jeudi 26 avril 2018

Des personnalités signent un virulent manifeste "contre le nouvel antisémitisme" en France


La Libre Belgique

Trois cents personnalités signent un manifeste "contre le nouvel antisémitisme" en France marqué par la "radicalisation islamiste", en dénonçant un "silence médiatique" et une "épuration ethnique à bas bruit" dans certains quartiers, dans Le Parisien à paraître dimanche.
"Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu'est l'antisémitisme devienne cause nationale avant qu'il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France", lit-on dans ce texte signé par des personnalités politiques de droite comme de gauche (Nicolas Sarkozy, Laurent Wauquiez, Manuel Valls, Bertrand Delanoë...), des artistes (Charles Aznavour, Gérard Depardieu...), des intellectuels, des responsables religieux juifs, musulmans et catholiques.
"Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d'être assassinés - et certains torturés - parce que Juifs par des islamistes radicaux", écrivent-ils, en référence à l'assassinat d'Ilan Halimi en 2006, la tuerie dans une école juive de Toulouse en 2012, de l'attaque de l'Hyper Cacher en 2015, de la mort par défenestration à Paris de Sarah Halimi en 2017 et, récemment, du meurtre d'une octogénaire dans la capitale, Mireille Knoll.
"Les Français juifs ont 25 fois plus de risques d'être agressés que leurs concitoyens musulmans", lit-on dans ce manifeste.
"Dix pour cent des citoyens juifs d'Ile de France -c'est-à-dire environ 50.000 personnes- ont récemment été contraints de déménager parce qu'ils n'étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l'école de la République. Il s'agit d'une épuration ethnique à bas bruit au pays d'Emile Zola et de Clemenceau", accusent les signataires.
"L'alibi" de l'antisionisme
La "terreur" d'un antisémitisme meurtrier "se répand provocant à la fois la condamnation populaire et un silence médiatique que la récente marche blanche a contribué à rompre", estiment-ils.
Le manifeste relève que "la radicalisation islamiste - et l'antisémitisme qu'elle véhicule - est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l'expression d'une révolte sociale (...)".
En outre, "au vieil antisémitisme de l'extrême droite s'ajoute l'antisémitisme d'une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l'antisionisme l'alibi pour transformer les bourreaux des juifs en victimes de la société", assène le texte.
"La bassesse électorale calcule que le vote musulman est dix fois supérieur au vote juif", accusent les signataires.
Ciblant principalement ce "nouvel antisémitisme" qui sévit dans les quartiers populaires sous l'effet d'un islam identitaire voire radical, les signataires demandant "que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés de caducité par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l'antisémitisme catholique aboli par (le concile) Vatican II, afin qu'aucun croyant ne puisse s'appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime".
Les actes antisémites ont été pointés en repli en 2017 (-7%) pour la troisième année consécutive, selon les données du ministère de l'Intérieur. Mais cette baisse globale masque l'augmentation des faits les plus graves (+26% des violences, incendies, dégradations, tentatives d'homicide...). La communauté juive, qui représente environ 0,7% de la population, est la cible d'un tiers des faits de haine recensés.
Dans son dernier rapport, la Commission nationale consultative des droits de l'Homme (CNCDH) notait une "persistance des préjugés antisémites traditionnels liant les juifs à l'argent, au pouvoir et leur reprochant leur communautarisme".
Face à cette situation, le gouvernement a présenté en mars un deuxième plan (2018-2020) contre le racisme et l'antisémitisme, en promettant une lutte implacable contre les "torrents de boue" qui se déversent sur internet.
La publication de ce manifeste accompagne la sortie mercredi prochain d'un ouvrage collectif, "Le nouvel antisémitisme en France" (Albin Michel), rassemblant les contributions d'une quinzaine de personnalités dont le philosophe Pascal Bruckner, l'ancien ministre Luc Ferry et l'ex-directeur de Charlie Hebdo Philippe Val


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
MONTÉE DES PÉRILS?
« L’URGENCE N’EST PAS D’EXPURGER LE CORAN MAIS D’EN FAIRE UNE LECTURE CRITIQUE » RACHID BENZINE 

