jeudi 12 avril 2018

Inventer une mobilité 2.0 à Bruxelles


Gilles Van Den Burre in Le Vif

La mobilité, voire l'immobilité, est certainement l'un des problèmes les plus criants, et visibles, de la gestion publique à Bruxelles. Pas un seul habitant, un seul navetteur ou un seul touriste de passage ne peut échapper à ce fléau quotidien des embouteillages qui paralysent notre capitale.

Avec toutes les conséquences néfastes que ceux-ci engendrent sur notre santé (pollution, qualité de l'air dégradée, bruit, stress ou agressivité) et sur notre qualité de vie. L'économie n'est, par ailleurs, pas épargnée puisque le coût des embouteillages à Bruxelles a été évalué à 100 millions d'euros par an selon une étude du cabinet du Ministre fédéral de l'Economie, Kris Peeters. Nous sortirions donc tous gagnants de la mise en place de solutions structurelles visant à augmenter drastiquement l'offre de transports publics, de véhicules partagés et d'espaces pour les piétons et cyclistes. En somme, une véritable transition écologique et numérique de la mobilité.
Mais au lieu de ça, les débats politiques récents se sont concentrés autour de deux sujets : les tunnels et le plan Taxi. Or, ils cachent des enjeux beaucoup plus fondamentaux. A propos de ces fameux tunnels, les discussions ont surtout concerné la manière et les moyens financiers pour les remettre à neuf (ou presque). Résultat : prolongation de ces lourdes infrastructures héritées de la société du "tout à la bagnole" des années '60 et '70. Autrement dit : absence de vision et de choix, conduisant in fine à un gaspillage de moyens et à un verrouillage du changement politique nécessaire. Quant au plan Taxi, il cristallise l'opposition frontale entre Uber et les compagnies de taxi traditionnelles. De ce duel à couteaux tirés, et probablement stérile, il semble évident qu'aucune vision claire des défis dignes d'une mobilité du 21e siècle ne pourra émerger. En effet, entre une multinationale californienne qui souhaite maximiser son profit à court terme, avant de le rapatrier, tout en poussant ses chauffeurs à travailler sans couverture sociale, et une corporation qui est restée en retrait, depuis des décennies, des innovations technologiques et des nouveaux besoins de nos concitoyens, il est compliqué d'entrevoir un futur désirable pour la mobilité et les déplacements collectifs à Bruxelles. Il est pourtant de notre devoir de responsable politique de l'imaginer, avec ambition et créativité, en s'inspirant des expériences positives à l'étranger.
La "mobilité rêvée" de demain, consiste, par exemple, en la création d'une application web publique, reliée à une flotte de véhicules partagés (style "Cambio"), et conduite par des travailleurs employés et correctement rémunérés. Concrètement, on pourrait imaginer une structure coopérative, avec la Région comme actionnaire majoritaire ou de référence, qui serait propriétaire de l'application, des "véhicules partagés 2.0" et qui emploierait l'ensemble des chauffeurs. Les citoyens utilisateurs du service et les travailleurs auraient la possibilité de devenir eux-mêmes coopérateurs, ce qui garantirait une redistribution juste, et ancrée localement, des bénéfices de l'entreprise. En d'autres termes, l'idée est de créer un concurrent direct, crédible et efficace à la technologie Uber, sous forme de coopérative, avec des capitaux publics, un algorithme transparent et accessible publiquement, ainsi que des travailleurs-coopérateurs qui pourraient bénéficier des profits générés.
Dans un deuxième temps, on pourrait imaginer d'autres flottes de véhicules (voitures, vélos, scooters,... toujours à partager), provenant de différentes entreprises, qui viendraient s'ajouter à l'offre de cette application coopérative. Enfin, cerise sur le gâteau, l'ensemble des entités publiques (administrations communales, régionales et fédérales) pourrait mettre leurs véhicules propres sur cette plateforme, afin que les citoyens puissent les utiliser (avec chauffeurs ou pas) durant les tranches horaires où ils ne circulent pas (le soir ou les week-ends).
Utopie me direz-vous ? Pas vraiment : d'autres villes se lancent déjà dans ce type de projet. Amsterdam, par exemple, travaille sur un projet-pilote, impliquant le partage de ses propres ressources: parc informatique, parc de véhicules, bureaux, ou encore flotte maritime. La ville a en outre déjà mis en partage une partie de sa propre flotte de véhicules. Chez nous, les communes de Schaerbeek et d'Ottignies-Louvain-la-Neuve ont conclu un partenariat avec une entreprise de voitures partagées afin d'y inclure leur flotte communale. Séoul ou San Francisco ont également déjà mis sur pied des initiatives de partage et d'applications numériques propres afin de se réapproprier les moyens technologiques en vue d'améliorer la qualité de service à leurs habitants sans se retrouver coincées entre les mains des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon).
Aucune raison ne nous empêche de développer une vision moderne, efficace et durable de la mobilité à Bruxelles. Au contraire, il serait irresponsable de ne pas le faire à l'heure où les technologies se développent plus vite que jamais, où les géants de l'internet risquent de rafler la totalité de la mise, et où les voitures autonomes sont déjà à nos portes. Des réponses fortes et ambitieuses sont indispensables et nous avons donc besoin de politiques qui prennent leurs responsabilités !
Carte Blanche

