lundi 13 août 2018

Gheude répond à Van Parijs: Non, il n'y aura pas de Belgique anglophone à quatre régions!


CONTRIBUTION EXTERNE Le Soir
Une opinion de Jules Gheude, essayiste politique.

Philippe Van Parijs cherche à apparaître comme le chantre de la cause belgicaine. Dans son livre "Belgium - Une utopie pour notre temps", il soutient qu’  "il existe un destin possible bien plus enthousiasmant que la dystopie de la dislocation".
Et de proposer une Belgique de quatre régions (flamande, wallonne, bruxelloise et germanophone), dont le trait d’union serait l’anglais.
Philippe Van Parijs était présent au colloque "L’Après-Belgique", organisé en 2011 par le Cercle Condorcet de Liège. Je lui ai, en public, demandé : « La Flandre est-elle une nation ? ». Il m’a répondu par l’affirmative.
Il ne peut, dès lors, ignorer que l’existence même de cette nation flamande compromet irrémédiablement la poursuite de l’aventure belge. Car le destin de toute nation est de devenir Etat. L’article 1er des statuts de la N-VA annonce d’ailleurs l’avènement de cette République flamande souveraine.
Mais son président, Bart De Wever, n’entend pas y aller de manière révolutionnaire, mais évolutive. On passera d’abord par la case confédérale : un échelon central réduit à sa plus simple expression, avec deux Etats - Flandre et Wallonie - entre lesquels chaque Bruxellois devra choisir pour ce qui concerne les matières communautaires : impôt des personnes, système de sécurité sociale, aide sociale, immigration et intégration.
On a bien saisi l’objectif : jouer sur le côté matérialiste des Bruxellois en les séduisant avec des propositions financièrement alléchantes. Le but est très clair : isoler la Wallonie de Bruxelles et accroître la mainmise flamande sur celle-ci.
Sans le dire ouvertement, Philippe Van Parijs agit de même: la Wallonie et Bruxelles poursuivent leur propre chemin, sans plus aucun lien organique (exit la Communauté française !). Et il sait que, sur ce point, il peut compter sur les ultra-régionalistes wallons. Quant au recours à l’anglais, ce n’est rien moins qu’un moyen de défranciser Bruxelles pour la préparer à tomber, in fine, dans l’escarcelle de la Flandre.
Philippe Van Parijs analyse le rattachisme, en brocardant notamment le projet d’intégration-autonomie prôné par Jacques Lenain, ex-haut fonctionnaire français : "Se détacher d’un pays à toute la législation duquel on est soumis (…) pour en rejoindre un autre affecte directement et profondément la situation matérielle de l’ensemble de la population concernée. En comparaison, le Brexit est une partie de plaisir."
M. Van Parijs parle d’ "annexion". Le ton est ironique : "Jugulant ses réflexes jacobins, la France pourrait accorder à la Wallonie (…) une forme d’autonomie lui permettant de conserver, aux frais de la France, quelques institutions un brin exotiques, peut-être même – qui sait ? – des universités catholiques subventionnées."
Jacques Lenain a pourtant bien expliqué comment les choses se passeraient. Lorsqu’il sera devenu pour tout le monde évident que les carottes belges sont cuites, les autorités wallonnes et bruxelloises - après avoir écarté les options jugées irréalistes et financièrement non viables - négocieront avec Paris un cadre d’intégration, basé sur un statut de grande autonomie. Pour le constitutionnaliste français Didier Maus, interrogé par Jacques Lenain, il serait tout à fait possible de consacrer, dans la Constitution française, un chapitre spécial à la Wallonie : "Il serait parfaitement réalisable de conserver en l’état, au moins pour l’essentiel, (…) le droit belge du travail, celui de la sécurité sociale, et certains droits « connexes », des pans du droit fiscal, le droit des affaires, du commerce, etc. La région wallonne, et aussi la région bruxelloise si la question était posée, conserveraient les compétences qui sont aujourd’hui les leurs, y compris le système éducatif, avec l’enseignement supérieur."
On est loin ici de l’esprit jacobin ! Détail : M. Van Parijs semble ignorer que l’Etat français subventionne largement les écoles, collèges et lycées catholiques, ainsi que, subsidiairement, les sept instituts supérieurs catholiques.
