mardi 4 septembre 2018

Schaerbeek: la façade de l'ancienne synagogue démolie sans autorisation




  L'ancienne façade, à l'époque de la synagogue, l'une des plus emblématiques de Bruxelles. - © D. R.

RTBF


La façade transformée. - © GOOGLE


Cela fait près de deux ans que l'ancienne synagogue de la rue du Pavillon, à Schaerbeek, n'est plus une synagogue et a été transformée en salle de fêtes. Cela fait près de deux ans aussi que les ornements de la façade du lieu de culte, présentant des étoiles de David en béton blanc entremêlées, ont été démolis pour laisser place à des châssis verts et un mur neutre. Une transformation qui a fait l'objet d'un procès-verbal de la commune début 2017, apprend la RTBF aujourd'hui. Une infraction car la modification n'a fait l'objet d'aucune autorisation.
Le nouveau propriétaire des lieux devra-t-il faire reconstruire la façade à l'identique? La question est posée. Pour rappel, la synagogue sépharade Simon et Lina Haïm a été inaugurée en 1970. A l'époque, une communauté juive originaire d'Afrique du Nord réside encore dans le quartier et au-delà. Lors des offices, la synagogue ne désemplit pas. Mais au fil des ans, les fidèles quittent Schaerbeek et la synagogue se vide. En 2016, les responsables de communauté et les propriétaires des lieux décident de les mettre en vente. En 2016, c'est le rachat par une structure privée. Un chantier est lancé et une bâche vient recouvrir la façade. L'année suivante, la bâche est levée et les services communaux de l'Urbanisme constatent les transformations. Car si la synagogue n'est pas classée, elle est reprise à l'inventaire du patrimoine architectural de la Région bruxelloise.
Le 30 mars 2017, "un procès-verbal d’infraction urbanistique a été dressé et transmis au Parquet du Procureur du Roi et au service Inspection et Sanctions administratives de Bruxelles Urbanisme et Patrimoine", explique à la RTBF l'échevin de l'Urbanisme Frédéric Nimal (DéFi). Le p.-v. porte aussi sur le changement d'affection du bâtiment, un lieu de culte devenu salle de fêtes. Cette salle, dénommée Elégance, a été active à plusieurs occasions. "Nous avons reçu des plaintes de riverains nous indiquant qu'il y avait des événements sans autorisation", ajoute l'échevin.


L'intérieur de l'ancienne synagogue transformée en salle des mariages

"Un dossier difficilement régularisable"
Depuis la constatation des infractions, les propriétaires ont introduit un dossier de régularisation. Mais l'enquête publique doit encore être organisée précise l'échevin. Selon des sources, "le dossier est difficilement régularisable vu les transformations". Outre son inscription à l'inventaire, l'ancienne synagogue est également située à moins de 20 d'un monument inscrit sur la liste de sauvegarde, les anciens établissements Blaton rue du Pavillon 2-4. Pour un expert en patrimoine bruxellois, le chantier réalisé "est lourd de conséquences".
Au cabinet du ministre-président de la Région bruxelloise, en charge de l'Urbanisme Rudi Vervoort (PS), on ne souhaite pas s'avancer sur le dossier. "La question sera tranchée par la Direction de l'Urbanisme et la commune de Schaerbeek", indique la porte-parole du ministre-président. "La Direction des Monuments et Sites n’interviendra qu’au niveau de la concertation", en remettant un avis afin d'éclairer la commune sur les enjeux patrimoniaux du dossier.
Pour Frédéric Nimal, "le dossier est aujourd'hui à l'enquête publique et il y aura une concertation. L'avis des Monuments et Sites sera pris en considération. Une décision sera prise par la suite. Si le permis est refusé, des recours sont possibles pour le propriétaire. Et si les recours sont refusés, le fonctionnaire sanctionnateur à la Région peut toujours évidemment dresser des amendes et demander la remise en état."


COMMENTAIRE DU SCHAERBEEKOIS RÉCALCITRANT
SCHAERBEEK: LA NOUVELLE ANDALOUSIE?

Il y a moins de dix ans à peine , un ami musulman qui habitait ce quartier se félicitait de résider précisément dans ce qu'il appelait sa "nouvelle Andalousie à l'ombre d'une église, d'une mosquée et d'une synagogue." La mosquée est  toujours là, l'église a été désacralisée depuis: Josse Vanden Breede du Sint Lukas Archief rêve d'en faire un musée du patrimoine menacé. Cela ne s'invente pas. La synagogue est devenue une salle où se marient les musulmans schaerbeekois. Mon ami a déménagé depuis longtemps. On ne dira pas que le dialogue interconvictionnel s'en soit trouvé renforcé.
Il n'y a pas si longtemps le rabin B.I. se rendait à pied en plein hiver de la rue Rubens vers ladite synagogue. Des gamins lui lancèrent des boules de neiges. L'une d'elle contenait un caillou qui le blessa.  Le rabin, un séfarade né au Maroc, se mit à invectiver les galopins en arabe. Et aussitôt les pierres de tomber des mains des gamins, un peu comme dans la parabole de la femme adultère.  
Qu'on se le dise, Schaerbeek sera cela: une nouvelle Andalousie "waar idereen thuis is". A défaut, et si on y prend garde, Schaerbeek risque de devenir un nouveau Beyrouth.
Les autorités publiques ont un rôle clé à jouer pour éviter que ne s'exacerbent les tensions. It tyakes three things to succees: a vision to see, the vigor to act and the heart to care.
Place donc à l'interculturel.

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