jeudi 25 octobre 2018

Créteil: Macron juge "inacceptable" de menacer un professeur

Par  Le Figaro.fr avec AFP 
 
Emmanuel Macron a réagi samedi soir à la mise en garde à vue à Créteil d'un lycéen soupçonné d'avoir braqué sa professeure avec une arme en demandant que soient prises "toutes les mesures" pour bannir des écoles les menaces envers les enseignants.
"Menacer un professeur est inacceptable. J'ai demandé au ministre de l'Éducation nationale et au ministre de l'Intérieur de prendre toutes les mesures pour que ces faits soient punis et définitivement proscrits des écoles", a tweeté le président.

Les images, terribles, tournées jeudi montrent un adolescent debout dans une salle de classe, menaçant l'enseignante avec un pistolet en lui demandant de l'inscrire "présent" et non "absent" sur la feuille de présence. L'enseignante, assise devant un ordinateur semble plus lasse que paniquée, alors qu'un certain chahut est perceptible dans la classe. Elle a porté plainte le lendemain, accompagnée de sa hiérarchie, a indiqué le rectorat de Créteil.
L'arme est un pistolet à billes "de type airsoft", a précisé une source proche du dossier.


Les professeurs dénoncent l’abandon de leur hiérarchie avec le hashtag #pasdevague
Par Camille Lecuit • 
 
Les professeurs sont nombreux à condamner l’omerta entretenue depuis des années par l’institution scolaire. Crédits photo: shutterstock
Suite à la diffusion de la vidéo du lycéen braquant un professeur, les enseignants dénoncent en masse sur Twitter l’abandon de leur hiérarchie, face à la violence en milieu scolaire.
C’est le #MeToo des enseignants. Depuis quelques jours, le hashtag #Pas de vague a été relayé par des centaines de professeurs sur Twitter, dénonçant les violences dans les établissements et le manque de soutien de leur hiérarchie.
DES TÉMOIGNAGES PRÉOCCUPANTS
Ils sont nombreux à condamner l’omerta entretenue selon eux par l’institution scolaire et les chefs d’établissement. Selon ces tweets, les élèves responsables de ces violences «sont rarement renvoyés», la direction reproche aux professeurs d’être «trop susceptibles», de «prendre les choses trop à coeur», ou de «ne pas avoir fait de rapport qui atteste des faits», empêchant toute mesure répressive.
Je fais cours porte ouverte, un élève passe dans le couloir & crie "Madame M sale pute !"
Première réaction de la Principale "Vous avez peut-être mal entendu car ce n'est pas sa version des faits"
Heureusement que j'avais une douzaine de 6e comme temoins
Un jour un élève de 3ème me pète les clignotants arrières de ma moto ! Le chef d'établissement me demande de ne pas porter plainte et le collège remboursera la réparation !
Titularisation dans un collège "qui craint". Un élève me menace physiquement alors que je lui mets un mot dans le carnet.
Après un arrêt maladie, l'inspection me convoque. "Faut se blinder un peu mademoiselle. Y a pire. Retournez travailler."
J'ai démissionné.
On m'a craché dessus et on m'a menacé de me "castagner A la sortie". Punition : aucune. Je porte plainte. CDE: "bon j'ai posé 3 jours d'exclusion, mais vous êtes dans le répressif, pas dans l'éducatif

Les enseignants déplorent aussi l’inefficacité des conseils de disciplines, lorsqu’ils ne sont pas évités à tout prix par leur hiérarchie. Le manque d’autorité dont font preuve les établissements est aussi imputé aux parents, nombreux selon ces enseignants, à s’offusquer des sanctions et à faire pression sur la direction ou l’équipe pédagogique.


Après la diffusion de la vidéo d'un élève braquant son professeur avec une arme factice dans un lycée de Créteil, la parole du corps enseignant se libère, notamment sur les réseaux sociaux. Quatre femmes directement concernées témoignent.

