vendredi 30 novembre 2018

"Gilets jaunes" : chronique d’une crise de communication majeure


OPINIONS
La Libre Belgique 
 
Quand bien même une délégation de "gilets jaunes" est attendue à Matigon ce vendredi, ce sont bien les failles de communication du président Macron qui ont été le terreau fertile de l’essor de ce ras le bol populaire.
Une opinion de Christophe Ginisty, blogueur, professionnel de la communication. 

En France, le coût de la vie n’a pas subitement augmenté depuis qu’Emmanuel Macron est au pouvoir. Les impôts non plus et pourtant la cible de la colère des Gilets Jaunes est clairement le Président de la République, fustigé comme peu de ses prédécesseurs avec une violence inouïe et tenu pour directement responsable de la détresse des classes moyennes et "laborieuses", en première ligne de ce ras le bol populaire inédit dans sa forme et dans son fond.
Que s’est-il donc passé pour que la colère se cristallise à ce point sur sa personne et sa politique alors que la moindre des honnêtetés intellectuelles nous commandent d’admettre que les causes sont bien antérieures à sa prise de fonction ?
Des éléments concourent à penser que tout s’est joué au cours de l’été 2018, qui fut le théâtre d’une séquence de communication catastrophique marquée par l’affaire Benalla, la démission de Nicolas Hulot et celle de Gérard Collomb, séquence que le Président Macron n’a pas su maîtriser et qui a marqué profondément l’opinion publique.
MANQUE DE SIMPLICITÉ DANS LA COMMUNICATION
Emmanuel Macron en est conscient, certaines des mesures qu’il a prises depuis 2017 ne sont pas faciles à accepter pour les classes les plus populaires. La suppression de l’ISF est un symbole fort qui a donné le sentiment que l’on voulait favoriser les plus nantis. La théorie du ruissellement qui repose sur l’idée que la libération des richesses au sommet rejaillit mécaniquement sur les couches inférieures n’a pas été comprise. L’augmentation de certains prélèvements obligatoires pour les retraités a entretenu l’idée que l’on confisquait à ceux qui avaient travaillé toute leur vie une partie de leur dû.
Là où la communication intervient, c'est que, pour faire passer ces mesures, il faut de la pédagogie, de la proximité, de l’empathie, de la simplicité, bref, tout l’inverse de ce qui émane de la gouvernance d’Emmanuel Macron depuis qu’il est à l’Élysée. Le style "Jupitérien" assumé porté par un surdoué certain de son intelligence et de sa supériorité intellectuelle, qui s’isole chaque jour davantage dans son palais, qui ne comprend pas l’émotion ressentie par ses "sujets" lors de l’affaire Benalla, qui laisse partir Hulot et Collomb avec une condescendance stupéfiante, qui fustige un pauvre jardinier au chômage dans son incapacité à trouver du travail, tout cela participe à détériorer le lien avec l’opinion et à faire grandir le sentiment de n’être pas considéré, d'être abandonné par l'élu.
Dans toute décision politique, il y a le fond et la forme et cette dernière ne doit jamais être négligée, même si elle est régulièrement méprisée par celles et ceux qui imaginent que la bonne décision se suffit à elle-même.
Le Général De Gaulle aimait répéter "je vous ai compris" en préambule à ses interventions. Emmanuel Macron ne donne aucun signe de vie de ce côté-là. L’électrocardiogramme de son écoute semble désespérément plat. Il a son agenda et le déroule imperturbablement. Sa tentative de recoller à l’opinion en organisant une semaine mémorielle dans toute la France en préambule aux célébrations du centenaire de la fin de la Grande Guerre fut un flop total.
Son mode de communication par déclarations solennelles, seul face à la caméra en direct de l’Élysée n’ont guère d’impact dans un monde devenu massivement conversationnel.
Ses visites aux têtes couronnées accroissent la distance et donnent le sentiment qu’il évolue sur une autre planète pendant que le peuple trime pour boucler ses fins de mois.
LES CIRCONSTANCES NE SONT JAMAIS ANODINES
Même s’il existe un réel mal-être dans une partie de la société française, cela ne date pas d’hier et la question que nous devons nous poser est celle du moment où ce mal-être éclate. Car les circonstances ne sont jamais anodines. Elles se nourrissent de la conviction que c’est maintenant qu’il faut agir et descendre dans la rue pour renverser la table. Rien ne se passe avant que cela ne devienne une évidence pour nombre de personnes car les citoyens ne se mobilisent jamais n’importe quand. Le contexte est absolument déterminant, il nous en dit autant que sur le sujet lui-même.
Ici, les failles de communication du président Macron ont été le terreau fertile de l’essor de ce ras le bol populaire. Jupiter est devenu la figure statutaire à combattre, l’incarnation d’une provocation qui a rendu les difficultés du quotidien encore plus insupportables.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LE SALAIRE DU MÉPRIS 

