mardi 10 avril 2018

On ne peut pas se dire de gauche et défendre l'idéologie islamo-salafiste


Le Vif
Accepterait-on, dans nos partis démocratiques respectant la neutralité de l'état, l'égalité de tous les citoyens et les libertés, des élus soutenant des mouvements catholiques intégristes ou chrétiens se revendiquant de l'Ancien Testament ? Non.
Pourtant, des élus et militants se présentant comme de gauche, actifs au sein de leurs partis, se prennent pour de nouveaux savants de l'islam et nous disent que le salafisme "quiétiste" - par opposition au salafisme djihadiste - ne représente aucun danger pour nos sociétés. Difficile alors de ne pas les qualifier d' "islamisto-gauchistes".
Je reprends les propos du Président Français tenus lors de l'hommage émouvant rendu au colonel Arnaud Beltrame assassiné dans l'attentat islamiste de Trèbes.
L'islam est une religion mais l'islamo-salafisme est une idéologie ennemie de nos démocraties.
Si on ne peut pas interdire une idée, comme le rappelle le premier ministre français, on peut combattre une idéologie totalitaire, sectaire, discriminatoire, neutraliser sa propagation et l'inféodation de franges de la population à celle-ci, comme on doit le faire face à l'idéologie néo-nazie.
Nous n'avons besoin ni d'un imam ni d'un islamologue pour rappeler à ces "démocrates de gauche" islamisto-compatibles que :
1- Le salafisme est une mouvance de la religion islamique qui a pour but de revenir aux sources d'un islam présenté comme originel.
2- Pour cette mouvance fondamentaliste, le texte coranique ne doit être interprété que sous le prisme de la sunna (ensemble de paroles, gestes et attitudes du prophète) et de la charia.
3- Cette forme de salafisme non djihadiste est présentée abusivement comme quiétiste et donc uniquement mystique ; elle refuserait, selon ses prosélytes et ses soutiens, de s'impliquer dans la vie politique. Il est pourtant connu que la diffusion de l'islamisme au sein des populations de culture musulmane a un impact politique puisqu'il vise à séparer celles-ci du reste de la population, des institutions publiques et des lois civiles.
4- Le salafisme "quiétiste" et le salafisme djihadiste (qui incite ses adeptes à prendre les armes sous le prétexte que ce serait pour eux une obligation religieuse pour combattre les démocraties et les régimes islamiques pas assez puristes) partagent la même matrice idéologique d'Ibn Taymiyya (1263-1367) - le premier à avoir appelé au djihad contre toutes formes d'interprétation - et d'Ibn Abdelwahb dans l'Arabie du XVIII siècle - fondateur du wahhabisme, il a élaboré la lutte contre toutes formes de croyances qui s'éloigneraient du Coran et de la sunna.
5- Les élus et militants islamisto-compatibles ignoreraient-ils la réalité de certains quartiers colonisés par les salafistes soi-disant quiétistes ? Bien loin de la méditation spirituelle, mystique chez eux ou dans des lieux de prière, on les rencontre dans les rues, les mosquées, des associations, lors de conférences et de colloques ; ils utilisent un langage violent, empreint de rejet, de haine, porteur de revendications spécifiques et de particularismes liés à leur vision religieuse et à l'application de la charia ; ils remettent en cause nos lois et nos valeurs, ils poussent parents et jeunes à refuser de suivre certains enseignements, rendant ainsi impossible l'intégration future dans la vie socio-économique ; ils considèrent les femmes comme inférieures aux hommes et méritant asservissement et une certaine violence de la part des hommes, justifient les agressions sexuelles. Ils abusent des libertés conquises chez nous contre le totalitarisme pour quémander toujours plus d'un religieux totalitaire dans la gestion de la cité.
Tous ces points et bien d'autres prouvent qu'on est loin de l'image du gentil islamiste ne dérangeant personne telle que défendue par des élus et militants au nom de la liberté de culte et de l'anti-racisme.
Ces islamistes, se présentant comme non violents, restent de fervents religieux fondamentalistes, opposants acharnés à la séparation de la religion et de l'état et à la séparation des pouvoirs, intransigeants sur la soumission de la femme, fervents adeptes de la limitation des libertés, prosélytes hyperactifs et champions des interdits.
