mercredi 17 octobre 2018

Communales 2018: une victoire oui, et après?

PAR BÉATRICE DELVAUX (Le Soir)

A les entendre, ils ont tous gagné. La rengaine est agaçante car elle ne vaut vraiment à l’issue des élections communales que pour deux partis côté francophone : Ecolo et le PTB. Le tout n’est cependant pas de gagner, encore faut-il savoir que faire de cette victoire. Durant les dernières heures, c’est un procès en sorcellerie qui a été fait à ces deux partis, présentés pour le premier comme un caprice récurrent des électeurs et pour le second comme un repaire d’anarcho-communistes allergiques aux responsabilités.
Et donc ? Les deux partis disent vouloir faire de la politique autrement et amener d’autres priorités dans la gestion publique. Ils en ont la possibilité, surtout Ecolo qui exercera le pouvoir via neuf bourgmestres et la participation à des majorités de villes emblématiques dont Bruxelles. Les élections communales donnent de vraies clés d’influence. Depuis plusieurs années désormais, nombre d’économistes, d’urbanistes, de scientifiques ou de sociologues en conviennent : C’EST À PARTIR DES VILLES ET DES COMMUNES QU’ON PEUT FAIRE CHANGER LE RAPPORT À L’ENVIRONNEMENT, À LA MOBILITÉ ET À LA CITOYENNETÉ, EN IMPOSANT DES CHOIX DRASTIQUES SUR LA PLACE DE LA VOITURE, L’INTERDÉPENDANCE DES MOYENS DE TRANSPORT, LE RAPPORT AU VÉLO ET AUX PIÉTONS. Une enquête récente du Standaard montrait ainsi l’impact décisif sur la qualité de l’air, des mesures « pro-piétons » prises à Gand. En matière d’intégration également, de solidarité et de sécurité dans l’espace public, d’accès à la culture et de création de nouveaux leviers économiques, les bourgmestres ont énormément de possibles entre les mains. ON A AINSI VU À MALINES, VILLE MULTICULTURELLE, COMMENT BART SOMERS A RÉUSSI À DÉVELOPPER UN MODÈLE DE COHÉSION SOCIALE PLÉBISCITÉ
ET MAINTENANT ?
Les Ecolos sont au pied du mur. Ils vont devoir former de nouveaux édiles communaux, développer des plans de transformation de nouvelles villes, mais ils peuvent désormais s’appuyer, au niveau communal, sur des expériences de pouvoir « en vrai », comme à Ottignies-Louvain-la-Neuve et Amay : les patrons verts y ont été reconduits à leurs postes. Mais c’est clair : à l’heure où les enjeux climatiques s’imposent à nous, les Ecolos doivent faire plus que gérer le local, ils doivent en faire un levier vers les autres niveaux de pouvoir.
Pour le PTB, l’équation est schizophrénique, mais elle l’est aussi pour le PS qui veut négocier avec eux à Molenbeek, Charleroi ou Liège. Participer au pouvoir peut légitimer les ultra-rouges et faire mal au PS, comme cela peut les banaliser et faire du tort à leur popularité. Refuser d’aller dans les majorités « offertes » peut les faire passer pour des vendeurs de boniments, ou tout autant comme des gens avec des convictions qui ne veulent pas faire n’importe quoi. Chacun doit aujourd’hui prendre son risque.
Le plus insupportable pour l’électeur serait que ces négociations se perdent dans les calculs tactiques, tellement éloignés de ce que ces deux partis, vert et ultra-rouge, ont associé à leur identité. 

"PS - PTB - ECOLO : LA GAUCHE LA PLUS 'SEXY' DU MONDE ?"
Claude Demelenne
essayiste, auteur de plusieurs ouvrages sur la gauche

