vendredi 1 juin 2018

Fusillade à Liège: et si on sortait enfin la prison du ghetto?

BÉATRICE DELVAUX 
LE SOIR
FUSILLADE À LIÈGE 

Beaucoup de voix s’élèvent pour dénoncer les congés pénitentiaires accordés à Benjamin Herman, l’auteur de la fusillade à Liège. Le problème n’est pas tant ce congé pénitentiaire. Le vrai souci, c’est la prison.
La colère et l’indignation du papa de Cyril, tué à 22 ans de plusieurs balles, sans raison, font mal tant elles sont légitimes. Comment accepter qu’un déséquilibré vienne ôter la vie de votre enfant, soi-disant au nom d’Allah, durant les 36 heures de liberté accordées par un Etat censé protéger les êtres que vous aimez des criminels récidivistes ?
Ces indignations sont par contre nettement moins audibles dans la bouche des politiques qui, primo, ne connaissent pas à ce stade l’ensemble du dossier « Herman » et, s ecundo, caricaturent une problématique bien plus confrontante pour eux.
Comme le dénonçait hier l’avocat Sven Mary, le problème n’est pas tant ce congé pénitentiaire, faillible certes car géré par des êtres humains, mais qui reste, dans son principe, le meilleur qui existe dans un univers carcéral sans issue.
Le vrai souci, c’est la prison. Personne ne veut savoir ou voir ce que nombre d’avocats ou de juges ne cessent de marteler : pour la plupart des délits, au-delà de six mois, le séjour en prison ne sert pas à grand-chose, si ce n’est à amplifier les faiblesses de ceux qui y sont confinés. «  La prison est une oubliette physique et intellectuelle, qui crée plus de vices qu’elle n’accumule de vertus  », tranche ainsi l’avocat Bruno Dhayez dans un livre qui ne parle pas que de Marc Dutroux.
Il ne s’agit pas ici de trouver des circonstances atténuantes aux actes horrifiques de Benjamin Herman, qui restent à documenter. Mais on ne trouvera aucune solution à la radicalisation islamique des détenus (comme à leur consommation de drogues), si on n’offre pas aux jeunes notamment – «  qu’ils s’appellent Benjamin, Luigi ou Saïd  », comme le précise Sven Mary – une perspective alternative à celle que l’islam leur donne aujourd’hui.
Leur conversion n’a le plus souvent absolument rien de religieux : elle comble le vide de la « tôle », leur donne un sentiment d’appartenance et la possibilité de jouer un rôle reconnu qui, dans leur nouvel imaginaire, peut même être celui de « héros ».
Les hommes politiques chargés de l’« après-Liège » doivent rester modestes : les solutions à trouver sont plus complexes et plus courageuses que la suppression du congé pénitentiaire ou la sanction d’un fonctionnaire, voire d’un ministre, « fautif ».
Après la fusillade à Liège, l’opposition pointe les «responsabilités politiques» du fédéral
Il s’agit de faire du temps passé en prison un temps utile pour le condamné, histoire qu’il se construise un avenir « dehors » via du travail et des occupations qui font sens, et qu’il se reconstruise lui, via l’aide psychologique. On en est loin. Le plus souvent en fait, on ne sait même pas très bien où on en est.
De l’argent gâché pour des individus qui ont meurtri la société ? «  En prison, ce qui est bon pour le condamné est bon pour la victime et la société  », écrit Bruno Dhayez. Un slogan guère populaire qui ne peut être porté que par des responsables pédagogues, et non démagogues. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY

"Il s’agit de faire du temps passé en prison un temps utile pour le condamné, histoire qu’il se construise un avenir « dehors » via du travail et des occupations qui font sens, et qu’il se reconstruise lui, via l’aide psychologique. On en est loin. Le plus souvent en fait, on ne sait même pas très bien où on en est."
Notre société belge et plus largement notre société européenne souffre d'un double mal: une crise de l'enseignement, lequel produit l'échec, le redoublement ensuite  décrochage scolaire et  social et d'autre part une crise profonde de l'éthique.
On attend de l'école qu'elle inculque les savoirs de base: lire écrire et calculer. Mais aussi qu'elle transmette les valeurs de base du pays d'accueil à côté de la maîtrise de la langue. Malheureusement, l'école faillit largement à sa mission, singulièrement en  Communauté français et particulièrement à Bruxelles.
Il semble qu'à bien des égards l'école et son éthique soient largement concurrencée et dévaluée à la faveur de l'argent facile que procure à l'"école de la rue" l'organisation de petits trafics illicites. Qui dit "école de la rue" renvoie à l'"islamisme des rues", lequel ne partage avec l'islam  que le nom mais ni l'éthique ni la spiritualité. 
Comme la plupart des terroristes improvisés et auto proclamé, l'auteur des attentats  de Liège a un passé scolaire" extrêmement médiocre". Sa conversion islamiste est un prétexte, une sorte d'alibi facile pour se disculper et se donner du cran pour éructer sur la société. Il s'agit d'une conversion à la radicalité laquelle s'autorise les pires excès.  Ce qu'il faut faire entrer dans l'école, dans les prisons et partout dans cette société corrompue par l'argent et l'hyperconsommation c'est évidemment l'éthique. "Il s’agit de faire du temps passé en prison un temps utile pour le condamné". Qu'on enseigne donc l'éthique aux détenus. C'est la mission première des aumôniers et des conseillers laïques. Mais sont-ils suffisamment formés pour assumer cette responsabilité majeure? "On en est loin. Le plus souvent en fait, on ne sait même pas très bien où on en est."
MG


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