Affirmer que les Salafs "quiétistes" ne basculent pas dans le djihadisme ou dans le terrorisme est soit un manque de connaissance de la réalité soit une la dangereuse conscience d'une contre-vérité. Les exemples ne manquent pas dans nos sociétés européennes et dans d'autres pays de la bascule dans la violence. En ce sens, sous le regard à la fois attentif et haineux d'autres ennemis extrémistes religieux de nos démocraties pluralistes et égalitaires, ils sont les premiers ennemis de notre société sécularisée.
J'imagine qu'il est très difficile pour un non-musulman de comprendre que les imams et prédicateurs salafistes s'affichant quiétistes puissent, sous l'image savamment cultivée de religieux respectables, propagent leurs messages intransigeants et porteurs de violence, inquiétant non seulement le monde arabo-musulman mais aussi les pays à forte densité de citoyens musulmans.
Sous prétexte da la liberté religieuse - pourtant limitée par des lois belges et européennes sur la liberté de conscience de chacun, l'égalité, la non discrimination, l'ordre public, les Droits de l'Homme,...-, nos responsables ont laissé faire n'importe quoi dans une majorité de lieux de culte en Belgique et de leurs succursales à savoir les écoles coraniques. Les autorités politiques informées par le sécuritaire savent que n'importe qui peut se déclarer Imam et ouvrir une mosquée avec quelques amis proches et entamer le travail de diffusion de cette idéologie.
Il faudrait que l'exécutif des musulmans de Belgique, les musulmans laïques, les musulmans progressistes et toutes autres personnes d'appartenance musulmane souhaitant vivre dans une société apaisée entre citoyens, se mobilisent pour combattre toutes les formes de salafisme, surtout le soi-disant quiétiste, tranquillement et d'une moindre visibilité que les aspirants terroristes, à l'oeuvre pour continuer à gangrener un très grand nombre de mosquées du royaume. Par son inlassable travail de recrutement sur le terrain, par son contrôle socio-religieux dans les rues, les quartiers, sur les commerçants, sur les entreprises, sur les associations, il prend en otage des pans entiers de citoyens de confession musulmane et aggrave la ghettoïsation de populations déjà socialement et culturellement marginalisées.
Cette idéologie importée sur notre territoire, colonisatrice, il est de notre devoir de la dénoncer et d'évincer ses propagandistes et recruteurs pour protéger autant les citoyens musulmans que le reste de la population Le salafisme dont le qualificatif de quiétiste est une véritable arnaque pour tromper les crédules, constitue une menace réelle, un fléau, pour la cohésion du pays.
Les autorités doivent prendre des mesures urgentes pour disqualifier et neutraliser par les moyens adéquats cette armada de salafistes, anciennes et nouvelles versions, qui endoctrinent des citoyens musulmans partout où ils peuvent sévir, grâce à des discours et des programmes religieux importés.
A charge pour les hommes et femmes politiques, élus et militants, de se débarrasser de toute attitude complaisante, voire complice , envers l'idéologie salafiste. Ni la paix sociale, ni l'anti-racisme ne peuvent servir de caution à des accommodements n'ayant rien de raisonnable. 

Hamid Bénichou, administrateur du centre citoyen belge musulman laïque


COMMENTAIRE DE DIVERCiTY
"IL FAUT LIBÉRER L’ESPRIT DES CITOYENS DE CONFESSION MUSULMANE." 

DiverCity ne cesse de rappeler qu'il faut  promouvoir à l'école et en dehors de l'école  le développement de l’esprit critique comme outil de déradicalisation mais aussi  de prévention. Ce dernier point, rappelons-le mérite quelques éclaircissements.
Dans l’esprit du grand public, raison, esprit critique et islam ne font pas bon ménage, ils seraient même carrément antinomiques. Certes, cette observation peut s’appliquer aux croyants fondamentalistes et ils sont nombreux à faire une lecture littéraliste, et aveugle du Coran. Poussée à l’extrême une telle lecture peut aboutir à une approche carrément intégriste du texte fondateur notamment dans les cas de radicalisation. Les radicaux ne font-ils pas une lecture de mauvaise foi à partir de versets isolés de leur contexte ?
