samedi 22 septembre 2018

Les désillusions bruxelloises d'un papa qui redécouvre son pays après dix ans d'absence


La Libre Belgique
Une opinion de François Defourny, papa de deux petites filles qui redécouvre son pays après dix ans d'absence, et directeur des programmes pour une ONG belge active dans le domaine de l'éducation.

Je pensais trouver une ville fière de sa diversité mais, dans notre capitale "bilingue", pas la moindre forme d’échange ou de collaboration entre écoles des deux communautés...

J’ai quitté Liège il y a douze ans pour travailler dans l’humanitaire. J’ai passé ces dix dernières années dans des pays en guerre ou tentant péniblement de se remettre de conflits. J’ai vu le résultat du communautarisme. J’ai vu les effets dévastateurs du repli sur soi et l’engrenage infernal du rejet de l’autre.
Durant ces dix ans, la Belgique est restée à mes yeux un exemple de cohabitation pacifique entre plusieurs communautés. Un modèle (bien à nous) de vivre ensemble. Chez nous, les querelles communautaires n’ont jamais fait couler de sang. Tout au plus de l’encre et quelques larmes. Peu de pays aussi diversifiés que le nôtre peuvent se targuer d’un tel résultat. Est-ce un miracle ? On serait tenté de le croire, tant rien n’est fait pour nous rapprocher.
En emménageant à Bruxelles il y a un an, j’ai trouvé une ville de toutes les couleurs, de toutes les origines. Avec 62 % de sa population d’origine étrangère, Bruxelles est la seconde ville la plus cosmopolite au monde. Mais surtout, Bruxelles est le seul endroit du pays où néerlandophones et francophones sont autorisés à cohabiter, à s’exprimer dans leur langue, en toute légalité.
(...)
DES BULLES HERMÉTIQUES
C’est en cherchant une école pour mes deux petites filles que j’ai pris la mesure de la ségrégation. J’ai découvert une réalité que beaucoup de Bruxellois connaissent déjà et que je ne m’explique pas.
À travers notre capitale bilingue, des dizaines d’écoles francophones jouxtent des dizaines d’écoles néerlandophones sans s’adresser la parole, sans qu’il y ait la moindre forme d’échange ou de collaboration. La plupart de ces écoles ne partagent que la clôture qui les sépare. Ainsi, dès le plus jeune âge, nos enfants grandissent dans des bulles linguistiques hermétiques, reproduisant les clichés que leur servent les médias sur l’autre moitié du pays.
Les enseignants des deux communautés sont là, presque côte à côte, disponibles et parfaitement complémentaires. Mais on préfère rester entre-soi. Chacun dans son coin. Sinon ce serait compliqué, vous comprenez. On est tellement bien avec sa seule langue maternelle.
Peu importe si le pays ne tient plus qu’à une équipe de football. Peu importe si nos concitoyens ne comprennent pas leurs voisins. Peu importe si l’on gonfle les rangs des jeunes chômeurs en produisant des bataillons de monolingues. Bienvenue dans la capitale de l’Europe, d’un pays trilingue et du surréalisme.
Si l’on s’en donnait un tout petit peu la peine, Bruxelles pourrait être un modèle pour l’Europe et pour le monde. Le lieu où les communautés se rencontrent, apprennent à se connaître, à s’apprécier et s’enrichissent mutuellement. Ce pourrait être le symbole d’une Belgique solide et riche de sa diversité. Au lieu de cela, notre système attise les stéréotypes et les préjugés. Au lieu d’être cultivée comme une rose, la diversité bruxelloise est laissée en pâture aux opportunistes des deux camps.
Je pensais trouver une ville riche et fière de sa diversité.
À la place de cela, j’ai trouvé une capitale et son immense potentiel gérés comme un village gaulois. Ou plutôt comme un assemblage de 19 petits villages gaulois regroupés autour de leur petit clocher et de leurs petits intérêts partisans.
En cette veille d’élection, je reste avec mes questions. Existe-t-il quelqu’un dans cette classe politique pour défendre l’intérêt commun, le pragmatisme et la réconciliation ? Existe-t-il un parti pour tendre la main et promouvoir un vrai enseignement bilingue ? Existe-t-il encore quelqu’un pour croire dans ce pays et partager une vision commune ? En attendant le Messie, le fossé continue de se creuser entre nos deux communautés, jusqu’au jour où le moteur du repli sur soi s’emballera… et l’on s’en mordra les doigts.



COMMENTAIRE DU SCHAERBEEKOIS RÉCALCITRANT
"ON PRÉFÈRE RESTER ENTRE-SOI. CHACUN DANS SON COIN.
SINON CE SERAIT COMPLIQUÉ, VOUS COMPRENEZ."

Le monoculturalisme du "chacun dans son coin" ne peut déboucher que sur des ternsios entre les communautés. " Nos enfants grandissent dans des bulles linguistiques hermétiques, reproduisant les clichés que leur servent les médias sur l’autre moitié du pays."

"On préfère rester entre-soi. Chacun dans son coin." Les  seniors entre séniors et les communautés entre elles, de préférence sans échange, ni contact ni dialogue.
"Et pourtant,  une ville de toutes les couleurs, de toutes les origines. Avec 62 % de sa population d’origine étrangère, Bruxelles est la seconde ville la plus cosmopolite au monde."
Voilà un point de vue (le point, le lieu d'où je regarde la réalité) qui rejoint le mien, moi qui, contrairement à l'auteur de cette carte blanche, ai peu voyagé dans la planète et qui ne connaît "le monde " qu'à travers Schaerbeek et Bruxelles , microcosme de la diversité.
"Si l’on s’en donnait un tout petit peu la peine, Bruxelles pourrait être un modèle pour l’Europe et pour le monde. Le lieu où les communautés se rencontrent, apprennent à se connaître, à s’apprécier et s’enrichissent mutuellement."
Mais voilà exactement le hic. Trop peu de Schaerbeekois se donnent la peine d'explorer la diversité qui pourtant est visible au parc Josaphat, dans les cafés, dans les transporte en commun en rue, partout.
Bruxelles, Schaerbeek "pourrait être le symbole d’une Belgique solide et riche de sa diversité."
Mais non,  la majorité des Schaerbeekois optent pour le "quant à soi" nombriliste. C'est ce qui autrefois a généré le nolsisme. C'est aussi ce qui nourrit le communautarisme sous toutes ses formes: linguistique, religieuse et sociale.
"Notre système attise les stéréotypes et les préjugés. Au lieu d’être cultivée comme une rose, la diversité bruxelloise est laissée en pâture aux opportunistes des deux camps."
C'est une bien jolie image qui doit nous interpeller.
Regardez bien les visages des membres de notre liste, sur les tracts, les folders les affiches.  Ils sont l'expression même de la diversité. Cette liste incarne un équipe de 47 personnes qui pratiquent entre elles le dialogue et l'échange permanent à la fois sur le plan interculturel et intergénérationnel. C'est le contraire du communautarisme où chacun campe dans son quant à soi.
Attention, le monoculturalisme c'est peut être confortable mais ce n'est pas sans danger.
" J’ai vu le résultat du communautarisme. J’ai vu les effets dévastateurs du repli sur soi et l’engrenage infernal du rejet de l’autre." A moyen terme ce sera  l'interculturel ou le chaos: à Schaerbeek, à Bruxelles et partout en Europe.
Qu'on se le dise.

Marc Guiot 23 ème sur la liste MR/CITOYENS.

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