«Un élève a craché sur le tableau lors de mon premier cours dans un collège de Romainville (Seine-Saint-Denis)», se souvient Hélène, 35 ans, professeure d’espagnol au collège. Cette enseignante rapporte l’incident à son principal. «Ne vous inquiétez pas, vous aurez bientôt des élèves absentéistes», lui rétorque ce dernier.
Ces situations de violence dans le milieu scolaire et l’absence de réactions de la hiérarchie font surface depuis la publication, le jeudi 18 octobre, de la vidéo d’un élève pointant une arme factice sur sa professeure. À travers le hashtag #PasDeVague, de nombreux enseignants témoignent d’agressions, insultes, incivilités, restées impunies voire étouffées par leur direction. Nous avons interrogé quatre enseignantes.
Des violences et une parole remise en cause
On banalise les violences et les actes d'incivilité
Marie, 35 ans
Nathalie, 36 ans, professeure d'anglais dans un lycée professionnel en Seine-Saint-Denis, a eu le droit à un «la prof d'anglais est un sale pute» crié depuis la cour d'école alors qu'elle était dans une salle de classe. Hélène aussi a eu une variante. «Après un conseil de classe, trois élèves m'ont insultée de grosse pute», affirme-t-elle. Dans les deux cas, une fois convoqués devant le principal, les collégiens ont nié les faits. «Le chef d’établissement m’a dit que «ma mémoire auditive ne faisait pas le poids contre leur parole», rapporte Hélène. Nathalie se voit dérouler le même argument.
Remise en cause de la parole des enseignants, minimisation des faits, manque de mesures disciplinaires, les témoignages vont tous dans le même sens. Si les premières années, les jeunes professeurs se révoltent et rapportent les incidents, l'expérience les pousse à accepter de plus en plus de situations difficiles. «Au début, je n'arrêtais pas de faire des rapports, mais quand vous êtes dans le métier depuis dix ans, vous êtes blasés. On banalise les violences et les actes d'incivilité», témoigne Hélène. «On finit par accepter l'inacceptable», regrette Marie, professeur d'histoire géographie du secondaire depuis 12 ans. Si les incidents n'épargnent aucun des deux sexes, ce sont les nouveaux titulaires qui sont le plus souvent cibles d'attaques. «Jeune prof, tu prends cher. Ta première année, c'est du bizutage», résume Hélène.
«J’ai eu très peur quand un élève de troisième qui voulait sortir de classe m’a plaqué contre la porte quand j’ai voulu l’empêcher de quitter la salle», se souvient Marie. C'était dans un collège de Créteil, dans le Val-de-Marne. Elle exerçait son métier depuis quatre ans. Sur Twitter, elle explique qu’elle a porté plainte trois fois face à des actes de violence ou des menaces de la part des élèves sans jamais être soutenue par sa direction. «Que fait-on dans ces cas ? On ne peut pas réagir. On fond en larmes, on va chez le principal, mais le plus souvent il nous reçoit pas, car il n'a pas le temps. On arrive à enseigner certes, mais à quel prix», déplore-t-elle.
"On a peur qu'on nous dise que l'on arrive pas à gérer notre classe"
Parfois, la situation se retourne carrément contre les professeurs. «On a peur que l'on dise qu'on n'arrive pas à gérer notre classe», assure Jenny, 28 ans, professeur de français dans un collège en Alsace. Cette jeune enseignante affirme avoir été lynchée par toute une classe quand elle a essayé d'instaurer un dialogue avec ses élèves. «Comme il y avait un mauvais climat, j'ai essayé de leur demander ce qui n'allait pas. Ils se sont tous lâchés contre moi en disant que j'étais trop petite, qu'ils ne m'aimaient pas», se souvient-elle. Jenny s'estime heureuse d'avoir été soutenue par sa hiérarchie, mais dans d'autres cas, ses collègues ont préféré garder le silence de peur que le chef d'établissement leur reproche leur manque d'autorité.
Absence de moyens, classes surchargées, volonté de la direction de garder une bonne réputation pour l'école, les raisons de l'omerta sont multiples selon ces témoignages. «Plus un établissement fait parler de lui en négatif, moins c'est bon pour le principal», avance Marie. Pour Hélène, les chefs d'établissement sont de moins en moins conscients de la réalité du métier de professeur. «Beaucoup ne savent plus ce que c'est que de faire cours devant une classe de 25 élèves», regrette-t-elle.
Mon métier n'est pas de faire de la discipline mais d'enseigner une discipline
Hélène, 35 ans
L'ampleur du phénomène #PasDeVague les étonne autant qu'il réjouît le corps enseignant. «Cela nous permet de dire les choses que l'on gardait pour soi et permet de prendre connaissance d'un phénomène», se réjouit Jenny. Selon elle, si le regard de la société change sur la profession, les élèves auront également plus de respect pour leurs enseignants. Nathalie n'est «pas convaincue que cela change quelque chose» et regrette la réaction de Jean-Michel Blanquer pour qui le principal responsable serait le téléphone portable. Encore une fois, les enseignants ont l'impression de ne pas être entendus.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LES ENSEIGNANTS ONT L'IMPRESSION DE NE PAS ÊTRE ENTENDUS. 

