lundi 29 octobre 2018

Violence à l'école : les Français demandent plus d'autorité

Par  Guillaume de Dieuleveult  (Figaro)

SONDAGE - La vidéo d'un lycéen braquant son enseignante a choqué une large majorité des Français, selon une enquête Odoxa-Dentsu Consulting pour Le Figaro et Franceinfo. Jean-Michel Blanquer suscite quant à lui toujours l'adhésion.
Un jeune homme pointant son pistolet vers le visage de son enseignante, qui, sous les quolibets, obtempère à ses ordres: diffusée sur les réseaux sociaux, cette vidéo a profondément choqué les Français, comme le souligne un sondage Odoxa réalisée pour Le Figaro et Franceinfo. Pour l'immense majorité des personnes interrogées (91 %), cette séquence révèle surtout un climat de violence généralisé dans les établissements scolaires. Un point de vue que les électeurs de La France insoumise, du PS et de LaREM partagent, mais dans une moindre proportion que ceux de LR ou du RN.
Apparu sur les réseaux sociaux à la suite de la diffusion de cette vidéo, le hashtag #Pasdevague, qui a fédéré les professeurs s'estimant lâchés par leur direction, a eu une assez grande résonance, puisque, sur Twitter, il a fait l'objet de 171.000 messages dans les deux jours qui ont suivi son lancement. Sur cette question, les enseignants bénéficient du soutien des Français: 80 % d'entre eux estiment qu'ils ne sont pas suffisamment soutenus par leur établissement, ni par le ministère de l'Éducation nationale (86 %).

«UN PLAN D'ACTION»
Paradoxe? Jean-Michel Blanquer, pour sa part, bénéficie toujours de leur soutien. Le ministre de l'Éducation nationale est jugé compétent (63 %), courageux (59 %), sympathique (57 %) et même conservateur (46 %), ce qui, du point de vue de Français demandeurs d'une école plus stricte, n'est sans doute pas un défaut. En matière de sécurité, le sondage souligne d'ailleurs qu'ils sont prêts à soutenir toutes sortes de mesures assez radicales: mise en place de surveillance vidéo aux abords des établissements, mais aussi à l'intérieur, sanctions financières pour les parents d'élèves violents, généralisation des portails de sécurité, fouilles des cartables et même présence, au sein des écoles, d'agents de sécurité. Toutes ces mesures sont majoritairement considérées comme «vraiment efficaces». Jean-Michel Blanquer est donc au diapason de l'opinion, lui qui défendait, jeudi sur CNews, la présence de policiers dans certaines écoles. Dans les jours qui avaient suivi la diffusion de cette vidéo, le gouvernement s'est aussi déclaré décidé à mettre en place un «plan d'action ambitieux visant à mettre un terme à de tels comportements». Sans surprise, il jouit dans ce domaine du soutien de 83 % des Français. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
POLICIERS A L'ECOLE? NON! 

C'est bien évidemment une fausse bonne idée. Pourquoi pas des militaires, tant qu'on y est?
Ce qui est sûr c'est que beaucoup d'enseignants et surtout s'enseignantes vivent dans la peur des élèves récalcitrants- il y en a, on ne saurait le nier- et plus encore dans la crainte des représailles du groupe organisé qui communique sur les réseaux sociaux.
Comment restaurer le prestige de l'enseignant.e. dans un contexte où la violence s'invite partout, y compris à l'école?
Cette question semble sans réponse singulièrement dans les établissements scolaires fréquentés par une majorité d'élèves qui vivent l'exclusion sociale au quotidien et sont persuadés- à tort- qu'ils n'ont pas grand chose à perdre.
La balle est dans le camp de la société et plus singulièrement des partis politiques.
Dans l'entité Wallo Brux on allait voir ce qu'on allait voir avec le grand pari sur le Pacte d'Excellence. C'est tout vu!
Ce qu'on appelait jadis la discipline a du plomb dans l'aile.
Les sanctions semblent avoir peu d'impact sur les élèves les plus récalcitrants, très habiles à mobiliser leurs camarades de classe dans les manoeuvres d'obstruction à l'égard des enseignants les moins expérimentés. Mais on a le grand tort de sous-estimer le rôle essentiel des éducateurs et éducatrices qui sont le tampon entre élèves et enseignants un peu comme les sous-officiers le sont entre les hommes de troupes et ceux qui les commandent. Educateur, autrement dit pion, est un métier extrêmement difficile.
Certes, ils ont un rôle administratif essentiel relatif à la gestion des dossiers des élèves. Ils y consacrent  un temps précieux au détriment de leur rôle d'éducateur. En vérité ils éduquent fort peu et temporisent encore moins les tensions entre enseignant.e.s et enseigné.e.s.  C'est un des noeuds du problème.
Un chef d'école- je le fus pendant des décennies- sait ce qu'il doit à ses éducateurs et éducatrices: ce sont ses troupes de choc capables d'intervenir vite et efficacement pour désamorcer un conflit.
Pourquoi ne pas imaginer un système où les profs en difficulté puissent, via leur GSM faire appel en urgence à l'éducateur/trice?
Mais s'est-on demandé comment ces éducateurs sont formés?
En vérité ils sont recrutés sur base de leur diplôme: avoir accompli l'enseignement secondaire. C'est court, vraiment court.
Ne pourrait-on imaginer une formation de "surveillants éducateurs"? C'est ainsi pourtant qu'on les appelait jadis. Il s'agirait  de leur enseigner avec beaucoup de stage pratiques dans les écoles la psychologie de l'adolescent rebelle et surtout comment gérer et désamorcer sa violence.
Un chef d'établissement sûr de lui et déterminé, secondé par une poignée de surveillants éducateurs aguerris, doit être capable de faire face aux situations les plus tendues sans devoir faire appel à la police, aveu d'impuissance absolu. J'ai connu des surveillants éducateurs alcooliques ou sadiques ou laxistes. C'est une vraie calamité. Mais j'en ai connu de très réactifs et parfaitement maîtres d'eux. Ceux là étaient aussi très populaires parmi les élèves qui se sentaient sous leur protection.
Je ne comprends pas qu'on ne les forme pas soigneusement et surtout qu'on ne les rémunère pas en fonction du rôle clé qu'ils jouent dans une école. Il n'en demeure pas moins que le garant de l'autorité est et demeure le chef d'établissement.
On exige de lui trop de prestations administratives et pas assez de compétences pédagogiques et encore moins d 'entrainement à gérer les situations de crise extrême qu'il sera peu ou prou amené à surmonter dans une société où, -Attali explique pourquoi- la violence est de plus en, plus menaçante et omniprésente.
MG  