Mais il est, une autre lecture possible et hautement souhaitable du Coran, une lecture de bonne foi. Une lecture structuraliste, c’est-à-dire inspirée par le grand islamologue  Jacques Berque et qui respecte l’architecture du texte en mettant en relation les versets les uns avec les autres et qui seule permet de saisir à la fois l’authenticité, l’originalité et la hardiesse du Coran, autrement dit sa nature propre qui est essentiellement éthique.
« Appréhende le Coran comme s’il t’était révélé à toi personnellement » dit un hadith célèbre. C’est-à-dire sans l’intermédiaire de quiconque, imam, recteur ou prédicateur auto proclamé qu’il soit lettré et/ou se prétende inspiré. Une lecture libre-exaministe du Coran comme celle que firent de la Bible les chrétiens réformés ou protestants, ceux qui protestaient notamment contre la lecture et le commentaire imposé des clercs catholiques.   
C’est cette lecture critique et personnelle qu'il convient de prôner et de promouvoir non pas une lecture et une interprétation biaisée, haineuse, réductrice et dogmatique. C’est que, à bien le lire,  le Coran en appelle à la raison aussi bien qu’à l’esprit critique.
« Nous l'avons fait descendre en forme de Coran arabe escomptant que vous raisonniez » (XII, 2).
Cet esprit critique est, à l'évidence, l'arme la plus redoutable contre la radicalisation et les dérives salafistes. Lui seul en effet peut déconstruire les conditionnements installés par les prédicateurs autoproclamés qui opèrent dans l’ombre des arrières mosquées, en rue et surtout sur la toile.
Il s’agit bien en effet de déconstruire par l’esprit critique et en se référant à des contre-arguments tirés du Coran lui-même : « Va dans la rectitude, ne suis pas leurs passions » (XLII, 15).
Expliquer le Coran rationnellement à des jeunes musulmans dans l’errance, telle  devrait être la méthode préconisée pour  ramener sur le droit chemin, « le chemin de Rectitude » (I, 6), les éléments qui ont été égarés par des dénégateurs islamistes, ces « instigateurs sournois » (CXIV, 4), ces « maîtres d’illusion » (XXXV, 5). C’est précisément  ainsi  que le Coran nomme les dénégateurs, c’est-à-dire de ceux qui pervertissent la parole coranique qui est en réalité une  guidance éthique, laquelle s'inspire largement des guidance (descentes) antérieures: la Thora et les évangiles..
« Il en est parmi eux un parti qui se tord la langue sur l'Ecriture, pour vous faire croire  que c'est l'Ecriture alors que ce n'en est pas.... » (III, 78).
Qui fut radicalisé par une lecture perverse et sectaire du Coran ne saurait être déradicalisé que par une lecture libératrice de ce même Coran.  Il s'agit d'un travail de reconstruction coranique après l'oeuvre de déconstruction.
Mais un tel travail libérateur, une telle reconstruction éthique, ne saurait être effectué que par quelqu’un qui sait son Coran et surtout qui a compris son sens profond, c’est-à-dire sa démarche pacificatrice. Qui est capable de cela? Voilà la vraie question. Il est donc urgent et on en vient au deuxième point  de former dans nos universités des théologiens critiques capables d'expliquer et de commenter l'éthique coranique laquelle doit être appréhendée comme un rappel des guidances éthiques (juive et chrétienne) qui l'ont précédé.  En attendant, des esprits originaux tels de Ali Daddy, auteur du "Coran contre l'intégrisme", peuvent ouvrir la voie et faire office de formateur des formateurs.