Un peu partout, les populistes percent électoralement. Sauf en Belgique francophone, où la gauche est toujours plus dominante. Le trio PS - PTB - ECOLO incarne-t-il vraiment la gauche la plus 'sexy' du monde ?
(...)En Wallonie et à Bruxelles, l'extrême droite est folklorique. Pathétique.
UN BON BULLETIN DE SANTÉ
Autre exception : un peu partout, la gauche est en crise. Pas en Belgique francophone. Les partis de gauche - PS, PTB, ECOLO - affichent un bon bulletin de santé. (...)Les scores cumulés du trio PS - PTB - ECOLO, lors du scrutin de ce 14 octobre, sont édifiants : autour de 60% à Bruxelles-Ville, Molenbeek, Liège, Charleroi, Mons, Tournai, La Louvière... Des scores variant entre 70 et 80% à Seraing, Flémalle, Saint-Nicolas. Et même 83% à Herstal, 81% à Saint-Gilles...
A l'heure où des pans entiers de la social-démocratie s'effondrent, le PS reste le premier parti francophone. Il gère les plupart des grandes villes. Malgré quelques pénibles "affaires", il n'a" pas été victime du "dégagisme" ambiant et garde son statut de parti dominant.
Survitaminés, les écologistes francophones s'imposent comme le parti vert le plus performant en Europe, avec les "Grünen" allemands. Quant au PTB, il constitue un OVNI politique. (...)
POURQUOI LE TRIO PS - PTB - ECOLO PLAÎT-IL À L'ÉLECTEUR ? Pourquoi est-il si "sexy" ? Pour cinq raisons, qui expliquent au moins en partie les succès des trois gauches francophones.
1. Des partis proches du peuple.
2. Des partis new look. (...)Le PTB a rompu avec ses références staliniennes. ECOLO a renoué avec la social-écologie, longtemps portée par feu Jacky Morael.
3.Finies, les bisbrouilles internes.
Le PS est un parti uni. C'est l'un des grands acquis de la présidence d'Elio Di Rupo Il en va de même à ECOLO, où les assemblées générales en forme de tribunal populaire pour élus - toutes les têtes qui dépassaient étaient "coupées" - appartiennent au passé. Quant au PTB, il a lui aussi réglé ses problèmes internes. La vieille garde, adepte d'une soi-disant pureté révolutionnaire, semble avoir définitivement perdu la partie.
4. A bas le sectarisme ! Il fut un temps où le PS ne voyait d'autre issue que dans un scénario de croissance pure et dure. Où Ecolo ne jurait que par les écotaxes. Et où le PTB ressassait le slogan de l'ouverture des frontières. Sur ces questions comme sur plusieurs autres, les trois partis de gauche ont ôté leurs oeillères, cassant leur image sectaire dans l'opinion.
5. Personnalisation (pas) piège à cons? Jadis réticent à personnaliser ses campagnes électorales, ECOLO a viré sa cuti. Il en va de même du PTB, passé maître dans l'art de capitaliser sur le charisme de son homme-orchestre, Raoul Hedebouw. Quant au PS, il semble disposer d'un stock inépuisable de personnalités labellisées "bêtes de scène" (et de médias), à l'instar de Paul Magnette et Philippe Close, sans doute les deux socialistes ayant réalisé, ce 14 octobre, les scores socialistes les plus significatifs, à Charleroi et à Bruxelles.
?
La gauche "la plus sexy du monde" aura-t-elle la lucidité d'unir ses forces ? 
 

COMMENTAIRE DE DIVERCITY 

LE MR EST LA PLUS GRANDE PRÉOCCUPATION DU GOUVERNEMENT SUÉDOIS, écrit le professeur Herman Matthijs après les élections du 14 octobre.
Et de préciser que le SP.A est le grand perdant en Flandre et c'est la deuxième fois d'affilé. Groen gagne partout. Le PVDA PTB fait une percée dans un certain nombre de villes. Néanmoins, ces deux partis n'ont pas connu la percée massive d'Ecolo et de la PTB en Wallonie et à Bruxelles.
Selon Mathijs, le vainqueur de dimanche dernier en Flandre est incontestablement le Vlaams Belang ressuscité de sa mort politique.
Le MR est le grand souci du gouvernement (la  suédoise). Les libéraux francophones sont chaos après ces élections locales dans la Région de Bruxelles-Capitale. Ils passent de 13 à 6 postes d'échevin. La préférence du PS va clairement aux coalitions de gauche, en collaboration avec Défi, Ecolo et la PTB. Autrement dit un nouveau mariage politique entre MR et PS est hors de question.
Les libéraux francophones sont handicapés de par leur position de seul parti francophone au sein de la suédoise fédérale.
Un gouvernement flamand pourra vraisemblablement être facilement formé en 2019. Mais le scrutin du  14 octobre a une fois de plus mis en évidence le comportement de vote de centre-droit en Flandre par contraste avec le réflexe électoral de gauche des deux autres régions. La formation d'un gouvernement fédéral risque donc de vbattre le record de 541 jours de formation du gouvernement en 2010-2011.
Et Mathijs de conclure: "Le MR sera vraisemblablement mis sur les bancs de l'opposition à Bruxelles et en  Wallonie par  le PS à la fin mai 2019. Très affaibli par ces élections le MR est n'aura pas beaucoup de temps pour se re-profiler."

La longue campagne pour les élections du 26 mai 2019 a commencé. Record à battre : 541 jours sans gouvernement. La Belgique fédérale risque d’être ingouvernable au soir des élections générales du 26 mai 2019. Ce jour-là, il s’agira de renouveler les députés fédéraux, régionaux et européens. Autant dire que les enjeux seront énormes.

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