mercredi 30 mai 2018

Les prisons belges ne peuvent plus être des nids à djihadistes


Un édito de Dorian de Meeûs (La Libre)

Effroyable. Sur un trottoir du boulevard d’Avroy, deux policières liégeoises, des mamans de 45 et 53 ans, ont été attaquées par derrière à coups de couteau, puis tuées. Un jeune passant, tout aussi innocent, décédera lui aussi. Il avait 22 ans. Leur tort ? Aucun. Ils étaient là, au mauvais moment, au mauvais endroit.

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COMMENTAIRE DE DIVERCITY
HALTE À L’ISLAM POLITIQUE !

Même si nous n’en connaissons pas encore le fin mot, cette nième tuerie qui cette fois s’est déroulée à Liège nous amène une fois de plus à dire qu’il est temps de comprendre et surtout d’agir pour en finir avec l’islam politique !
Nous assistons à une islamisation de la radicalité
Je le dis et je le répète depuis des années, pour ce qui est de l'islam contemporain, deux conceptions s'opposent radicalement. D'un côté la conception politique, de l'autre côté la conception spirituelle. La conception politique, c'est ce qu'on appelle l'islamisme, ou plutôt aujourd’hui, l’islam radical. Cette conception politique constitue à mon sens une perversion des valeurs coraniques essentielles. Au contraire, l'autre conception, la conception spirituelle, apparaît authentiquement coranique. Elle relève, pourrait-on dire du champ naturel de l'islam, parce que, c'est cette conception spirituelle qui seule est fidèle à l'esprit du Coran.
Dans les cas du terrorisme dit islamique, il s’agit clairement d’un phénomène qui procède non pas d’une radicalisation de l’islam mais plus fondamentalement d’une islamisation de la radicalité.
Les terroristes ne sont pas des musulmans !
Les terroristes, jeunes ou moins jeunes, sont sensibilisés d’abord par la radicalisation et ensuite seulement par l’islam radical. Ils sont en quelque sorte les barbares ou les nazis de notre époque, l’islam est juste un prétexte au déchaînement leur violence.
Que dire alors de ceux qui, comme les frères Kouachi et leurs semblables, prétendent « venger le Prophète » en tuant des êtres humains, contre l’éthique du Coran, et alors que personne ne leur a rien demandé ? Comment le Coran considère-t-il le comportement de ce genre d’individus ?
« Ils ont des cœurs pour ne pas savoir, des yeux pour ne point voir, des oreilles pour ne point entendre. Ceux-là ressemblent à du bétail, et même leur égarement va plus loin : ce sont les indifférents… » (VII, 179)
Fuir comme la peste les discours sournois
Pourtant, le Coran nous met nettement en garde contre le discours tendancieux et sournois des faux guides, des prédicateurs autoproclamés et autres charlatans : tous ceux qui aujourd’hui instrumentalisent une partie de notre jeunesse en la poussant à dévier de l’éthique coranique afin de commettre l’irréparable.
Contre ceux qui veulent faire dévier « du chemin de Dieu », tous ceux qui veulent interdire la musique, rendre illicite le chant des oiseaux et la poésie mais qui autorisent et encouragent à commettre des assassinats terroristes :
« Ne vous autorisez pas de ce que votre langue fabule le mensonge pour dire : "C’est licite", ou "c’est interdit", de sorte à forger le mensonge sur Dieu même. Ceux qui fabulent sur Dieu le mensonge ne seront pas des triomphants » (XVI, 116)
Que les criminels recherchent leurs arguments minables pour justifier leurs actes inhumains où ils veulent mais certainement pas dans le Coran !
Même en cas de légitime défense, les musulmans ne peuvent agir de n’importe quelle manière. Il leur est recommandé de se soucier avant tout de l’équité et de la justice.
« Vous qui croyez, assumez Dieu, témoignez de l'équité. Que la rancune contre un peuple ne vous vaille pas de donner dans l'injustice. Soyez justes : c'est être au plus près de se prémunir. Prémunissez-vous envers Dieu » (V, 8)
L’esprit critique comme outil de déradicalisation
Dans l’esprit du grand public, raison, esprit critique et islam ne font pas bon ménage, ils seraient même carrément antinomiques. Certes, cette observation peut s’appliquer aux croyants «fondamentalistes» et ils sont nombreux à faire une lecture littéraliste, et «aveugle» du Coran. Poussée à l’extrême une telle lecture peut aboutir à une approche carrément intégriste du texte fondateur notamment dans les cas de radicalisation. Mais en fin de compte, les radicaux ne font-ils pas une lecture de mauvaise foi à partir de versets isolés de leur contexte ?
Cet esprit critique est la meilleure arme contre la radicalisation. Lui seul en effet peut déconstruire les conditionnements installés par les prédicateurs autoproclamés qui opèrent dans l’ombre et notamment sur la toile.
La conquête du savoir
«La connaissance d’une chose, quelle qu’elle soit, est préférable à son ignorance» a déclaré le Prophète, et aussi : «Cherchez la science du berceau au tombeau, fût-ce jusqu’en Chine» ! «L’encre des savants est plus précieuse que le sang des martyrs», à fortiori infiniment préférable à la folie meurtrière des kamikazes terroristes !
Quant au Coran, il exhorte avant tout à réfléchir :
Dis : « Mon édification se réduit à l'Unique : vous dire de vous redresser pour Dieu, avec autrui ou individuellement, et surtout de réfléchir. » (XXXIV, 46) Surtout avant « d’agir en forcené sur la terre, plutôt qu’en conciliateur » (XXVIII, 19).
L’objectif concret est de « déradicaliser » une fois pour toute le Coran en déjouant les pièges des conceptions idéologiques et sectaires qui en sont faites et qui foisonnent notamment sur Internet mais aussi en changeant l’idée que l’on s’en fait généralement par simple méconnaissance. Pour cela, il faut pouvoir disposer d’outils adéquats !
À quand des bibliothèques dignes de ce nom (en prison et ailleurs) ?
Pour cela, il faut encourager un contre-discours, car il existe, à commencer par le Coran lui-même. Alors que tout le monde se plaint de la formation des imams dans notre pays, que propose-t-on comme alternative ? Tout le monde se plaint également de la qualité et surtout de la quantité d’ouvrages prônant un islam radical disponibles en un clic ! Mais que propose-t-on à la place ? Rien !
En prison, les détenus qui se posent des questions sur l’islam ont-ils la possibilité de consulter des ouvrages qui leur ouvrent l’esprit comme c’est le cas notamment de l’Essai de traduction du Coran de Jacques Berque ? Sinon pourquoi ?
À quand des Facultés d’études islamiques dans nos universités pour enseigner un islam du crû ? À quand une librairie spécialisée dans la thématique de l’islam authentique et éclairé dans la capitale de l’Europe ? À quand une chaîne de télévision destinée à promouvoir un islam contemporain de dialogue dans cette même capitale ? La demande est là, la nécessité est plus qu’urgente et les compétences sont bien présentes.
Si les sociétés européennes ne prennent pas à bras le corps la problématique de la prévention par une authentique réappropriation par les musulmans de leur texte fondateur, de leurs traditions et de leur religion, ce sera un Daech ou un autre groupe extrémiste qui le fera !
Il est temps de se retrousser les manches pour en finir avec l’islam politique, autrement dit, il est temps de passer des lamentations à l’action.

Ali Daddy in La libre
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