La meilleure arme contre le radicalisme intégriste ne saurait être, selon lui,  que le Coran lui-même, un texte appréhendé par une raison clairvoyante et critique capable de penser le texte fondateur en le questionnant sans relâche. Un Coran en accord avec les valeurs fondatrices de l’Europe : l’État de droit, les lumières et la laïcité. Telle est la méthode à préconiser pour ramener les égarés sur le chemin de rectitude. Car « qui bien se guide ne saurait être égaré par qui s’est fourvoyé » (V, 105). Ce verset d'une puissance inouïe mérite d'être longuement médité par tout musulman et également par tout non musulman. Larbi Kechat ou Rachid Benzine ne disent pas autre chose. Mais certains trouvent ces esprits novateurs peu représentatifs. Pourtant, ils répondent clairement à la question fondamentale de feu Mohammed Arkoun, le grand islamisant de la Sorbonne. Allons-nous assister à l'islamisation de la modernité ou à la modernisation de l'islam? Tous les trois plaident sans hésiter pour une modernisation de l'islam dans le respect des valeurs occidentales (droits de l'homme, égalité hommes femmes, séparation culte et politique, etc). 
La vocation du musulman est de lire ce Livre mais aussi et surtout de le comprendre afin d’en saisir la nature intrinsèquement éthique : une éthique universelle. Le nouveau ministre de l'intérieur allemand se trompe quand il affirme (et 77% des Allemands avec lui) que l'islam ne fait pas partie de la culture européenne.
Cette éthique, faut-il le rappeler est définie dans le Coran comme celle du Bel-Agir (ihsân)

« Bel-agir trouverait-il récompense autre que bel-agir ? » (LV, 60)
Autrement dit :Fais le bien bien pour le seul amour du bien!
Gandhi, qui lisait indifféremment la Bible, le Coran et la Bhagavadgita  affirmait : « L'erreur ne devient pas vérité parce qu'elle se propage et se multiplie ; la vérité ne devient pas erreur parce que nul ne la voit ».
Faire preuve de clairvoyance et de lucidité comme corollaires à l’esprit critique, c’est justement ce qu’il faut mettre dans la tête de nos jeunes !
« Il en est parmi eux un parti qui se tord la langue sur l’Ecriture, pour vous faire croire que c’est de l’Ecriture alors que ce n’en est pas, et qui disent que cela vient de Dieu alors que cela ne vient pas de Lui ; ils profèrent sur Dieu le mensonge, et ils le savent… » (III, 78)
En vérité, les jeunes égarés par une parole mensongère ignorent tout de cela  et c'est précisément  pour cela qu’il faut les aider  à faire travailler leurs «neurones» !
Le Coran bien compris est la meilleure arme contre l'intégrisme.
Karima Berger : "L'islam reste une terre à explorer" "Les tensions qui traversent le monde musulman indiquent que l'islam est en train d'accoucher de sa propre modernité. Nous sommes donc en pleine douleur de cet enfantement"
En effet et il est essentiel de dénoncer les dérives salafistes surtout quand celles-ci se manifestent par exemple par la velléité de créer un parti Islam d'inspiration salafiste. L'islam des Lumières et du Bel Agir, oui; l'islam de la STIB: non! « Il en est parmi eux un parti qui se tord la langue sur l’Ecriture, pour vous faire croire que c’est de l’Ecriture alors que ce n’en est pas, et qui disent que cela vient de Dieu alors que cela ne vient pas de Lui ; ils profèrent sur Dieu le mensonge, et ils le savent… » (III, 78)
MG

"L'ISLAM RESTE UNE TERRE À EXPLORER"

ENTRETIEN. Dans "hégires" (Actes Sud), l'écrivaine franco-algérienne fait se croiser l'exil du prophète Mohamed avec d'autres exils, dont les siens. Explications.
PROPOS RECUEILLIS PAR HASSINA MECHAÏ
| (...)
QUELLE DIFFÉRENCE FAITES-VOUS ENTRE L'EXIL ET LE VOYAGE ?
L'exil est un voyage, mais tout voyage n'est pas exil. L'exil est, physiquement, un départ d'un point vers un autre. Mais il est d'abord un voyage intérieur qui vous déporte. Qui vous sort de vous-même, qui vous questionne, qui vous déchire et vous réunit aussi. L'exil verticalise et est aussi vertical quand le voyage est un mouvement horizontal. L'exil va plus loin que découvrir une autre terre. On peut s'exiler vers le ciel, mais aussi en descente vers l'enfer, enfer dont on reviendra reconstitué. L'exil est aussi l'injonction faite à Abraham : « Va vers toi ! »
« Va vers toi, toi, en dignité humaine ». Tous les migrants disent : « Je pars pour mes enfants, pour leur avenir, pour les protéger. » Ils vont vers cette dignité précisément.