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
"UNE ASSOCIATION ENTRE SOCIALISTES ET LIBÉRAUX NE SERAIT PAS À EXCLURE"
MAIS POUR FAIRE QUOI? "IL SEMBLE ÉVIDENT QU'AUCUNE VISION CLAIRE DES DÉFIS DIGNES D'UNE MOBILITÉ DU 21E SIÈCLE NE POURRA ÉMERGER"

Pascal Smet est un ministre heureux, quelles que soient le initiatives saugrenues qu'il s'avise de  prendre, jamais il n'est poussé à la démission par son gouvernement. Le formidable chaos provoqué par la grève des taximen induite par son souci de protéger Uber en est la dernière illustration.  Et on ne parle pas de sa gestion calamiteuse du réseau des tunnels et viaducs de la région Bruxelles capitale.
Il est vrai qu'on ne se bouscule pas pour prendre son poste ministériel , sans doute le plus inconfortable de les ministères belges, fédéral et régional confondus. Cinq mois avant les élections communales, on aimerait qu'au moins un mandataire politique sorte du bois avec des propositions originales et audacieuses susceptibles d'envisager un début de solution à ce qui provoque indéniablement l'agonie de la Région Bruxelles capitale et menace à moyen terme de lui faire perdre son statut de capitale de l'Europe. Si cela devait se produire,  la paupérisation de Bruxelles s'accélérerait de manière irréversible et rapide.  Mais non, personne ne s'y risque et on nous annonce sans rire qu'une association entre socialistes et libéraux ne serait pas à exclure. "Libéraux et socialistes ont rétabli de bonnes relations humaines et se revoient régulièrement. " J'ai toujours pensé que dans l'intérêt des Bruxellois, les hommes et les femmes de tous les partis démocratiques devaient pouvoir se parler", souligne la LiégeoiseLaurette Onkelinx qui erncontrerait régulièrement, dans l'intérêt de Bruxelles et des Bruxellois le Liégeois de Bruxelles Didier Reynders. Sowhat!   Certains espèrent une grande alliance en 2019 pour affronter les défis de la Wallonie et de Bruxelles. Il reste une opposition forte, mais les lignes bougent" (Le vif) Mais pour faire quoi, au juste? 
MG 


UN POSSIBLE MARIAGE MR-PS POUR 2019 ? 

Olivier MoutonJournaliste politique au Vif/L'Express 

Libéraux et socialistes ont rétabli de bonnes relations humaines et se revoient régulièrement. Certains espèrent une grande alliance en 2019 pour affronter les défis de la Wallonie et de Bruxelles. Il reste une opposition forte, mais les lignes bougent. Les ténors s'expliquent au Vif/L'Express.

Les sourires sont crispés lors de la passation de pouvoir au Seize entre Elio Di Rupo et Charles Michel, en octobre 2014. Trois ans et demi après, l'ancien et le nouveau se reparlent de façon plus sereine.