Sommes nous en train de revivre une nouvelle montée des périls? "On aimerait l’oublier, la laisser tomber, la dédaigner. Mais elle revient toujours, avec une régularité de métronome. La France n’en a pas fini avec l’antisémitisme".
Pour le président de la Licra, Alain Jakubowicz, "la 'dieudonnisation' des esprits qui gagne dans les banlieues n'est pas moins dangereuse que la lepénisation dont elle est le complément d'objet direct".
Depuis dix ans, le nombre d'enfants quittant l'école publique pour des écoles juives ne cesse d'augmenter. Ils sont 30.000 aujourd'hui  en France sur une communauté globale estimée à 600.000 juifs), repliés derrière les murs protégés de ces établissements. "Les gens se demandent s'ils doivent rester", assure Sammy Ghozlan, responsable du Bureau national de Vigilance contre l'Antisémitisme. Des jeunes s'inventent un avenir ailleurs, aux Etats-Unis, les plus anciens se disent qu'ils pourraient aller vivre en Israël.
Les signataires du  Manifeste «contre le nouvel antisémitisme» demandent que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémite catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime.
Ils  attendent de l’islam de France qu’il ouvre la voie et demandent que "la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France."
Encore faudrait-il mettre les points sur les "i" et préciser exactement de quels versets il est question et vérifier s'il ne sont pas contredits par d'autres versets qui prônent au contraire la clémence, la bienveillance entre tous les défenseurs du monothéisme.
"Il existe une lecture de mauvaise foi, intégriste, radicale du Coran. C’est celle que pratiquent les islamistes radicaux dénoncés par les signataires du « Manifeste », lesquels font eux-mêmes une lecture radicale et de mauvaise foi du texte fondateur de l’islam. Une lecture basée sur de faux versets coraniques ou de versets isolés de leur contexte. Ils se gardent bien de citer « leurs sources » ! (Ali Daddy)
Dans une tribune publiée mardi 24 avril par Le Monde, une trentaine d’imams dénoncent la prolifération de « lectures et de pratiques subversives de l’islam ». ils s’engagent aussi à participer – aux côtés des autres institutions – à la prévention de la radicalisation.
« Depuis plus de deux décennies, des lectures et des pratiques subversives de l’islam sévissent dans la communauté musulmane, générant une anarchie religieuse, gangrenant toute la société ». « Une situation cancéreuse à laquelle certains imams malheureusement ont contribué, souvent inconsciemment, écrivent-ils. Beaucoup d’imams ne réalisent pas encore les dégâts que pourraient provoquer leurs discours ».
Aux imams, les signataires demandent donc de résister à « la confusion des genres ». « L’islam est d’abord une aspiration spirituelle (…) et non une idéologie identitariste et politique », rappellent-ils, appelant les responsables religieux « à dispenser un discours d’apaisement ».
Ils appellent également « les imams éclairés à s’investir et à s’engager dans le virtuel, et prodiguer un contre-discours » contre l’extrémisme.
« L’urgence n’est pas d’expurger le Coran mais d’en faire une lecture critique » (Rachid Benzine). Voilà qui est de nature à clarifier les choses. Reste à savoir dans quelle mesure ses trente imams "éclairés" sont représentatifs ou non de la communauté musulmane de France et ajoutons de Belgique.
MG

S’IL Y A UN SEUL VERSET DU CORAN APPELANT À TUER DES JUIFS OU DES CHRÉTIENS, JE VEUX BIEN CHANGER DE RELIGION !

