jeudi 30 août 2018

MÊME LES ADOLESCENTS S'INQUIÈTENT... DE LEUR ADDICTION À LEUR TÉLÉPHONE


La Libre

C'est le résultat d'une grande enquête lancée sur les comportements des ados US vis-à-vis des écrans et autres réseaux sociaux.

Pas facile la vie d'ados. On les croit insouciants, préoccupés presque uniquement par leur image dans la vie et surtout sur les réseaux sociaux, branchés sur des podcasts étranges ou écoutant de la musique qui ne s'écoute pas lorsque l'on a des oreilles de plus de 18 ans... Et de toute façon vissés avec un plaisir sans nom à leur smartphone.
Mais ces généralisations ne sont pas toutes vraies. Une étude portant sur les habitudes des ados US concernant les nouvelles technologies, réalisée par Pew Research, montre que les enfants essaient de négocier avec eux-même entre inquiétude (ils savent qu'ils passent trop de temps sur leur téléphone) et anxiété (lorsqu'ils sont séparés de leurs appareils).
Ainsi, d'après les chiffres de cette étude publiée ce mercredi, et explicitée par le site Wired, 54 % des adolescents américains âgés de 13 à 17 ans se disent inquiets de passer trop de temps au téléphone, 52 % ont pris des mesures pour réduire leur utilisation du téléphone et 57 % ont essayé de passer moins de temps sur les médias sociaux. Mais les efforts de réduction ne rendent pas nécessairement les adolescents plus heureux : 56 % des adolescents associent le fait d'être loin de leur téléphone à un sentiment d'anxiété, de solitude ou de bouleversement.
Des logiciels produisant des flashes de dopamine
Les résultats montrent pourtant que ceux qui s'inquiètent du temps excessif passé devant une écran ne sont pas plus susceptibles de changer leur comportement. Parmi ceux qui disent qu'ils passent trop de temps sur leur téléphone, 53% ont réduit leur utilisation du mobile. Ce n'est pas loin des 55% d'adolescents qui ont réduit leur présence devant un écran, et qui se disent anxieux à l'idée de passer, selon eux, trop peu ou pas assez de temps sur leur appareil mobile.
Les ados posent un regard lucide sur leurs comportements et ceux de leurs pairs : plus de neuf sur dix considèrent le fait de passer trop de temps en ligne comme "un problème" auquel font face les gens de leur âge et 6 sur 10 disent même que c'est un problème majeur.
Cette enquête arrive alors que l'on s'inquiète toujours plus des effets néfastes de la "dépendance à la technologie", en particulier chez les jeunes. Les critiques vont vers les plateformes technologiques qui auraient recours à des subterfuges design et à des logiciels "flash" déclenchant des hausses intermittentes de dopamine pour garder les utilisateurs collés à leurs écrans...


