plus de voitures, ils font du fric sans esclandre, conscients que les émeutes nuisent au business. Pragmatiques, avant tout. «On est des bourgeois, pas des révolutionnaires, comme le résume l'un d'entre eux, surnommé «Chocolat», en référence au shit qu'il vend. On sait qu'on fait pas longtemps dans ce métier. On mène une vie normale, comme un type qui travaille dans un bureau, quoi.»

En l'occurrence, plutôt comme un patron d'une petite PME. A 22 ans, «Chocolat» est le gérant de ce qu'on appelle un «terrain», c'est-à-dire un territoire de deal, qui se vend et s'achète comme un bien immobilier: entre 100.000 et 2 millions d'euros - selon la taille et la localisation. Mais ce n'est pas qu'une question d'argent: un terrain se mérite et se gagne aussi à la réputation. Quand les «anciens» décident qu'ils n'ont plus l'âge de dealer au pied des tours, ils choisissent avec soin ceux à qui ils passent la main. «Choco» a été désigné à 19 ans. Son terrain se trouve à côté de celui de football, dans le parc pelé au cœur de la cité. Avant midi, il est généralement désert. Les «petits», comme les surnomment les «anciens», vivent la nuit et se lèvent tard. Sur son terrain, «Chocolat» écoule en moyenne 350 grammes de cannabis par jour. Un emplacement «moyen», comparé à d'autres, comme celui de Bagnolet, qui débite un kilo par jour. Mais il lui permet de gagner «un smic tous les deux jours», et de s'offrir les services d'un vendeur et de deux «choufs» - des guetteurs chargés de donner l'alerte en cas de descente policière. «Chocolat» se contente de passer quelques heures, pour vérifier que tout va bien et verser les salaires de ses employés, payés 50 euros par jour. Le reste du temps, il s'occupe de l'approvisionnement, la clé d'un business prospère.
Le shit, c'est comme le cours de l'or: le prix au kilo peut varier de plus ou moins 1000 euros sur un an. Comme un trader, un bon trafiquant doit anticiper les variations, avoir du stock en réserve et être placé au plus proche de la source, pour avoir le meilleur tarif possible et dégager un maximum de bénéfices. Etc.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES START-UPS DE LA DÉLINQUANCE 

Et voilà que tout se banalise au gré de l'offre et de la demande. Il y a un marché pour le shit et la main invisible désigne les dealers et leurs lieutenants. En somme tout se banalise même le capitalisme sauvage et mafieux des banlieues.  "Comme un trader, un bon trafiquant doit anticiper les variations, avoir du stock en réserve et être placé au plus proche de la source, pour avoir le meilleur tarif possible et dégager un maximum de bénéfices."
Le drame de Trèbes montre combien il est aisé de franchir le pas qui sépare la délinquance du terrorisme islamiste.
Un livre à lire par ceux qui veulent comprendre et sont de plus en plus écœurés de ce qu'ils découvrent.
MG



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