dimanche 14 octobre 2018

LE JOUR DU SCRUTIN


7h45, les rues sont désertes  encore, une sirène mugit dans le lointain.
Un incident, déjà? Je  cherche un emplacement pour parquer mon véhicule. Une place se libère comme par enchantement. Le conducteur prend son temps, c'est sa place, il la savoure encore un instant. Belle lumière d'automne qui rend tout tellement beau et ce doux soleil matinal...J'avale un croissant  "côté gourmand" avec un espresso brûlant. Lentement je parcours l'avenue Louis Bertrand: pas une seule automobile ne circule encore, quelques vélos seulement. Un calme souverain règne sur la commune. Des piétons prennent la direction de la rue Josaphat. Monsieur Chaffaoui n'a pas encore levé le rideau de sa boucherie. J'aperçois deux policiers en faction devant la belle façade du gymnase de l'école numéro un. Je rejoins le bureau 26 où j'officie comme témoin.
Ca parle flamand et turc dans le bureau de vote mais cela cause un peu français quand même. Le président, un homme affable et prévoyant, a apporté des croissants pour son bureau qui, bon enfant,  doucement se constitue. Il sait y faire, n'impose rien, suggère, s'efface, s'active mais est partout quand même. Les témoins sourcillent pour la forme. La file déjà s'allonge devant la porte du bureau. Ceci n'est pas de nature à entamer son flegme.
Premier mini incident: un électeur d'origine turque à barbe blanche a oublié sa carte d'identité à la maison. Il fulmine, ne comprend pas. L'équipe ne se laisse pas démonter. La file s'allonge encore. Cela bloque un peu du côté du contrôle des trois registres. Perspicace, le président l'a remarqué et il inverse les rôle: très vite la fluidité s'installe. Un électrice me demande avec un sourire narquois si je suis observateur. Elle ne saurait mieux dire. Un électeur flamand en salopette verte s'indigne du temps d'attente. "Wat een slordige organisatie", le président le calme aussitôt dans sa langue. Je lève les yeux vers l'immense plafond, le mur de briques vernissées encombré de toutes sortes d'engins: bouquet de cordes, bomme, cadre à escalader comme quand j'avais huit ans, douze, quatorze. Je peinais à monter à la corde. Mon enfance schaerbeekoise me rattrape soudain.
Je quitte un instant le bureau 26 pour aller voter à mon tour au numéro 25 qui le jouxte. Peu de monde et beaucoup de bonne humeur: femmes voilées, une ou deux dames mûres du Brusilia, des hommes en training de sport barbe de deux jours, une poussette avec un marmot qui hurle, une jeune électrice coiffée d'un casque de cycliste, un vieillard au cheveu rare teint en roux, une dame grisonnante qui arbore un crucifix en or massif su une veste Channel. Le vaste gymnase dessiné en 1906 par Henri Jacobs prend des allures de ruche humaine qui s'active.
Je vote à mon tour  avant d'aller prendre un café à la terrasse ensoleillée de l'Espérance. La démocratie est un exercice qui exige de la patience, de la bonne volonté et de la méthode. Tout baigne ici ce matin hormis un bureau victime de panne  et le programme mis au point par les informaticiens du ministère de l'intérieur est d'une bonne convivialité.
Démocrate je suis, démocrate je demeure.
Au diable tous les populismes et les velléités autoritaristes de certains. Un petit supplément de pédagogie électorale ne ferait de tort à personne.
Le "vouloir mieux" demeure le pire ennemi du bien.
Et quant aux résultats, on verra cela calmement demain, à tête reposée. Je remercie celles et ceux qui m'ont suivi sur ce blog surtout s'ils m'on accordé leur confiance dans l'isoloir.
MG

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