COMMENTAIRE DU SCHAERBEEKOIS RECALCITRANT

C'est une manière bien pessimiste et négative de voir les choses. Michel Serres , ce vieux jeune homme, philosophe et historien des sciences, réclame l’indulgence pour les jeunes, obligés de tout réinventer dans une société bouleversée par les nouvelles technologies.
Ce prof baroudeur, académicien pas tout à fait comme les autres, scrute les transformations du monde et des hommes de son œil bleu et bienveillant. Son sujet de prédilection : la jeune génération, qui grandit dans un monde bouleversé, en proie à des changements comparables à ceux de la fin de l’Antiquité. La planète change, ils changent aussi, ont tout à réinventer. «Soyons indulgents avec eux, ce sont des mutants», implore Michel Serres, par ailleurs sévère sur sa génération et la suivante, qui laisseront les sociétés occidentales en friche. 
IL ANNONCE QU’UN «NOUVEL HUMAIN» EST NÉ. QUI EST-IL ?
Il  le baptise Petite Poucette, pour sa capacité à envoyer des SMS avec son pouce. C’est l’écolier, l’étudiante d’aujourd’hui, qui vivent un tsunami tant le monde change autour d’eux. Nous connaissons actuellement une période d’immense basculement, comparable à la fin de l’Empire romain ou de la Renaissance. Il y a des centaines de petites Poucettes sur les bancs de nos écoles schaerbeekoises qui pianottent en classe en cachette.
SERRES:Nos sociétés occidentales ont déjà vécu deux grandes révolutions : le passage de l’oral à l’écrit, puis de l’écrit à l’imprimé. La troisième est le passage de l’imprimé aux nouvelles technologies, tout aussi majeure. Chacune de ces révolutions s’est accompagnée de mutations politiques et sociales.
Ce sont des périodes de crise aussi, comme celle que nous vivons aujourd’hui. La finance, la politique, l’école, l’Eglise… Citez-moi un domaine qui ne soit pas en crise ! Il n’y en a pas. Et tout repose sur la tête de Petite Poucette, car les institutions, complètement dépassées, ne suivent plus. Elle doit s’adapter à toute allure, beaucoup plus vite que ses parents et ses grands-parents. C’est une métamorphose !
C'est dire si l'école est dépassée.
Et pourtant, ce smartphone que la majorité des élèves trimbalent dans leur cartable est le plus formidable centre de documentation jamais imaginé par l'homme. Combien d'instituteur.trices. et profs schaerbekois (ou non schaerbeekois du reste) le sollicitent en classe comme encyclopédie capable de répondre à tout pourvu  qu'on sache l'utiliser à bon escient? Un jour Léna  ( 17 ans, élève au Collège Saint Michel) est arrivée désespérée chez moi. Motif: une interro d'histoire sur les totalitarismes des années 30. Le syllabus du prof était excellent mais le bonhomme se contentait de le lire en classe en pérorant. J'ai invité Léna à vérifier sur son smartphone et sa tablette chacun des termes rencontrés: chemises noires, SS, léninisme, Trotsky etc etc. Cela a pris deux heures , tout le syllabus y est passé. Le lendemain Léna à fait un 20/20 à l'intérro. Un instit peut parfaitement solliciter les tablettes ou les smartphones de ses élèves en classe au lieu de les interdire. Il s'agit bien d'apprivoiser l'outil pour en faire son serviteur et n'en point être l'esclave.
On m'a rapporté l'histoire d'un gamin de dix ans capable de jongler avec sa tablette mais incapable de lire ou de calculer. Interpellant, non?
Pour Serres, le grand tournant se situe dans les années 1965-1975, avec la coupure paysanne, quand la nature, notre mère, est devenue notre fille.
MAIS VOICI DONC QUE SURGIT LA  GRANDE QUESTION, POUR LES PARENTS ET LES ENSEIGNANTS : QUE TRANSMETTRE ENTRE GÉNÉRATIONS ?
Serres: "A la génération précédente, un professeur de sciences à la Sorbonne transmettait presque 70% de ce qu’il avait appris sur les mêmes bancs vingt ou trente ans plus tôt. Elèves et enseignants vivaient dans le même monde. Aujourd’hui, 80% de ce qu’a appris ce professeur est obsolète. Et même pour les 20% qui restent, le professeur n’est plus indispensable, car on peut tout savoir sans sortir de chez soi ! Pour ma part, je trouve cela miraculeux. Quand j’ai un vers latin dans la tête, je tape quelques mots et tout arrive : le poème, l’Enéide, le livre IV… Imaginez le temps qu’il faudrait pour retrouver tout cela dans les livres ! Je ne mets plus les pieds en bibliothèque. L’université vit une crise terrible, car le savoir, accessible partout et immédiatement, n’a plus le même statut. Et donc les relations entre élèves et enseignants ont changé. Mais personnellement, cela ne m’inquiète pas. Car j’ai compris avec le temps, en quarante ans d’enseignement, qu’on ne transmet pas quelque chose, mais soi. C’est le seul conseil que je suis en mesure de donner à mes successeurs et même aux parents : soyez vous-mêmes ! Mais ce n’est pas facile d’être soi-même.

On aimerait tellement que les écoles schaerbeekoises soient pionnières en l'occurrence. On en est vraiment loin mais on parle de réintroduire la dictée quotidienne. J'y reviendrai dans les jours qui viennent.
Mais c'est loin, très loin d'être le cas aujourd'hui, faute d'un projet éducatif et pédagogique audacieux. Je rêverais, pour ma part d'un échevin téméraire qui engage un ou ue formatrice de talent capable d'initier les enseignants à la maîtrise du smartphone ou de la tablette ou du tableau interactif.
Hélas on est vraiment très loin du compte et pas qu'à Schaerbeek..   