(...) C'est en France que j'ai redécouvert mon islam, mon histoire, l'émir Abdelkader. Ce fut un exil qui m'a ramenée à moi, ce décentrement m'a recentrée aussi. Ce départ m'a aussi réorientée, retrouver mon Orient, mon pôle propre. Car, oui, l'Algérie est en France, et les Français ne le savent pas ou ne veulent pas le savoir. Comme la France est en Algérie aussi.
(...) L'identité de l'islam même reste à penser. Jacques Berque disait : « Ce n'est pas l'islam qui est sous-développé, c'est l'étude de l'islam qui l'est. » L'acte de naissance de l'islam est de l'ordre de la promesse. Nous sommes encore devant quelque chose à venir. L'islam reste une terre à explorer.
VOUS ÉCRIVEZ « LIRE MON CORAN », VOUS DITES DE MOHAMED « MON PROPHÈTE » AUSSI. Y A-T-IL AUTANT DE CORAN QUE DE LECTEURS ?
Il est essentiel de s'approprier les textes. Lire le Coran comme qu'il « était adressé à moi seule » pour reprendre la formule du philosophe Sohrawardi. Mon islam est le fruit de ma façon à moi de le lire. C'est mon Coran, car je le lis avec ce que je suis et me féconde en même temps. Il ne me parle pas comme une parole théologique ou légale ou réglementaire, mais comme une parole intime. Ma lecture n'est pas historique non plus. L'injonction « Lis ! » faite au Prophète, chacun doit l'accueillir personnellement. Je le lis sans doute de façon non pas islamique mais musulmane. « Musulmane » signifie se mettre en état d'abandon pour recevoir cette parole intime, à bas bruit, se « soumettre » au sens noble du terme.
Je m'interrogeais sur mon identité lorsque je découvrais cet arabe « classique » étranger à ma famille et à mon enfance. Cette dualité fait partie de moi, je l'assume désormais et je lui trouve une force qui me ravit chaque jour. Je suis deux, je suis toujours entre-deux. Je ne sais pas s'il y a une synthèse. Je suis porteuse de plusieurs mondes. Je suis une sorte de bricolage, un être fait de plusieurs morceaux.

L'islam qui joue sur la scène aujourd'hui est bien trop voyant pour être vraiment de l'ordre du spirituel. Ce serait plutôt de l'idéologie. C'est comme si cette furie qui s'est emparée du monde musulman était une façon de brûler les scories pour enfin ne garder que l'essentiel. On observe un retour des musulmans à leur Livre. Ils vont, d'eux-mêmes, chercher la vérité de ce qu'on leur raconte. Moi-même, j'ai commencé ainsi, je suis allée vérifier les écrits. Cette phase critique dans laquelle nous sommes permet de brûler les dernières illusions d'une religion idéologique. Alors, ce qui en restera sera le meilleur, l'essence même, le cœur, le noyau de la Révélation. J'ai l'espoir d'un avenir qui réoriente chaque sujet de l'islam, chaque être dans son intimité, tout particulièrement lorsqu'il a connu l'épreuve de l'exil, du déplacement comme aujourd'hui, pour moi, cette source qui abreuve mon travail, écrivant non pas sur l'islam, mais dans l'islam.



AGENT DE POLICE, HAMID BENICHOU RACONTE L’ASCENSION DU COMMUNAUTARISME À BRUXELLES
CHRISTOPHE LAMFALUSSY Publié le dimanche 15 février 2015 à
BELGIQUE
LaLibre.be a décidé de rediffuser cet entretien publié le 15 février 2015.

