lundi 30 avril 2018

Relance de l'Europe: le double échec d'Emmanuel Macron

Amandine Crespy
Associate Professor in Political Science and EU Studies, CEVIPOL/Institute for European Studies
Le Vif

La semaine dernière fut une semaine européenne pour Emmanuel Macron. Mardi 17 avril, il s'est exprimé pour la première fois devant les députés européens à Strasbourg et, deux jours plus tard, il se rendait à Berlin pour tenter de sortir de l'enlisement les discussions franco-allemandes sur la réforme de la zone Euro. A l'issue de cette semaine, il est clair que la stratégie européenne du Président français est dans l'impasse.
UNE RHÉTORIQUE QUI SONNE CREUX
A Strasbourg, le Président a servi aux députés son discours, désormais connu, de "bon européen". Ne désirant pas appartenir à une "génération de somnambules" oeuvrant à la ruine des grandes réalisations des prédécesseurs, il a tenu un vibrant plaidoyer pour la démocratie libérale, préférant "l'autorité de la démocratie" à la "démocratie autoritaire". Il a appelé écouter les peuples, à créer un véritable espace public européen, et à faire émerger une souveraineté européenne afin de répondre aux "désordres du monde" que sont le changement climatique, les migrations et les conflits.
Et d'égrainer un programme de réformes visant à renforcer la capacité d'action de l'Union européenne : programme européen de soutien aux collectivités qui accueillent de réfugiés, taxes numérique et environnementale permettant de dégager de nouvelles ressources propres pour l'Union, politique commerciale plus protectrice, fonds européen de défense, convergence fiscale et sociale, etc.
Mais dans le contexte actuel, une rhétorique grandiloquente, voire convenue, de la démocratie ("notre meilleure chance est la démocratie européenne") tout comme les propositions de réformes ambitieuses sont condamnées à tomber à plat. Si l'on peut pointer du doigt le contexte, il est vrai, peu favorable à une relance du projet européen, on peut aussi s'interroger sur la pertinence de l'action du Président français.
DES MOTS AUX ACTES, LE BÂT BLESSE
La matrice idéologique et stratégique d'Emmanuel Macron, qui consiste à exacerber le clivage entre les "bons européens" libéraux et centristes et les "mauvais européens" populistes de tous bords, n'est pas efficace d'un point de vue politique.
Les visées macronniennes ne peuvent rallier les députés de la droite conservatrice et eurosceptique, qui ne veulent ni souveraineté européenne, ni réforme permettant une plus grande intégration économique, fiscale ou sociale. Ceux-ci, très nombreux au Parlement européen, voient en outre les rapports de force évoluer en leur faveur partout en Europe et peuvent ainsi tranquillement laisser le Président français s'agiter en vain.
Emmanuel Macron ne peut non plus convaincre les progressistes qui souhaitent une réorientation profonde du projet européen vers une Europe plus solidaire, plus sociale et plus démocratique. Car le bilan d'un an de présidence Macron révèle avec acuité la réalité de son action politique. Les ambitions de grandes réformes équilibrées ("ni gauche, ni droite") et modernisatrices pour la France se résument pour l'essentiel à une néolibéralisation à marche forcée de l'hexagone (réforme fiscale bénéficiant aux entreprises et aux plus riches, flexibilisation du marché de l'emploi, réformes a minima de la formation professionnelle et de l'assurance chômage qui ne bénéficieront qu'à une petite partie des millions de français concernés). En matière d'accueil des migrants, le Président Macron assume les vieux penchants français pour l'Etat policier d'une République en repli, très loin des discours de démocratie et de solidarité.
L'IMPUISSANCE FACE À L'ALLEMAGNE
Le second échec d'Emmanuel Macron concerne son dialogue avec l'Allemagne d'Angela Merkel. Certes l'immobilisme des sept derniers mois est en partie dû à la longueur des négociations pour la formation d'un gouvernement de coalition suite aux élections de l'automne dernier. Mais l'essentiel n'est pas là. Les discussions actuelles montrent à quel point les conservateurs allemands, effrayés par la montée de l'extrême droite, se montrent intransigeants, et les sociaux-démocrates faibles dans leur soutien froid à quelque réforme de l'Union européenne.
Les partenaires allemands refusent ainsi toute réforme significative de la zone Euro, comme la création d'un budget et d'un ministre européen des finances voulus par Emmanuel Macron. Quant à sa démocratisation par un contrôle parlementaire, il ne s'agit plus que d'une lointaine idée de campagne. Les discussions se concentrent aujourd'hui sur le renforcement de l'Union bancaire et la transformation du Mécanisme européen de stabilité en Fonds monétaire européen soutenant les banques par des garanties, mais les allemands sont réticents et insistent sur le maintien d'une gouvernance reposant sur l'unanimité et donc la possibilité de veto unilatéral.
La feuille de route du mois de juin qui devait relancer le projet européen s'annonce donc comme une série de réformettes à minima du fonctionnement actuel de l'Union. Des grandes ambitions démocratiques aux discussions techniques sur les banques. C'est le message que s'apprêtent à communiquer Emmanuel Macron et Angela Merkel aux peuples en colère.
Emmanuel Macron a fait le pari qu'une fois la "compétitivité" du pays améliorée, la France aurait regagné en crédibilité et serait en mesure de négocier des réformes sur un pied d'égalité avec son voisin d'Outre-Rhin. Ce calcul s'est avéré à la fois erroné et naïf.
Un train de réformes, même lancé à grande vitesse, ne produit pas en quelques mois des effets susceptibles d'effacer dix ans de faiblesse économique et politique. D'autre part, Emmanuel Macron semble avoir oublié que le rôle historique de la France en Europe est de faire contrepoids à l'Allemagne, en défendant une culture politique et économique historiquement différente capable de rassembler derrière elle d'autres Etats, notamment au Sud de l'Europe. Céder d'emblée à la doxa socio-économique dont l'Allemagne de Merkel est pétrie, au nom de la supposée réussite d'un modèle qui serait l'unique voie à suivre pour tous les pays européens, et qui ne sert qu'à mieux assoir la suprématie économique et politique de l'Allemagne et ses alliés (Autriche, Pays-Bas, Finlande notamment), c'est se mettre d'emblée en position d'infériorité stratégique et condamner l'Union européenne au statut quo.
Ainsi Emmanuel Macron a-t-il commis la même erreur qu'avait commise Nicolas Sarkozy en son temps, le mimétisme politique stérile, en y associant celle commise par François Hollande, le refus timoré de la confrontation.
Dans l'Union européenne comme ailleurs, la politique est une affaire d'idées et de rapport de force. Emmanuel Macron n'a ni su convaincre avec les premières, ni su créer le second.
Carte Blanche 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE VENT TOURNE 

Emmanuel Macron imposerait donc à la France : "une néolibéralisation à marche forcée de l'hexagone". Pire, en matière d'accueil des migrants, le Président Macron "assumerait les vieux penchants français pour l'Etat policier d'une République en repli, très loin des discours de démocratie et de solidarité."
Il fait le pari qu'une fois la "compétitivité" du pays améliorée, la France aurait regagné en crédibilité et serait en mesure de négocier des réformes sur un pied d'égalité avec son voisin d'Outre-Rhin".
"Son calcul s'est avéré à la fois erroné et naïf."
Un train de réformes, même lancé à grande vitesse, ne produirait pas en quelques mois des effets susceptibles d'effacer dix ans de faiblesse économique et politique.
Le dialogue avec l'Allemagne d'Angela Merkel ne fonctionnerait pas.
"Les partenaires allemands" refuseraient" ainsi toute réforme significative de la zone Euro, comme la création d'un budget et d'un ministre européen des finances voulus par Emmanuel Macron."
Jusqu'ici, le jeune et fringant président Macron a eu la baraka. Il semble bien que le vent soit en train de tourner malgré son effort surhumain d'être sur tous les fronts à la fois.  Qui trop embrasse - y compris l'ogre de la maison blanche- mal étreint.
Emmanuel Macron avance désormais vent debout. Il lui reste à peine un an pour  remporter son pari le plus audacieux: gagner les élections européennes et relancer le processus d'intégration politique de l'Europe. 
Reste à savoir si Angela Merkel voudra lui emboiter le pas. Il se pourrait que l'Allemagne désormais réunifiée en profondeur renonce à ses prétentions européennes de peur de devoir financer la dette abyssale des pays du sud et qu'elle se tourne vers son hinterland naturel: l'Europe de l'Est.
Depuis les  razzias des chevaliers teutoniques du moyen âge jusqu'à l'invasion de L'Union Soviétique par Hitler a cédé à la grande tentation du "Drang nach Osten" 
Emmanuel Macron écrit Alain Duhamel "ne renonce pas pur autant à sa tentative héroïque de relancer l’Europe malgré les obstacles qui s’accumulent et les blocages qui se multiplient."  "Au  Parlement européen de Strasbourg, il a inauguré un débat citoyen sur l’Europe largement ouvert. Il a ensuite  rencontré Angela Merkel pour tenter de l’associer à son entreprise. Emmanuel Macron veut transformer la France et transformer l’Europe. Il est le seul dirigeant européen depuis cinq ans à avoir remporté une grande bataille électorale en agitant le drapeau bleu semé de vingt-huit étoiles d’or."
"Il croit vraisemblablement à la force d’entraînement de son charisme, surtout si ses réformes progressent en France. C’est un pari honorable, utile et très aléatoire."
Son volontarisme force le respect. Mais jusque quand tiendra-t-il ce rythme endiablé?
MG 

TENTATIVE EUROPÉENNE D’EMMANUEL MACRON
Par Alain Duhamel —Libé le  18 avril
Le Président veut transformer la France et l’Europe. Dans le premier cas, il dispose d’atouts sérieux. Dans le second, il ne peut compter que sur son renom.

Tentative européenne d’Emmanuel Macron
Emmanuel Macron ne renonce pas. Il ne renonce pas à poursuivre au grand galop ses réformes françaises, malgré les oppositions qu’elles suscitent et les conflits sociaux qu’elles provoquent. Il ne renonce pas davantage à sa tentative héroïque de relancer l’Europe malgré les obstacles qui s’accumulent et les blocages qui se multiplient. La semaine dernière, il a mené bataille par deux fois sur le front médiatique pour tenter de convaincre les électeurs hexagonaux de la nécessité des changements qu’il porte. Cette semaine, il a pris la parole au Parlement européen de Strasbourg, puis il a inauguré un débat citoyen sur l’Europe largement ouvert. Il a ensuite  rencontré Angela Merkel pour tenter de l’associer à son entreprise. Emmanuel Macron veut transformer la France et transformer l’Europe. Dans le premier cas, il dispose d’atouts sérieux. Dans le second, ses cartes sont beaucoup plus modestes et il ne peut guère compter que sur son talent et sur son renom : il est le seul dirigeant européen depuis cinq ans à avoir remporté une grande bataille électorale en agitant le drapeau bleu semé de vingt-huit étoiles d’or.
Car c’est peu dire que sur le front européen les nouvelles sont mauvaises. Emmanuel Macron a tenu à afficher hautement les valeurs de la démocratie européenne et l’ardente nécessité de la souveraineté européenne devant les députés de l’Assemblée de Strasbourg. Il n’a pas repris le détail des fameuses propositions de son discours de la Sorbonne qui avait réveillé, en sursaut, les capitales européennes. Il n’a pas égrainé ses pistes de renforcement de la zone euro, il n’a pas repris ses propositions de développer d’urgence les chantiers du numérique et de l’environnement, de l’achèvement de l’Union bancaire, d’un budget de la zone euro, d’une renégociation des accords migratoires de Dublin. Il a préféré afficher les valeurs et les principes du plus grand espace authentiquement démocratique du monde, plus peuplé que les Etats-Unis, plus démocratique que l’Inde. Il l’a fait parce que ce qui alimente la fierté de l’Europe - ou plutôt qui devrait le faire - apparaît aujourd’hui en grand péril.
L’Union européenne doit, en effet, faire face à un double danger : au moment même où elle est menacée par Donald Trump d’une guerre commerciale qui, si elle se déclenchait, aboutirait sans doute à une nouvelle crise financière, les principaux gouvernements européens authentiquement démocratiques sont très affaiblis, alors que les gouvernements européens récemment renforcés ne sont plus authentiquement démocratiques.
La Grande-Bretagne, mère incontestable de la démocratie parlementaire et des libertés individuelles, aura quitté l’Europe dans deux ans. L’Italie, l’un des six pays membres fondateurs de l’Europe, vient de voter pour deux mouvements populistes, l’un - la Ligue - farouchement antieuropéen, l’autre, les Cinq Etoiles, au moins ambigu. Les Pays-Bas, autre Etat fondateur, n’aiment plus l’Europe. L’Espagne, plus positive, s’enlise dans le conflit catalan. L’Allemagne elle-même, notre principale partenaire, semble désormais très pressée de ne plus bouger ne serait-ce qu’un seul doigt en faveur de l’Europe.
En face, Viktor Orbán, symbole de la démocratie illibérale, pavoise. La Pologne, dont la croissance doit tout à l’Europe, ruse aux confins de l’autoritarisme. En Autriche, l’extrême droite siège au gouvernement. Dans les pays scandinaves, elle se renforce. En Europe, les gouvernements les plus populaires sont les moins démocratiques, et les gouvernements démocratiques sont les moins populaires.
Face à ce double mouvement, Emmanuel Macron peut certes se réjouir de ce que, malgré les efforts britanniques, les 27 autres Etats membres sont demeurés unis. Il peut vérifier que, face aux menaces commerciales brandies par Donald Trump, la même solidarité se manifeste. Il peut même mettre en avant la vigueur de la Commission de Bruxelles face aux grands acteurs américains du monde numérique. Il existe, malgré tout, les racines d’une identité européenne qui se développent au fur et à mesure que pèsent davantage la Chine, les pays émergents et toujours les Etats-Unis.
C’est une base de départ, néanmoins bien étroite. Le président français a l’ambition de la renforcer, de l’élargir, de la concrétiser par de nouvelles avancées, avec notamment des convergences budgétaires mais aussi sociales, des initiatives en matière d’immigration, de frontières, d’asiles. Si elles ne vont pas dans le sens de la générosité et de l’accueil, elles peuvent renforcer l’image d’une Europe plus protectrice.
Pour ces petits pas, le président français peut compter sur la sympathie d’Angela Merkel, malheureusement de plus en plus entravée par sa coalition. Il parie sur l’inquiétude de plusieurs gouvernements conscients de l’insuffisance des moyens de protection de l’Europe, dans tous les domaines. Il croit vraisemblablement à la force d’entraînement de son charisme, surtout si ses réformes progressent en France. C’est un pari honorable, utile et très aléatoire.