L'indice est lancé incidemment, en marge d'une interview sur un tout autre sujet. Soudain, ce ministre libéral francophone s'épanche : " L'idéal pour moi, après les élections de 2019, serait une coalition entre le MR et le PS. Pour se donner les moyens d'affronter les enjeux qui nous attendent sur le plan budgétaire et socio-économique. Et avec Ecolo en plus, pour apporter une touche de fraîcheur. " Le propos se répand officieusement, depuis quelques semaines, dans les coulisses du parlement de Wallonie. Où il suscite à la fois de l'incrédulité et de la curiosité.
Ce scénario réveille des aspirations similaires formulées, tant au MR qu'au PS, surtout à Liège et à Namur mais moins à Charleroi, avant les précédentes régionales et législatives de 2014 : il est urgent d'unir toutes les forces vives francophones, car l'heure est grave. On sait comment le vent a tourné après le scrutin : le mariage précipité entre le PS et le CDH en Wallonie et à Bruxelles, après des approches avortées entre libéraux et humanistes, le refus des mêmes humanistes de dépérir au sein d'une tripartite francophone à tous les niveaux de pouvoir, puis la folle aventure de Charles Michel, qui prend le risque de diriger un gouvernement fédéral avec trois partis flamands, dont la N-VA. Autant d'événements et manoeuvres qui ont durablement fracturé le camp francophone.
L'idée d'une grande coalition MR-PS élargie, sorte d'union sacrée francophone, peut paraître anachronique, à l'heure où le MR se gargarise de tout ce qu'il peut réaliser à la tête de ses majorités sans socialistes, fédérale et wallonne. Le PS, lui, radicalise son discours pour tenter de retrouver la confiance de citoyens outrés par les scandales et récupérer les parts de marché perdues au profit du PTB et d'Ecolo, en canonnant " le gouvernement MR/N-VA ". Pour autant, alors que la nervosité croît en vue des joutes de 2018 (communales) et de 2019 (législatives, régionales et européennes), les derniers sondages du printemps illustrent à quel point l'hypothèse d'une aventure bleue-rouge n'est pas si folle. Le MR et le PS perdent des plumes, mais les socialistes redressent la tête après leur chute libre de l'après-Publifin. Les deux forces structurent un paysage politique plus éclaté que jamais et se disputent férocement la première place du podium tant en Wallonie qu'à Bruxelles. Ecolo, dans l'état actuel des choses, est le grand vainqueur. Le PTB se tasse quelque peu, le CDH reste faible même s'il fait mine de survivre et DéFI progresse, tout en restant un cran au- dessous au sud du pays. Alors, MR-PS-Ecolo, pourquoi pas, finalement ?
Les ténors des deux partis que Le Vif/L'Express a longuement interrogés ne ferment pas la porte au mariage MR-PS après 2019, même s'ils jugent l'idée forcément prématurée. Tous confirment que leurs relations se sont normalisées, laissent entendre que les plaies de 2014 sont cicatrisées et évoquent même des échanges plus constructifs, par-delà les vociférations médiatiques. Ce qui sépare les deux partis reste bien sûr plus important que ce qui les unit, dans un contexte politique de polarisation exacerbée. Le MR avoue toujours privilégier la poursuite de coalitions de droites et le PS espère la mise en place de majorités progressistes et alternatives. Ce n'est pas encore l'amour fou, mais plusieurs dossiers stratégiques pourraient rapprocher les deux premiers partis francophones, en plus de l'arithmétique et de la volonté de stabiliser les institutions francophones.