« En conséquence, nous demandons que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémite catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime. »
Voilà ce que l’on peut lire dans le « Manifeste contre le nouvel antisémitisme » publié par Le Parisien du samedi 21 avril dernier.
« Je n'ai rien contre l'idée de faire de la lutte contre l'antisémitisme l'une de nos grandes causes nationales, bien au contraire. Je crains hélas que le texte paru ce jour ne soit au mieux inutile. Il y aurait certainement beaucoup à en dire. Je voudrais seulement attirer l'attention sur la naïveté (pour ne pas dire autre chose) qui me paraît caractériser son avant-dernier paragraphe » déclare à ce sujet Jean-Christophe Attias[1].
Outre la fausse naïveté, il y a surtout la vraie, la dure, l’épaisse ignorance crasse – radicale –, dirais-je, non seulement de l’esprit mais aussi bien de la lettre du Coran ; sans parler du manque de respect pour des millions de musulmans ! Soyons clair dès le départ, lutter contre l’antisémitisme est une chose, une bonne chose, dire que le Coran appelle au meurtre de qui que ce soit est un mensonge !
On prend une fois de plus le Coran en otage, et le fait que cela soit un grand nombre de « personnalités » ou plutôt de « célébrités » qui le fassent ne change rien à l’affaire. Il est étonnant qu’un Depardieu, acteur génial s’il en est, se retrouve parmi les signataires, lui qui prétend avoir été musulman dans sa jeunesse : il devait être probablement bourré quand il lisait le Coran !
C’est fatiguant à la fin de toujours devoir remettre les points sur les "i" ! Mais ce n’est pas parce que cela devient une habitude qu’il faut laisser passer ce genre de manipulation. Après Laurent Wauquiez, Nathalie Kosciusko-Morizet, Éric Zemmour, Alain Finkielkraut, Michel Onfray, Leila Slimani et déjà bien avant tous ceux-là Geert Wilders, voilà que c’est au tour de 300 « signataires », d’aller au charbon pour salir ou plutôt trahir un texte — du moins le croient-ils —, qu’ils n’ont d’ailleurs très certainement jamais lu pour la plupart d’entre eux et qui pourtant n’a jamais rien demandé à personne.
Le seul objectif du Coran est de « guider à la voie de rectitude » (I, 6) ceux et uniquement ceux « qui veulent se prémunir » (II, 2). Alors pourquoi tant de haine ?
À propos de ce genre de « Manifeste » qui, je le concède, peut être à la base de bonne foi, il convient de faire plusieurs remarques.
Un texte universel
Premièrement, le Coran n’appartient pas à une communauté particulière mais fait partie du patrimoine culturel de toute l’Humanité. Tout le monde peut le lire, comme l’y invite son étymologie[2], le critiquer, le chérir ou le haïr, mais pas le dénaturer.
Un texte surmédiatisé
Deuxièmement, le Coran est bien malgré lui invité quotidiennement dans le débat public, alors même que ceux qui en parlent le plus ne l’ont bien souvent jamais lu et ne s’y intéressent même pas en réalité.
Une réalité sociologique
Troisièmement, plusieurs millions de citoyens musulmans, qui ont le Coran pour texte fondateur, vivent dans les différents pays de l’Union européenne, (dont une grande partie en France) et que personne de responsable ne peut ignorer cette réalité.
Une réalité historique
Quatrièmement, parce que l’islam fait quasiment partie des meubles en Europe et ce, depuis plusieurs siècles déjà car les deux civilisations, gréco-romaine et islamique, sont très voisines et ont pratiqué beaucoup d'échanges au cours de l'Histoire, dont l’histoire coloniale et les croisades.
Une lecture de mauvaise foi
Cinquièmement, il existe une lecture de mauvaise foi, intégriste, radicale du Coran. C’est celle que pratiquent les islamistes radicaux dénoncés par les signataires du « Manifeste », lesquels font eux-mêmes une lecture radicale et de mauvaise foi du texte fondateur de l’islam. Une lecture basée sur de faux versets coraniques ou de versets isolés de leur contexte. Ils se gardent bien de citer « leurs sources » !
La boîte de Pandore
Sixièmement, lorsque l’on cite le Coran, texte que pratiquement personne ne lit et ne comprend, il faut impérativement citer les références des passages concernés ! Sinon, ce n’est plus un livre que l’on ouvre mais la boîte de Pandore. Lors d’une conférence que j’ai donnée à l’Université libre de Bruxelles il y a quelques années, une sociologue de ladite université m’a lancé au visage : « Dans votre Coran, il y a écrit : "Battez vos femmes tous les jours. Si vous ne savez pas pourquoi, elles le savent" » ! « Dans votre Coran peut-être », lui ai-je répondu « mais certainement pas dans le mien sinon je veux bien me convertir en pataphysicien » !