dimanche 29 avril 2018

Chronique: de quoi Ken Loach est-il le nom?

plus.lesoir.be

La décision de l’ULB de conférer le titre de Docteur Honoris Causa à Ken Loach, en même temps qu’à d’autres grandes figures de l’engagement (Siegi Hirsch, Ahmet Insel et Christiane Taubira) a suscité une hystérie plutôt indigne du monde intellectuel, dans laquelle le réalisateur anglais a été accusé de deux crimes majeurs : antisémitisme et négationnisme, mêlés d’antisionisme révisionniste. Il faut saluer le courage de l’ULB d’avoir maintenu sa décision. Et démonter ces attaques calomnieuses qui desservent la cause qu’elles prétendent défendre.
Je ne referai pas le procès et la défense de Ken Loach. Pour le procès, je renvoie à deux articles emblématiques : une chronique collective mais non signée sur un blog au demeurant de belle tenue, Lignes de Crêtes, et une carte blanche publiée dans L’Echo, supposément signée par un collectif de plus 650 personnalités dont il n’est pas possible de trouver la liste complète. Notons d’ailleurs que plusieurs personnalités l’ayant signée s’en sont désolidarisées, comme la chercheuse Marie Peltier, le sociologue Antoine Grégoire et… les membres du collectif Lignes de Crêtes.
Des accusations reprises en boucle
Les auteurs de ces deux textes, ainsi que toutes celles et tous ceux qui se déchaînent contre Ken Loach et la décision de l’ULB, reprennent en boucle les mêmes accusations, dont deux se détachent : la réponse faite par Loach à une journaliste de la BBC, à propos d’une déclaration de Ken Livingstone, ancien maire de Londres, et son soutien à une pièce montée trente ans plus tôt.
La déclaration de Livingstone, dans un discours que Loach n’a pas entendu, était précisément : «  après tout Hitler était sioniste avant de devenir fou et de tuer 6 millions de Juifs  ». J’y reviendrai. Loach, piégé par la journaliste de la BBC, dans un hall bruyant lors d’un congrès du Labour, répond de manière très générale que tout fait historique doit pouvoir être requestionné. Ses adversaires s’en sont servi pour dire que Loach était révisionniste. La pièce de Jim Allen, « Perdition », montée en 1987, évoquait les liens possibles entre un responsable sioniste hongrois et les nazis, en 1944.
La défense de Loach a été menée de manière on ne peut plus claire, d’abord par le premier intéressé. Il l’avait déjà fait en Angleterre et l’a refait à la demande du recteur de l’ULB. Vingt-six académiques et artistes l’avaient également soutenu dans une carte blanche et Jean-Philippe Schreiber, dans un texte magnifique, aurait dû mettre un terme définitif à ces accusations stupides. Tout y est dit et ceux qui continuent à diffamer Loach et l’ULB sont à l’évidence de mauvaise foi.
Avec le consentement de Hirsch et Taubira
J’ajouterai trois éléments de poids à ce dossier : tout d’abord, aucun des autres récipiendaires du DHC de l’ULB ne s’est élevé contre le choix de Ken Loach. Ni Christiane Taubira ni Siegi Hirsch, qui savent pourtant, dans leur chair et leur âme, ce qu’est le racisme et l’antisémitisme. Qui, parmi les acharnés qui maintiennent les accusations d’antisémitisme à l’encontre de Loach, aurait l’audace de dire que Taubira ou Hirsch auraient fait passer leurs principes, la vérité qu’ils ont toujours défendue, derrière la gloriole d’un prix dont ils n’ont pas besoin, si prestigieux soit-il ?
Par ailleurs, je rappellerai à ces accusateurs que l’antisémitisme est un crime punissable par la loi. Si vous êtes convaincus que Loach en est coupable, portez plainte. Mais comme le disait Camus, s’il est facile d’être logique, il est difficile de l’être jusqu’au bout…
Enfin, comme le rappelait Christiane Taubira sur les antennes de la Première vendredi matin, rien dans les films que Loach a filmés ne laisse entrevoir une once d’antisémitisme, ni même de haine contre Israël. S’il était à ce point un antisioniste obsessionnel, comment se fait-il qu’il n’en ait jamais fait le cœur d’un de ses films, lui qui a traité certains des sujets historiques et politiques les plus graves de notre époque ?
Mais tâchons d’aller plus loin et d’approfondir ce qui n’est sans doute que le symptôme d’une crise plus profonde, dans laquelle des gens de bonne foi, intègres, intelligents et soucieux de lutter contre l’antisémitisme, le révisionnisme et le négationnisme, sont montés au front, découvrant parfois plus tard qu’ils avaient été manipulés par d’autres plus mal intentionnés. La polémique est d’autant plus malheureuse, qu’elle divise ceux qui devraient lutter ensemble. Mais le point de discorde est évident…
La question du sionisme
Ken Livingstone a donc déclaré qu’à un moment, Hitler a été sioniste. Il a refusé de revenir sur cette déclaration et de s’en excuser. On comprend que, formulée telle quelle, cette affirmation a de quoi choquer. Mais il est important de ne pas s’arrêter à cette première réaction. Un premier éclaircissement peut être donné par la lecture d’un article, très critique au demeurant sur Livingstone, publié dans The Independent. Cet article permet de situer dans quelle perspective l’ancien maire de Londres se situe : celle d’un historien, Lenni Brenner, trotskiste américain né en 1937, figure de proue du mouvement des droits civiques, opposant de la première heure à la guerre du Vietnam et né dans une famille juive orthodoxe (mais devenu athée à l’âge de 12 ans).
Il a consacré de très nombreux ouvrages à l’histoire du sionisme (dont il est opposant) et aux liens, semble-t-il avérés, entre certains leaders sionistes de l’époque avec les nazis allemands. Hervé Hasquin l’a d’ailleurs rappelé et expliqué clairement dans l’émission de Bertrand Henne, mardi dernier. Sur cette question éminemment épineuse, avant de hurler au scandale, il convient de se rappeler l’effroyable complexité de la situation, sans oublier que nous avons sur les acteurs en question l’avantage de la distance. Nous savons ; eux pas. Il y a eu des Juifs fascistes en Italie, avant que Mussolini n’adhère, par opportunisme, aux projets raciaux du nazisme. Theodor Herzl, la figure de proue du sionisme naissant, reconnaissait qu’il n’était pas possible d’affirmer que tous les juifs étaient d’excellentes personnes… Soutiendrait-on que le fait de reconnaître que des Juifs se sont mal comportés est un acte antisémite ?
Une époque de compétition et non d’entraide
Le sionisme ne va pas de soi. Il naît dans le contexte des nationalismes du dix-neuvième siècle, avec les mêmes bases idéologiques que ceux-ci. Il y a évidemment une part de motivation différente et hautement justifiée : le désir pour les populations juives victimes d’exactions, de pogromes et autres humiliations, de se mettre à l’abri. Herzl en est convaincu : la création d’un État juif mettra un terme à l’antisémitisme. Autrement dit, pour lui, les antisémites applaudiront à une telle création. Pour une partie des sionistes, cet État permettra de préserver la race juive (le mot « race » est très à la mode à l’époque et ne se lit pas de la même manière qu’aujourd’hui). Si les communautés juives sont en minorité dans des pays non juifs, les risques de mariages mixtes et d’assimilation sont grands. Donc de disparition de l’identité juive. Le sionisme a donc une partie de ses racines dans un projet de préservation d’une identité, d’une race, à une époque où, darwinisme mal compris oblige, toutes les relations humaines s’analysent sous le prisme de la compétition et non de l’entraide (comme on aurait pu le faire si on avait tempéré l’approche de Darwin par celle de Kropotkine).
Le précieux apport de Raul Hilberg
On a le droit de ne pas adhérer aux travaux de Lenni Brenner – même s’il faut, pour ce faire, opposer des arguments historiques et non idéologiques. Personne, par contre, ne discute la qualité des travaux menés sur la Shoah par l’historien Raul Hilberg et son essai La destruction des Juifs d’Europe. Il y résume l’évolution de la politique nazie par rapport aux Juifs et, au-delà, de l’antijudaïsme historique, à travers cette phrase qui à chaque étape est amputée : « Vous ne pouvez pas vivre près de nous en tant que Juifs  » (conversion) ; «  vous ne pouvez pas vivre près de nous  » (expulsion) ; «  vous ne pouvez pas vivre  » (extermination). Le nazisme a connu les deux dernières phases : Hitler a d’abord voulu expulser les Juifs d’Allemagne, après leur avoir confisqué leurs biens. De façon ironique et cynique, on pourrait dire que, d’une certaine manière, Hitler a bien été « sioniste ». Si tous les Juifs, après confiscation de leurs biens, étaient allés s’installer en Palestine (ou ailleurs ; d’autres territoires ont été envisagés), cela lui aurait peut-être suffi. Comme Leni Riefenstahl, dans sa deuxième vie, est allée photographier les Noubas de Kau, au Soudan, parce qu’elle les considérait comme une race supérieure, les personnes qui estiment appartenir à une telle race peuvent s’accommoder que d’autres partagent les mêmes prétentions, à condition qu’il n’y ait pas de mélange – sans pour autant verser dans une folie exterminatrice. Certains ultras de toutes les religions partagent cette conception élitaire, aberrante et monstrueuse.
Une nuance de taille
« Perdition », la pièce de Jim Allen écrite et montée il y a trente ans, a causé scandale et a été interdite. Jim Allen est un des scénaristes qui travaillent régulièrement avec Ken Loach. On lui doit entre autres le magnifique Land and Freedom. Cette pièce raconte justement la collaboration d’un sioniste hongrois avec les autorités nazies. Les informations sur lesquelles Allen s’est basé pour construire son drame proviennent des travaux de Lenni Brenner. Les faits sont réels et ne semblent pas contestables ; l’interprétation qu’en donne Allen (à savoir l’utilisation par des sionistes de la Shoah pour renforcer leur projet) est évidemment discutable ; mais justement, elle doit être discutée en opposant des faits, à travers un travail sérieux d’historien (1). Notons cependant qu’Arnold Wesker, grand auteur de théâtre anglais qui avait, dans un premier temps, approuvé l’interdiction de la pièce, est rapidement revenu sur cette position et a ensuite défendu le droit d’Allen (et de tout auteur) à s’exprimer librement. Et le producteur Tony Garnett, qui rappelle cet incident, note avec justesse qu’il ne suffit pas de critiquer Israël et le sionisme pour être antisémite.
Les accusations portées contre Loach sont donc pour le moins légères : des bribes de déclarations qui portent non pas sur le délire d’un antisémite isolé, mais sur des travaux menés par un historien juif sur le sionisme pendant plus de trente ans, et sur une pièce que vraisemblablement peu de ses détracteurs (ou de ses défenseurs) n’a lue.
Antisémitisme et antisionisme
Parallèlement à « l’affaire Loach », l’actrice américano-israélienne Natalie Portman a refusé de se rendre en Israël pour la cérémonie de remise du Prix Genesis qui lui a été attribué. Elle a justifié ce refus par la présence et la prise de parole, lors de cette cérémonie, du Premier ministre Netanyahou, et par son désaccord avec la politique israélienne à l’égard des Palestiniens.
Soyons clairs. Et pour commencer, je rappelle de quelle position je parle, parce qu’en la matière, c’est important – même si cela ne me rend pas plus légitime qu’un autre à m’exprimer sur le sujet. Je suis Juif, athée, descendant d’une famille quasi entièrement exterminée dans les camps nazis. Depuis le début des années 1980, j’étudie l’antisémitisme et la Shoah. J’y ai consacré ma thèse de doctorat et plusieurs essais, dont un qui posait la question : Pourquoi parler d’Auschwitz ?, paru en 1992, et qu’il me faudrait aujourd’hui réécrire entièrement (ce que je compte bien faire dans les prochains mois). J’en ai parlé dans des romans, des pièces de théâtre et un livret d’oratorio dont Gaston Compère a écrit la musique.
La plus grave maladie de l’Occident…
Dans mon université, pourtant extrêmement tolérante, j’ai subi des manifestations d’antisémitisme évident de la part de personnes qui se disaient mes amis et me faisaient ces remarques tout en protestant de leur philosémitisme. Ainsi, j’aurais «  les qualités mais aussi les défauts de [ma] race  » et je ne suis pas assez discret ; je me permets de critiquer l’Église mais ça ne me dérange pas «  de passer à la caisse  » pour toucher mon salaire ; et lorsque je suis en conflit avec un collègue, on se demande, «  de quel côté des barbelés [j’aurais] été  » si j’étais né avant la guerre – celui qui faisait cette remarque n’a même pas songé que les Allemands ne m’auraient à l’évidence pas laissé le choix. Tout cela, je jure que je l’ai entendu ; et pourtant, je garde de l’affection et une forme d’amitié pour ceux qui m’ont tenu ces propos. Pourquoi ? Pour répondre à l’appel du Christ qui invite à tendre la joue gauche ? Non, évidemment. Je ne sais pas vraiment pourquoi… Peut-être parce que je considère que ces personnes sont malades ?
Je suis en effet convaincu que l’antisémitisme est la plus grave maladie dont l’Occident soit atteint, depuis plus de deux mille ans (les Égyptiens avaient commencé avant le christianisme). Je ne m’attarderai pas ici sur les explications avancées par certains, comme Sigmund Freud ou George Steiner, bien qu’elles soient intéressantes : la détestation du monothéisme et de son exigence morale excessive (je renvoie aux ouvrages de ces deux auteurs, et en particulier à ceux que Freud a consacrés à Moïse, dont il faisait un non Juif, ce qui est évidemment discutable…).
… entretenue par toutes les grandes religions
Cette maladie a été entretenue par toutes les grandes religions que notre civilisation a connues : le christianisme, le marxisme et l’islam. Pourquoi ? Peut-être parce que les Juifs ont réussi, malgré la diaspora et les persécutions, à maintenir envers et contre tout une identité et une cohésion. Edmond Picard, grande figure du socialisme belge, écrit un ignoble pamphlet antisémite au début du vingtième siècle et le dédie à une amie juive. J’ai sciemment mis le marxisme dans les « religions » antisémites, quand bien même Marx était d’origine juive, parce que Staline était aussi violemment antisémite et parce que certains des premiers révisionnistes et négationnistes, après la guerre, venaient de la gauche ou de l’extrême gauche. Pourquoi ce révisionnisme et ce négationnisme d’ultra-gauche ? Parce que l’antisémitisme ne rentre pas dans la logique de la lutte des classes. Il y a des Juifs dans toutes les classes sociales ; s’attarder sur la Shoah, pour les marxistes, serait détourner l’attention du combat contre le capitalisme. Peu d’intellectuels résument mieux cet aveuglement que Jean-Paul Sartre et ses effroyables Réflexions sur la question juive où, dans la foulée du Deuxième sexe (qui est, lui, un ouvrage remarquable), il affirme sans rougir que c’est l’antisémite qui fait le Juif en même temps que le Juif suscite l’antisémitisme, et que pour éradiquer l’antisémitisme, il suffit que les Juifs cessent d’être Juifs, ce qui ne doit pas leur poser de problème puisque Dieu est mort. Je synthétise, mais à peine.
L’expression d’un complexe
Il y a dans l’antisémitisme quelque chose qui doit être inscrit dans le cerveau le plus primitif des Occidentaux. Un nombre important de gens détestent toujours les Juifs même dans les pays où il n’y en a (presque) plus, comme la Pologne ou l’Autriche. Je rappelais il y a deux semaines cette analyse de la rabbin Delphine Horvilleur dans une interview récente  : «  Dans l’inconscient, les Juifs représentent toujours la faille, la brisure. Le caractère faillible d’une société. On accuse les Juifs d’avoir ce que les autres n’ont pas : « ils ont le pouvoir, je suis impuissant », « ils ont de l’argent, je suis pauvre ». On est persuadé qu’ils ont quelque chose que l’on n’a pas et donc qu’ils sont quelque chose que l’on n’est pas. Ce qui rend l’antisémitisme très différent du racisme. Le racisme consiste à dire que l’autre est moins que soi. L’antisémitisme, c’est l’inverse. On accuse le Juif d’être plus que soi. D’être en possession d’une clé qu’on n’a pas.  » Dans les deux cas, cependant, il est évident que le problème n’est pas dans le chef de la victime (du racisme ou de l’antisémitisme), mais dans celui de celles et ceux qui éprouvent un tel sentiment. Un sentiment qui est toujours l’expression d’un complexe – d’infériorité ou de supériorité – et d’une frustration, d’un manque, d’une incomplétude.
Un devoir commun
Les chrétiens et les musulmans antisémites ne supportent pas que les Juifs restent attachés à une religion que la leur est supposée avoir rendue caduque. Leurs « confrères » marxistes ne supportent pas ce groupe que la religion ne suffit pas à définir (il y a des Juifs athées) et qui ne rentre pas dans le schéma de la lutte des classes. C’est bien le côté irréductible – ce « peuple à la nuque raide » qui irritait même le Général de Gaulle – du judaïsme qui semble insupportable.
Pour autant, il doit être impérativement possible de critiquer des Juifs (pas « les » Juifs). La souffrance n’est pas un capital dont on hérite et que l’on fait fructifier. Tout comme il doit être possible, pour les Juifs, d’entendre la critique envers l’un d’entre eux ou Israël sans considérer que c’est tout le judaïsme qui est attaqué. Descendants des victimes et des bourreaux ont un devoir commun : entretenir ensemble un dialogue pour éviter que de tels drames se reproduisent.
Une extrapolation inacceptable
Si je dis qu’une femme, bien précise, a usé de ses charmes pour obtenir un poste, qu’une autre a harcelé des hommes, je ne dis rien DES femmes en général et je ne remets pas en cause la nécessité que les femmes obtiennent enfin des droits égaux à ceux des hommes, de même que l’impérative lutte contre le machisme, le harcèlement et toutes les dérives masculines à l’encontre des femmes. Si je dis qu’un Juif, bien précis, s’est mal comporté, si je dénonce la politique du gouvernement israélien, de la même manière, je ne dis rien qui puisse concerner le judaïsme dans son ensemble. Mais l’antisémitisme consiste à penser et à faire croire que la faute d’un Juif est la preuve d’une tare affectant toute la communauté, et que cette faute singulière peut être reprochée à tous les autres. «  Si c’est toi, c’est donc aussi ton frère…  » A contrario, cette extrapolation inacceptable est utilisée aussi par une partie de la communauté juive, pour rejeter toute critique.
Les enseignements de « l’affaire Ken Loach »
L’hypersensibilité dont « l’affaire » Loach a été le symptôme dit finalement deux choses : d’une part, que l’antisémitisme est profondément inscrit dans notre culture et qu’il est une réalité de plus en plus palpable, comme l’ont montré les récents crimes antisémites en France et l’insécurité que ressentent des Juifs. C’est la responsabilité de toute la société de faire en sorte que ces crimes ne se produisent plus et que tous les citoyens et citoyennes de nos pays puissent vivre en paix. Pas parce qu’ils sont Juifs ; parce qu’ils sont des citoyens à part entière et qu’ils ont les mêmes droits et devoirs que n’importe qui. D’autre part, c’est le signe d’une susceptibilité excessive qui utilise la position victimaire pour interdire toute critique singulière. On doit pouvoir à la fois combattre résolument l’antisémitisme et toutes les formes de racisme ET dénoncer les dérives de la politique israélienne, non seulement à l’encontre des Palestiniens, mais aussi cette emprise toujours plus grande des ultra-orthodoxes et d’une extrême droite (qui participent au gouvernement…) qui menacent les fondements de la démocratie qu’est encore Israël. Et l’on doit tout autant défendre le droit des Israéliens à vivre en paix et en sécurité que celui des Palestiniens et de n’importe quel autre peuple. L’existence de l’État d’Israël ne peut pas être remise en cause.
Je conclurai sur un point qu’on m’a opposé dans ce débat : se réfugier derrière la complexité du problème serait un alibi utilisé pour excuser des faits d’antisémitisme – tout comme critiquer Israël ou certains Juifs serait donner du grain à moudre aux antisémites. Mais je ne crois pas que rappeler la complexité d’un problème revient à excuser la simplicité d’une dérive. Le problème de Loach ne serait pas, me dit-on, de savoir s’il est ou non antisémite (mais je rappelle qu’il ne l’est pas) ; ce serait l’imaginaire collectif de gauche dans lequel il s’inscrit et qui porte sur les liens entre sionisme et Shoah. L’imaginaire collectif occidental est collectivement malade par rapport à la « question juive », qu’il soit de droite, du centre ou de gauche. Il est nécessaire de s’y attaquer frontalement. Mais sans tomber dans le processus délétère du bouc émissaire. On peut dire que Ken Loach est le nom de cet imaginaire malade ; mais je crois surtout qu’il est celui de notre incapacité à éradiquer ce fantasme profond et à faire la part des choses.
(1) Je ne possède pas cette pièce et je ne l’ai donc pas lue. Je viens de la commander et j’en reparlerai dès que je l’aurai lue.

