lundi 23 avril 2018

Des militants d'extrême droite bloquent un col des Alpes, lieu de passage de migrants

La Libre
AFP

Adeptes des actions spectaculaires, des militants de Génération Identitaire ont investi samedi un col des Hautes-Alpes emprunté par les migrants cherchant à passer d'Italie en France, suscitant l'indignation d'une partie de la gauche.
En matinée, une centaine de militants d'extrême-droite ont pris position au col de l'Echelle, culminant à 1.762 mètres à six kilomètres de la frontière italienne.
L'endroit est devenu un "point stratégique de passage des clandestins" depuis plusieurs mois. Génération Identitaire entend "veiller à ce qu'aucun (d'entre eux) ne puisse rentrer en France", a expliqué à l'AFP un porte-parole, Romain Espino.
Ce dernier dénonce "un manque de courage des pouvoirs publics" car "avec un petit peu de volonté, on peut contrôler l'immigration et les frontières".
Le groupe de militants, qui réclame "le blocage définitif" de ce col, compte majoritairement des Français, mais aussi des Italiens, Hongrois, Danois, Autrichiens, Anglais et Allemands.
Après avoir gravi en raquettes le col enneigé, ils ont matérialisé une "frontière symbolique" avec du grillage de chantier pour "notifier" aux migrants "que la frontière est fermée et qu'ils doivent rentrer chez eux".
Une banderole géante, déployée à flanc de montagne, relaie ce message en anglais. Et si certains migrants devaient passer outre, "nous appellerions la gendarmerie (...). La justice fera après son travail", a assuré Romain Espino.
Deux hélicoptères affrétés par GI survolaient le site samedi à la mi-journée. Des drones devaient suivre, ainsi qu'un avion biplace dimanche.
Pour M. Espino, il s'agit d'"expliquer aux migrants éventuels que ce qui n'est pas humain, c'est de faire croire à ces gens qui traversent la Méditerranée ou les Alpes enneigées que ces parcours ne présentent aucun risque. C'est faux".
"Ils ne vont pas trouver l'Eldorado, c'est immoral. Ceux qui en payent les frais, ce sont les Français", a-t-il ajouté.
Selon la préfecture des Hautes-Alpes, l'opération s'est "jusqu'à présent déroulée dans le calme" et une "partie" des militants avaient "déjà quitté le site" en début de soirée.
"La préfecture et les forces de l'ordre continuent de suivre avec attention et vigilance la poursuite de cette opération, afin de prévenir tout trouble à l'ordre public et de garantir le respect du droit", souligne-t-elle dans un communiqué.
Sur place, aucune force de l'ordre n'était visible samedi après-midi.
LES SERVICES DE L'ETAT "PLEINEMENT MOBILISÉS"
Cette opération a fait réagir sur les bancs de la gauche, dans l'hémicycle de l'Assemblée, en plein débat prolongé sur le projet de loi asile-immigration.
Le chef de file des Insoumis, Jean-Luc Mélenchon, a fustigé la "petite bande d'une centaine de personnes", des "amis de Madame Le Pen", qui "prétend régler le problème de la frontière" et "repousser dans la neige de pauvres gens qui s'y trouvent".
Ce à quoi, Gilbert Collard (FN) a vertement répliqué, accusant M. Mélenchon de "planer".
La ministre auprès du ministre de l'Intérieur, Jacqueline Gourault, a assuré que "les services de l'Etat (étaient) pleinement mobilisés pour assurer l'ordre public au col de l'Echelle".
Depuis un an, les Hautes-Alpes connaissent un afflux exponentiel de migrants, essentiellement d'Afrique de l'Ouest. Selon la préfecture, 315 personnes en situation irrégulière ont été refoulées vers l'Italie en 2016 et 1.900 en 2017.
Reconnaissant que la pression migratoire reste "forte" à la frontière franco-italienne, le ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, s'est inquiété vendredi soir à l'Assemblée de la poursuite de la coopération franco-italienne avec la montée des populismes en Europe.
"En 2017, 50.000 non-admissions ont été prononcées à cette frontière. Parce que cette pression reste forte, nous avons décidé de renouveler les contrôles aux frontières pour six mois", a-t-il dit.
Fondé en 2012, Génération identitaire (GI) avait affrété en juillet 2017 le navire C-Star dans le cadre de sa campagne "Defend Europe" en Méditerranée, pour dissuader les ONG de secourir les migrants en mer. Arrivée le 5 août au large de la Libye, l'opération avait pris fin le 17 août.