Hamid Benichou serait considéré aujourd’hui comme un lanceur d’alerte, mais dans le temps, ce terme n’existait pas. Ce Belge d’origine algérienne a été l’un des premiers à attirer l’attention sur le radicalisme qui montait chez des jeunes de confession musulmane. C’est l’expérience de la terrible guerre civile algérienne, dans les années 90, qui fit de sa génération la plus avertie sur les risques de l’islamisme radical. Bien des hommes qui soutenaient à l’époque l’avènement d’un état islamique en Algérie sont aujourd’hui au cœur de l’actualité.
QUAND ÊTES-VOUS ARRIVÉ EN BELGIQUE ?
En 1974. J’ai travaillé au consulat d’Algérie. J’ai aussi côtoyé feu Guy Cudell (NdlR, ancien bourgmestre de Saint-Josse, décédé en 1999) qui dirigeait l’association Belgique Algérie. Un jour, il me dit qu’il avait besoin de quelqu’un dans sa commune de Saint-Josse. J’ai demandé ma nationalité. A l’époque, cela ne posait pas de problèmes. Je suis devenu le premier agent de quartier d’origine maghrébine de Belgique.
Ce travail m’ouvrait toutes les fenêtres. Je voyais exactement ce qui se passait au sein de toutes les communautés. J’étais dans mon élément. Je les voyais comme des citoyens à qui il fallait apporter une aide administrative. J’ai fait l’îlotier bien avant l’heure.
CUDELL VOUS APPELAIT "MON FILS"…
Oui, il me soutenait car j’avais des problèmes d’intégration; pas au sein de la population, mais au sein du corps de police. L’esprit de suspicion était fort, et il existe encore. J’ai entendu un jour un policier, un apostilleur, dire : "J’aimerais bien qu’il fasse moins 24 dehors comme cela tous les Arabes crèvent !" Cinq minutes après, il avait un Arabe en face de lui, pour une audition. Comment ce bonhomme aurait pu faire correctement son travail ? Il faut dire qu’il y avait aussi des policiers très corrects, très respectueux.
CETTE DISCRIMINATION EXISTE TOUJOURS ?
Oui, c’est pour cela que j’ai créé un mouvement citoyen interculturel. On ne peut pas rester dans un cadre culturel, d’appartenance ethnique. Ce n’est pas possible, sinon on va avoir des petits pays dans notre Belgitude. Quels seront les liens entre nous, à part l’Etat central ? Nous sommes des citoyens, nous ne venons pas de Mars.
LORS DES ÉMEUTES À SAINT-GILLES, MOLENBEEK DANS LES ANNÉES 90, CELA A ÉTÉ LE BRANLE-BAS GÉNÉRAL.
On a créé des institutions. On a créé des maisons de jeunes (j’ai entendu un jour une autorité locale dire : "Parquez-les pour qu’on ne les voit pas.") Des imams sont arrivés pour calmer ces jeunes. Les autorités communales étaient tout contentes de les avoir invités. Certains imams ne parlaient même pas français. Il leur fallait un traducteur.
Ils ont ligoté ces citoyens et ils les ont donnés à qui ? Aux mosquées. Ces imams, qui ne sont pas si bêtes, ont demandé aux communes de pouvoir ouvrir des mosquées et des écoles coraniques. Les maisons des jeunes pour les enfants ! Et la mosquée, pour les parents ! Et le problème est réglé…
L’ESSENTIEL ÉTAIT DONC DE RETROUVER LE CALME DANS LA COMMUNE ?
Oui. Certains services recevaient des subventions pour emmener les jeunes durant le week-end. C’était une solution à court terme. Il n’y avait pas de travail en profondeur pour s’occuper de ces citoyens de deuxième classe. Ils sont devenus communautaristes, mais qui les a poussés ?
COMMENT LES IMAMS SE SONT-ILS INTERPOSÉS ?
Je peux vous citer un exemple que j’ai vécu, à la mosquée Al-Azhar de la rue Saint-François à Saint-Josse. C’était une mosquée paisible, où les gens allaient prier et puis rentraient chez eux.