Christiane Taubira: «Je me suis demandée si j’avais manqué de vigilance devant les films de Ken Loach»
Le Soir

L’ancienne ministre de la Justice française était l’invitée de Matin Première ce vendredi. Elle s’est exprimée sur la polémique Ken Loach et le racisme en France.
Après avoir reçu sont titre de docteur Honoris Causa à l’Université Libre de Bruxelles, en même temps que le cinéaste Ken Loach, l’ancienne ministre de la Justice française Christiane Taubira était interrogée ce matin au micro de Matin Première.
Au sujet de la polémique Ken Loach, Christiane Taubira rappelle qu’elle condamne évidemment l’antisémitisme, mais ne souhaite pas réagir directement aux propos de Charles Michel. «  Je n’ai pas pris à la légère les accusations portées contre Ken Loach. Je me suis demandée si à travers ses films, que j’aime beaucoup, il m’aurait échappé une certaine vision, des signes d’antisémitisme. Je me suis demandée si j’avais manqué de vigilance. Mais je ne me suis pas occupée de savoir ce que l’université allait faire. J’ai reçu une lettre du recteur, et on ne peut pas dire qu’il se soit montré désinvolte vis-à-vis du prestige de l’université. Il a d’ailleurs demandé à Ken Loach de s’exprimer publiquement  », a déclaré l’ancienne ministre française.
Au sujet de l’antisémitisme et du contexte en France, elle estime qu’il est aujourd’hui «  difficile de faire la différence entre l’antisémitisme et la critique de décisions prises par le gouvernement en Israël.  » «  Pour moi, c’est l’échec de deux générations. La mienne et la précédente. »
Sur la politique du président français Emmanuel Macron, Christiane Taubira se montre critique. «  Pour ma part, les politiques publiques qui sont menées en ce moment en France ne sont pas susceptibles de renforcer la cohésion, elle n’est pas au service de la justice sociale, au service de l’émancipation de chacune et de chacun, mais l’émancipation individuelle. Mais j’ai une grande dans l’énergie des Françaises et des Français  ».
«  Je suis à nouveau sollicitée sur la question de ma candidature à la présidentielle. Mais je n’ai pas de regrets, ce n’était pas un caprice. La gauche française est en lambeaux mais je n’en porte pas la responsabilité  », a déclaré Christiane Taubira.
UNE FEMME NOIRE PRÉSIDENTE EN FRANCE ?
« Dans la tête de beaucoup c’est envisageable, dans la tête d’autres c’est inacceptable et insupportable. Il y a des gens qui ne concevaient déjà pas ma place comme gardienne des sceaux et ministre de la Justice  ». Lorsqu’elle reçoit des insultes racistes, comme elle a pu en recevoir au sein même de l’hémicycle, Christiane Taubira refuse de se laisser atteindre. «  Je refuse que cela me touche. Je fais rempart à l’intérieur et à l’extérieur, car je ne reconnais aucune légitimité aux personnes qui peuvent faire ces insultes, et j’ai l’obligation de protéger celles et ceux qui auraient moins de force intérieure que moi pour affronter ces insultes racistes. Il n’est pas question que des petites filles et des petits garçons en France soient fragilisés à cause de ces insultes. Pour ça, je suis invulnérable  ».
L’EXPÉRIENCE DE LA MINORITÉ PAR LES HOMMES
«  Il est temps que les hommes fassent l’expérience de la minorité  », telle est la philosophie de Christiane Taubira. «  Est-ce que le fait de naître homme donne le droit de diriger le monde ? D’accéder plus facilement à toutes les fonctions de pouvoir, de décider pour les autres, d’être mieux payés qu’une femme ? Est-ce que ce fait de nature peut justifier un tel déséquilibre ? Non, et je pense qu’il serait bien que les hommes fassent l’expérience de la minorité  », et l’ancienne ministre de remarquer l’inégalité dans le studio de la RTBF «  ce qui n’est pas le cas sur ce plateau  », a-t-elle ajouté.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
QUELLE MOUCHE A PIQUÉ LE PREMIER  MINISTRE?

Oui, cette affaire a fait le buzz.
Je ne prononcerai pas sur le fond n'ayant pas vu les films de Ken Loach.
En tout état de cause la réaction du premier ministre est totalement disproportionnée. Beaucoup y ont vu comme un parfum d'électoralisme, une manière de marquer la distance par rapport à "l'islamo sympathie" attribuée aux  partis de gauche. L'anti sémitisme islamiste n'est certes pas un fantasme. On voit mal en quoi la campagne anti Ken Loach serait de nature à le combattre.
Paul Magnette a défendu le choix de son université en déclarant «  Ce que j’attends de mon Alma Mater, c’est qu’elle défende la liberté de penser, envers et contre tout, et ne cesse jamais de résister aux pressions politiques, d’où qu’elles viennent  »;
On ne saurait mieux dire.
MG

L’ANTISÉMITISME RELIGIEUX.
Axel Kahn

L’antisémitisme chrétien n’est évidemment pas d’origine puisque Jésus et tous les premiers chrétiens étaient juifs. Il naît cependant au IX - Xème siècle et se généralise, virulent, il se convertit presque aussitôt en racisme. L’opprobre qui s’attache au peuple déicide se transmet et ne saurait même être lavé par la conversion. Marranes et conversos sont objets de malédiction jusqu’à la fin des siècles.
En terre d’Islam, les juifs sont des infidèles, dénoncés comme tels. Ils ne sont tolérés les uns les autres qu’au titre de la dhimma. Mais leur condamnation est moindre que celle des chrétiens : tous adorent Dieu - Allah - Yahvé  mais ils n’ont pas su reconnaître le Prophète. Les juifs l’attendent toujours alors que les chrétiens honorent un faux prophète. L’antisémitisme musulman historique existe, certes, mais il est bien moins virulent que l’antisémitisme chrétien. Alors que le juif Maimonide, persécuté par les musulmans de Cordoue, est protégé par le souverain d’Egypte, le juif Rachi est juste toléré. À la fin du XIe siècle, les juifs vivent nombreux à Jérusalem, sous la coupe débonnaire des fatimides chiites d’Egypte. Les croisés les massacrent tous, ils les brûlent vif dans les synagogues. Il y a des pogromes en terre d’islam et en terre chrétienne, les seconds sont bien pires, bien plus meurtriers que les premiers. Les restrictions à l’activité des juifs  sont considérablement plus nombreuses en Occident qu’en Orient. C’est en Europe que la solution finale sera mise en œuvre, pas dans les pays musulmans.
Cette solution finale, inexpiable faute européenne, a hâté la création d’Israël que les pogromes européens avaient conduit à imaginer avec le sionisme.
La création d’Israël va certes changer la donne et l’antisionisme des pays arabes va déboucher sur un antisémitisme haineux de nombre de musulmans dont les méfaits horribles sont connus. Ils méritent d’être dénoncés, la politique israélienne, même si on la condamne, ne justifiant en rien, en rien, les meurtres hideux d’Ilan et Sarah Halimi, de Mireille Knoll et de tant d’autres.
Cependant, la pétition de Philippe Val sur le nouvel antisémitisme est, au regard de ce qui précède, à ce point schématique et partiale que je ne l’ai pas signée.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ESPRITS LIBRES

Paul Magnette et Axel Kahn ont l'un et l'autre réagi en esprits libres capables d'esprit critique et de discernement. Chapeau bas.
MG

samedi 28 avril 2018

Les zones 30 ne seront pas généralisées à Bruxelles

Le Soir 

Le parlement bruxellois a rejeté vendredi une proposition des Verts visant à limiter à 30 km/h la vitesse sur l’ensemble des voiries communales en Région bruxelloise. Une partie de la majorité bruxelloise (PS-DéFI-CDH ; Open VLD-SP.A-CD&V) s’est abstenue, se disant favorable à l’introduction progressive d’une telle mesure.
Selon les écologistes, la Région bruxelloise est la seule où le nombre d’accidents corporels et de blessures ne diminue pas structurellement. Une vitesse inadéquate en est une des principales raisons. Pour eux, alors que plusieurs communes bruxelloises mettent en place des zones 30, la Région rate le coche pour agir de manière uniforme.
La majorité favorable mais progressivement
Les partis de la majorité du Parlement bruxellois ont quant à eux fait savoir à l’issue du vote qu’ils voulaient avancer progressivement vers une généralisation de la zone 30 au niveau local à Bruxelles.
Ils reconnaissent qu’une diminution de la vitesse en ville participe à la promotion de la mobilité douce et à une amélioration de la qualité de l’air.
Ils font toutefois valoir que l’instauration d’une règle générale « zones 30 », à l’exception des grands axes, doit être davantage qu’un slogan décrété de façon théorique. Il importe de préparer ce genre de mesure notamment au niveau de la signalisation et des aménagements de voirie, mais également au niveau de la communication vis-à-vis du citoyen.
De plus, de telles mesures d’accompagnement doivent se conjuguer à des contrôles de vitesse, impliquant les communes. La concertation avec les pouvoirs locaux est donc indispensable.
Toujours d’après les groupes de la majorité, les chiffres démontrent que les zones 30 constitueront bientôt 75 % du réseau routier bruxellois, contre 55 % actuellement, ce qui témoigne d’une conscientisation présente à tous niveaux sur la nécessité de diminuer la vitesse dans les rues.
PS, DéFI, CDH, Open VLD, SP.A et CD&V ont dit soutenir le gouvernement régional dans « sa volonté d’aller plus loin, en concertation avec toutes les parties prenantes, dans le cadre du prochain Plan régional de Mobilité ».