Le mouvement privilégie des actions au fort retentissement médiatique, comme la construction d'un mur devant un futur centre d'accueil pour demandeurs d'asile à Montpellier en septembre 2016 ou encore, à l'hiver 2013, des maraudes pour venir en aide aux sans-abris, destinées uniquement aux "Français de souche"


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"LA RUEE VERS L'EUROPE?"

Il semble bien qu'elle soit inévitable et il apparaît clairement qu'elle n'est nullement préparée.
" Nous avons un phénomène migratoire qui est là et qui va durer", a  lancé le président Macron face aux  deux journalistes qui l'interviewaient.
  Pour appuyer son propos, il a cité Stephen Smith qui a formidablement bien décrit le phénomène dans son dernier livre " La ruée vers l'Europe."
Pour Stephen Smith, "nous ne sommes qu'à l'aube des grands mouvements migratoires du XXIe siècle."
"En Europe, la venue de migrants n'enrayera pas le déclin démographique, et ne sauvera pas le système de retraites et de Sécurité sociale fondé sur la solidarité intergénérationnelle". «Certes, les migrants adultes intégreraient la population active et contribueraient, à travers leurs cotisations, à financer le système des retraites, mais, compte tenu de leurs familles qui sont, en moyenne, plus nombreuses, le gain auprès des retraités serait compensé par le coût pour scolariser, former et soigner les enfants», écrit Stephen Smith.
"Le plus optimiste -le scénario d'une «Eurafrique»- aboutirait à une Europe accueillante, multiculturelle, qui «s'accepterait pleinement comme une terre d'immigration et embrasserait son ‘métissage généralisé». Mais pour lui, l'«Eurafrique signifierait surtout la fin de la sécurité sociale en Europe"
un argument repris par Bart Dr Wever en Belgique.
Un autre scénario serait celui de «l'Europe forteresse». "Une bataille généralement considérée comme «perdue d'avance», voire «honteuse», estime-t-il. C'est pourtant celui-ci qui a «ses raisons et ses chances d'aboutir", selon lui
Mais au regard de l'ampleur des déplacements migratoires à venir, «toute tentative purement sécuritaire est vouée à l'échec», conclut-il.
Un Européen averti en vaut deux. Seule une politique européenne commune et concertée est de nature à apporter une réponse cohérente à la pression migratoire et singulièrement à la diaspora d'origine africaine. Celles ci devrait s'accroître de manière exponentielle en raison de l'explosion démographique sans précédent du continent africain. Des mouvements réactionnaires du type GI vont se multiplier et créer des tensions inouïes entre Français. Mais ce problème n'est pas exclusivement français, il est européen ainsi qu'en atteste la "résistible ascension" des partis d'extrême droite, partout en Europe, y compris en Allemagne. Le risque de guerre civile ne saurait être écarté.
MG


EXPLOSION DÉMOGRAPHIQUE SUBSAHARIENNE, «MISÉRABILISME AVEUGLE» À L'ÉGARD DE L'AFRIQUE
Le Figaro
Dans son dernier ouvrage, le professeur cité dimanche soir par Emmanuel Macron défend plusieurs thèses originales à contre-pied de certains poncifs sur l'immigration.
«Nous sommes face à un phénomène migratoire inédit»: ce sont les mots d'Emmanuel Macron, lors de son interview de dimanche soir face à Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel. «Nous avons un phénomène migratoire qui est là et qui va durer», a poursuivi le président de la République. Pour appuyer son propos, il a cité Stephen Smith qui a «formidablement bien décrit» le phénomène dans son dernier livre, La ruée vers l'Europe*.
Qui est Stephen Smith, le journaliste chercheur dont les travaux semblent influencer la vision d'Emmanuel Macron sur l'immigration? Journaliste américain francophone, il a dirigé la rubrique Afrique de Libération entre 1988 et 2000, puis celle du Monde entre 2000 et 2005. Depuis 2007, il est professeur à l'Université de Duke aux États-Unis où il enseigne les études africaines. Dans La ruée vers l'Europe, il décrit des transferts migratoires massifs qui n'en sont qu'à leurs débuts, et veut «dépassionner» le débat sur l'immigration en défendant plusieurs thèses à rebours des poncifs habituels.
