dimanche 9 septembre 2018

« La grâce des jours uniques. Eloge de la célébration », Gabriel Ringlet



Le prêtre et ex-vice-recteur de l’UCL, Gabriel Ringlet, publie un nouvel ouvrage dans lequel il invite à repenser les rites et à créer des célébrations laïques dans les églises. Il constate en effet une demande croissante de célébrations en dehors de l’institution
Dans son ouvrage « La grâce des jours uniques. Eloge de la célébration » : alors que les gens ont déserté les églises, ils sont plus demandeurs que jamais de rites. Comment les réinventer ? Où les célébrer ? Il y a là matière à innover, Gabriel Ringlet en est persuadé.
LA CÉLÉBRATION RESTE ASSOCIÉE, DANS LE GRAND PUBLIC, À UN RITE RELIGIEUX ? QU’EST-CE QUE LA CÉLÉBRATION ?
C’est ce « plus que l’homme » que nous visons à travers la célébration. Je viens encore de vivre un baptême à Liège très pluraliste. Des personnes de convictions très différentes se sentaient engagées dans ce que nous faisions. Car nous posions des gestes et des paroles qui dépassaient le banal du quotidien.
IL Y A UN VIDE LAISSÉ PAR L’EGLISE. LES GENS NE VEULENT PLUS DE CES INSTITUTIONS MAIS MANQUENT DE LIEUX POUR CÉLÉBRER…
C’est le constat que je pose. Au moment où les gens ont massivement quitté les églises, la quête de sens de ce qui m’arrive et de ce que je vis reste plus entière que jamais. Nous avons, dans l’espace de la vie ordinaire, besoin d’îlots sacrés. Le rituel n’a pas disparu. Mais le rituel dans la religion s’était à ce point mué en « ritualisme » qu’on n’en voyait plus le sens.
VOUS ÉVOQUEZ CES « CÉLÉBRATIONS QUI SEMBLENT SE REFERMER ET SE RECROQUEVILLER », CETTE « RÉPÉTITION MORTIFÈRE DE LA CERTITUDE » OU CE « TROP-PLEIN DE DIEU », QUI « ÉCŒURE »… L’EGLISE A UNE RESPONSABILITÉ DANS CETTE DÉSERTION ?
Il existe un patrimoine qui ne juge pas. Et les personnes redemandent aujourd’hui ce patrimoine par une autre voie. Cela va jusqu’à ce paradoxe de ces jeunes qui sont venus me demander de préparer leur mariage, à condition que ce ne soit pas dans une église et que je n’en sois pas le célébrant. C’est drôle et très révélateur de la demande actuelle : « je veux me marier, je veux un rituel très élaboré, mais pas dans une église et pas avec un curé ! »
VOUS INVITEZ À PARTAGER LES ÉGLISES. ÊTES-VOUS SOUTENU DANS CETTE DÉMARCHE ?
Là où le débat est vraiment ouvert, c’est du côté du partage cultuel. Il s’agit de faire des tas d’autres choses que la liturgie : des spectacles, des projections de cinéma, des expositions. Mais j’essaie d’aller plus loin : peut-on y célébrer des cultes de natures différentes ? Peut-on imaginer qu’une liturgie laïque ait lieu dans ma propre église ? Je l’ai fait avec Christian de Duve, à sa demande explicite. J’ai reçu beaucoup de réactions de confrères prêtres, qui me disaient « tu as raison, nous sommes confrontés à cette demande tout le temps ». Ce sont des familles laïques qui ne veulent pas d’une liturgie catholique mais qui ne souhaitent pas se recueillir dans une salle de sport. Elles veulent tout de même un lieu digne, un peu sacré ; le sacré n’étant pas du tout réservé à la religion. Puisque nous avons des lieux qui sont là, avec une histoire, pourquoi ne pas les partager ? 



COMMENTAIRE DU SCHAERBEEKOIS RECALCITRANT
"PUISQUE NOUS AVONS DES LIEUX QUI SONT LÀ, AVEC UNE HISTOIRE, POURQUOI NE PAS LES PARTAGER ?" (G Ringlet)

Gabriel Ringlet se situe volontiers à l'interface entre la chrétienté et la laïcité.
Il ouvre ici un débat passionnant sur la problématique des rituels de vie et de leur dimension religieuse ou simplement  symbolique. Son interview ouvre un autre dossier intéressant: celui de l'utilisation  des lieux de culte catholique sous-employés ou carrément désacralisés.
A Schaerbeek, il existe au moins trois églises qui se cherchent une nouvelle affectation, voire une nouvelle vocation. D'abord l'église Saint-Servais, en pleine restauration.  Elle dispose d'un jeu d'orgues très apprécié par les mélomanes, elle pourrait, sans être désacralisée être affectée à des activités musicales en tous genres, par exemple de caractère interculturel. Cela se fait en Flandre et en Wallonie à l'occasion notamment du festival de l'été mosan. Pourquoi pas à Schaerbeek?
Ensuite, l'église Sainte Marie d'inspiration byzantine, elle se situe au coeur du quartier turc et tout près ds Halles de Schaerbeek, de la biliothèque interculturelle mille une pages de la Maison de Arts, future maison des Cultures si l'électeur nous donne des cartes. C'est dire que la belle église de Cluysenaar édifiée à la gloire de notre première reine Louise-Marie pourrait devenir le lieu interconvictionnel bruxellois par excellence. Elle n'est plus guère utilisée pour le culte, hormis pour des rencontres oeucuméniques. De l'oeucuménique à l'interreligieux, il n'y a qu'un pas, de la chaussée de Haecht à la rue Royale Sainte Marie également.
Enfin l'Eglise de la Sainte famille d'Helmet, que d'aucuns rêvent de transformer en drugstore, mais que  nous imaginons volontiers  en bibliothèque ou en librairie (il manque une librairie à Schaerbeek) comme à Maastricht. C'est un endroit atypique, somptueux, inspirant.  Je l'ai visitée et j'y ai passé des heures. Imaginez une espèce de Fnac ou de Filigrane près du square Riga...
Rêvons un peu avec Gabriel Ringlet: "Là où le débat est vraiment ouvert, c’est du côté du partage cultuel. Il s’agit de faire dans les églises  des tas d’autres choses que la liturgie : des spectacles, des projections de cinéma, des expositions. Mais j’essaie d’aller plus loin : peut-on y célébrer des cultes de natures différentes ? Peut-on imaginer qu’une liturgie laïque ait lieu dans ma propre église ? Nous sommes confrontés à cette demande tout le temps  de la part de familles laïques qui ne veulent pas d’une liturgie catholique mais qui ne souhaitent pas se recueillir dans une salle de sport. Elles veulent tout de même un lieu digne, un peu sacré ; le sacré n’étant pas du tout réservé à la religion. Puisque nous avons des lieux qui sont là, avec une histoire, pourquoi ne pas les partager ?

Marc Guiot le 46ème de la liste Verzin MR Citoyens

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