mardi 4 septembre 2018

Schaerbeek: une seule cour de récré pour les deux communautés



La Capitale

D’après le PTB, les deux directions des écoles Magritte (francophone) et Paviljoen (néerlandophone), récemment inaugurées, proposeront finalement à leurs élèves de jouer dans une seule et même cour de récréation. 

Pour rappel, le parti de gauche avait publiquement fait part de son regret de ne pas voir une cour commune pour ces deux écoles qui se touchent, rue Navez. Deux cours distinctes étaient prévues.


COMMENTAIRE DU SCHAERBEEKOIS RECALCITRANT
VOUS AVEZ DIT IMMERSION? 

Cela ressemble à une fable, c'est presque une parabole.
C'est merveilleux! A l'ère des ségrégations identitaires en tous genres, voici que des gamins et des gamines inscrits en régime français et flamand vont se retrouver à la cour de récréation. Fabuleux en effet.
Question: dans quelle langue vont ils/elle communiquer? C'est la vraie question.
Il est très douteux que ce soit en flamand;  n'est pas du tout certain que ce soit en français.


"POUR UNE PEDAGOGIE INTERCULTURELLE: ÉCOLE NUMÉRO UN À SCHAERBEEK"

Dans  de précédents billets sur ce blog de combat, j'ai plaidé pour un enseignement de caractère interculturel.
L'enseignement interculturel existe, je l'ai même découvert à Schaerbeek à l'Ecole n°1, rue Josaphat, il ya plus d dix ans déjà. C'est dire....
Le groupe scolaire Ruche-Josapahat inauguré en 1907, est le chef-d’œuvre de l’architecte Art nouveau Henri Jacobs qui combine fonctionnalité, pragmatisme et raffinement esthétique. Ca c'est le passé! Il est situé dans le bas de Schaerbeek au sein un vaste îlot intérieur entre l’avenue Louis Bertrand et les rues Josaphat et de la Ruche, il n’a rien perdu de son charme d’antan. Autrefois école industrielle modèle , troisième degré et école primaire, il regroupe aujourd’hui les sections techniques et professionnelles de l’Institut Frans Fischer et la sections primaire de l'Ecole numéro un et un laboratoire pédagogique ultra moderne pour le traitement de l'eau. Les élèves sont issus de plus de trente nationalités différentes. Il s’y pratique une pédagogie interculturelle par choix et  par nécessité. Face à la mosaïque parlée dans cette Babel, le seul salut pour échapper à l’autisme collectif est d’apprendre à parler français. Apprendre à communiquer en urgence pour survivre quand on est primo arrivant. Par la gestuelle à l’italienne, les jeux de rôle, les conteurs à la cantine ; les contes de Perrault, de Grimm, d’Andersen et des Mille et une Nuits. Accompagnés de mille et une lectures, mille et une innovations improvisées par une équipe étonnement créative. C'était sous l'échevinat de Georges Verzin. J'ai interviewé alors son directeur Christian Delstanches qui deviendra le chef de cabinet de Georges Verzin qui fut et sera toujours  très à l'écoute de sa pédagogie résolument interculturelle.
Oui on peut « apprendre à comprendre », en « toute rigueur » comme disait Louis Vandevelde le pédagogue de l’ULB, « apprendre à s’exprimer » en toute convivialité comme ces enseignants schaerbeekois ont su le faire dans des conditions extrêmes, donc fécondes.
En matière de créativité, les maîtres artisans se sont montrés aussi inventifs et créatifs que des maîtres queux étoilés du Michelin comme en témoigne le merveilleux film tourné dans l’école tout au long d’une année scolaire et intitulé « une leçon de tolérance ». On aurait tout aussi pu l’appeler « une leçon interculturelle »
Ken Robinson explique que "rien ne peut se réformer sans la créativité et l'esprit d'innovation des enseignants". En voici un exemple lumineux qui malheureusement n'a pas fait vraiment école dans la Cité dite  des Ecoles. 
 

DIVERCITY: LES ÉCOLES MULTICULTURELLES BRUXELLOISES SE COMPTENT PAR DIZAINES. L’ÉCOLE NUMÉRO UN RÉUSSIT-ELLE DE PAR SA PÉDAGOGIE À ÊTRE "INTERCULTURELLE"? 