● LA BOMBE DÉMOGRAPHIQUE AFRICAINE
Pour Stephen Smith, nous ne sommes qu'à l'aube des grands mouvements migratoires du XXIe siècle. Il se base sur des prévisions démographiques implacables: en quelques dizaines d'années, l'Afrique a connu une explosion démographique sans précédent. De 150 millions d'habitants dans les années 1930, elle est passée à 1,3 milliard de personnes aujourd'hui.
Et en 2050, Stephen Smith anticipe un nouveau doublement de la population africaine, qui devrait passer à 2,5 milliards de personnes. «Sur un total de 10 milliards d'habitants, 25% seront des Africains», estime-t-il. «Enfin, en 2100, cette proportion aura de nouveau doublé: sur un total mondial d'un peu plus de 11 milliards d'habitants, 40% seront africains ; ils seront, pour l'essentiel, la jeunesse du monde.»
À titre de comparaison, si la population française enregistrait la même progression, «l'Hexagone compterait dans une trentaine d'années plus de 650 millions d'habitants, la moitié de la Chine actuelle».
● C'EST LE RELATIF «DÉCOLLAGE» DE L'AFRIQUE QUI FAVORISE LES MIGRATIONS
À cet égard, Stephen Smith décrit un «misérabilisme aveugle à l'égard de l'Afrique». Le chercheur nuance le raccourci fréquent selon lequel les migrants forment un bloc monolithique de «pauvres» qui «fuient» leur pays. «Ne fuit pas qui veut», souligne-t-il. «Les plus pauvres parmi les pauvres n'ont pas les moyens d'émigrer. ils n'y pensent même pas. Ils sont occupés à joindre les deux bouts, ce qui ne leur laisse guère le loisir de se familiariser avec la marche du monde et, encore moins, d'y participer.»
Pour le chercheur, «deux conditions majeures doivent être réunies pour déclencher la ‘ruée vers l'Europe'».
La première, c'est le franchissement «d'un seuil de prospérité minimale par une masse critique d'Africains». Stephen Smith estime que la somme minimale nécessaire au départ se situe entre 1500 et 2500 euros, «soit une ou plusieurs fois le revenu annuel dans tel ou tel pays subsaharien».
La seconde condition est «l'existence de communautés diasporiques, qui constituent autant de têtes de pont sur l'autre rive de la Méditerranée». La diaspora facilite l'installation, l'orientation du migrant, voire l'obtention de son premier emploi. Stephen Smith cite la communauté somalienne de Minneapolis-Saint-Paul dans le Minnesota, la communauté togolaise d'Eschweiler en Allemagne ou les multiples «China town» aux États-Unis. «Après, c'est une question de point de vue: on peut se féliciter d'une aide communautaire facilitant beaucoup de choses ou, au contraire, déplorer des ‘enclaves étrangères' dans le pays d'accueil, qui en compliquent d'autres», écrit-il.
● L'AIDE AU DÉVELOPPEMENT ALIMENTE LA MIGRATION
C'est l'une des conséquences du point qui vient d'être évoqué: contrairement à ce qui est régulièrement avancé, l'aide au développement ne limite pas l'immigration. Au contraire, elle la favorise, estime Stephen Smith. Selon lui, «les pays riches se tirent une balle dans le pied. En effet, du moins dans un premier temps, ils versent une prime à la migration en aidant des pays pauvres à atteindre le seuil de prospérité à partir duquel leurs habitants disposent des moyens pour partir et s'installer ailleurs. C'est l'aporie du ‘codéveloppement', qui vise à retenir les pauvres chez eux alors qu'il finance leur déracinement», écrit-il dans son ouvrage.
Très critique à l'égard du codéveloppement, il estime que celui-ci n'a pas provoqué de décollage dans les pays qui en bénéficient, contrairement à d'autres pays comme la Chine ou l'Inde, dont le dynamisme économique ne doit rien à ces politiques. «Les cyniques se consoleront à l'idée que l'aide a rarement fait advenir le développement mais, plus souvent, servi de ‘rente géopolitique' à des alliés dans l'arrière-cour mondiale» note-t-il.