Tout d’un coup, un bonhomme, qui s’était recyclé chiite, est arrivé. Il lui fallait un pied-à-terre pour qu’il puisse progresser dans la hiérarchie des ayatollahs. Il était d’origine marocaine, de Tanger. Or, à Saint-Josse, dans le bas, il y avait beaucoup de Tangérois. Il a essayé de l’infiltrer. Ses disciples de tout Bruxelles venaient l’entendre. Un discours à hérisser les cheveux. Les fidèles cotisaient de plus en plus. Mais l’ancien conseil d’administration a vu venir le risque.
Le président de cette mosquée est venu voir Cudell, qui m’a demandé de régler le problème. Il m’a donné carte blanche. J’ai vu tous les protagonistes, un par un. Cela a pris des mois. Nous avons organisé des élections - et l’ancienne équipe a gagné. Les autres sont allés voir Cudell en criant : "Allah Akbar", ce à quoi Cudell a répondu que s’il avait appris le Coran, c’est lui qui serait devenu leur imam. Et tout est rentré dans l’ordre. Leur imam est parti à Anderlecht pour fonder la mosquée chiite de Rida (NdlR, incendiée en 2012).
PEUT-ON DIRE QU’IL Y A EU UNE INFLUENCE DE L’EXTÉRIEUR, DE L’ARABIE SAOUDITE, SUR L’ISLAM EN BELGIQUE ?
Oui ! J’y étais, dans les prêches. Subitement, l’immigré venu en Belgique dans les années 60, licencié dans les années 80 avec les fermetures d’usines et des charbonnages, entendait des imams dire qu’ils étaient au chômage, parce que Dieu les avait punis et qu’ils s’étaient éloignés de la voie. Ils étaient accusés d’avoir laissé leurs femmes travailler et leurs filles s’habiller en minijupes. Tous les vendredis pendant des années.
ET MAINTENANT ?
On a créé le communautarisme. On a créé un groupe qui brandit aujourd’hui l’étendard de la religion.
ILS GRAVITENT AUTOUR DES FRÈRES MUSULMANS ?
Un de mes amis les a qualifiés de "frérots communautaristes". Certains gravitent autour de l’Espace Poincaré, un centre islamique dénommé Dar Al Quran (la Maison du Coran).
QUELLE EST VOTRE CONCEPTION DU RELIGIEUX ?
Pour moi, la religion doit rester dans l’espace privé. Si la loi dit non, c’est non.
DONC POUR VOUS, LES REVENDICATIONS AUTOUR DU HALAL SONT EXCESSIVES ?
J’essaie de trouver le juste milieu. Si l’école décide de le faire, c’est sans problème. Je ne discute pas. Mais faire pression, constamment, sur les directions d’école pour obtenir le halal, cela, c’est excessif. Il n’y a pas de halal à la police. Si on ne veut pas manger, il n’y a qu’à prendre ses tartines.
Constamment revendiquer ne crée que des tensions. Il faut faciliter la relation. C’est une question de bons sens. Il faut créer des passerelles entre nous - et non des paravents.
VOUS-MÊMES, ÊTES-VOUS CROYANT ?
Je suis croyant et pratiquant. Je rentre chez moi et j’ai largement le temps de prier. Les cinq prières sont obligatoires, mais je les fais chez moi. Je les fais d’affilée. Nous ne sommes que des humains.
EST-CE L’ISLAM QUI DOIT S’ADAPTER À L’ENVIRONNEMENT, OU L’ENVIRONNEMENT À L’ISLAM ?
Je pars du principe que mon islam soft s’adapte à toutes les situations. Il y a un hadith qui dit que l’islam s’adapte à tous les temps. Si nous n’avons pas le temps de prier les cinq prières à heure et à temps, on peut le faire à la maison. Dieu est miséricordieux ! Vouloir prier devant une maison communale ou dans un bus revient à rabaisser l’islam et sa spiritualité. Je suis convaincu que ma conception est partagée, mais le problème est qu’une minorité crie plus fort. Allez, je vais le dire : elle est soutenue par ces gauchos, un peu bien pensants, qui veulent aider "les discriminés". Mais cela suffit ce paternalisme ! Nous sommes libres et indépendants. Quarante ans d’immigration pour s’entendre dire que d’autres vont penser à notre place. Il faut libérer l’esprit des citoyens de confession musulmane.
Christophe Lamfalussy


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