CHRISTIAN DELSTANCHES  : Le film de Roger Beeckmans (une leçon de tolérance)le montre bien : nous avons mis en place au fil des années une dynamique d’interaction avec une équipe de pionniers endurcis par la résistance aux velléités « nolsiennes » de fermeture des écoles du bas de Schaerbeek à forte densité de populations d’origine étrangère. A l’époque les parents d’élèves immigrés ne votaient pas aux communales. Nous avons tenu bon. Nous avons persévéré jusqu’à doubler notre nombre d’élèves, pour osé accueillir positivement à une population scolaire de primo arrivants issue de toutes les cultures dont personne ne voulait.
D’ACCORD MAIS COMMENT Y ÊTES-VOUS ARRIVÉ CONCRÈTEMENT?
A travers l’expression orale, les jeux de rôles, les activités théâtrales, le livre, l’expression écrite. Nous leur faisons écrire des choses simples que nous nous efforçons de mettre en scène. Vous les entendez répéter en ce moment pour un spectacle en préparation. Les gosses se sentent valorisés en maniant cette langue qu’ils ne connaissaient pas en entrant. Sa maîtrise est une condition de survie dans une société scolaire où se côtoient plus de trente nationalités. Y compris des ressortissants brésiliens, équatoriens, ukrainiens, caucasiens...Le Sud, l’Est se croisent, le Nord et l’Ouest se mêlent.
ÊTES VOUS PARVENUS À ACCÉLÉRER LE PROCESSUS D’APPRENTISSAGE DU FRANÇAIS DES PRIMO ARRIVANTS?
Nous misons tout sur l’apprentissage de la langue par immersion linguistique constante. Nos élèves sont en projet Comenius permanent sans devoir sortir de l’école. D’abord dans la classe passerelle où ils sont accueillis à leur arrivée en Belgique, ensuite dans les classes où travaillent les mini groupes d’élèves qui ont vécu les même difficultés. Ils entendent des contes, ils se racontent. Ils n’ont pas le choix, ils doivent s’exprimer. C’est le contraire de la pédagogie classique qui gave les cerveaux comme des foies d’oie, sans permettre l’expression : écouter, noter passivement enregistrer pour ensuite tout restituer tant bien que mal. On n’apprend pas une langue vivante sans s’exprimer. Le film de Roger Beekmans montre parfaitement comment les enfants entrent dans la langue de l’autre et l’assimilent comme leur langue maternelle.
Une des images fortes du film montre les difficultés qu’éprouve une petite Polonaise. Au début, elle a du mal à dire «pomme», à la fin de l’année elle récite le poème qu’elle écrit et parle d’abondance. Ce cheminement, accéléré par la caméra de Beekmans – dont la petite fille est dans l’école –semble assez rapide.
VOUS METTEZ LA PRIORITÉ LA DESSUS J’IMAGINE?
La majorité de nos élèves sont motivés par des parents très concernés Ils ne rencontrent en classe et dans les cours de récréation aucun interlocuteur parlant leur langue maternelle. Ils sont forcés de parler français. C’est différent dans les écoles qui accueillent une majorité d’élèves d’origine turque ou marocaine. Chez nous, les enfants se sentent progresser ; ils mesurent leurs progrès dans la rue et les magasins du quartier. Une fois dans l’enseignement secondaire, cette motivation les sert prodigieusement. Une petite Ukrainienne formée par nous a fait le meilleur résultat de toutes les premières de Fernand Blum, école d’enseignement général réputée difficile. On est fier d’elle. Dommage que si peu de parents d’origine belgo belge choisissent notre établissement. La maman des petits enfants du réalisateur du film se félicite d’avoir fait ce choix. C’est la variété des interactions au sein de la diversité culturelle qui constitue le challenge. Quand je suis arrivé à l’école 1, elle était peuplée de 60% d’élèves originaires de Turquie pour 40% du Maghreb. Notre secret c’est notre diversité.
COMMENT LES ENSEIGNANTS DU SECONDAIRE RÉAGISSENT-ILS À LA PROJECTION DU FILM?
Ils ne sont pas toujours conscients de cette difficulté d’apprentissage, sauf nos collègues du technique et du professionnel, forcément.
LES ENSEIGNANTS DU GÉNÉRAL AURAIENT-ILS MOINS DE PATIENCE OU SERAIENT–ILS PLUS ENCLINS À DÉNONCER LES CARENCES QU’À ENCOURAGER LES PROGRÈS? COMMENT LEUR EN FAIRE PRENDRE CONSCIENCE?
Le primaire et le secondaire s’ignorent. Il n’y a pas de ponts entre le fondamental et le secondaire. J’aimerais que mes collègues instituteurs et institutrices qui bénéficient de cette expérience de terrain et ont étudié la problématique des primo arrivant puissent communiquer ce savoir faire à leurs collègues du secondaire. On laisse trop peu de temps aux enfants du primaire pour s’adapter. D’emblée on pose des exigences insurmontables pour beaucoup. Et on tend à privilégier l’abstraction qui déconcerte nos élèves habitués à la pédagogie active pratiquée ici.
Dans le film, une maman belge en discussion avec une maman africaine se dit persuadée que ce que leurs enfants auront vécu ici aidera les aidera à affronter le monde qui vient.
C’EST ÉMOUVANT MAIS COMMENT S’ADAPTE SA FILLE À L’ENSEIGNEMENT SECONDAIRE?
Cette demoiselle est désormais inscrite dans l’enseignement secondaire avec plusieurs de ses camarades de classe. Elle brille en français mais a un peu de mal en mathématique. Elle n’a jamais raffolé des maths, ni ici, là-bas. Quant à ses camarades ils réussissent aussi bien qu’elle. Les défis ont été relevés ; le pari du choix interculturel s’est révélé payant.
GRÂCE À LA PÉDAGOGIE MAISON? EST-ELLE TRANSPOSABLE AILLEURS?
Nos enseignants oeuvrent à la façon d’artisans qui individualisent les apprentissage et s’efforcent de façonner des « chef-d’œuvres » à la pièce en faisant du Célestin Freinet sans le savoir mais en le réinventant. Même les anciennes se sont mises à la gestuelle, au dessin avec les primo arrivants et tout les savoir faire des maîtres du spécial en faisant appel à toutes le techniques possibles pour faciliter l’apprentissage de la langue française, avec beaucoup d’empathie et sans pénaliser les apprenants. Imaginez-vous un instant en train d’apprendre le thaïlandais sur un banc d’école de Bangkok. Je suis sidéré par mon petit Afghan arrivé ici il y a deux ans et qui désormais fait les meilleurs résultats en math en français et en néerlandais. Les parents n’y sont pas pour peu, mais mes enseignants non plus.
LES RÉSULTATS SONT-ILS MOINS PROBANTS AVEC DES ENFANTS ISSUS DE MILIEUX CULTURELS ET SOCIAUX TRÈS DÉFAVORISÉS INSTALLÉS ICI DEPUIS DEUX GÉNÉRATIONS?
Le problème des enfants d’origine turque et marocaine est qu’une fois sortis de l’école, ils baignent dans un bain linguistique et culturel différent de celui qu’ils pratiquent en classe. Le quart-monde, autochtone ou allochtone négligeant beaucoup ses enfants, il est indispensable que nous innovions en matière d’accueil extra scolaire. C’est une aberration que les cours cessent à quinze heures quand les enfants demeurent à l’école souvent jusqu’à dix huit sans être stimulé par des activités compensant les carences du milieu familial. C’est un défi pour les années qui viennent. Aujourd’hui ils sont mis en récréation surveillée pendant trois ou quatre heures sans aucun bénéfice si ce n’est d’être protégés des dangers de la rue.
C’est pareil pour les longues vacances scolaires d’été.
Nous organisons certes à Ittre et Ohain des vacances avec des ambitions culturelles mais cela touche relativement peu de monde est surtout prisé par des parents motivés quand cela devrait toucher tout le monde. C’est un grand chantier pour demain.
LE MODÈLE ÉCOLE NUMÉRO UN AVEC SON BOUILLON DE CULTURES EST-IL UN PROTOTYPE AVEC UNE MÉTHODE PÉDAGOGIQUE À TRANSPOSER AILLEURS?
Je n’ai que des témoignages indirects sur la façon dont on procède dans les autres écoles. Comme les ONG qui travaillent sur le continent africain, chaque école développe sa dynamique, sa propre méthode. Chacun fait ce qu’il peut. Notre équipe comme les autres, la nôtre avec énormément d’énergie. Certains enseignants sont plus engagés que d’autres dans leur mission. Il ne serait pas inutile de mettre en contact les équipes des diverses écoles d’un même pouvoir organisateur pour comparer les bonnes pratiques et se les échanger le cas échéant. Admis à la retraite, nos pionniers nous quittent de plus en plus. Ces institutrices accomplies devraient pouvoir transmettre leur expérience précieuse aux jeunes, ce qui se fait trop peu. Il faudrait les détacher de leur classe et les mettre en cheville avec des jeunes.
QUID DE L’EFFET DIRECTEUR?
Le chef d’école croule sous les tâches administratives. Il lui manque de temps pour développer des projets innovants. Il est rare que je quitte l’école avant dix huit heures alors que les cours se terminent à 15h10. Si le chef d’orchestre n’est pas le moteur des projets, rien ne se fait sauf à titre individuel par des innovateurs isolés et entreprenants. Il y en a partout. Le patron donne le ton et coordonne les actions, stimule les flemmes et évite de jouer les rabats joie. Le chef d’orchestre est aussi un homme orchestre : animateur infatigable à l’interface parents, élèves enseignants et du pouvoir organisateur. Métier magnifique mais ingrat, la preuve les vocations et les candidats à la succession sont rares. 