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE  PROCHAIN PLAN RÉGIONAL DE MOBILITÉ? 

On aurait envie d'en rire s'il ne fallait pas aujourd'hui même se replonger dans la jungle du trafic bruxellois que ce soit en voiture, en bus ou à vélo.
Il y aurait donc un plan régional de mobilité? Et qui donc en serait-il l'auteur? Pascal Smet? Sans  doute. Il  n'y a que lui pour organiser un tel chaos au plus grand mépris de tous les usagers , y compris la corporation dure à cuire des chauffeurs de taxi. Un ami me téléphone de Montpellier pour me signaler qu'il déjeune en terrasse au centre ville au son des petits oiseaux. Comme Gand, Séville ou Bordeaux, Montpellier a choisi  de limiter l'accès des voitures au centre urbain. Il y aurait donc des municipalités capables  de gérer l'ingérable? Comment y parvenir avec 19 bourgmestres et autant de collèges échevinaux et une Région incapable de leur imposer quoi que ce soit. Le caprice d'Yvan Mayeur d'imposer, sans concertation,  un piétonnier "sauvage" au centre de Bruxelles aura contribué plus que l'ensemble des plans régionaux de mobilité  à instaurer le chaos et condamner la capitale à une quasi immobilité.  On m'objectera qu'on ne circule pas mieux dans la métropole anversoise où pourtant Bart De Wever est le seul à décider et pas qu'en matière de trafic. Les zones 30 généralisées à Bruxelles c'est une excellent slogan électoral. Mais est ce vraiment la solution?
MG



jeudi 26 avril 2018

Des personnalités signent un virulent manifeste "contre le nouvel antisémitisme" en France


La Libre Belgique

Trois cents personnalités signent un manifeste "contre le nouvel antisémitisme" en France marqué par la "radicalisation islamiste", en dénonçant un "silence médiatique" et une "épuration ethnique à bas bruit" dans certains quartiers, dans Le Parisien à paraître dimanche.
"Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu'est l'antisémitisme devienne cause nationale avant qu'il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France", lit-on dans ce texte signé par des personnalités politiques de droite comme de gauche (Nicolas Sarkozy, Laurent Wauquiez, Manuel Valls, Bertrand Delanoë...), des artistes (Charles Aznavour, Gérard Depardieu...), des intellectuels, des responsables religieux juifs, musulmans et catholiques.
"Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d'être assassinés - et certains torturés - parce que Juifs par des islamistes radicaux", écrivent-ils, en référence à l'assassinat d'Ilan Halimi en 2006, la tuerie dans une école juive de Toulouse en 2012, de l'attaque de l'Hyper Cacher en 2015, de la mort par défenestration à Paris de Sarah Halimi en 2017 et, récemment, du meurtre d'une octogénaire dans la capitale, Mireille Knoll.
"Les Français juifs ont 25 fois plus de risques d'être agressés que leurs concitoyens musulmans", lit-on dans ce manifeste.
"Dix pour cent des citoyens juifs d'Ile de France -c'est-à-dire environ 50.000 personnes- ont récemment été contraints de déménager parce qu'ils n'étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l'école de la République. Il s'agit d'une épuration ethnique à bas bruit au pays d'Emile Zola et de Clemenceau", accusent les signataires.
"L'alibi" de l'antisionisme
La "terreur" d'un antisémitisme meurtrier "se répand provocant à la fois la condamnation populaire et un silence médiatique que la récente marche blanche a contribué à rompre", estiment-ils.
Le manifeste relève que "la radicalisation islamiste - et l'antisémitisme qu'elle véhicule - est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l'expression d'une révolte sociale (...)".
En outre, "au vieil antisémitisme de l'extrême droite s'ajoute l'antisémitisme d'une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l'antisionisme l'alibi pour transformer les bourreaux des juifs en victimes de la société", assène le texte.
"La bassesse électorale calcule que le vote musulman est dix fois supérieur au vote juif", accusent les signataires.
Ciblant principalement ce "nouvel antisémitisme" qui sévit dans les quartiers populaires sous l'effet d'un islam identitaire voire radical, les signataires demandant "que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l'antisémitisme catholique aboli par (le concile) Vatican II, afin qu'aucun croyant ne puisse s'appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime".
Les actes antisémites ont été pointés en repli en 2017 (-7%) pour la troisième année consécutive, selon les données du ministère de l'Intérieur. Mais cette baisse globale masque l'augmentation des faits les plus graves (+26% des violences, incendies, dégradations, tentatives d'homicide...). La communauté juive, qui représente environ 0,7% de la population, est la cible d'un tiers des faits de haine recensés.
Dans son dernier rapport, la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) notait une "persistance des préjugés antisémites traditionnels liant les juifs à l'argent, au pouvoir et leur reprochant leur communautarisme".
Face à cette situation, le gouvernement a présenté en mars un deuxième plan (2018-2020) contre le racisme et l'antisémitisme, en promettant une lutte implacable contre les "torrents de boue" qui se déversent sur internet.
La publication de ce manifeste accompagne la sortie mercredi prochain d'un ouvrage collectif, "Le nouvel antisémitisme en France" (Albin Michel), rassemblant les contributions d'une quinzaine de personnalités dont le philosophe Pascal Bruckner, l'ancien ministre Luc Ferry et l'ex-directeur de Charlie Hebdo Philippe Val


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
MONTÉE DES PÉRILS?
« L’URGENCE N’EST PAS D’EXPURGER LE CORAN MAIS D’EN FAIRE UNE LECTURE CRITIQUE » RACHID BENZINE 

Sommes nous en train de revivre une nouvelle montée des périls? "On aimerait l’oublier, la laisser tomber, la dédaigner. Mais elle revient toujours, avec une régularité de métronome. La France n’en a pas fini avec l’antisémitisme".
Pour le président de la Licra, Alain Jakubowicz, "la 'dieudonnisation' des esprits qui gagne dans les banlieues n'est pas moins dangereuse que la lepénisation dont elle est le complément d'objet direct".
Depuis dix ans, le nombre d'enfants quittant l'école publique pour des écoles juives ne cesse d'augmenter. Ils sont 30.000 aujourd'hui  en France sur une communauté globale estimée à 600.000 juifs), repliés derrière les murs protégés de ces établissements. "Les gens se demandent s'ils doivent rester", assure Sammy Ghozlan, responsable du Bureau national de Vigilance contre l'Antisémitisme. Des jeunes s'inventent un avenir ailleurs, aux Etats-Unis, les plus anciens se disent qu'ils pourraient aller vivre en Israël.
Les signataires du  Manifeste «contre le nouvel antisémitisme» demandent que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémite catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime.
Ils  attendent de l’islam de France qu’il ouvre la voie et demandent que "la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France."
Encore faudrait-il mettre les points sur les "i" et préciser exactement de quels versets il est question et vérifier s'il ne sont pas contredits par d'autres versets qui prônent au contraire la clémence, la bienveillance entre tous les défenseurs du monothéisme.
"Il existe une lecture de mauvaise foi, intégriste, radicale du Coran. C’est celle que pratiquent les islamistes radicaux dénoncés par les signataires du « Manifeste », lesquels font eux-mêmes une lecture radicale et de mauvaise foi du texte fondateur de l’islam. Une lecture basée sur de faux versets coraniques ou de versets isolés de leur contexte. Ils se gardent bien de citer « leurs sources » ! (Ali Daddy)
Dans une tribune publiée mardi 24 avril par Le Monde, une trentaine d’imams dénoncent la prolifération de « lectures et de pratiques subversives de l’islam ». ils s’engagent aussi à participer – aux côtés des autres institutions – à la prévention de la radicalisation.
« Depuis plus de deux décennies, des lectures et des pratiques subversives de l’islam sévissent dans la communauté musulmane, générant une anarchie religieuse, gangrenant toute la société ». « Une situation cancéreuse à laquelle certains imams malheureusement ont contribué, souvent inconsciemment, écrivent-ils. Beaucoup d’imams ne réalisent pas encore les dégâts que pourraient provoquer leurs discours ».
Aux imams, les signataires demandent donc de résister à « la confusion des genres ». « L’islam est d’abord une aspiration spirituelle (…) et non une idéologie identitariste et politique », rappellent-ils, appelant les responsables religieux « à dispenser un discours d’apaisement ».
Ils appellent également « les imams éclairés à s’investir et à s’engager dans le virtuel, et prodiguer un contre-discours » contre l’extrémisme.
« L’urgence n’est pas d’expurger le Coran mais d’en faire une lecture critique » (Rachid Benzine). Voilà qui est de nature à clarifier les choses. Reste à savoir dans quelle mesure ses trente imams "éclairés" sont représentatifs ou non de la communauté musulmane de France et ajoutons de Belgique.
MG

S’IL Y A UN SEUL VERSET DU CORAN APPELANT À TUER DES JUIFS OU DES CHRÉTIENS, JE VEUX BIEN CHANGER DE RELIGION !

