mardi 12 juin 2018

Débordés de travail, les directeurs d’école crient au secours


BOSCO D'OTREPPE  La Libre Belgique

C’est un "cri d’alarme" d’une ampleur inédite que lancent ce lundi dans "La Libre" plus de 400 directeurs de l’enseignement libre catholique de Bruxelles et de toutes les provinces.
Tous, ils dénoncent dans une lettre ouverte la "charge administrative titanesque et en expansion" qui grève leur métier, les empêche de gérer convenablement leur école, et cela au détriment direct des élèves.
Une situation dramatique
Dans leur lettre, les directeurs rappellent au préalable que tous "les faits et analyses convergent : l’école gagnera en efficacité si une plus grande autonomie est laissée aux établissements".
Or, si une telle autonomie fait bien partie des objectifs de la réforme du "Pacte d’excellence", la succession actuelle de réformes et de nouveaux décrets "produit l’effet contraire" et conduit à "une situation dramatique", soulignent les directeurs.
LE FLOU DES RÉFORMES
Au premier rang de leurs regrets se trouvent les plans de pilotage. Ces plans devront être, à terme, rédigés par toutes les écoles. Elles y décriront des stratégies et des objectifs qu’elles se seront fixés pour améliorer en leur sein la pédagogie ou l’accompagnement des élèves par exemple. Elles les soumettront à des inspecteurs new-look, appelés délégués aux contrats d’objectifs (DCO). Ces délégués, en collaboration avec les écoles, veilleront à ce qu’elles puissent atteindre leurs objectifs.
Cependant, regrettent les directeurs, alors que "les premières vagues [des plans de pilotage] devront être élaborées pour la fin de cette année civile", "le profil et la formation [des DCO] n’ont pas encore été déterminés. On nous demande [donc] de mettre une réforme en place sans structure bien définie".
Pour les directeurs, "l’incertitude la plus complète" qui caractérise cette réforme des plans de pilotage est à l’image de la plupart des réformes et des décrets "dont le nombre et la fréquence n’ont cessé de croître ces dernières années, et qui présentent le double défaut de ne pas être finalisés dans leur préparation avant d’être mis en œuvre, et de ne pas être évalués avant d’être pérennisés".
BURN OUT ET RISQUE DE PÉNURIE
De manière générale, écrit Patrick Carlier, le directeur de l’institut Sainte-Croix et Notre-Dame de Hannut qui a prêté sa plume pour rédiger la lettre au nom de ses confrères, le rythme des réformes à implémenter sur le terrain "n’est plus soutenable".
"Nombre de nos collègues tombent en burn out, et le turnover des équipes de direction n’a jamais été aussi inquiétant ! Certaines écoles doivent lancer un deuxième voire un troisième appel à candidatures pour espérer pourvoir les postes ! De plus, ajoutons que, la fonction n’étant pas sécable, il est impossible actuellement d’alléger une fin de carrière sans savoir si, dans la mouvance actuelle, un critère de pénibilité quelconque sera accordé à notre métier."
Parmi les autres obligations qui mettent à mal la vie de leur école, les directeurs évoquent "les réformes incessantes du 1er degré, l’aménagement des grilles horaires des sections quali fiantes, la mise en place de la Certification par Unités (CPU) pour un nombre croissant d’options qualifiantes, l’application des programmes d’Education à la Philosophie et à la Citoyenneté (EPC), les dispositions en matière de protection de données à mettre en œuvre (le RGPD) et, enfin, et non le moindre, le décret Titres et fonctions (qui fixe les titres requis pour enseigner un cours NdlR) dont les mesures, certes louables dans un monde idéal, produisent et produiront des effets dévastateurs dans la conjoncture de pénurie grandissante qui perdurera dans les prochaines années dans l’enseignement."
"Dès janvier 2017, précisent les directeurs à propos de Titres et fonctions, nous avons dénoncé et nous dénonçons encore l’inapplicabilité, comme tel, de ce décret, dont nous ne contestons pas le bien-fondé. Si nous avons obtenu finalement un nombre appréciable d’assouplissements du texte de départ, nous continuons à en constater et à en déplorer les effets négatifs sur le terrain. D’aucuns continuent à contester notre demande répétée, dans ce dossier, d’un maximum d’autonomie et de confiance dans l’expertise et le bon sens des chefs d’établissement. […] Nous nous sommes toujours fait un point d’honneur à réduire à la portion congrue les heures d’étude ou de licenciement des élèves faute de pouvoir remplacer les enseignants absents. Le décret ‘Titres et fonctions’ rend nos efforts en ce sens de plus en plus vains d’autant plus dans le contexte de pénurie qui s’aggrave. Le 1er mars 2018, 3 165 périodes étaient non attribuées dans les écoles libres secondaires. Les classes terminant cette année scolaire sans professeur dans certains cours vont grandissant. Voilà un vrai problème, prévisible depuis des années, conséquence d’une incurie politique à s’y atteler : gouverner n’est-ce pas prévoir ?"
"Le Pacte pour un enseignement d’excellence sort progressivement ses effets, continuent les directeurs. Un des premiers sera certainement la mise en place d’un tronc commun, de la 3e maternelle à la 3e secondaire. Nous n’alimenterons pas ici le débat politique sur sa durée; nous ferons confiance aux spécialistes pour trancher cette question. Nous revendiquons, par contre, une expertise certaine dans la mise en œuvre concrète de cette réforme et nous espérons faire entendre notre voix sur les questions très pratiques du contenu des grilles horaires et de l’organisation des horaires hebdomadaires."
PLUS D’AUTONOMIE ET PLUS DE MOYENS
Toujours dans le cadre du Pacte, les directeurs se réjouissent de la promotion qui est donnée au travail collaboratif des enseignants. "Mais là aussi, nous formulons le vœu que la mission qui nous sera confiée relèvera plus de l’interprétation libre et créative de cette intention (pas neuve pour beaucoup d’entre nous) que du contrôle de son application mécanique et bureaucratique."
"Enfin, évoquent encore les directeurs, nous tenons à rappeler qu’il n’y a pas d’autonomie sans moyens et sans souplesse dans l’utilisation de ceux-ci. […] Nous déplorons qu’en matière de ressources, les moyens alloués soient inversement proportionnels aux promesses sans cesse renouvelées."
"Puisse cette intervention être comprise, non pas comme une expression corporatiste de chefs d’établissement pourtant totalement malmenés dans leur fonction", concluent les signataires. Mais bien plutôt "comme un cri d’alarme des premiers responsables de la progression de nos établissements qui vivent une énorme frustration de se voir dépossédés des moyens d’offrir un service de qualité dans la noble mission qui consiste à accompagner chaque jeune dans la construction de son projet de vie".
Bosco D'Otreppe

COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CRISE DE CIVILISATION? 

Le pouvoir politique qui  est aussi le pouvoir subsidiant n'a qu'une obsession: tout contrôler.  A tout vouloir régenter et piloter,  il finit par ne plus rien contrôler du tout, comme cette pauvre Marie-Martine Schyns qui a l'air de courir après son ombre et l'ombre d'un pacte qui n'a d'excellence que le nom. Notre enseignement de Communauté française prend l'eau de partout et il n'attire plus guère les vocations. Les écoles normales se vident comme les séminaires catholiques. Les métiers à vocations se tarissent, seuls les imams font recette dans leur communautés respectives.
Il faut être masochiste ou inconscient pour vouloir devenir directeur d'école aujourd'hui. Les responsabilités juridiques sont considérables et la charge administrative écrasante.
Le projet éducatif, le décret mission préconisent l'apprentissage à l'autonomie et l'exécutif infantilise les fonctionnaires scolaires en les asservissant à une législation complexe et tracassière. Qui voudrait encore de ces métiers serviles: directeur, professeur, instituteur dont on disait jadis qu'ils étaient les plus beaux du monde. Par exemple du temps des hussards de la République chargés d'alphabétiser une France agraire et affamée de savoir. L'instituteur était alors le rival du curé, celui qui dispensait un savoir émancipateur de la servitude dogmatique d'une religion catholique volontiers dominatrice. Désormais les enseignant.e.s doivent lutter pied à pied contre l'influence des imams auto proclamés ou des prédicateurs de rue qui y tiennent le haut du pavé.
"Les étudiant.e.s rechignent à embrasser le métier de prof en raison des conditions de travail dans l'enseignement, et de l'image plutôt dévalorisée du métier dans l'opinion publique. Si les gouvernements souhaitent avoir demain de meilleurs profs, c'est donc sur ces leviers qu'il leur faut agir, insiste l'étude 'Effective Teacher Policies"
On se demande vraiment comment font les Finlandais pour attirer dans les métiers scolaires les jeunes les plus doués et les plus dynamiques. On a quelquefois l'impression que nous faisons exactement l'inverse en Communauté française.
Si rien ne change et que l'école entre vraiment en crise, il en résultera la pire des crises de civilisation.
MG 


FACE À LA PÉNURIE DE PROFS, AUGMENTER LES SALAIRES N'EST PAS LA PANACÉE
Le Vif 

Alors que la Fédération Wallonie-Bruxelles, tout comme la Flandre et nombre de pays développés, font face à un phénomène croissant de pénurie d'enseignants, l'OCDE publie opportunément lundi une vaste étude sur les meilleurs moyens d'attirer les jeunes talentueux vers cette profession, et de les y maintenir.

L'étude balaie notamment l'idée qu'une revalorisation salariale généralisée du métier constituerait une quelconque panacée. Cette mesure aurait même un effet plutôt négatif car elle n'aurait pour effet que d'attirer des étudiants de niveau faible ou moyen vers le métier, et pas les étudiants les plus performants ou motivés.
Si ces derniers rechignent à embrasser le métier de prof, c'est en raison des conditions de travail dans l'enseignement, et de l'image plutôt dévalorisée du métier dans l'opinion publique. Si les gouvernements souhaitent avoir demain de meilleurs profs, c'est donc sur ces leviers qu'il leur faut agir, insiste l'étude 'Effective Teacher Policies'.
Pour améliorer ces conditions de travail, l'OCDE plaide notamment pour que les enseignants aient moins d'élèves par classe, qu'ils jouissent d'une plus grande autonomie professionnelle et qu'ils aient aussi de meilleures opportunités d'évolution de carrière. Sur base des résultats de l'étude PISA 2015, l'étude essaie aussi d'identifier les changements qui ont permis à certains systèmes éducatifs nationaux d'augmenter leurs performances globales, notamment dans la gestion du corps enseignant, la ressource considérée comme la plus déterminante pour améliorer le niveau éducatif.
Ici aussi, relever le salaire des profs n'a pas eu de réels impacts qualitatifs, ni le fait de recourir à des enseignants plus jeunes. En revanche, une mesure s'est montrée particulièrement efficace, à savoir assurer une plus grande autonomie aux directeurs d'école pour engager (ou licencier) les enseignants en fonction des besoins propres identifiés dans son établissement, conclut l'étude.
Belga


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