COMMENTAIRE DU SCHAERBEEKOIS RECALCITRANT
10 ANS PLUS TARD QU'EN RESTE-T-IL? 

Voilà qui "participait" vraiment de l’ l’esprit de la Cité des Ecoles d’autrefois, toujours à la pointe de l’innovation.
C’était une belle revanche par rapport à l’époque où les écoles du bas de Schaerbeek qualifiée par certains d’écoles poubelles étaient privées de soutien matériel et abandonnées à elles mêmes. Malheurement, cette magnifique aventure pédagogique  n'a pas survécu à la mise à la retraite du directeur visionnaire Christian Delstache.
Toutes les initiatives qui ont été prises pour aller dans ce sens ont été supprimées au cours de cette législature qui aura cependant eu le mérite, il faut absolument le souligner,  d'investir dans les briques, il faut rendre cet hommage à l'Echevin actuel et à son équipe. Mais quel manque de vision et de projets pédagogiques... Il serait temps que l'électeur schaerbeekois- les parents et les grands parents de nos élèves- en prennent consience le 17octobre quand il s'agira de voter pour une  nouvelle équipe dirigeante.

Marc Guiot, le Schaerbeekois récalcitrant. 46°ème sur la Liste Verzin de l'âne qui rue y compris sur sa propre liste .


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