mercredi 13 juin 2018

Daesh recrute des personnalités «borderline» dans nos prisons


En Belgique, Daesh recrute désormais des individus en situation de faiblesse et susceptibles d’adhérer rapidement à son idéologie, selon notre enquête.
 Le Soir. 

On a changé de paradigme dans le mode de recrutement des djihadistes », analyse un ex-gardien de prison interrogé par Le Soir. Car Daesh, on a pu le constater ces derniers mois, ne mise plus vraiment sur des attaques complexes et organisées dont l’exécution nécessite des compétences techniques. L’organisation terroriste ne recrute donc plus des cerveaux mais des personnalités « borderline », en situation de faiblesse (sociale, émotionnelle ou intellectuelle), en marge de la société et susceptibles d’adhérer rapidement à son idéologie polarisante teintée de religiosité. «  Ce sont des désespérés qui n’ont rien à perdre et qui sont un peu plus fragiles  », confirme la visiteuse de prison Claire Capron qui, en 25 ans, a croisé des centaines de détenus. «  Ils me disent souvent : on n’a rien à faire de nos journées à part “glander” dans nos cellules à deux ou trois  ».
«  À ces individus moins forts, moins instruits pour certains, on va donc proposer d’exister mais aussi de meubler leur temps  », poursuit l’ex-gardien. «  C’est un public qui est quelque part préformé, puisque déjà extrême par rapport à la société. Il n’y a plus qu’à en rajouter une couche… Cette islamisation de la violence lui permet d’exister.  »
L’étiquette de radicalisé, nous apprend encore l’ex-gardien, peut d’ailleurs s’avérer contre-productive. En considérant injustement comme radicalisé un musulman qui ne fait que pratiquer sa religion avec ferveur, on le stigmatise et on facilite sa radicalisation. A contrario, en sous-estimant la volonté de certains détenus de magnifier leur violence en la teintant de religion, on passe à côté d’une réalité. 


COMMENTAIRE
SURSAUT ÉTHIQUE ET CITOYEN? 

Daesh a compris tout le profit qu'il peut tirer de grande misère de notre système pénitencier.
Nos prisons sont devenues des machines à décerveler où les détenus meurent d'ennui quand ils ne sont pas tentés par l'une ou l'autre forme de radicalisation. Il y a des décennies qu'on le sait mais on s'en inquiète désormais parce que la prison devient une pépinière de radicalisés islamistes.  Si la prison rendait meilleur, cela se saurait. Jadis on quittait le service militaire obligatoire en ayant appris, le cas échéant, à lire et à écrire, un métier quelquefois, une force de caractère si on était passé par les paras.
Mais quelle est la petite frappe qui sort de prison bon lecteur ou porteur d'un certificat d'études acquis dans l'enceinte de ses murs?
Il y a de rares exceptions qui y parviennent mais ils sont minoritaires.
Nos écoles sont des usines à cancres, nos homes de seniors sont des mouroirs et nos prisons sont des éteignoirs. Triste bilan pour une société qui se veut progressiste et sociale.  A quand le grand sursaut éthique et citoyen?
MG


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