Annexion ? Rien ne sera imposé. Une fois que les parties concernées se seront mises d’accord sur un projet, celui-ci sera soumis à un référendum, tant en France qu’en Wallonie et à Bruxelles.
Si les sondages révèlent qu’une faible partie des Wallons et des Bruxellois sont acquis à la cause réunioniste, Jacques Lenain se dit convaincu qu’ "il en ira tout autrement le jour où la "falaise" sera en vue. Pour les Bruxellois, notamment, lorsqu’ils sentiront le nœud coulant flamand se serrer autour de leur cou !"
Une fois que les populations auront accepté cette intégration-autonomie, c’est à la France qu’il reviendra de négocier avec la Flandre les modalités de la partition (partage de la dette belge, désenclavement de Bruxelles, etc.).
Une France souveraine depuis mille ans face à un Etat flamand naissant, dix fois plus petit qu’elle et reconnu responsable de la scission… On est loin ici, en termes de rapports de force, du Brexit !
Enfin, Philippe Van Parijs se fourvoie lorsqu’il aborde le volet financier. Aujourd’hui, le "boulet" wallon coûte chaque année quelque 7 milliards d’euros à la Flandre. Mais le maintien du cadre belge est aussi fondé sur l’extinction progressive de ces transferts, alors que le cadre français garantira toujours aux Wallons et aux Bruxellois le maintien, à parité globale, des services publics et des prestations sociales avec ceux de la République.
Certes, il y aura un impact financier, mais pas de quoi inquiéter Bercy : cela coûtera moins cher que la suppression de la taxe d’habitation… Et, en termes de puissance économique, la France vaut neuf fois la Flandre !
En fait, cette intégration-autonomie offre la solution aux obstacles que soulève Philippe Van Parijs. C’est la raison pour laquelle il la combat. Le réflexe, ici, est davantage flamand que belge… 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE COME BACK ÉPHÉMÈRE DES BELGICAINS
On a revu des drapeaux belges fleurir aux fenêtres quand les diables rouges ont fait honneur aux trois couleurs de la nation belge qui s'est tellement délitée sous forme d'écartèlement entre une nation flamande qui s'affirme et une nation wallonne introuvable qui ne se cherche même pas.
Plusieurs grandes  pointures du MR ont plaidé récemment en faveur d'un retour partiel au fédéralisme d'union. Plusieurs poids lourds du MR appellent à une refédéralisation. Sophie Wilmès, ministre fédérale du Budget, et Francois Bellot, ministre fédéral de la Mobilité. Non, Armand De Decker ne s'est pas joint à cette échappée en tête.
Ces poids lourds du MR veulent refédéraliser les compétences liées à la santé, l'énergie, le climat et le commerce. Ils en font part dans une lettre ouverte publiée dans La Libre Belgique et La Dernière Heure. La missive fait écho aux récents propos dans la même veine de l'ex-Premier ministre Open VLD, Alexander De Croo. "Un tabou est donc enfin tombé", l'idée d'une refédéralisation "rencontre de plus en plus d'adeptes", affirment ces libéraux francophones.
A l'initiative des Jeunes MR, plusieurs responsables libéraux de premier plan lancent un appel pour un "remonter au niveau de l'Etat fédéral des compétences qui, dans le passé, ont été transférées aux entités fédérées", comme la Mobilité, l'Energie, le Commerce extérieur, la Santé. Parmi les signataires de la lettre figurent deux ministres fédéraux, Sophie Wilmès et François Bellot, la présidente du Sénat, Christine Defraigne, et plusieurs députés.
"L'idée d'un Etat fédéral capable d'endosser un rôle de juge dans la concertation entre les différents niveaux de pouvoir pourrait mettre de l'huile dans les rouages grinçants du processus décisionnel belge", stipule le document.
"La volonté n'est pas de ressusciter la 'Belgique de papa' qui n'a plus de sens dans le contexte politique contemporain' mais "le fédéralisme belge doit reposer sur un principe simple: l'efficacité", poursuivent les libéraux francophones.