Une langue morte
Ensuite, il faut comprendre l’arabe coranique, c’est-à-dire la langue parlée à La Mecque au 7ème siècle. Autant dire une langue morte car l’arabe moderne n’a presque rien à voir avec l’arabe coranique. Pour faire un parallèle avec le français, cette langue n’existait même pas lorsque le Coran fut révélé et fixé par écrit. Le français classique date du 16ème siècle et ne devient le français moderne qu’au 18ème siècle.
Lisez Jacques Berque !
Par conséquent, je conseille à nos signataires de lire la traduction du Coran de Jacques Berque[3]. Pourquoi Jacques Berque et non un autre traducteur ? Tout d’abord parce que le talent ne s'improvise pas et que et la qualité mérite toujours d'être mise à l'honneur quel que soit le domaine envisagé. Ensuite parce que son ouvrage modestement qualifié d’Essai de traduction du Coran lui aura pris plus d’une une vingtaine d'années d'une vie pourtant déjà bien remplie.
Jacques Berque n’est pas « antisémite » !
Lorsque l’on connaît la grande rigueur ainsi que l’honnêteté intellectuelle sans faille du professeur Jacques Berque, on admet sans peine qu’il n’aurait certainement pas consacré plus de 20 ans de sa vie à traduire un texte « antisémite et viscéralement violent » comme le prétendent certains ! Sans parler del’injure ainsi faite aux milliards d’êtres humains, dont je fais partie, qui depuis plus de 14 siècles, font de ce livre, la base même de leur inspiration et de leur foi.
Il existe de fausses traductions du Coran
Je suis le premier à reconnaître que la qualité est loin d’être la norme en matière de traduction du Coran. Il y a pléthore d’ouvrages à disposition qui sont autant d’injures à la raison ! Il y a même de fausses traductions comme celle éditée par Flammarion[4]. Le travail de Jacques Berque n’en est que plus précieux.
Par ailleurs, si le Coran mérite bien le raffinement de la langue française, il a été admirablement servi en la matière par Jacques Berque qui pousse ce raffinement jusqu'à proposer plusieurs néologismes, lesquels se sont imposés tant ils étaient adéquats. Mieux encore, ils ont contribué à éclairer d’un jour nouveau l’univers sémantique du Coran !
En plus du courage de compulser une partie – 161 volumes tout de même, plus de 20.000 pages ! –, de l'œuvre monumentale de l'exégèse coranique traditionnelle l'auteur fait preuve d'une grande rigueur teintée d'une géniale intuition dans ses commentaires et ses choix grammaticaux. 
L’ouvrage se termine par une double étude exégétique : classique tout d'abord, plus moderne ensuite, ce qui permet à l’auteur de donner libre cours à son talent afin de servir une parole coranique « qui postule des approches à la fois plus hardies et mieux argumentées ». Un véritable ouvrage de référence donc, à mettre entre toutes les mains et à consommer sans modération.
Je porte à l’attention du lecteur, qu’en 2008 déjà, les autorités néerlandaises avaient pris l’initiative d’offrir à tous leurs fonctionnaires un exemplaire de la traduction du Coran en néerlandais par Kader Abdollah. Initiative qui demeure des plus intéressantes, même si j’ai pu me rendre compte en la lisant, que cette traduction est bien loin d’égaler celle de Jacques Berque.
Lecture structuraliste
Ceci étant dit, le Coran reste un texte très difficile dont la nature propre exige une lecture particulière – structuraliste – celle-là même recommandée parJacques Berque.
Pour ce qui concerne les problèmes plus généraux liés à la tâche de traduction elle-même, ils sont bien entendu considérables mais ils ont été admirablement gérés par le professeur Jacques Berque. On peut même affirmer qu’il innove magistralement en la matière.
Dans ma jeunesse, j’ai appris le Coran dans sa version arabe originelle et j’ai depuis eu l’occasion de lire bon nombre de ses traductions. C’est pourtant la contribution de Jacques Berque, ami de l’islam mais non musulman lui-même, qui m’a véritablement fait découvrir à la fois la force, l’originalité, la hardiesse et l’universalité du texte fondateur de l’islam.
En conclusion, lutter contre l’antisémitisme : oui !
Dénaturer le Coran ?
« Il en est parmi eux un parti qui se tord la langue sur l’Écriture, pour vous faire croire que c’est de l’Écriture alors que ce n’en est pas, et qui disent que cela vient de Dieu alors que cela ne vient pas de Lui ; ils profèrent sur Dieu le mensonge, et ils le savent. » (Coran, III, 78)