● LA «SCÈNE DE L'ÉPREUVE» DES MIGRANTS EN ROUTE POUR L'EUROPE
Depuis les arrivées massives de 2015, «la Méditerranée est devenue la ‘scène de l'épreuve' par excellence, estime Stephen Smith. La traversée du Sahara est très peu couverte en raison des risques que cela ferait courir aux journalistes. Même chose en Libye, où seuls quelques reportages ont pu montrer le sort réservé aux migrants qui n'ont plus de sous: enfermés dans des «maisons à crédit», torturés, affamés, parfois réduits en esclavage. Dans ce contexte, la Méditerranée devient «la focale médiatique d'un ‘jeu de guerre' (Jeremy Harding) entre migrants, trafiquants, la police des frontières et les humanitaires sans frontières», explique Smith.
Décrite comme «un cimetière à ciel ouvert», «la honte de l'Europe» voire le lieu d'un «génocide silencieux», la Méditerranée par laquelle des centaines de milliers de migrants ont rejoint le vieux continent recouvre une réalité plus mesurée, explique Stephen Smith. En 2015, année de la mort du petit Aylan qui avait bouleversé le monde entier, «le risque de périr en traversant la Méditerranée dans une embarcation de fortune était de 0,37%», explique-t-il. «La même année, selon les chiffres de la Banque mondiale, le risque de mourir en couche était de 1,7% pour une femme au Sud Soudan, pire endroit pour mettre un enfant au monde». Soit un risque quatre fois et demi plus grand.
Ces calculs, purement statistiques, ne relativisent en rien le drame de ceux qui perdent la vie pendant la traversée, souligne-t-il. «Mais il faut se rendre à l'évidence: les migrants africains prennent un risque calculé, pour arriver en Europe, semblable aux risques qu'ils prennent habituellement dans la vie qu'ils cherchent à laisser derrière eux», conclut-il.
● L'IMMIGRATION NE COMBLERA PAS LE DÉFICIT D'ACTIFS EN EUROPE
Stephen Smith conteste aussi l'idée selon laquelle l'«exportation» de main-d'oeuvre africaine puisse «codévelopper» la jeune Afrique et le Vieux Continent.
En Europe, la venue de migrants n'enrayera pas le déclin démographique, et ne sauvera pas le système de retraites et de Sécurité sociale fondé sur la solidarité intergénérationnelle. «Certes, les migrants adultes intégreraient la population active et contribueraient, à travers leurs cotisations, à financer le système des retraites, mais, compte tenu de leurs familles qui sont, en moyenne, plus nombreuses, le gain auprès des retraités serait compensé par le coût pour scolariser, former et soigner les enfants», écrit-il.
Parallèlement, Stephen Smith voit aussi les départs des jeunes Africains comme «une perte nette pour l'Afrique». En effet, ce sont généralement les jeunes les plus éduqués et les plus «débrouillards» qui tentent le voyage: «Pour partir, il faut des diplômes, un petit pactole, un esprit qui permette d'échapper à une vision étriquée. Ce sont donc les forces vives qui s'en vont», explique Stephen Smith.
DU PLUS OPTIMISTE AU PLUS NOIR, QUELQUES SCÉNARIOS POSSIBLES:
Avec tous ces éléments en main, Stephen Smith dessine plusieurs scénarios susceptibles d'émerger à l'avenir. Le plus optimiste -le scénario d'une «Eurafrique»- aboutirait à une Europe accueillante, multiculturelle, qui «s'accepterait pleinement comme une terre d'immigration et embrasserait son ‘métissage généralisé'». Mais pour lui, l'«Eurafrique» signifierait surtout la fin de la sécurité sociale en Europe ; En effet, «l'État social ne s'accommode pas de portes ouvertes, d'où l'absence historique d'une sécurité sociale digne de ce nom aux États-Unis, pays modèle d'immigration.»
Un autre scénario serait celui de «l'Europe forteresse». Une bataille généralement considérée comme «perdue d'avance», voire «honteuse», estime-t-il. C'est pourtant celui-ci qui a «ses raisons et ses chances d'aboutir», selon lui. C'est celui des conventions bilatérales signées avec les pays de départ ou les pays de transit, comme la Turquie ou la Libye (par des accords avec les seigneurs de guerre de ce pays sans appareil étatique fonctionnel). «Soudain, l'été 2017, le flot des migrants venus de Libye a aussi brusquement baissé que les 6 milliards d'euros octroyés à la Turquie ont colmaté le flanc sud-est de l'Europe», écrit-il. Mais au regard de l'ampleur des déplacements migratoires à venir, «toute tentative purement sécuritaire est vouée à l'échec», conclut-il.
* La ruée vers l'Europe: La jeune Afrique en route pour le Vieux Continent, fév. 2018, Grasset, 267p.
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