"Si nous ne modernisons pas notre Etat,  si nous ne fluidifions pas notre manière de prendre des décisions politiques, les citoyens se tourneront à un moment donné vers ceux qui promettent en permanence l'efficacité souvent à grand renfort d'autoritarisme et de 'yaka' (de l'expression 'il n'y a qu'à', ndlr)", concluent-ils.
Si on en croit Jules Gheude,  "Philippe Van Parijs cherche à apparaître comme le chantre de la cause belgicaine. Dans son livre "Belgium - Une utopie pour notre temps", il soutient qu’  "il existe un destin possible bien plus enthousiasmant que la dystopie de la dislocation".
Et de proposer une Belgique de quatre régions (flamande, wallonne, bruxelloise et germanophone), dont le trait d’union serait l’anglais."
Jules Gheude est l'héritier spirituel du libéral François Perin.  François Perin quitta le RW (Rassemblement Wallon ) en 1976 et cofonda le Parti pour les Réformes et la Liberté de Wallonie un an plus tard.  Elu au Sénat, il quittera définitivement en 1980 l'hémicycle du sénat d'une manière fracassante, déclarant : « ne pouvoir rester représentant d'un État auquel il ne croit plus et d'une nation qui n'existe plus ».  Belle lucidité!
Lors des élections provinciales du 8 octobre 2006, François Perin se présenta sur les listes du Rassemblement Wallonie France (RWF).
Interrogé en août 2011 par David Coppi du journal Le Soir, François Perin « souhaite que la Flandre proclame son indépendance, que Bruxelles s’organise en ville internationale et que la Wallonie rejoigne la France ».
Il ne serait frivole en effet que la Wallonie et Bruxelles se détachent de la Flandre pour rejoindre la République.
Le rattachisme à la France est une vieille idée qui régulièrement refait surface, comme Nessie. Elle risque de reprendre des couleurs le jour où la Flandre prendra de fait son indépendance, ce qui pourrait très bien se produire en 2019. Il serait bon que nos excellences wallonnes prennent langue avec Paris sur ce sujet. Qu'en pense le Président Macron?
Curieusement, selon le journal Le Monde, le Belge Paul Magnette, pourrait être désigné comme   candidat du PS français aux élections européennes. Le socialiste belge a, de fait, été sollicité par Olivier Faure pour conduire la liste européenne du parti, en 2019.
L’ancien président de la Wallonie et actuel maire de Charleroi a expliqué que sa priorité actuelle était l’élection municipale belge de 2019 – et sa réélection. Et qu’il refusait de statuer « du jour au lendemain »sur cette proposition « flatteuse ». Il ne le ferait d’ailleurs qu’après avoir consulté son parti.
Dans son pays aussi, M. Magnette est, en effet, l’un des rares qui puissent incarner le renouveau d’une gauche moribonde. Il n’a d’ailleurs jamais caché que son objectif est de succéder à Elio Di Rupo, président du PS francophone et ancien premier ministre. Le scénario le plus fréquemment évoqué est celui-ci : âgé de 67 ans, M. Di Rupo emmènerait la liste de son parti pour l’Europe en 2019 et abandonnerait sa fonction à son dauphin. A charge pour ce dernier de redynamiser un parti en méforme, victime de divers scandales au cours des dernières années et mal à l’aise dans l’opposition.
Certes, mais cette info est comme un signal venu de Paris en faveur d'une collaboration franco-belge au plus haut niveau.
J'y vois un clin d'oeil sous forme de" pré" rattachement. Affaire à suivre.
"Aujourd’hui, le "boulet" wallon coûte chaque année quelque 7 milliards d’euros à la Flandre. Mais le maintien du cadre belge est aussi fondé sur l’extinction progressive de ces transferts, alors que le cadre français garantira toujours aux Wallons et aux Bruxellois le maintien, à parité globale, des services publics et des prestations sociales avec ceux de la République." (GG)
Wallobrux est aujourd'hui la vassale de la Flandre. On m'objectera que la rattachisme la rendrait dépendante de la République jacobine. Pas plus que la Bretagne, l'Alsace ou la Flandre française qui sont rattachées depuis des siècles.
Une idée à méditer en silence dans son for intérieur.
MG









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