Ali Daddy

[1] Jean-Christophe Attias est un historien et philosophe français du judaïsme, directeur d’études à l’École pratique des hautes études, titulaire de la chaire « Pensée juive médiévale ».
[2] Qur’an signifie « Lecture » en arabe.
[3] Essai de traduction du Coran, Albin Michel, collection Spiritualités vivantes, 194.
[4]Garnier-Flammarion (GF 237).


DES IMAMS S’ENGAGENT À PRÉVENIR « TOUTES FORMES D’EXTRÉMISME POUVANT CONDUIRE AU TERRORISME »

Anne-Bénédicte Hoffner , La Croix

Une trentaine d’imams dénoncent la prolifération de « lectures et de pratiques subversives de l’islam ». Dans une tribune publiée mardi 24 avril par Le Monde, ils s’engagent aussi à participer – aux côtés des autres institutions – à la prévention de la radicalisation.

Tareq Oubrou, recteur de la mosquée de Bordeaux en 2015. / Bonnaud Guillaume / Sud Ouest
« Si nous avons décidé de prendre la parole, c’est parce que la situation, pour nous, devient de plus en plus intenable ; et parce que tout silence de notre part serait désormais complice et donc coupable. »
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Dans une tribune publiée mardi 24 avril par Le Monde, une trentaine d’imams emmenés par Tareq Oubrou, celui de la Grande Mosquée de Bordeaux, ont choisi de prendre la parole pour dénoncer l’antisémitisme et le terrorisme, et s’engager à prendre leur part dans la mobilisation contre le fanatisme religieux.
ALLIAGE ENTRE CRIMINALITÉ ET RELIGION
« Notre indignation est aussi religieuse en tant qu’imams et théologiens qui voyons l’islam tomber dans les mains d’une jeunesse ignorante, perturbée et désœuvrée. Une jeunesse naïve, proie facile pour des idéologues qui exploitent son désarroi », écrivent-ils. À leurs yeux, le « phénomène Daech » a révélé « un étrange alliage entre la criminalité et la religion ».
« Daech n’était au fond qu’un alibi qui nous a révélé une réalité latente que nous soupçonnions », écrivent ces imams membres, pour certains, de la fédération Musulmans de France (ex-Union des organisations islamiques de France, branche française des Frères musulmans) et, pour d’autres, du Conseil théologique musulman de France, qui lui est lié.
Ils reconnaissent aussi que « depuis plus de deux décennies, des lectures et des pratiques subversives de l’islam sévissent dans la communauté musulmane, générant une anarchie religieuse, gangrenant toute la société ». « Une situation cancéreuse à laquelle certains imams malheureusement ont contribué, souvent inconsciemment, écrivent-ils. Beaucoup d’imams ne réalisent pas encore les dégâts que pourraient provoquer leurs discours ».
CONFUSION DES GENRES
Aux imams, les signataires demandent donc de résister à « la confusion des genres ». « L’islam est d’abord une aspiration spirituelle (…) et non une idéologie identitariste et politique », rappellent-ils, appelant les responsables religieux « à dispenser un discours d’apaisement ».
Ils appellent également « les imams éclairés à s’investir et à s’engager dans le virtuel, et prodiguer un contre-discours » contre l’extrémisme.
FAIRE PREUVE DE DISCERNEMENT
Au lendemain de la publication d’une autre tribune, dans Le Parisien cette fois, dénonçant « un nouvel antisémitisme » alimenté notamment par des versets du Coran, les signataires demandent également, notamment « aux intellectuels et politiques », de « faire preuve de plus de discernement », inquiets d’en voir certains « incriminer toute une religion » et avancer « que c’est le Coran lui-même qui appelle au meurtre ».
« Cette idée funeste est d’une violence inouïe. Elle laisserait entendre que le musulman ne peut être pacifique que s’il s’éloigne de sa religion », s’insurgent-ils.
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Rachid Benzine : « L’urgence n’est pas d’expurger le Coran mais d’en faire une lecture critique »
La « radicalisation » actuelle « doit être combattue intelligemment par tous les concernés, des politiques aux imams en passant par la famille, l’école, le sécuritaire… Que chacun assume sa part de responsabilité », concluent-ils.
Les imams « seuls ne peuvent donner la solution ». Mais ils peuvent en revanche mettre leurs « compétences » au service de leur pays « pour aider les pouvoirs publics et parer à tout danger terroriste qui sommeille encore dans certains esprits malades », notamment « lorsque les arguments avancés par ces jeunes sont d’ordre religieux ».
UNE TRIBUNE EN PRÉPARATION DEPUIS DEUX À TROIS SEMAINES
« Cet appel était en préparation depuis au moins deux ou trois semaines par Tareq Oubrou », note Mohamed Bajrafil, imam à Ivry-sur-Seine, spécialiste de droit musulman, et signataires du texte. « Il n’a rien à voir avec celui publié il y a deux jours sur l’antisémitisme, mais finalement, il n’aurait pas pu mieux tomber ». Plus qu’un programme d’action ou une méthodologie d’interprétation du Coran, l’idée est venue « d’un ras-le-bol, d’une envie d’exprimer notre solidarité à nos concitoyens ».
Auteur lui-même d’un livre en forme d’interpellation – Réveillons-nous ! Lettre ouverte à un jeune musulman (Plein Jour, 2018) – le jeune imam est plus que conscient de la nécessité d’une relecture de la tradition musulmane. « On n’a plus le choix, elle s’impose à nous. Oui, bien entendu, certaines prescriptions issues de la tradition doivent être reconnues caduques. Moi-même, je reste très classique dans mon approche, mais il y a moyen de faire du nouveau avec de l’ancien ! »
Anne-Bénédicte Hoffner

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