Vincent De Wolf, chef de file MR au parlement bruxellois, snobe le ministre-président PS, Rudi Vervoort. Dans la capitale, les tensions entre les deux partis sont plus fortes.
DES RELATIONS NORMALISÉES
Sur fond de lutte pour le leadership francophone, la dégradation des relations entre socialistes et libéraux s'est jouée en trois temps, autour de la " mère de toutes les élections ", en 2014. Un : la campagne électorale, virulente, emmène les poids lourds des deux formations, Charles Michel (MR) et Paul Magnette (PS), à se regarder en chiens de faïence et à multiplier les attaques personnelles. Deux : juste après le scrutin, la mise en place de coalitions asymétriques du côté francophone provoque des rancoeurs inédites sur fond d'accusations de mensonges et de trahisons. En remettant à Michel les clés du 16, rue de la Loi, le Premier ministre sortant, Elio Di Rupo (PS), exprime une profonde amertume, persuadé que le MR mène le pays au bord du gouffre. Trois : dès ce moment, les règlements de compte s'enchaînent. Les différentes majorités peinent à travailler ensemble.
La " réconciliation " se fait, elle aussi, en trois temps. Un : fin avril 2015, deux " sages ", Louis Michel (MR) et Jean- Pascal Labille (PS), lancent un appel au calme. " Rien n'est cassé définitivement, dit le premier. C'est inscrit dans les astres que libéraux et socialistes seront amenés à retravailler ensemble. " Deux : quelques mois plus tard, c'est le chef de file bruxellois du MR, Didier Reynders, toujours meurtri par ses déboires face au clan Michel, qui se promet de renouer le dialogue avec les socialistes. Dans les déclarations médiatiques des uns et des autres, les liens restent à couteaux tirés. Mais on ne hurle plus autant au Parlement. Trois : paradoxalement, la " trahison " du CDH Benoît Lutgen, qui lâche le PS sans crier gare, en juin 2017, est le chaînon qui manquait pour... rapprocher libéraux et socialistes. Le MR se marie en jubilant avec le CDH à Namur, mais plusieurs de ses membres expriment des réserves au sujet de la volte-face humaniste.
J'accorde beaucoup de prix à des relations humaines de qualité " Elio Di Rupo
Aujourd'hui, donc, libéraux et socialistes se reparlent. " J'ai de bons contacts personnels avec mon homologue Olivier Chastel, souligne Elio Di Rupo. Il n'y a aucun ministre libéral avec lequel j'ai des tensions personnelles. Chaque fois que j'ai eu à discuter avec le Premier ministre, nous l'avons fait avec franchise. Chaque jeudi, nous sommes ensemble à la Chambre et les séances traînent au-delà du raisonnable, nous avons le temps de parler. J'accorde beaucoup de prix à des relations humaines de qualité, de respect et de confiance avec tous les partis démocratiques. C'est important de ne jamais mentir, de ne jamais jouer au roublard, parce qu'on le paie tôt ou tard. " " J'ai une excellente relation humaine avec Elio Di Rupo, acquiesce Olivier Chastel, j'ai la chance de lui parler souvent à la Chambre, sans agressivité, de politique générale voire, d'enjeux francophones. "
Didier Reynders (MR) et Laurette Onkelinx (PS), Liégeois de coeur et Bruxellois d'adoption, ont lancé un " lobby " pour défendre les intérêts de la capitale par-delà leurs divergences. Ils se voient régulièrement.
DANS L'INTÉRÊT DES BRUXELLOIS
Dans un entretien au Soir, fin février dernier, Didier Reynders, chef de file MR à Bruxelles et candidat ministre-président régional après 2019, ouvrait la porte à la N-VA pour un futur gouvernement bruxellois. Sans pour autant exclure le PS : " De la lutte des classes, il est passé depuis longtemps à la lutte des places. " Outre Bart De Wever, il affirmait avoir vu récemment Elio Di Rupo et Laurette Onkelinx, présidente de la Fédération bruxelloise du PS. Réplique de cette dernière, dans les colonnes du même quotidien : " Ce n'est pas étonnant de l'entendre dire qu'il est candidat à la ministre- présidence, car Didier Reynders est un éternel candidat [...]. Je dirais qu'il est sa propre ambition. " Ou encore : " Il faut pouvoir dire que si le MR était une plus-value pour Bruxelles, ça se saurait... " Ambiance.