« En conséquence, nous demandons que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémite catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime. »
Voilà ce que l’on peut lire dans le « Manifeste contre le nouvel antisémitisme » publié par Le Parisien du samedi 21 avril dernier.
« Je n'ai rien contre l'idée de faire de la lutte contre l'antisémitisme l'une de nos grandes causes nationales, bien au contraire. Je crains hélas que le texte paru ce jour ne soit au mieux inutile. Il y aurait certainement beaucoup à en dire. Je voudrais seulement attirer l'attention sur la naïveté (pour ne pas dire autre chose) qui me paraît caractériser son avant-dernier paragraphe » déclare à ce sujet Jean-Christophe Attias[1].
Outre la fausse naïveté, il y a surtout la vraie, la dure, l’épaisse ignorance crasse – radicale –, dirais-je, non seulement de l’esprit mais aussi bien de la lettre du Coran ; sans parler du manque de respect pour des millions de musulmans ! Soyons clair dès le départ, lutter contre l’antisémitisme est une chose, une bonne chose, dire que le Coran appelle au meurtre de qui que ce soit est un mensonge !
On prend une fois de plus le Coran en otage, et le fait que cela soit un grand nombre de « personnalités » ou plutôt de « célébrités » qui le fassent ne change rien à l’affaire. Il est étonnant qu’un Depardieu, acteur génial s’il en est, se retrouve parmi les signataires, lui qui prétend avoir été musulman dans sa jeunesse : il devait être probablement bourré quand il lisait le Coran !
C’est fatiguant à la fin de toujours devoir remettre les points sur les "i" ! Mais ce n’est pas parce que cela devient une habitude qu’il faut laisser passer ce genre de manipulation. Après Laurent Wauquiez, Nathalie Kosciusko-Morizet, Éric Zemmour, Alain Finkielkraut, Michel Onfray, Leila Slimani et déjà bien avant tous ceux-là Geert Wilders, voilà que c’est au tour de 300 « signataires », d’aller au charbon pour salir ou plutôt trahir un texte — du moins le croient-ils —, qu’ils n’ont d’ailleurs très certainement jamais lu pour la plupart d’entre eux et qui pourtant n’a jamais rien demandé à personne.
Le seul objectif du Coran est de « guider à la voie de rectitude » (I, 6) ceux et uniquement ceux « qui veulent se prémunir » (II, 2). Alors pourquoi tant de haine ?
À propos de ce genre de « Manifeste » qui, je le concède, peut être à la base de bonne foi, il convient de faire plusieurs remarques.
Un texte universel
Premièrement, le Coran n’appartient pas à une communauté particulière mais fait partie du patrimoine culturel de toute l’Humanité. Tout le monde peut le lire, comme l’y invite son étymologie[2], le critiquer, le chérir ou le haïr, mais pas le dénaturer.
Un texte surmédiatisé
Deuxièmement, le Coran est bien malgré lui invité quotidiennement dans le débat public, alors même que ceux qui en parlent le plus ne l’ont bien souvent jamais lu et ne s’y intéressent même pas en réalité.
Une réalité sociologique
Troisièmement, plusieurs millions de citoyens musulmans, qui ont le Coran pour texte fondateur, vivent dans les différents pays de l’Union européenne, (dont une grande partie en France) et que personne de responsable ne peut ignorer cette réalité.
Une réalité historique
Quatrièmement, parce que l’islam fait quasiment partie des meubles en Europe et ce, depuis plusieurs siècles déjà car les deux civilisations, gréco-romaine et islamique, sont très voisines et ont pratiqué beaucoup d'échanges au cours de l'Histoire, dont l’histoire coloniale et les croisades.
Une lecture de mauvaise foi
Cinquièmement, il existe une lecture de mauvaise foi, intégriste, radicale du Coran. C’est celle que pratiquent les islamistes radicaux dénoncés par les signataires du « Manifeste », lesquels font eux-mêmes une lecture radicale et de mauvaise foi du texte fondateur de l’islam. Une lecture basée sur de faux versets coraniques ou de versets isolés de leur contexte. Ils se gardent bien de citer « leurs sources » !
La boîte de Pandore
Sixièmement, lorsque l’on cite le Coran, texte que pratiquement personne ne lit et ne comprend, il faut impérativement citer les références des passages concernés ! Sinon, ce n’est plus un livre que l’on ouvre mais la boîte de Pandore. Lors d’une conférence que j’ai donnée à l’Université libre de Bruxelles il y a quelques années, une sociologue de ladite université m’a lancé au visage : « Dans votre Coran, il y a écrit : "Battez vos femmes tous les jours. Si vous ne savez pas pourquoi, elles le savent" » ! « Dans votre Coran peut-être », lui ai-je répondu « mais certainement pas dans le mien sinon je veux bien me convertir en pataphysicien » !
Une langue morte
Ensuite, il faut comprendre l’arabe coranique, c’est-à-dire la langue parlée à La Mecque au 7ème siècle. Autant dire une langue morte car l’arabe moderne n’a presque rien à voir avec l’arabe coranique. Pour faire un parallèle avec le français, cette langue n’existait même pas lorsque le Coran fut révélé et fixé par écrit. Le français classique date du 16ème siècle et ne devient le français moderne qu’au 18ème siècle.
Lisez Jacques Berque !
Par conséquent, je conseille à nos signataires de lire la traduction du Coran de Jacques Berque[3]. Pourquoi Jacques Berque et non un autre traducteur ? Tout d’abord parce que le talent ne s'improvise pas et que et la qualité mérite toujours d'être mise à l'honneur quel que soit le domaine envisagé. Ensuite parce que son ouvrage modestement qualifié d’Essai de traduction du Coran lui aura pris plus d’une une vingtaine d'années d'une vie pourtant déjà bien remplie.
Jacques Berque n’est pas « antisémite » !
Lorsque l’on connaît la grande rigueur ainsi que l’honnêteté intellectuelle sans faille du professeur Jacques Berque, on admet sans peine qu’il n’aurait certainement pas consacré plus de 20 ans de sa vie à traduire un texte « antisémite et viscéralement violent » comme le prétendent certains ! Sans parler del’injure ainsi faite aux milliards d’êtres humains, dont je fais partie, qui depuis plus de 14 siècles, font de ce livre, la base même de leur inspiration et de leur foi.
Il existe de fausses traductions du Coran
Je suis le premier à reconnaître que la qualité est loin d’être la norme en matière de traduction du Coran. Il y a pléthore d’ouvrages à disposition qui sont autant d’injures à la raison ! Il y a même de fausses traductions comme celle éditée par Flammarion[4]. Le travail de Jacques Berque n’en est que plus précieux.
Par ailleurs, si le Coran mérite bien le raffinement de la langue française, il a été admirablement servi en la matière par Jacques Berque qui pousse ce raffinement jusqu'à proposer plusieurs néologismes, lesquels se sont imposés tant ils étaient adéquats. Mieux encore, ils ont contribué à éclairer d’un jour nouveau l’univers sémantique du Coran !
En plus du courage de compulser une partie – 161 volumes tout de même, plus de 20.000 pages ! –, de l'œuvre monumentale de l'exégèse coranique traditionnelle l'auteur fait preuve d'une grande rigueur teintée d'une géniale intuition dans ses commentaires et ses choix grammaticaux. 
L’ouvrage se termine par une double étude exégétique : classique tout d'abord, plus moderne ensuite, ce qui permet à l’auteur de donner libre cours à son talent afin de servir une parole coranique « qui postule des approches à la fois plus hardies et mieux argumentées ». Un véritable ouvrage de référence donc, à mettre entre toutes les mains et à consommer sans modération.
Je porte à l’attention du lecteur, qu’en 2008 déjà, les autorités néerlandaises avaient pris l’initiative d’offrir à tous leurs fonctionnaires un exemplaire de la traduction du Coran en néerlandais par Kader Abdollah. Initiative qui demeure des plus intéressantes, même si j’ai pu me rendre compte en la lisant, que cette traduction est bien loin d’égaler celle de Jacques Berque.
Lecture structuraliste
Ceci étant dit, le Coran reste un texte très difficile dont la nature propre exige une lecture particulière – structuraliste – celle-là même recommandée parJacques Berque.
Pour ce qui concerne les problèmes plus généraux liés à la tâche de traduction elle-même, ils sont bien entendu considérables mais ils ont été admirablement gérés par le professeur Jacques Berque. On peut même affirmer qu’il innove magistralement en la matière.
Dans ma jeunesse, j’ai appris le Coran dans sa version arabe originelle et j’ai depuis eu l’occasion de lire bon nombre de ses traductions. C’est pourtant la contribution de Jacques Berque, ami de l’islam mais non musulman lui-même, qui m’a véritablement fait découvrir à la fois la force, l’originalité, la hardiesse et l’universalité du texte fondateur de l’islam.
En conclusion, lutter contre l’antisémitisme : oui !
Dénaturer le Coran ?
« Il en est parmi eux un parti qui se tord la langue sur l’Écriture, pour vous faire croire que c’est de l’Écriture alors que ce n’en est pas, et qui disent que cela vient de Dieu alors que cela ne vient pas de Lui ; ils profèrent sur Dieu le mensonge, et ils le savent. » (Coran, III, 78)

Ali Daddy

[1] Jean-Christophe Attias est un historien et philosophe français du judaïsme, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, titulaire de la chaire « Pensée juive médiévale ».
[2] Qur’an signifie « Lecture » en arabe.
[3] Essai de traduction du Coran, Albin Michel, collection Spiritualités vivantes, 194.
[4]Garnier-Flammarion (GF 237).


DES IMAMS S’ENGAGENT À PRÉVENIR « TOUTES FORMES D’EXTRÉMISME POUVANT CONDUIRE AU TERRORISME »

Anne-Bénédicte Hoffner , La Croix

Une trentaine d’imams dénoncent la prolifération de « lectures et de pratiques subversives de l’islam ». Dans une tribune publiée mardi 24 avril par Le Monde, ils s’engagent aussi à participer – aux côtés des autres institutions – à la prévention de la radicalisation.

Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux en 2015. / Bonnaud Guillaume / Sud Ouest
« Si nous avons décidé de prendre la parole, c’est parce que la situation, pour nous, devient de plus en plus intenable ; et parce que tout silence de notre part serait désormais complice et donc coupable. »
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Dans une tribune publiée mardi 24 avril par Le Monde, une trentaine d’imams emmenés par Tareq Oubrou, celui de la Grande Mosquée de Bordeaux, ont choisi de prendre la parole pour dénoncer l’antisémitisme et le terrorisme, et s’engager à prendre leur part dans la mobilisation contre le fanatisme religieux.
ALLIAGE ENTRE CRIMINALITÉ ET RELIGION
« Notre indignation est aussi religieuse en tant qu’imams et théologiens qui voyons l’islam tomber dans les mains d’une jeunesse ignorante, perturbée et désœuvrée. Une jeunesse naïve, proie facile pour des idéologues qui exploitent son désarroi », écrivent-ils. À leurs yeux, le « phénomène Daech » a révélé « un étrange alliage entre la criminalité et la religion ».
« Daech n’était au fond qu’un alibi qui nous a révélé une réalité latente que nous soupçonnions », écrivent ces imams membres, pour certains, de la fédération Musulmans de France (ex-Union des organisations islamiques de France, branche française des Frères musulmans) et, pour d’autres, du Conseil théologique musulman de France, qui lui est lié.
Ils reconnaissent aussi que « depuis plus de deux décennies, des lectures et des pratiques subversives de l’islam sévissent dans la communauté musulmane, générant une anarchie religieuse, gangrenant toute la société ». « Une situation cancéreuse à laquelle certains imams malheureusement ont contribué, souvent inconsciemment, écrivent-ils. Beaucoup d’imams ne réalisent pas encore les dégâts que pourraient provoquer leurs discours ».
CONFUSION DES GENRES
Aux imams, les signataires demandent donc de résister à « la confusion des genres ». « L’islam est d’abord une aspiration spirituelle (…) et non une idéologie identitariste et politique », rappellent-ils, appelant les responsables religieux « à dispenser un discours d’apaisement ».
Ils appellent également « les imams éclairés à s’investir et à s’engager dans le virtuel, et prodiguer un contre-discours » contre l’extrémisme.
FAIRE PREUVE DE DISCERNEMENT
Au lendemain de la publication d’une autre tribune, dans Le Parisien cette fois, dénonçant « un nouvel antisémitisme » alimenté notamment par des versets du Coran, les signataires demandent également, notamment « aux intellectuels et politiques », de « faire preuve de plus de discernement », inquiets d’en voir certains « incriminer toute une religion » et avancer « que c’est le Coran lui-même qui appelle au meurtre ».
« Cette idée funeste est d’une violence inouïe. Elle laisserait entendre que le musulman ne peut être pacifique que s’il s’éloigne de sa religion », s’insurgent-ils.
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La « radicalisation » actuelle « doit être combattue intelligemment par tous les concernés, des politiques aux imams en passant par la famille, l’école, le sécuritaire… Que chacun assume sa part de responsabilité », concluent-ils.
Les imams « seuls ne peuvent donner la solution ». Mais ils peuvent en revanche mettre leurs « compétences » au service de leur pays « pour aider les pouvoirs publics et parer à tout danger terroriste qui sommeille encore dans certains esprits malades », notamment « lorsque les arguments avancés par ces jeunes sont d’ordre religieux ».
UNE TRIBUNE EN PRÉPARATION DEPUIS DEUX À TROIS SEMAINES
« Cet appel était en préparation depuis au moins deux ou trois semaines par Tareq Oubrou », note Mohamed Bajrafil, imam à Ivry-sur-Seine, spécialiste de droit musulman, et signataires du texte. « Il n’a rien à voir avec celui publié il y a deux jours sur l’antisémitisme, mais finalement, il n’aurait pas pu mieux tomber ». Plus qu’un programme d’action ou une méthodologie d’interprétation du Coran, l’idée est venue « d’un ras-le-bol, d’une envie d’exprimer notre solidarité à nos concitoyens ».
Auteur lui-même d’un livre en forme d’interpellation – Réveillons-nous ! Lettre ouverte à un jeune musulman (Plein Jour, 2018) – le jeune imam est plus que conscient de la nécessité d’une relecture de la tradition musulmane. « On n’a plus le choix, elle s’impose à nous. Oui, bien entendu, certaines prescriptions issues de la tradition doivent être reconnues caduques. Moi-même, je reste très classique dans mon approche, mais il y a moyen de faire du nouveau avec de l’ancien ! »
Anne-Bénédicte Hoffner

lundi 23 avril 2018

Des militants d'extrême droite bloquent un col des Alpes, lieu de passage de migrants

La Libre
AFP

Adeptes des actions spectaculaires, des militants de Génération Identitaire ont investi samedi un col des Hautes-Alpes emprunté par les migrants cherchant à passer d'Italie en France, suscitant l'indignation d'une partie de la gauche.
En matinée, une centaine de militants d'extrême-droite ont pris position au col de l'Echelle, culminant à 1.762 mètres à six kilomètres de la frontière italienne.
L'endroit est devenu un "point stratégique de passage des clandestins" depuis plusieurs mois. Génération Identitaire entend "veiller à ce qu'aucun (d'entre eux) ne puisse rentrer en France", a expliqué à l'AFP un porte-parole, Romain Espino.
Ce dernier dénonce "un manque de courage des pouvoirs publics" car "avec un petit peu de volonté, on peut contrôler l'immigration et les frontières".
Le groupe de militants, qui réclame "le blocage définitif" de ce col, compte majoritairement des Français, mais aussi des Italiens, Hongrois, Danois, Autrichiens, Anglais et Allemands.
Après avoir gravi en raquettes le col enneigé, ils ont matérialisé une "frontière symbolique" avec du grillage de chantier pour "notifier" aux migrants "que la frontière est fermée et qu'ils doivent rentrer chez eux".
Une banderole géante, déployée à flanc de montagne, relaie ce message en anglais. Et si certains migrants devaient passer outre, "nous appellerions la gendarmerie (...). La justice fera après son travail", a assuré Romain Espino.
Deux hélicoptères affrétés par GI survolaient le site samedi à la mi-journée. Des drones devaient suivre, ainsi qu'un avion biplace dimanche.
Pour M. Espino, il s'agit d'"expliquer aux migrants éventuels que ce qui n'est pas humain, c'est de faire croire à ces gens qui traversent la Méditerranée ou les Alpes enneigées que ces parcours ne présentent aucun risque. C'est faux".
"Ils ne vont pas trouver l'Eldorado, c'est immoral. Ceux qui en payent les frais, ce sont les Français", a-t-il ajouté.
Selon la préfecture des Hautes-Alpes, l'opération s'est "jusqu'à présent déroulée dans le calme" et une "partie" des militants avaient "déjà quitté le site" en début de soirée.
"La préfecture et les forces de l'ordre continuent de suivre avec attention et vigilance la poursuite de cette opération, afin de prévenir tout trouble à l'ordre public et de garantir le respect du droit", souligne-t-elle dans un communiqué.
Sur place, aucune force de l'ordre n'était visible samedi après-midi.
LES SERVICES DE L'ETAT "PLEINEMENT MOBILISÉS"
Cette opération a fait réagir sur les bancs de la gauche, dans l'hémicycle de l'Assemblée, en plein débat prolongé sur le projet de loi asile-immigration.
Le chef de file des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, a fustigé la "petite bande d'une centaine de personnes", des "amis de Madame Le Pen", qui "prétend régler le problème de la frontière" et "repousser dans la neige de pauvres gens qui s'y trouvent".
Ce à quoi, Gilbert Collard (FN) a vertement répliqué, accusant M. Mélenchon de "planer".
La ministre auprès du ministre de l'Intérieur, Jacqueline Gourault, a assuré que "les services de l'Etat (étaient) pleinement mobilisés pour assurer l'ordre public au col de l'Echelle".
Depuis un an, les Hautes-Alpes connaissent un afflux exponentiel de migrants, essentiellement d'Afrique de l'Ouest. Selon la préfecture, 315 personnes en situation irrégulière ont été refoulées vers l'Italie en 2016 et 1.900 en 2017.
Reconnaissant que la pression migratoire reste "forte" à la frontière franco-italienne, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, s'est inquiété vendredi soir à l'Assemblée de la poursuite de la coopération franco-italienne avec la montée des populismes en Europe.
"En 2017, 50.000 non-admissions ont été prononcées à cette frontière. Parce que cette pression reste forte, nous avons décidé de renouveler les contrôles aux frontières pour six mois", a-t-il dit.
Fondé en 2012, Génération identitaire (GI) avait affrété en juillet 2017 le navire C-Star dans le cadre de sa campagne "Defend Europe" en Méditerranée, pour dissuader les ONG de secourir les migrants en mer. Arrivée le 5 août au large de la Libye, l'opération avait pris fin le 17 août.
Le mouvement privilégie des actions au fort retentissement médiatique, comme la construction d'un mur devant un futur centre d'accueil pour demandeurs d'asile à Montpellier en septembre 2016 ou encore, à l'hiver 2013, des maraudes pour venir en aide aux sans-abris, destinées uniquement aux "Français de souche"


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"LA RUEE VERS L'EUROPE?"

