samedi 10 mars 2018

Pour la N-VA, la déliquescence de Bruxelles est un don des dieux"

(CHRONIQUE) La Libre Belgique
Une chronique de Jan De Troyer.  


Pour les partis au pouvoir, à la Ville de Bruxelles ou dans le gouvernement régional,  le pire cauchemar bruxellois se résume en trois caractères : N-VA.
En Flandre, on aimerait connaître les suites données au scandale du Gial, cette ASBL de la Ville de Bruxelles qui a rémunéré un directeur pendant 17 ans à concurrence de 1250 euros par jour via un contrat de consultance conclu sans aucune mise en concurrence. Le bourgmestre Philippe Close a déjà fait comprendre que la Ville veut absolument maintenir autour de l’administration communale un ensemble opaque d’ASBL. Ce réseau nébuleux permet de régler, en dehors de tout contrôle démocratique auquel sont soumises les administrations, des combines de toutes sortes. On peut y nommer des amis politiques, leur accorder des privilèges, acheter de grosses voitures en leasing et engager des chauffeurs pour répondre aux exigences des apparatchiks. Ces ASBL sont le terreau par excellence pour financer des projets en dehors des budgets communaux. Leurs conseils d’administration sont peuplés par les serviles sherpas des partis politiques au pouvoir.
A Bruxelles-Ville, où le PS est au pouvoir depuis 2000, c’est évidemment ce parti qui a profité le plus de ce système. Mais des situations similaires existent dans d’autres villes du Nord et du Sud, avec des sherpas d’autres couleurs politiques.
On a beau fulminer contre le populisme, en réalité, on le nourrit en maintenant des structures de pouvoir ténébreuses ou en déclarant comme l’a fait l’ex-présidente du Gial, Karine Lalieux, en cherchant des excuses, que "1 250 euros par jour est un prix normal en consultance". Ce n’est pas là la question. L’abus consiste évidemment dans le fait que ce directeur a facturé sans interruption pendant 17 ans, permettant ainsi à l’employeur d’éluder les cotisations sociales. Comme quoi elles sont une bénédiction pour le peuple, sauf quand on doit les payer soi-même comme employeur. Pour freiner le populisme, on pourrait arrêter de prendre les citoyens pour des idiots, surtout quand on appartient à un parti qui prétend défendre la sécurité sociale.
Pour les partis au pouvoir, à la Ville de Bruxelles ou dans le gouvernement régional, tant du côté flamand que du côté francophone, la hantise n’est pas la déconfiture bruxelloise. Pour le SP.A, le VLD ou le CD&V, tout comme pour le PS, Ecolo ou Défi, le pire cauchemar bruxellois se résume en trois caractères : N-VA, le parti pour qui la déliquescence bruxelloise est un don des dieux. Déjà en décembre 2017, le parti de Bart De Wever avait obtenu dans un sondage RTL-VTM un score de 6,1 pour cent, preuve du soutien de certains Bruxellois francophones. Un tel résultat aux élections régionales de 2019 se traduirait en une majorité décisive de 9 sur 17 sièges parlementaires bruxellois réservés aux Flamands. Pour le patron du MR bruxellois, Didier Reynders, c’était une raison pour partager avec Bart De Wever les plaisirs de la table chez Bruneau. Ce petit dîner aux chandelles, annonçant une liaison MR - N-VA, a partout déclenché les sonnettes d’alarme.
Hanté par le spectre d’une fin de carrière ministérielle, le ministre VLD Guy Vanhengel a déclaré que "la N-VA n’est pas apte à gouverner à Bruxelles", déclaration qualifiée par la présidente de son parti Gwendolyn Rutten comme "pas très intelligente". Monsieur Vanhengel se présentera en octobre dans sa commune, Evere, sur une liste PS : voilà qui ne va pas renforcer sa crédibilité en Flandre.
Du côté francophone, le député Ecolo Alain Maron voudrait chasser le spectre N-VA en "refusant la nomination de ministres N-VA". Il voudrait même "contourner la double majorité linguistique requise à la Région de Bruxelles-Capitale". Sans parité politique pour les Flamands en Région bruxelloise, il sera difficile de justifier en Flandre la parité accordée aux francophones au niveau fédéral. Cette dynamite constitutionnelle conduirait à la faillite du modèle bruxellois ou même fédéral. Pas très intelligente non plus, l’idée de Monsieur Maron. Tracer un tel horizon bien sombre pourrait même pousser des Bruxellois à voter MR ou N-VA…