Au Vif/L'Express, Laurette Onkelinx ne retire aucun de ses propos. Mais elle raconte aussi pourquoi PS et MR se retrouvent régulièrement au sein d'un " lobby " probruxellois qui regroupe des représentants de tous les partis démocratiques de la capitale, pour oeuvrer en faveur des intérêts stratégiques de la ville et lutter contre le " Brussels bashing ". Autour de la table, pour le PS : elle-même et Rudi Vervoort, le ministre-président régional. Pour le MR, Didier Reynders et Vincent De Wolf, chef de groupe au parlement bruxellois, dans l'opposition.
" J'ai toujours pensé que dans l'intérêt des Bruxellois, les hommes et les femmes de tous les partis démocratiques devaient pouvoir se parler, souligne Laurette Onkelinx. Et, malgré les différences, soutenir ensemble des projets. Nous avons décidé dernièrement tous ensemble - c'est un collectif, un peu à l'image d'E-change, le tout récent nouveau mouvement politique -, de transformer la caserne d'Etterbeek-Ixelles en kots d'étudiants. L'idée était née avec l'ULB, mais nous avons fait en sorte que ce projet soit accepté et soutenu à tous les niveaux de pouvoir, pour dépasser les contingences de partis et les majorités différentes. On a aussi accompli un travail pour prendre le pouls de le Région. Par l'intermédiaire du lobby, un contrat a été passé avec la Fondation Roi Baudouin pour lancer BruVoices, qui demande aux Bruxellois ce que leur ville représente pour eux. Il ressort déjà que trois quarts de la population de la capitale est très fière de son identité culturelle plurielle. On est loin de ce que raconte la N-VA. "
Le parti nationaliste flamand et le PTB, qui n'ont pas de Bruxellois dans des exécutifs, sont les deux seuls qui ne font pas partie de ce lobby.
Les ministres-présidents wallon, Willy Borsus (MR), et de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Rudy Demotte PS) : les majorités asymétriques ont posé trop de problèmes durant cette législature. © Christophe Licoppe/photo news
DES CONSIDÉRATIONS STRATÉGIQUES
Si l'on se parle dans l'intérêt des Bruxellois, on devrait davantage se parler, aussi, dans l'intérêt des Wallons alors qu'en 2024 débute la disparition progressive de la solidarité venue de Flandre, en vertu de la loi de financement adoptée lors de la sixième réforme de l'Etat. C'est dire combien la législature 2019-2024 sera décisive. " Nous devrons trouver au bas mot 600 millions d'euros, glisse notre ministre libéral favorable à une alliance MR-PS-Ecolo. Il sera indispensable d'unir nos forces. "
" Mon sentiment profond, c'est que l'intérêt des francophones, Bruxellois et Wallons, serait qu'à l'avenir, il puisse y avoir des correspondances en matière de formations gouvernementales, estime pour sa part Elio Di Rupo. On voit ce qu'a coûté l'asymétrie des compositions de gouvernements entre le fédéral et les Régions durant cette législature. " L'ancien Premier ministre n'aime pas pour autant l'idée d'une " union sacrée " et refuse de se prononcer a fortiori en faveur de l'une ou l'autre coalition. Tout dépendra du contenu. " Nous ne pourrons pas nous allier avec X ou Y s'il s'agit de mener la politique du gouvernement MR/N-VA telle qu'on la voit aujourd'hui. La coalition dépendra du contenu d'un programme qui devra être alternatif, radicalement différent. " Mais il insiste sur la " stabilité " des institutions francophones et leur " dynamisme ".
La répartition des cartes par les électeurs sera décisive. Forcément, et heureusement. " Les jeux seront sans doute plus ouverts qu'il y a cinq ans, relève Olivier Chastel. On voit, sondage après sondage, qu'on risque d'assister à grand morcellement de la gauche. " Une pique. Et un constat : il vaut peut-être mieux préparer le terrain d'une grande alliance, que de guérir face à l'urgence ? " Le morcellement des voix est une nouvelle donne, reconnaît Di Rupo. Le gouvernement que j'ai présidé était quand même le plus compliqué qu'on puisse imaginer : j'ai dû faire des réformes institutionnelles avec huit partis et un exécutif avec six. C'est l'art de la politique, avec cette condition que chaque formation politique doit accepter de comprendre l'autre et d'avancer. "