Ca y est, les langues enfin se délient sur un problème vieux comme l'école: la discipline.
Autrefois elle était "de fer", au fil des décennies elle s'est effritée au point de disparaître totalement dans certaines écoles.
Les témoignages des profs de France sont accablants. L'indiscipline et l'arbitraire règnent aussi chez nous dans pas mal d'établissements scolaires. Nombreux sont les jeunes enseignant.e.s qui quittent le métier avant cinq ans  de galère.  Le taux d'absentéisme de certaines écoles secondaires est affolant. Tout se passe un peu comme si l'école était la ligne de fracture entre les valeurs de la société dite d'accueil et celles des élèves surtout quand la majorité d'entre eux sont issus de cultures de la diversité. Le choc des cultures exacerbe les tensions. L'école incubateur d'intégration théorique se transforme quelquefois en théâtre de la désintégration. Celle des jeunes profs esquintés par les tensions quotidiennes, celles de leurs élèves qui s'y déconstruisent plus qu'ils ne s'y "élèvent". Il s'agit bien là d'une dynamique délétère qui mène tout droit, si on y prend garde, à la décivilisation. Or la hiérarchie qui ne veut surtout "pas de vagues" souffle sur les braises et ce faisant alimente l'incendie. L'école brûle en silence dans l'indifférence générale. Les projets de pactes d'excellence n'y changeront rien. 
Chez nous la décision est prise. Les enseignants de Wallobrux seront formés désormais à l'université, en cinq ans.
Reste à savoir si c'est la solution miracle pour sauver un enseignement moribond et surtout s'il y aura  des candidats en suffisance pour remplir le contrat dans te telles conditions. Surtout, ces enseignants  universitaires seront-ils armés contre l'indiscipline et mieux rémunérés que leurs collègues du système ancien? Les Finlandais ont choisi de payer correctement leurs enseignants parfaitement formés et minutieusement sélectionnés. Surtout ils entendent les soutenir et les respecter.
J'ai assisté vendredi dernier à la séance académique de distribution de diplômes en psychologie et sciences de l'éducation. Elles étaient des centaines en toge noire et calot de master, très peu de garçons, vraiment. Certaines arboraient le foulard sous la toque à pompon.
On peut imaginer que désormais toutes les enseignantes et quelques enseignants rempliront ces conditions pour "faire le job". Est ce vraiment une garantie que ces profs d'un nouveau style viendront à bout de l'indiscipline et surtout de l'échec scolaire?
Dans son hommage académique à feu le professeur Carette, Le professeur Rey a lourdement insisté sur la nécessité de mieux comprendre "comment nos jeunes apprennent de la maternelle à la faculté". C'est en effet le noeud du problème: comprendre comment chacun apprend et par conséquent donner priorité à "apprendre à apprendre". "Les spécialistes s’accordent à dire que tous les Plans d’excellence de la terre ne déboucheront sur rien tant qu’on n’aura pas redonné aux enseignants un statut qui les fasse respecter, rendu leur fonction intellectuellement plus captivante et offert des perspectives de carrière."  «  Si vous devez opérer un choix entre des classes plus petites ou de meilleurs professeurs, optez clairement pour de meilleurs professeurs.  » (Béatrice Delvaux)
Cela en ma qualité d'ancien chef d'école je le sais depuis longtemps, depuis des décennies, en vérité.
Mais qu'on ne s'y trompe pas. Si nous ne parvenons pas à réformer l'école nous irons droit au déclin. Le processus a commencé il y a plus de trente ans.
"C’est dans la préparation des jeunes, à laquelle tout homme doit participer, que se trouve le gage, le seul, d’un avenir où la justice et le droit dans le travail solidaire l’emporteront sur la force et l’iniquité." Ovide Decroly
Observons que les Flamands s'en tirent nettement mieux que les francophones. Leur enseignement est assurément de meilleure qualité.
Nous reviendrons dans un prochain billet sur l'importance du projet éducatif lequel stipule, en principe, quel type de citoyen nous entendons former dans nos écoles.
MG