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
DÉLIQUESCENCE BRUXELLOISE

Voici que la plomberie institutionnelle bruxelloise  bricolée autrefois  par Dehaene et Moureaux se met à fuir de tous côtés et nous annonce une inondation dramatique dans pas longtemps. Le mécano institutionnel bruxellois imaginé par les deux compères ne résistera pas à cette crise qui risque de rendre la Région de Bruxelles capitale ingouvernable, voire, dans la pire des hypothèses, de bloquer définitivement le pays. André Cools disait qu'en politique c'est généralement le pire qui se produit.
En effet: "Sans parité politique pour les Flamands en Région bruxelloise, il sera difficile de justifier en Flandre la parité accordée aux francophones au niveau fédéral. Cette dynamite constitutionnelle conduirait à la faillite du modèle bruxellois ou même fédéral. "
Jan De Troyer ne m'est pas inconnu, je me souviens de ses déboires avec le SPA qui ont conduit à la démission du patron de Brussel Deze Week mais je ne parviens pas à cerner sa couleur politique. Jan De Troyer, disait son avocate, est vraisemblablement victime d’un "règlement de compte politique". "Ce n’est un secret pour personne : le ministre Pascal Smet (SP.A) a pour projet de rassembler les médias bruxellois néerlandophones (Brussel Deze Week, Brusselnieuws.be, FM Brussel et TV Brussel) en une seule "plateforme". Cette initiative ne plaît pas à tout le monde. Jan De Troyer faisait partie de ceux qui contestaient farouchement le projet "
Dans un article publié en 2013 Jan de Troyer soupçonnait déjà la NVA de nourrir une stratégie diabolique pour bloquer la Région de Bruxelles capitale. En le relisant aujourd'hui on comprend mieux que la N-VA dispose d'une véritable épée de Damoclès pour menacer Bruxelles et, le cas échéant, provoquer l'évaporation de la Belgique. "La N-VA espère utiliser la haute technologie institutionnelle belge destinée à régler les délicats équilibres entre Flamands et francophones pour se rendre incontournable à Bruxelles."
Reste à voir si cette ambition est réaliste. Apparemment Didier Reynders est persuadé de sa pertinence et entend faire un pas de deux avec la NVA à Bruxelles en 2019. Cette stratégie machiavélique pourrait se révéler diabolique si un grand nombre de Bruxellois francophones, dégoûtés par la gestion socialiste, décidaient de voter NVA pour protester plutôt que de s'abstenir ou voter blanc. Il faut savoir qu'un vote pour une liste flamande à Bruxelles pèse presque le double qu'une voix francophone.
LES AMBITIONS BRUXELLOISES DE LA N-VA
LE 20 septembre 2013 Jan de Troyer écrivait:.
Après les élections régionales de mai 2014, la N-VA espère utiliser la haute technologie institutionnelle belge destinée à régler les délicats équilibres entre Flamands et francophones pour se rendre incontournable à Bruxelles. Elle veut pour cela profiter du système de représentation garantie au niveau régional de la minorité néerlandophone à Bruxelles.
Ce mécanisme exige une majorité au sein de chaque groupe linguistique du Parlement bruxellois pour former un gouvernement basé sur une quasi-parité entre Flamands et francophones. Reste à voir si cette ambition est réaliste.
En compensation de la parité politique dont jouissent les francophones au niveau fédéral, les Flamands de Bruxelles bénéficient au sein du Parlement bruxellois d’une représentation garantie de 17 députés néerlandophones sur un total de 89 élus. Une majorité de 9 de ces 17 élus flamands est requise pour soutenir les deux ministres et le secrétaire d’Etat flamands au sein du gouvernement bruxellois.
En admettant que le cordon sanitaire autour du Vlaams Belang soit maintenu, l’arithmétique politicienne veut qu’un parti flamand qui obtiendrait aux élections du 25 mai 2014 six ou sept élus soit incontournable.
En conséquence du cordon sanitaire et dans l’hypothèse où le Vlaams Belang réussisse à sauvegarder 3 sièges, il resterait 14 sièges flamands à partager entre les partis démocratiques flamands. Si la N-VA obtenait 6 sièges, elle serait donc incontournable pour former la majorité nécessaire de 9 élus au sein du groupe flamand du Parlement bruxellois.
Or, ceci n’est pas vraiment exclu. Une progression de quelques milliers de voix bruxelloises suffirait au parti de Bart De Wever pour créer une situation inattendue, en gagnant un sixième siège.
L’Open VLD, le CD&V, le SP.A et Groen ne seraient dans ce cas plus capables de livrer ensemble les 9 parlementaires nécessaires pour la majorité au sein du groupe flamand, puisque la N-VA disposeraient de 9 élus sur 17.
C’est une perspective qui rappelle les craintes politiques à la veille des élections régionales de 2004. Il y a dix ans, certains redoutaient que le Vlaams Belang obtienne 6 des 11 sièges dont disposaient à ce moment-là les Flamands de Bruxelles. Cela aurait mené à un blocage total du système politique à Bruxelles, puisque le cordon sanitaire rendait toute coopération avec l’extrême droite impossible.
Finalement, l’extrême droite a obtenu cinq élus en 2004, le blocage des institutions bruxelloises a donc été évité de justesse. On se rappelle que, lors de la campagne électorale de 2004, le Vlaams Belang avait attiré quelques milliers d’électeurs francophones par ses points de vue xénophobes et en mettant en vedette un francophone, l’ex-commissaire Johan Demol.
Aujourd’hui, la N-VA voudrait suivre la même stratégie et séduire quelques milliers de francophones, non par des positions racistes, mais en s’adressant aux francophones, menant une campagne bilingue axée sur des valeurs conservatrices. C’est une approche hasardeuse.
A la différence de 2004, la N-VA ne dispose pas d’une vedette politique connue par tous les Bruxellois comme l’était Johan Demol. Et il reste à voir si la N-VA trouvera beaucoup de sympathie auprès des électeurs bruxellois en proposant de mettre Bruxelles sous la tutelle des deux grandes Communautés du pays.
Tout comme sa politique à Bruxelles, les ambitions électorales de la N-VA restent marquées d’un manque de réalisme.
Jan de Troyer