UNE COALITION DE DROITE OU PROGRESSISTE
Le mariage des " camarades " libéraux et socialistes est pourtant loin d'être l'option numéro un, de part et d'autre. Du moins officiellement, à l'heure d'entamer une rude année et demi de campagne électorale. Nos interlocuteurs avancent leurs pions pour se positionner.
" En Wallonie, nous avons dix-huit mois pour imprimer une ligne différente de celle de la coalition précédente PS-CDH, plaide Olivier Chastel. Le gouvernement de Willy Borsus le fait bien pour l'instant. Si les conditions le permettent, je suis prêt à repartir sur cette voie-là. " Le ministre-président wallon a lui aussi exprimé ce souhait. " Je n'ai pas caché non plus que la coalition fédérale actuelle traduit parfaitement le programme du MR. Certains ont beau affirmer que nous sommes à la remorque de la N-VA, en trente ans de politique, je n'ai jamais connu une coalition qui nous était aussi favorable. Nous avions dit dès le début qu'on verrait en fin de législature les résultats positifs des politiques socio-économiques que nous avions lancées. Et j'ai le sentiment que nous ne nous sommes pas trompés. Si on peut repartir dans une coalition qui traduit notre cap de la même façon, je signe à deux mains. " En clair, le MR est repartant pour des mariages à droite. Avec ces mots qui ont toute leur importance : " Si c'est possible... ".
Laurette Onkelinx, elle, est favorable à un mariage progressiste, pour lutter contre les populismes : " Il y a une grande peur de l'avenir, de la globalisation, de la paupérisation... Les électeurs n'acceptent plus les discours mous, de compromis, les "moi j'irais bien avec un tel, le MR pourquoi pas"... Je veux défendre des propositions radicales. Le monde a changé, il est normal qu'on fasse des propositions nouvelles sur l'emploi, le temps de travail, l'écosocialisme... Il faut faire rêver et on ne peut le faire qu'avec des idées fortes et crédibles, pour lesquelles on peut se battre. Envisager une alliance avec le MR ? Ce n'est ni l'heure, ni le moment et ça ne m'intéresse même pas. Mon choix prioritaire sera toujours en faveur d'une majorité progressiste, même si le MR n'est pas un parti anti-démocratique. "
" Le fond du fond que le PS ne pourrait jamais accepter, c'est la double destruction actuelle de la sécurité sociale et des services publics ", martèle pour sa part Elio Di Rupo. Qui multiplie les exemples des politiques sur lesquelles il compte revenir si le PS revient au pouvoir : la pension à 67 ans, la pension à points, les flexi-jobs, les coupes sombres dans les soins de santé... " Ce serait compliqué avec le partenaire libéral, mais la politique est l'art du possible. Il ne faut jamais dire jamais et ne pas désespérer. "
Le président du PS intègre aussi, dans ses calculs, la présence du PTB et sa probable difficulté à entrer dans une majorité, n'en déplaise à la FGTB wallonne qui plaide pour une coalition PS-Ecolo-PTB " si c'est possible ". " Cette gauche populiste reste au balcon, déclare Elio Di Rupo. Elle formule des propositions inapplicables qui tourneront à vide. Et prétendre ne monter au gouvernement que quand les traités européens seront modifiés, c'est lâche : certains responsables du PTB seront probablement pensionnés quand ça arrivera, si ça arrive un jour. " Il ne faut pas oublier la N-VA, non plus, qui pourrait imposer en 2019 un retour du communautaire, ajoute- t-il. Une fameuse équation est en vue.
LE LABORATOIRE DES COMMUNALES
" J'ai toujours connu, au MR, des partisans de la grande coalition avec le PS, sourit Olivier Chastel. Ils cultivent la philosophie d'une relation plus tranchée avec les socialistes, empreinte d'une franchise spontanée. Mais d'autres ont un sentiment antisocialiste plus marqué. Au PS, je ressens un peu la même ligne de partage. "
Outre l'urgence des réformes à mener en Wallonie et à Bruxelles, ou la nécessaire stabilité francophone, d'autres arguments favorables à un rapprochement sont apparus au fil de nos discussions. Les valeurs de l'Etat, par exemple. " Je suis heureuse que mon parti affirme clairement - et le MR aussi ! - que la laïcité ou l'égalité hommes/femmes sont des principes intangibles, qui doivent être inscrits dans un préambule de la Constitution, clame Laurette Onkelinx. Il ne faut pas avoir peur de dire que le communautarisme et l'enfermement communautaire sont inacceptables. " Un travail commun a d'ailleurs été entamé à la Chambre sur ce sujet symboliquement lourd. Parce que, sur ce terrain comme dans d'autres, il est possible de collaborer par-delà les majorités ?
Dans tous les cas, 2018 propose un scrutin local où les deux partis s'affronteront avec virulence, comme à Mons, où le bouillonnant George-Louis Bouchez (MR, Mons en mieux) veut briser la majorité absolue du PS. " Au niveau local, il y a pas mal d'endroits où les coalitions MR-PS se passent bien parce qu'il y a du respect mutuel et de la confiance, constate le bourgmestre Elio Di Rupo, qui devrait y céder sa place à Nicolas Martin. A Mons, après quinze ans d'un travail de grande qualité PS-MR, nous avons rompu en raison de la personnalité du chef de file MR. Si c'était un autre caractère, nous aurions peut-être pu continuer. Mons ne peut pas être pris comme exemple à généraliser. "
Une façon, donc, de garder la porte ouverte à l'une ou l'autre noce rouge et bleu


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
THE TIMES ARE ACHANGING

N'est-ce pas  la même Laurette Onkelinx qui dans une autre vie politique traitait l'association PS PR de mariage contre nature?

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