Il semble bien qu'elle soit inévitable et il apparaît clairement qu'elle n'est nullement préparée.
" Nous avons un phénomène migratoire qui est là et qui va durer", a  lancé le président Macron face aux  deux journalistes qui l'interviewaient.
  Pour appuyer son propos, il a cité Stephen Smith qui a formidablement bien décrit le phénomène dans son dernier livre " La ruée vers l'Europe."
Pour Stephen Smith, "nous ne sommes qu'à l'aube des grands mouvements migratoires du XXIe siècle."
"En Europe, la venue de migrants n'enrayera pas le déclin démographique, et ne sauvera pas le système de retraites et de Sécurité sociale fondé sur la solidarité intergénérationnelle". «Certes, les migrants adultes intégreraient la population active et contribueraient, à travers leurs cotisations, à financer le système des retraites, mais, compte tenu de leurs familles qui sont, en moyenne, plus nombreuses, le gain auprès des retraités serait compensé par le coût pour scolariser, former et soigner les enfants», écrit Stephen Smith.
"Le plus optimiste -le scénario d'une «Eurafrique»- aboutirait à une Europe accueillante, multiculturelle, qui «s'accepterait pleinement comme une terre d'immigration et embrasserait son ‘métissage généralisé». Mais pour lui, l'«Eurafrique signifierait surtout la fin de la sécurité sociale en Europe"
un argument repris par Bart Dr Wever en Belgique.
Un autre scénario serait celui de «l'Europe forteresse». "Une bataille généralement considérée comme «perdue d'avance», voire «honteuse», estime-t-il. C'est pourtant celui-ci qui a «ses raisons et ses chances d'aboutir", selon lui
Mais au regard de l'ampleur des déplacements migratoires à venir, «toute tentative purement sécuritaire est vouée à l'échec», conclut-il.
Un Européen averti en vaut deux. Seule une politique européenne commune et concertée est de nature à apporter une réponse cohérente à la pression migratoire et singulièrement à la diaspora d'origine africaine. Celles ci devrait s'accroître de manière exponentielle en raison de l'explosion démographique sans précédent du continent africain. Des mouvements réactionnaires du type GI vont se multiplier et créer des tensions inouïes entre Français. Mais ce problème n'est pas exclusivement français, il est européen ainsi qu'en atteste la "résistible ascension" des partis d'extrême droite, partout en Europe, y compris en Allemagne. Le risque de guerre civile ne saurait être écarté.
MG


EXPLOSION DÉMOGRAPHIQUE SUBSAHARIENNE, «MISÉRABILISME AVEUGLE» À L'ÉGARD DE L'AFRIQUE
Le Figaro
Dans son dernier ouvrage, le professeur cité dimanche soir par Emmanuel Macron défend plusieurs thèses originales à contre-pied de certains poncifs sur l'immigration.
«Nous sommes face à un phénomène migratoire inédit»: ce sont les mots d'Emmanuel Macron, lors de son interview de dimanche soir face à Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel. «Nous avons un phénomène migratoire qui est là et qui va durer», a poursuivi le président de la République. Pour appuyer son propos, il a cité Stephen Smith qui a «formidablement bien décrit» le phénomène dans son dernier livre, La ruée vers l'Europe*.
Qui est Stephen Smith, le journaliste chercheur dont les travaux semblent influencer la vision d'Emmanuel Macron sur l'immigration? Journaliste américain francophone, il a dirigé la rubrique Afrique de Libération entre 1988 et 2000, puis celle du Monde entre 2000 et 2005. Depuis 2007, il est professeur à l'Université de Duke aux États-Unis où il enseigne les études africaines. Dans La ruée vers l'Europe, il décrit des transferts migratoires massifs qui n'en sont qu'à leurs débuts, et veut «dépassionner» le débat sur l'immigration en défendant plusieurs thèses à rebours des poncifs habituels.
● LA BOMBE DÉMOGRAPHIQUE AFRICAINE
Pour Stephen Smith, nous ne sommes qu'à l'aube des grands mouvements migratoires du XXIe siècle. Il se base sur des prévisions démographiques implacables: en quelques dizaines d'années, l'Afrique a connu une explosion démographique sans précédent. De 150 millions d'habitants dans les années 1930, elle est passée à 1,3 milliard de personnes aujourd'hui.
Et en 2050, Stephen Smith anticipe un nouveau doublement de la population africaine, qui devrait passer à 2,5 milliards de personnes. «Sur un total de 10 milliards d'habitants, 25% seront des Africains», estime-t-il. «Enfin, en 2100, cette proportion aura de nouveau doublé: sur un total mondial d'un peu plus de 11 milliards d'habitants, 40% seront africains ; ils seront, pour l'essentiel, la jeunesse du monde.»
À titre de comparaison, si la population française enregistrait la même progression, «l'Hexagone compterait dans une trentaine d'années plus de 650 millions d'habitants, la moitié de la Chine actuelle».
● C'EST LE RELATIF «DÉCOLLAGE» DE L'AFRIQUE QUI FAVORISE LES MIGRATIONS
À cet égard, Stephen Smith décrit un «misérabilisme aveugle à l'égard de l'Afrique». Le chercheur nuance le raccourci fréquent selon lequel les migrants forment un bloc monolithique de «pauvres» qui «fuient» leur pays. «Ne fuit pas qui veut», souligne-t-il. «Les plus pauvres parmi les pauvres n'ont pas les moyens d'émigrer. ils n'y pensent même pas. Ils sont occupés à joindre les deux bouts, ce qui ne leur laisse guère le loisir de se familiariser avec la marche du monde et, encore moins, d'y participer.»
Pour le chercheur, «deux conditions majeures doivent être réunies pour déclencher la ‘ruée vers l'Europe'».
La première, c'est le franchissement «d'un seuil de prospérité minimale par une masse critique d'Africains». Stephen Smith estime que la somme minimale nécessaire au départ se situe entre 1500 et 2500 euros, «soit une ou plusieurs fois le revenu annuel dans tel ou tel pays subsaharien».
La seconde condition est «l'existence de communautés diasporiques, qui constituent autant de têtes de pont sur l'autre rive de la Méditerranée». La diaspora facilite l'installation, l'orientation du migrant, voire l'obtention de son premier emploi. Stephen Smith cite la communauté somalienne de Minneapolis-Saint-Paul dans le Minnesota, la communauté togolaise d'Eschweiler en Allemagne ou les multiples «China town» aux États-Unis. «Après, c'est une question de point de vue: on peut se féliciter d'une aide communautaire facilitant beaucoup de choses ou, au contraire, déplorer des ‘enclaves étrangères' dans le pays d'accueil, qui en compliquent d'autres», écrit-il.
● L'AIDE AU DÉVELOPPEMENT ALIMENTE LA MIGRATION
C'est l'une des conséquences du point qui vient d'être évoqué: contrairement à ce qui est régulièrement avancé, l'aide au développement ne limite pas l'immigration. Au contraire, elle la favorise, estime Stephen Smith. Selon lui, «les pays riches se tirent une balle dans le pied. En effet, du moins dans un premier temps, ils versent une prime à la migration en aidant des pays pauvres à atteindre le seuil de prospérité à partir duquel leurs habitants disposent des moyens pour partir et s'installer ailleurs. C'est l'aporie du ‘codéveloppement', qui vise à retenir les pauvres chez eux alors qu'il finance leur déracinement», écrit-il dans son ouvrage.
Très critique à l'égard du codéveloppement, il estime que celui-ci n'a pas provoqué de décollage dans les pays qui en bénéficient, contrairement à d'autres pays comme la Chine ou l'Inde, dont le dynamisme économique ne doit rien à ces politiques. «Les cyniques se consoleront à l'idée que l'aide a rarement fait advenir le développement mais, plus souvent, servi de ‘rente géopolitique' à des alliés dans l'arrière-cour mondiale» note-t-il.
● LA «SCÈNE DE L'ÉPREUVE» DES MIGRANTS EN ROUTE POUR L'EUROPE
Depuis les arrivées massives de 2015, «la Méditerranée est devenue la ‘scène de l'épreuve' par excellence, estime Stephen Smith. La traversée du Sahara est très peu couverte en raison des risques que cela ferait courir aux journalistes. Même chose en Libye, où seuls quelques reportages ont pu montrer le sort réservé aux migrants qui n'ont plus de sous: enfermés dans des «maisons à crédit», torturés, affamés, parfois réduits en esclavage. Dans ce contexte, la Méditerranée devient «la focale médiatique d'un ‘jeu de guerre' (Jeremy Harding) entre migrants, trafiquants, la police des frontières et les humanitaires sans frontières», explique Smith.
Décrite comme «un cimetière à ciel ouvert», «la honte de l'Europe» voire le lieu d'un «génocide silencieux», la Méditerranée par laquelle des centaines de milliers de migrants ont rejoint le vieux continent recouvre une réalité plus mesurée, explique Stephen Smith. En 2015, année de la mort du petit Aylan qui avait bouleversé le monde entier, «le risque de périr en traversant la Méditerranée dans une embarcation de fortune était de 0,37%», explique-t-il. «La même année, selon les chiffres de la Banque mondiale, le risque de mourir en couche était de 1,7% pour une femme au Sud Soudan, pire endroit pour mettre un enfant au monde». Soit un risque quatre fois et demi plus grand.
Ces calculs, purement statistiques, ne relativisent en rien le drame de ceux qui perdent la vie pendant la traversée, souligne-t-il. «Mais il faut se rendre à l'évidence: les migrants africains prennent un risque calculé, pour arriver en Europe, semblable aux risques qu'ils prennent habituellement dans la vie qu'ils cherchent à laisser derrière eux», conclut-il.
● L'IMMIGRATION NE COMBLERA PAS LE DÉFICIT D'ACTIFS EN EUROPE
Stephen Smith conteste aussi l'idée selon laquelle l'«exportation» de main-d'oeuvre africaine puisse «codévelopper» la jeune Afrique et le Vieux Continent.
En Europe, la venue de migrants n'enrayera pas le déclin démographique, et ne sauvera pas le système de retraites et de Sécurité sociale fondé sur la solidarité intergénérationnelle. «Certes, les migrants adultes intégreraient la population active et contribueraient, à travers leurs cotisations, à financer le système des retraites, mais, compte tenu de leurs familles qui sont, en moyenne, plus nombreuses, le gain auprès des retraités serait compensé par le coût pour scolariser, former et soigner les enfants», écrit-il.
Parallèlement, Stephen Smith voit aussi les départs des jeunes Africains comme «une perte nette pour l'Afrique». En effet, ce sont généralement les jeunes les plus éduqués et les plus «débrouillards» qui tentent le voyage: «Pour partir, il faut des diplômes, un petit pactole, un esprit qui permette d'échapper à une vision étriquée. Ce sont donc les forces vives qui s'en vont», explique Stephen Smith.
DU PLUS OPTIMISTE AU PLUS NOIR, QUELQUES SCÉNARIOS POSSIBLES:
Avec tous ces éléments en main, Stephen Smith dessine plusieurs scénarios susceptibles d'émerger à l'avenir. Le plus optimiste -le scénario d'une «Eurafrique»- aboutirait à une Europe accueillante, multiculturelle, qui «s'accepterait pleinement comme une terre d'immigration et embrasserait son ‘métissage généralisé'». Mais pour lui, l'«Eurafrique» signifierait surtout la fin de la sécurité sociale en Europe ; En effet, «l'État social ne s'accommode pas de portes ouvertes, d'où l'absence historique d'une sécurité sociale digne de ce nom aux États-Unis, pays modèle d'immigration.»
Un autre scénario serait celui de «l'Europe forteresse». Une bataille généralement considérée comme «perdue d'avance», voire «honteuse», estime-t-il. C'est pourtant celui-ci qui a «ses raisons et ses chances d'aboutir», selon lui. C'est celui des conventions bilatérales signées avec les pays de départ ou les pays de transit, comme la Turquie ou la Libye (par des accords avec les seigneurs de guerre de ce pays sans appareil étatique fonctionnel). «Soudain, l'été 2017, le flot des migrants venus de Libye a aussi brusquement baissé que les 6 milliards d'euros octroyés à la Turquie ont colmaté le flanc sud-est de l'Europe», écrit-il. Mais au regard de l'ampleur des déplacements migratoires à venir, «toute tentative purement sécuritaire est vouée à l'échec», conclut-il.
* La ruée vers l'Europe: La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent, fév. 2018, Grasset, 267p.
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mardi 17 avril 2018

Macron face à Plenel et Bourdin : tout ça pour ça ?