Serres: "La seule façon d’aborder les conséquences de tous ces changements, c’est de suspendre son jugement. Les idéalistes voient un progrès, les grognons, une catastrophe. Pour moi, ce n’est ni bien ni mal, ni un progrès ni une catastrophe, c’est la réalité et il faut faire avec. Mais nous, adultes, sommes responsables de l’être nouveau dont je parle, et si je devais le faire, le portrait que je tracerais des adultes ne serait pas flatteur. Petite Poucette, il faut lui accorder beaucoup de bienveillance, car elle entre dans l’ère de l’individu, seul au monde."
LES APPARTENANCES CULTURELLES N’ONT-ELLES PAS PRIS DE L’IMPORTANCE ?
Serres: "Ma Petite Poucette a des amis musulmans, sud-américains, chinois, elle les fréquente en classe et sur Facebook, chez elle, partout dans le vaste monde. Pendant combien de temps lui fera-t-on encore chanter «qu’un sang impur abreuve nos sillons» ?
Petite Poucette n’a rien à inventer, le virtuel est vieux comme le monde ! Ulysse et Don Quichotte étaient virtuels. Madame Bovary faisait l’amour virtuellement, et beaucoup mieux peut-être que la majorité de ses contemporains. Les nouvelles technologies ont accéléré le virtuel mais ne l’ont en aucun cas créé.
La vraie nouveauté, c’est l’accès universel aux personnes avec Facebook, aux lieux avec le GPS et Google Earth, aux savoirs avec Wikipédia. Rendez-vous compte que la planète, l’humanité, la culture sont à la portée de chacun, quel progrès immense ! Nous habitons un nouvel espace… La Nouvelle-Zélande est ici, dans mon iPhone ! J’en suis encore tout ébloui !"
"Ce que l’on sait avec certitude, c’est que les nouvelles technologies n’activent pas les mêmes régions du cerveau que les livres. Il évolue, de la même façon qu’il avait révélé des capacités nouvelles lorsqu’on est passé de l’oral à l’écrit. Que foutaient nos neurones avant l’invention de l’écriture ? Les facultés cognitives et imaginatives ne sont pas stables chez l’homme, et c’est très intéressant. C’est en tout cas ma réponse aux vieux grognons qui accusent Petite Poucette de ne plus avoir de mémoire, ni d’esprit de synthèse. Ils jugent avec les facultés cognitives qui sont les leurs, sans admettre que le cerveau évolue physiquement."
Serres: "L’homme le plus cultivé du monde des générations précédentes, l’uomo di cultura, avait 10 000 ans de culture, plus un peu de préhistoire. Petite Poucette a derrière elle 15 milliards d’années, du big bang à l’homo sapiens, le Grand Récit n’est plus le même ! Et on est entrés dans l’ère de l’anthropocène et de l’hominescence, l’homme étant devenu l’acteur majeur du climat, des grands cycles de la nature. 
On aimerait que le prochain  Echevin de l'Instruction publique de Schaerbeek ait lu "changez l'école" de Ken Robinson, ce réformateur en herbe qui a été vu 40 millions de fois sur You Tube.  On aimerait surtout qu'il ne s'inspire pas du ministre ringuard et passéiste de l'Education en France, le sinistre  Jean- Michel Blanquer. J'y reviendrai à l'occasion de la rentrée scolaire.
La grande idée de l'Echevin de l'éducation schaerbeekois c'est d'ouvrir une école Montessori. Pourquoi Montessori, la pédagogue préférée de Mussolini? On se le demande. Il paraît qu'on est déjà sur liste d'attente, ce qui prouve qu'on attire à Schaerbeek les mouches avec du vinaigre. Mais assez pour aujourd'hui. Je reviendrai abondamment sur le sujet en cette semaine de rentrée scolaire.


Marc Guiot, le Schaerbeekois récalcitrant partisan d'une pédagogie à visage humain qui fasse un usage didactique  des nouvelles technologies plutôt que d'en interdire l'utilisation.

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