EH NON, TOUT LE MONDE NE PEUT PAS ÊTRE PROF
  
Hausser le niveau de formation est une étape indispensable. L’éditorial de Béatrice Delvaux. (Le Soir)

Pourquoi le statut social du professeur est-il si bas en Belgique ? Parce que tout le monde est persuadé qu’il pourrait lui aussi faire le job. Tirer vers le haut le statut du professeur est fondamental. » Ce conseil était donné en juin dernier par Andreas Schleicher, l’homme qui, depuis la direction « Education et Compétences » de l’OCDE, chapeaute les fameuses enquêtes Pisa constatant tous les trois ans à quel point la qualité de l’enseignement francophone belge est très moyenne.
C’est dire si ce que propose le nouveau décret est crucial, en faisant passer la durée de la formation de tous les enseignants à quatre ans minimum et par l’université et les hautes écoles.
Bruno Dalimonte.
Les spécialistes s’accordent à dire que tous les Plans d’excellence de la terre ne déboucheront sur rien tant qu’on n’aura pas redonné aux enseignants un statut qui les fasse respecter, rendu leur fonction intellectuellement plus captivante et offert des perspectives de carrière.
Andreas Schleicher, dans cette interview à L’Echo, était catégorique. L’argent n’est pas le problème, il suffit de réallouer les moyens en fonction des bonnes priorités : «  Si vous devez opérer un choix entre des classes plus petites ou de meilleurs professeurs, optez clairement pour de meilleurs professeurs.  »
Les bons et les très bons enseignants sont évidemment déjà la règle. A chaque fois d’ailleurs que nous les interrogeons sur ce qui fait qu’ils sont devenus ce qu’ils sont, acteurs, écrivains, hommes politiques ou scientifiques citent toujours un professeur ou un instituteur qui fut crucial pour leur parcours de vie. Mais aujourd’hui, la société doit leur rendre une sorte de lustre d’antan en les réinstallant à une place haute dans la hiérarchie des métiers et des statuts sociaux.
Hausser le niveau de formation est une étape indispensable : elle permet, remarque l’expert, de professionnaliser le cursus en faisant du professeur non seulement celui qui transmet le savoir, mais aussi un bon coach, un bon mentor ou un évaluateur. Attention, met-il en garde, à ne pas confiner cette formation à l’intérieur des murs de l’université. Et de citer la Finlande où les aspirants professeurs passent beaucoup de temps à faire leurs armes en classe entourés de mentors. C’est d’autant plus crucial en Belgique où les jeunes professeurs se plaignent de débarquer, sans y avoir été préparés, dans des classes de quartiers défavorisés.

L’allongement de la durée de la formation ne peut donc être qu’un début dans ce processus de revalorisation. Il ne servirait même à rien s’il n’était pas suivi de mesures ciblant cette fois la carrière de celui ou celle qui sortira désormais de l’université. Il faut ouvrir des perspectives à ces jeunes professeurs, martèle Andreas Schleicher, en prévoyant des changements de rôle au cours de leur carrière, discutés et planifiés avec la direction de l’établissement scolaire. Il faut également planifier des bols d’oxygène libérant les profs régulièrement de leurs salles de classe durant l’année et sur la durée de leur carrière : «  Il faut leur donner de la visibilité autant que des choses à voir.  » On en est aujourd’hui très éloignés.

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