EDITO. En l’absence d’alternative crédible à sa politique, le chef de l’Etat n’entend pas dévier de sa ligne et parie sur le temps long.
Par Carole Barjon
Obs

Deux heures quarante pour quoi faire ? Pour démontrer ses qualités de combattant, seul contre deux redoutables bretteurs ? Pour donner à voir à près de quatre millions de téléspectateurs sur BFMTV un spectacle de gladiateurs digne du décor mussolinien du palais de Chaillot ? Pour montrer qu’il sait descendre dans l’arène et castagner ?
On a vu, en effet, un président virtuose, manier à la fois la rhétorique, le latin, la technique et l’art de la guerre. En bon boxeur, Emmanuel Macron ne laisse rien passer. Ni les approximations d’Edwy Plenel – "fraude fiscale au lieu d'optimisation" –, ni les "insinuations" de Jean-Jacques Bourdin – "Votre ami Bernard Arnault". Il montre qu'il sait rendre coup pour coup, en rappelant que le fondateur de Mediapart s’est lui-même "affranchi des règles fiscales" il n’y a pas si longtemps…
Plenel face à Macron : au fait, c'est quoi le problème entre Mediapart et le fisc ?
Bref, pendant cet interminable "combat de coqs", comme l’a qualifié le patron de La République en Marche Christophe Castaner, Macron a assuré. Mais a-t-il pour autant rassuré ?
Un peu. On aura appris finalement que l’Etat reprendra "progressivement" la dette de la SNCF. On aura vu un président empathique, semblant sincèrement préoccupé par la situation des hôpitaux et des services d’urgence, promettre des annonces rapides sur ce dossier. Et esquisser la piste d’un jour férié travaillé pour financer le coût de la dépendance des personnes âgées, à l’horizon 2050.
Pour le reste, Macron aura laissé les Français sur leur faim à propos du fameux "verrou de Bercy" (qui empêche la Justice de se saisir à sa guise des dossiers fiscaux qui, selon elle, le mériteraient) et de l’exonération de l’impôt sur la fortune accordée aux détenteurs d’actifs mobiliers. Quelle garantie a-t-on que les heureux bénéficiaires de ce "cadeau" fiscal investiront bien dans les entreprises françaises ? Emmanuel Macron lui-même a reconnu ne pas en avoir.
De même, il aura eu du mal à convaincre sur la baisse de pouvoir d’achat des retraités qui ne verront la taxe d’habitation diminuer qu’à l’automne. Et il aura fallu attendre la dernière partie de l’émission pour entendre parler du conflit des cheminots, de l’islam et des femmes voilées dont la tenue n’est "pas conforme à la civilité telle que nous la connaissons", ou de l’immigration, à propos de laquelle il a évoqué "la bombe" que constituait, à terme, la démographie africaine.
Rassurer les Français modestes, casser l’image de "président des riches" que lui a accolé une bonne partie de la gauche : c’était l’objectif  de Macron qui veut "libérer et protéger". Pour le moment, son jeu de jambes à gauche reste à améliorer. Mais, en l’absence d’alternative crédible à sa politique, le chef de l’Etat n’entend pas dévier de sa ligne et parie sur le temps long. On le jugera "dans cinq ou dix ans", a-t-il glissé. Au bout de son deuxième quinquennat…


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LOSE LOSE

Win win? Non lose, lose. Lose pour les deux journalistes vedette  perdants  qui se sont offert un numéro de claquettes et d'arrogance de lèse présidence; lose pour le président qui y a perdu son aura jupitérienne troquée contre une tenue de bretteur à qui on ne la fait pas. Les meilleurs commentateurs sont unanimes, la fonction présidentielle a été égratignée sans aucun bénéfice pour Emmanuel Macron. On le savait brillant et bon débatteur, il n'était vraiment pas utile de proposer un remake du débat télévisé du second tour avec Plénel dans le rôle de Marine et Bourdin dans celui de Le Pen.  Ils ont été très mauvais tous les deux mais  le wonderboy Emmanuel n'a pas transformé l'essai. Match très nul de catch médiatique à trois et sans arbitre dans un décor qui rappelle celui de la chancellerie d'Adolphe Hitler. Pourquoi ce lieu tellement mussolinien.?
On n'oubliera jamais les images montrant le Führer en képi et manteau de cuir accompagné de Speer son architecte et favori visitant le palais de Chaillot au petit matin en juin 40 après le Blitzkrieg qui mit la France à genoux.
MG

jeudi 12 avril 2018

Inventer une mobilité 2.0 à Bruxelles


Gilles Van Den Burre in Le Vif

La mobilité, voire l'immobilité, est certainement l'un des problèmes les plus criants, et visibles, de la gestion publique à Bruxelles. Pas un seul habitant, un seul navetteur ou un seul touriste de passage ne peut échapper à ce fléau quotidien des embouteillages qui paralysent notre capitale.

Avec toutes les conséquences néfastes que ceux-ci engendrent sur notre santé (pollution, qualité de l'air dégradée, bruit, stress ou agressivité) et sur notre qualité de vie. L'économie n'est, par ailleurs, pas épargnée puisque le coût des embouteillages à Bruxelles a été évalué à 100 millions d'euros par an selon une étude du cabinet du Ministre fédéral de l'Economie, Kris Peeters. Nous sortirions donc tous gagnants de la mise en place de solutions structurelles visant à augmenter drastiquement l'offre de transports publics, de véhicules partagés et d'espaces pour les piétons et cyclistes. En somme, une véritable transition écologique et numérique de la mobilité.
Mais au lieu de ça, les débats politiques récents se sont concentrés autour de deux sujets : les tunnels et le plan Taxi. Or, ils cachent des enjeux beaucoup plus fondamentaux. A propos de ces fameux tunnels, les discussions ont surtout concerné la manière et les moyens financiers pour les remettre à neuf (ou presque). Résultat : prolongation de ces lourdes infrastructures héritées de la société du "tout à la bagnole" des années '60 et '70. Autrement dit : absence de vision et de choix, conduisant in fine à un gaspillage de moyens et à un verrouillage du changement politique nécessaire. Quant au plan Taxi, il cristallise l'opposition frontale entre Uber et les compagnies de taxi traditionnelles. De ce duel à couteaux tirés, et probablement stérile, il semble évident qu'aucune vision claire des défis dignes d'une mobilité du 21e siècle ne pourra émerger. En effet, entre une multinationale californienne qui souhaite maximiser son profit à court terme, avant de le rapatrier, tout en poussant ses chauffeurs à travailler sans couverture sociale, et une corporation qui est restée en retrait, depuis des décennies, des innovations technologiques et des nouveaux besoins de nos concitoyens, il est compliqué d'entrevoir un futur désirable pour la mobilité et les déplacements collectifs à Bruxelles. Il est pourtant de notre devoir de responsable politique de l'imaginer, avec ambition et créativité, en s'inspirant des expériences positives à l'étranger.
La "mobilité rêvée" de demain, consiste, par exemple, en la création d'une application web publique, reliée à une flotte de véhicules partagés (style "Cambio"), et conduite par des travailleurs employés et correctement rémunérés. Concrètement, on pourrait imaginer une structure coopérative, avec la Région comme actionnaire majoritaire ou de référence, qui serait propriétaire de l'application, des "véhicules partagés 2.0" et qui emploierait l'ensemble des chauffeurs. Les citoyens utilisateurs du service et les travailleurs auraient la possibilité de devenir eux-mêmes coopérateurs, ce qui garantirait une redistribution juste, et ancrée localement, des bénéfices de l'entreprise. En d'autres termes, l'idée est de créer un concurrent direct, crédible et efficace à la technologie Uber, sous forme de coopérative, avec des capitaux publics, un algorithme transparent et accessible publiquement, ainsi que des travailleurs-coopérateurs qui pourraient bénéficier des profits générés.
Dans un deuxième temps, on pourrait imaginer d'autres flottes de véhicules (voitures, vélos, scooters,... toujours à partager), provenant de différentes entreprises, qui viendraient s'ajouter à l'offre de cette application coopérative. Enfin, cerise sur le gâteau, l'ensemble des entités publiques (administrations communales, régionales et fédérales) pourrait mettre leurs véhicules propres sur cette plateforme, afin que les citoyens puissent les utiliser (avec chauffeurs ou pas) durant les tranches horaires où ils ne circulent pas (le soir ou les week-ends).
Utopie me direz-vous ? Pas vraiment : d'autres villes se lancent déjà dans ce type de projet. Amsterdam, par exemple, travaille sur un projet-pilote, impliquant le partage de ses propres ressources: parc informatique, parc de véhicules, bureaux, ou encore flotte maritime. La ville a en outre déjà mis en partage une partie de sa propre flotte de véhicules. Chez nous, les communes de Schaerbeek et d'Ottignies-Louvain-la-Neuve ont conclu un partenariat avec une entreprise de voitures partagées afin d'y inclure leur flotte communale. Séoul ou San Francisco ont également déjà mis sur pied des initiatives de partage et d'applications numériques propres afin de se réapproprier les moyens technologiques en vue d'améliorer la qualité de service à leurs habitants sans se retrouver coincées entre les mains des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon).
Aucune raison ne nous empêche de développer une vision moderne, efficace et durable de la mobilité à Bruxelles. Au contraire, il serait irresponsable de ne pas le faire à l'heure où les technologies se développent plus vite que jamais, où les géants de l'internet risquent de rafler la totalité de la mise, et où les voitures autonomes sont déjà à nos portes. Des réponses fortes et ambitieuses sont indispensables et nous avons donc besoin de politiques qui prennent leurs responsabilités !
Carte Blanche

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"UNE ASSOCIATION ENTRE SOCIALISTES ET LIBÉRAUX NE SERAIT PAS À EXCLURE"
MAIS POUR FAIRE QUOI? "IL SEMBLE ÉVIDENT QU'AUCUNE VISION CLAIRE DES DÉFIS DIGNES D'UNE MOBILITÉ DU 21E SIÈCLE NE POURRA ÉMERGER"

Pascal Smet est un ministre heureux, quelles que soient le initiatives saugrenues qu'il s'avise de  prendre, jamais il n'est poussé à la démission par son gouvernement. Le formidable chaos provoqué par la grève des taximen induite par son souci de protéger Uber en est la dernière illustration.  Et on ne parle pas de sa gestion calamiteuse du réseau des tunnels et viaducs de la région Bruxelles capitale.
Il est vrai qu'on ne se bouscule pas pour prendre son poste ministériel , sans doute le plus inconfortable de les ministères belges, fédéral et régional confondus. Cinq mois avant les élections communales, on aimerait qu'au moins un mandataire politique sorte du bois avec des propositions originales et audacieuses susceptibles d'envisager un début de solution à ce qui provoque indéniablement l'agonie de la Région Bruxelles capitale et menace à moyen terme de lui faire perdre son statut de capitale de l'Europe. Si cela devait se produire,  la paupérisation de Bruxelles s'accélérerait de manière irréversible et rapide.  Mais non, personne ne s'y risque et on nous annonce sans rire qu'une association entre socialistes et libéraux ne serait pas à exclure. "Libéraux et socialistes ont rétabli de bonnes relations humaines et se revoient régulièrement. " J'ai toujours pensé que dans l'intérêt des Bruxellois, les hommes et les femmes de tous les partis démocratiques devaient pouvoir se parler", souligne la LiégeoiseLaurette Onkelinx qui erncontrerait régulièrement, dans l'intérêt de Bruxelles et des Bruxellois le Liégeois de Bruxelles Didier Reynders. Sowhat!   Certains espèrent une grande alliance en 2019 pour affronter les défis de la Wallonie et de Bruxelles. Il reste une opposition forte, mais les lignes bougent" (Le vif) Mais pour faire quoi, au juste? 
MG 


UN POSSIBLE MARIAGE MR-PS POUR 2019 ? 

Olivier MoutonJournaliste politique au Vif/L'Express 

Libéraux et socialistes ont rétabli de bonnes relations humaines et se revoient régulièrement. Certains espèrent une grande alliance en 2019 pour affronter les défis de la Wallonie et de Bruxelles. Il reste une opposition forte, mais les lignes bougent. Les ténors s'expliquent au Vif/L'Express.

Les sourires sont crispés lors de la passation de pouvoir au Seize entre Elio Di Rupo et Charles Michel, en octobre 2014. Trois ans et demi après, l'ancien et le nouveau se reparlent de façon plus sereine.

L'indice est lancé incidemment, en marge d'une interview sur un tout autre sujet. Soudain, ce ministre libéral francophone s'épanche : " L'idéal pour moi, après les élections de 2019, serait une coalition entre le MR et le PS. Pour se donner les moyens d'affronter les enjeux qui nous attendent sur le plan budgétaire et socio-économique. Et avec Ecolo en plus, pour apporter une touche de fraîcheur. " Le propos se répand officieusement, depuis quelques semaines, dans les coulisses du parlement de Wallonie. Où il suscite à la fois de l'incrédulité et de la curiosité.
Ce scénario réveille des aspirations similaires formulées, tant au MR qu'au PS, surtout à Liège et à Namur mais moins à Charleroi, avant les précédentes régionales et législatives de 2014 : il est urgent d'unir toutes les forces vives francophones, car l'heure est grave. On sait comment le vent a tourné après le scrutin : le mariage précipité entre le PS et le CDH en Wallonie et à Bruxelles, après des approches avortées entre libéraux et humanistes, le refus des mêmes humanistes de dépérir au sein d'une tripartite francophone à tous les niveaux de pouvoir, puis la folle aventure de Charles Michel, qui prend le risque de diriger un gouvernement fédéral avec trois partis flamands, dont la N-VA. Autant d'événements et manoeuvres qui ont durablement fracturé le camp francophone.
L'idée d'une grande coalition MR-PS élargie, sorte d'union sacrée francophone, peut paraître anachronique, à l'heure où le MR se gargarise de tout ce qu'il peut réaliser à la tête de ses majorités sans socialistes, fédérale et wallonne. Le PS, lui, radicalise son discours pour tenter de retrouver la confiance de citoyens outrés par les scandales et récupérer les parts de marché perdues au profit du PTB et d'Ecolo, en canonnant " le gouvernement MR/N-VA ". Pour autant, alors que la nervosité croît en vue des joutes de 2018 (communales) et de 2019 (législatives, régionales et européennes), les derniers sondages du printemps illustrent à quel point l'hypothèse d'une aventure bleue-rouge n'est pas si folle. Le MR et le PS perdent des plumes, mais les socialistes redressent la tête après leur chute libre de l'après-Publifin. Les deux forces structurent un paysage politique plus éclaté que jamais et se disputent férocement la première place du podium tant en Wallonie qu'à Bruxelles. Ecolo, dans l'état actuel des choses, est le grand vainqueur. Le PTB se tasse quelque peu, le CDH reste faible même s'il fait mine de survivre et DéFI progresse, tout en restant un cran au- dessous au sud du pays. Alors, MR-PS-Ecolo, pourquoi pas, finalement ?
Les ténors des deux partis que Le Vif/L'Express a longuement interrogés ne ferment pas la porte au mariage MR-PS après 2019, même s'ils jugent l'idée forcément prématurée. Tous confirment que leurs relations se sont normalisées, laissent entendre que les plaies de 2014 sont cicatrisées et évoquent même des échanges plus constructifs, par-delà les vociférations médiatiques. Ce qui sépare les deux partis reste bien sûr plus important que ce qui les unit, dans un contexte politique de polarisation exacerbée. Le MR avoue toujours privilégier la poursuite de coalitions de droites et le PS espère la mise en place de majorités progressistes et alternatives. Ce n'est pas encore l'amour fou, mais plusieurs dossiers stratégiques pourraient rapprocher les deux premiers partis francophones, en plus de l'arithmétique et de la volonté de stabiliser les institutions francophones.