RETOUR DE LA VIOLENCE
Jacques Attali,
La violence est partout, aujourd’hui. On la retrouve dans toutes les dimensions de la société, et pas seulement en France. Contre les homosexuels, les journalistes, les professeurs, les hommes politiques, et tous ceux qui ont un peu de différence, d’influence, ou de pouvoir.
Beaucoup voudraient que nul ne puisse plus critiquer ou remettre en cause une autorité ; que tout soit lisse, uniforme, consensuel.
Rien n’est plus dangereux. D’abord, évidemment, pour la démocratie, où la force n’est jamais un argument. Et plus généralement, c’est toujours dans la discussion que se trouve la construction de solutions raisonnables.
A côté de ces manifestations de violence individuelle, d’autres sources sont en train de réapparaître, dans les relations internationales. Des sources de tension, qu’on croyait maîtrisées pour toujours, rouvrent des chemins vers l’enfer. Et même si toutes les statistiques officielles sont rassurantes, voulant démontrer que toutes les formes de violence sont au plus bas, les faits démontrent le contraire. Tant dans la violence privée que dans ce qui menace entre nations.
Ainsi, il faut prendre très au sérieux l’annonce par le président américain de sa volonté de sortir du traité INF (Intermediate Nuclear Forces Treaty) sur les armes nucléaires de portée intermédiaire, un traité signé en 1987 par le dernier dirigeant de l’Union soviétique, Mikael Gorbatchev avec le président américain Ronald Reagan.
Ce traité, en abolissant l’usage de toute une série de missiles d’une portée variant de 500 à 5.500 km, avait mis un terme à la crise déclenchée dans les années 1980 par le déploiement des SS-20 soviétiques à têtes nucléaires en Europe de l’Est. Et par la décision américaine d’installer des fusées équivalentes en Allemagne de l’Ouest. Jusqu’à ce que la négociation ait conduit à démanteler ces armes, des deux côtés.
Donald Trump accuse la Russie de ne pas respecter ce traité « depuis de nombreuses années » Il se plaint en particulier du déploiement par Moscou du système de missiles 9M729, dont la portée, selon Washington, dépasserait les 500 km, en violation du traité. Et d’annoncer que les Etats-Unis se mettraient à « développer aussi ces armes ».
Le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov a rejeté ces accusations : « Non seulement nous ne violons pas le traité, mais nous le respectons de la façon la plus stricte », « Et nous avons fait preuve de patience au fil des années face à de flagrantes violations du traité par les Etats-Unis eux-mêmes ». Il a qualifié cette décision de « très dangereuse », qui, selon lui, «ne sera pas compris par la communauté internationale et va même s’attirer de sérieuses condamnations ». Il a ajouté : Si les États-Unis continuent à agir « de façon maladroite et grossière » et à se retirer unilatéralement de traités internationaux, « alors nous n’aurons pas d’autre choix que de prendre des mesures de rétorsion, y compris impliquant de la technologie militaire ».
Mikhaïl Gorbatchev, signataire du traité il y a trente ans, est immédiatement sorti de sa réserve pour dénoncer « le manque de sagesse » du président américain actuel, appelant « tous ceux qui chérissent un monde sans armes nucléaires » à convaincre Washington de revenir sur sa décision, afin de « préserver la vie sur Terre ».
Berlin a réagi aussi en disant « regretter » le retrait des Etats-Unis du traité, et demandant qu’on en discute au sein de l’OTAN, car une telle décision ne saurait être unilatérale.
Si cela s’envenime, on pourrait imaginer l’installation de forces nucléaires tactiques américaines en Pologne, ce que la Russie ne pourra accepter. On peut craindre aussi la dénonciation du traité New Start sur les missiles stratégiques, qui arrive à expiration en 2021. On se retrouverait alors dans une situation équivalente à celle des années 1980, avec des armes infiniment plus sophistiquées.
Et ceux qui pensent que « c’était mieux avant », seront sur ce nouveau terrain, une fois de plus, contredit.
j@attali.com



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