Pascal Smet (SP. A) : "En matière de mobilité, je suis vu comme un modèle à l'étranger"
ENTRETIEN: ALICE DIVE & ARNAUD FARR 

Dire que Pascal Smet (SP.A) est à couteaux tirés avec une part significative des socialistes francophones est un euphémisme. Les derniers exemples en date ne manquent pas (lire ci-dessous). Dans les esprits toujours, les effets post-traumatiques du scandale du Samusocial qui a vu s’écraser l’ancien hyper-bourgmestre de la Ville de Bruxelles Yvan Mayeur. A cette époque, les socialistes flamands présidés par John Crombez décident de claquer la porte de la majorité à la Ville dénonçant par là une situation devenue "politiquement intenable". Autre fait peu anodin : en février dernier, le Parti socialiste flamand a décidé qu’il se présenterait seul, et non avec le PS comme ce fut le cas lors du dernier scrutin électoral, aux élections communales du 14 octobre prochain.
"L’incurie de Pascal Smet est sans limites !", lançait cette semaine sur la twittosphère le socialiste francophone Ahmed Laaouej faisant par là allusion à la polémique autour du sens unique installé autour de la basilique de Koelkelberg. Que lui répondez-vous ?
Je trouve ce genre de tweet très grave. Il est fâché contre moi à cause du Plan taxi. Via ce tweet, il prend sa petite revanche personnelle et je trouve cela petit. Avec les élections communales en vue, on voit la maladie bruxelloise réapparaître. Car il est aisé dans le chef de certains élus locaux bruxellois de répéter partout que c’est Smet le méchant et qu’ils sont les gentils. Ahmed Laaouej est dans la majorité avec mon parti à la Région mais il est dans l’opposition à l’échelon communal (NdlR : le PS est en effet dans l’opposition à Koekelberg). Il a peur de perdre des voix. Il doit donc surenchérir pour être écouté. Ce sont des jeux politiciens de village. Ce n’est pas digne d’une capitale.
Cela en dit long sur l’état des relations entre votre parti et le PS…
(...)

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