Vincent De Wolf, chef de file MR au parlement bruxellois, snobe le ministre-président PS, Rudi Vervoort. Dans la capitale, les tensions entre les deux partis sont plus fortes.
DES RELATIONS NORMALISÉES
Sur fond de lutte pour le leadership francophone, la dégradation des relations entre socialistes et libéraux s'est jouée en trois temps, autour de la " mère de toutes les élections ", en 2014. Un : la campagne électorale, virulente, emmène les poids lourds des deux formations, Charles Michel (MR) et Paul Magnette (PS), à se regarder en chiens de faïence et à multiplier les attaques personnelles. Deux : juste après le scrutin, la mise en place de coalitions asymétriques du côté francophone provoque des rancoeurs inédites sur fond d'accusations de mensonges et de trahisons. En remettant à Michel les clés du 16, rue de la Loi, le Premier ministre sortant, Elio Di Rupo (PS), exprime une profonde amertume, persuadé que le MR mène le pays au bord du gouffre. Trois : dès ce moment, les règlements de compte s'enchaînent. Les différentes majorités peinent à travailler ensemble.
La " réconciliation " se fait, elle aussi, en trois temps. Un : fin avril 2015, deux " sages ", Louis Michel (MR) et Jean- Pascal Labille (PS), lancent un appel au calme. " Rien n'est cassé définitivement, dit le premier. C'est inscrit dans les astres que libéraux et socialistes seront amenés à retravailler ensemble. " Deux : quelques mois plus tard, c'est le chef de file bruxellois du MR, Didier Reynders, toujours meurtri par ses déboires face au clan Michel, qui se promet de renouer le dialogue avec les socialistes. Dans les déclarations médiatiques des uns et des autres, les liens restent à couteaux tirés. Mais on ne hurle plus autant au Parlement. Trois : paradoxalement, la " trahison " du CDH Benoît Lutgen, qui lâche le PS sans crier gare, en juin 2017, est le chaînon qui manquait pour... rapprocher libéraux et socialistes. Le MR se marie en jubilant avec le CDH à Namur, mais plusieurs de ses membres expriment des réserves au sujet de la volte-face humaniste.
J'accorde beaucoup de prix à des relations humaines de qualité " Elio Di Rupo
Aujourd'hui, donc, libéraux et socialistes se reparlent. " J'ai de bons contacts personnels avec mon homologue Olivier Chastel, souligne Elio Di Rupo. Il n'y a aucun ministre libéral avec lequel j'ai des tensions personnelles. Chaque fois que j'ai eu à discuter avec le Premier ministre, nous l'avons fait avec franchise. Chaque jeudi, nous sommes ensemble à la Chambre et les séances traînent au-delà du raisonnable, nous avons le temps de parler. J'accorde beaucoup de prix à des relations humaines de qualité, de respect et de confiance avec tous les partis démocratiques. C'est important de ne jamais mentir, de ne jamais jouer au roublard, parce qu'on le paie tôt ou tard. " " J'ai une excellente relation humaine avec Elio Di Rupo, acquiesce Olivier Chastel, j'ai la chance de lui parler souvent à la Chambre, sans agressivité, de politique générale voire, d'enjeux francophones. "
Didier Reynders (MR) et Laurette Onkelinx (PS), Liégeois de coeur et Bruxellois d'adoption, ont lancé un " lobby " pour défendre les intérêts de la capitale par-delà leurs divergences. Ils se voient régulièrement.
DANS L'INTÉRÊT DES BRUXELLOIS
Dans un entretien au Soir, fin février dernier, Didier Reynders, chef de file MR à Bruxelles et candidat ministre-président régional après 2019, ouvrait la porte à la N-VA pour un futur gouvernement bruxellois. Sans pour autant exclure le PS : " De la lutte des classes, il est passé depuis longtemps à la lutte des places. " Outre Bart De Wever, il affirmait avoir vu récemment Elio Di Rupo et Laurette Onkelinx, présidente de la Fédération bruxelloise du PS. Réplique de cette dernière, dans les colonnes du même quotidien : " Ce n'est pas étonnant de l'entendre dire qu'il est candidat à la ministre- présidence, car Didier Reynders est un éternel candidat [...]. Je dirais qu'il est sa propre ambition. " Ou encore : " Il faut pouvoir dire que si le MR était une plus-value pour Bruxelles, ça se saurait... " Ambiance.
Au Vif/L'Express, Laurette Onkelinx ne retire aucun de ses propos. Mais elle raconte aussi pourquoi PS et MR se retrouvent régulièrement au sein d'un " lobby " probruxellois qui regroupe des représentants de tous les partis démocratiques de la capitale, pour oeuvrer en faveur des intérêts stratégiques de la ville et lutter contre le " Brussels bashing ". Autour de la table, pour le PS : elle-même et Rudi Vervoort, le ministre-président régional. Pour le MR, Didier Reynders et Vincent De Wolf, chef de groupe au parlement bruxellois, dans l'opposition.
" J'ai toujours pensé que dans l'intérêt des Bruxellois, les hommes et les femmes de tous les partis démocratiques devaient pouvoir se parler, souligne Laurette Onkelinx. Et, malgré les différences, soutenir ensemble des projets. Nous avons décidé dernièrement tous ensemble - c'est un collectif, un peu à l'image d'E-change, le tout récent nouveau mouvement politique -, de transformer la caserne d'Etterbeek-Ixelles en kots d'étudiants. L'idée était née avec l'ULB, mais nous avons fait en sorte que ce projet soit accepté et soutenu à tous les niveaux de pouvoir, pour dépasser les contingences de partis et les majorités différentes. On a aussi accompli un travail pour prendre le pouls de le Région. Par l'intermédiaire du lobby, un contrat a été passé avec la Fondation Roi Baudouin pour lancer BruVoices, qui demande aux Bruxellois ce que leur ville représente pour eux. Il ressort déjà que trois quarts de la population de la capitale est très fière de son identité culturelle plurielle. On est loin de ce que raconte la N-VA. "
Le parti nationaliste flamand et le PTB, qui n'ont pas de Bruxellois dans des exécutifs, sont les deux seuls qui ne font pas partie de ce lobby.
Les ministres-présidents wallon, Willy Borsus (MR), et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte PS) : les majorités asymétriques ont posé trop de problèmes durant cette législature. © Christophe Licoppe/photo news
DES CONSIDÉRATIONS STRATÉGIQUES
Si l'on se parle dans l'intérêt des Bruxellois, on devrait davantage se parler, aussi, dans l'intérêt des Wallons alors qu'en 2024 débute la disparition progressive de la solidarité venue de Flandre, en vertu de la loi de financement adoptée lors de la sixième réforme de l'Etat. C'est dire combien la législature 2019-2024 sera décisive. " Nous devrons trouver au bas mot 600 millions d'euros, glisse notre ministre libéral favorable à une alliance MR-PS-Ecolo. Il sera indispensable d'unir nos forces. "
" Mon sentiment profond, c'est que l'intérêt des francophones, Bruxellois et Wallons, serait qu'à l'avenir, il puisse y avoir des correspondances en matière de formations gouvernementales, estime pour sa part Elio Di Rupo. On voit ce qu'a coûté l'asymétrie des compositions de gouvernements entre le fédéral et les Régions durant cette législature. " L'ancien Premier ministre n'aime pas pour autant l'idée d'une " union sacrée " et refuse de se prononcer a fortiori en faveur de l'une ou l'autre coalition. Tout dépendra du contenu. " Nous ne pourrons pas nous allier avec X ou Y s'il s'agit de mener la politique du gouvernement MR/N-VA telle qu'on la voit aujourd'hui. La coalition dépendra du contenu d'un programme qui devra être alternatif, radicalement différent. " Mais il insiste sur la " stabilité " des institutions francophones et leur " dynamisme ".
La répartition des cartes par les électeurs sera décisive. Forcément, et heureusement. " Les jeux seront sans doute plus ouverts qu'il y a cinq ans, relève Olivier Chastel. On voit, sondage après sondage, qu'on risque d'assister à grand morcellement de la gauche. " Une pique. Et un constat : il vaut peut-être mieux préparer le terrain d'une grande alliance, que de guérir face à l'urgence ? " Le morcellement des voix est une nouvelle donne, reconnaît Di Rupo. Le gouvernement que j'ai présidé était quand même le plus compliqué qu'on puisse imaginer : j'ai dû faire des réformes institutionnelles avec huit partis et un exécutif avec six. C'est l'art de la politique, avec cette condition que chaque formation politique doit accepter de comprendre l'autre et d'avancer. "

UNE COALITION DE DROITE OU PROGRESSISTE
Le mariage des " camarades " libéraux et socialistes est pourtant loin d'être l'option numéro un, de part et d'autre. Du moins officiellement, à l'heure d'entamer une rude année et demi de campagne électorale. Nos interlocuteurs avancent leurs pions pour se positionner.
" En Wallonie, nous avons dix-huit mois pour imprimer une ligne différente de celle de la coalition précédente PS-CDH, plaide Olivier Chastel. Le gouvernement de Willy Borsus le fait bien pour l'instant. Si les conditions le permettent, je suis prêt à repartir sur cette voie-là. " Le ministre-président wallon a lui aussi exprimé ce souhait. " Je n'ai pas caché non plus que la coalition fédérale actuelle traduit parfaitement le programme du MR. Certains ont beau affirmer que nous sommes à la remorque de la N-VA, en trente ans de politique, je n'ai jamais connu une coalition qui nous était aussi favorable. Nous avions dit dès le début qu'on verrait en fin de législature les résultats positifs des politiques socio-économiques que nous avions lancées. Et j'ai le sentiment que nous ne nous sommes pas trompés. Si on peut repartir dans une coalition qui traduit notre cap de la même façon, je signe à deux mains. " En clair, le MR est repartant pour des mariages à droite. Avec ces mots qui ont toute leur importance : " Si c'est possible... ".
Laurette Onkelinx, elle, est favorable à un mariage progressiste, pour lutter contre les populismes : " Il y a une grande peur de l'avenir, de la globalisation, de la paupérisation... Les électeurs n'acceptent plus les discours mous, de compromis, les "moi j'irais bien avec un tel, le MR pourquoi pas"... Je veux défendre des propositions radicales. Le monde a changé, il est normal qu'on fasse des propositions nouvelles sur l'emploi, le temps de travail, l'écosocialisme... Il faut faire rêver et on ne peut le faire qu'avec des idées fortes et crédibles, pour lesquelles on peut se battre. Envisager une alliance avec le MR ? Ce n'est ni l'heure, ni le moment et ça ne m'intéresse même pas. Mon choix prioritaire sera toujours en faveur d'une majorité progressiste, même si le MR n'est pas un parti anti-démocratique. "
" Le fond du fond que le PS ne pourrait jamais accepter, c'est la double destruction actuelle de la sécurité sociale et des services publics ", martèle pour sa part Elio Di Rupo. Qui multiplie les exemples des politiques sur lesquelles il compte revenir si le PS revient au pouvoir : la pension à 67 ans, la pension à points, les flexi-jobs, les coupes sombres dans les soins de santé... " Ce serait compliqué avec le partenaire libéral, mais la politique est l'art du possible. Il ne faut jamais dire jamais et ne pas désespérer. "
Le président du PS intègre aussi, dans ses calculs, la présence du PTB et sa probable difficulté à entrer dans une majorité, n'en déplaise à la FGTB wallonne qui plaide pour une coalition PS-Ecolo-PTB " si c'est possible ". " Cette gauche populiste reste au balcon, déclare Elio Di Rupo. Elle formule des propositions inapplicables qui tourneront à vide. Et prétendre ne monter au gouvernement que quand les traités européens seront modifiés, c'est lâche : certains responsables du PTB seront probablement pensionnés quand ça arrivera, si ça arrive un jour. " Il ne faut pas oublier la N-VA, non plus, qui pourrait imposer en 2019 un retour du communautaire, ajoute- t-il. Une fameuse équation est en vue.
LE LABORATOIRE DES COMMUNALES
" J'ai toujours connu, au MR, des partisans de la grande coalition avec le PS, sourit Olivier Chastel. Ils cultivent la philosophie d'une relation plus tranchée avec les socialistes, empreinte d'une franchise spontanée. Mais d'autres ont un sentiment antisocialiste plus marqué. Au PS, je ressens un peu la même ligne de partage. "
Outre l'urgence des réformes à mener en Wallonie et à Bruxelles, ou la nécessaire stabilité francophone, d'autres arguments favorables à un rapprochement sont apparus au fil de nos discussions. Les valeurs de l'Etat, par exemple. " Je suis heureuse que mon parti affirme clairement - et le MR aussi ! - que la laïcité ou l'égalité hommes/femmes sont des principes intangibles, qui doivent être inscrits dans un préambule de la Constitution, clame Laurette Onkelinx. Il ne faut pas avoir peur de dire que le communautarisme et l'enfermement communautaire sont inacceptables. " Un travail commun a d'ailleurs été entamé à la Chambre sur ce sujet symboliquement lourd. Parce que, sur ce terrain comme dans d'autres, il est possible de collaborer par-delà les majorités ?
Dans tous les cas, 2018 propose un scrutin local où les deux partis s'affronteront avec virulence, comme à Mons, où le bouillonnant George-Louis Bouchez (MR, Mons en mieux) veut briser la majorité absolue du PS. " Au niveau local, il y a pas mal d'endroits où les coalitions MR-PS se passent bien parce qu'il y a du respect mutuel et de la confiance, constate le bourgmestre Elio Di Rupo, qui devrait y céder sa place à Nicolas Martin. A Mons, après quinze ans d'un travail de grande qualité PS-MR, nous avons rompu en raison de la personnalité du chef de file MR. Si c'était un autre caractère, nous aurions peut-être pu continuer. Mons ne peut pas être pris comme exemple à généraliser. "
Une façon, donc, de garder la porte ouverte à l'une ou l'autre noce rouge et bleu


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
THE TIMES ARE ACHANGING

N'est-ce pas  la même Laurette Onkelinx qui dans une autre vie politique traitait l'association PS PR de mariage contre nature?