Cette analyse implacable des incohérences et des insuffisances communicationnelles du Président Macron révèle que ce surdoué en stratégie internationale apparaît comme un sous-doué sur le plan de l'empathie à l'égard de son peuple qui l'a pris en grippe et fait de lui le bouc émissaire de toutes ses petites misères. On sait comment finissent les boucs émissaires.
Le maître des horloges ne maîtrise plus rien, surtout pas sa communication.
Il incarne aux yeux du "vulgum pecus" en souffrance, la suffisance de l'aristo retranché, bien au chaud dans son château: plus Louis  XVI que Louis le quatorzième roi soleil et jupitérien. Il y eut un Louis XV dit le Bien aimé; voici Emmanuel Premier le Mal aimé. Mal aimé parce qu'il émane de sa manière une posture ressentie comme celle du mépris.
Cela peut-il se corriger? Les Français sceptiques mais bienveillants à son égard en début de quinquennat se montrent déçus pour ne pas dire désenchantés. Le prince charmant n'était-il au fond qu'un crapaud croassant? "Jupiter est devenu la figure statutaire à combattre, l’incarnation d’une provocation qui a rendu les difficultés du quotidien encore plus insupportables."
Et les vilains crapauds de la République, les Le Pen, Mélenchon et autre Wauquiez, de mijoter leur vengeance.
De Gaulle pensait des Français  qu'ils étaient des veaux. Ils se révèlent , à dire vrai,  plutôt moutons de Panurge prêts à enfiler en masse le gilet jaune de la rébellion pour foncer tout droit dans le vide.
MG




jeudi 29 novembre 2018

Le torchon continue de brûler entre Guy Verhofstadt et Viktor Orban


La Libre Belgique 

Le gouvernement hongrois mené par le national-conservateur Viktor Orban a lancé une nouvelle campagne d'affichage dénigrant le chef de file des libéraux (ALDE) au Parlement européen, Guy Verhofstadt.
En septembre dernier, M. Verhofstadt s'était déclaré outré par une précédente campagne médiatique anti-européenne lancée par Budapest à la suite d'un vote de l'hémicycle de l'UE ouvrant la voie à des sanctions contre la Hongrie pour non respect de l'Etat de droit. Le leader de l'ALDE exigeait alors que les 18 millions d'euros qu'avaient coûtés cette action soient retirés de la dotation européenne accordée à la république hongroise.

Le libéral avait également développé une campagne d'affichage déplorant l'attitude de M. Orban, qui chercherait après s'être servi de fonds européens "à détruire l'Europe".
Ces sorties ont vraisemblablement très peu goûté au leader hongrois, qui a désormais à son tour organisé une campagne d'affichage contre l'ancien Premier ministre belge. "Des centaines de personnes sont décédées dans des attaques terroristes depuis 2015, mais Guy Verhofstadt dit: 'il n'y a pas de crise migratoire'. C'est totalement fou", peut-on lire sur des panneaux montés sur des camions circulant dans Budapest.
Dans un tweet, Guy Verhofstadt a estimé que l'initiative de M. Orban n'était pas très originale. "D'abord vous avez copié les politiques de Poutine, ensuite vous avez pris l'argent de l'UE et maintenant vous volez mes idées de campagne", a-t-il ironisé.



COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UNE FRONDE POUJADISTE ANTI EUROPÉENNE 

La campagne pour les européennes a commencé de manière délétère.
Tous les coups seront permis, le ton est donné par Orban et de toute évidence elle focalisera les esprits sur le thème de l'immigration.
En France la dynamique des gilets jaunes risque de faire perdre la face à Macron en faisant échouer son pari de relance européenne et dans la foulée son rêve de réélection. "L'Europe ou le chaos" a prévenu le Président français  devant le Bundestag le 18 novembre. «Notre monde se trouve à la croisée des chemins», a-t-il ajouté. mettant en garde contre le un «nationalisme sans mémoire», voire même un «fanatisme sans repères."
En Belgique la polarisation gauche en Wallonie et droite en Flandre va en s'exacerbant . La FGTB  en remet une couche en exigeant l'augmentation des salaires. La bataille électorale sera rude, très rude;  elle risque de paralyser définitivement le pays, prélude à son évaporation tant redoutée.
Un spectre hante l'Europe celui d'une fronde poujadiste, populiste, identitaire et anti européenne. Trump se frotte les mains et Poutine masse des troupes aux frontières. Lui aussi doit faire face à une grogne populaire aux allures de fronde. Menacé sur le front intérieur, Poutine tente une diversion extérieure en mettant la pression sur l'Ukraine et en agitant le spectre d'une nouvelle guerre. Dangereux. Très dangereux.
Comme la grande vague libertaire de mai 68, la grogne poujadiste anti élitaire est un tsunami qui balaye l'occident et bouscule la démocratie sur son passage. Dangereux. Très dangereux.
MG

 


mercredi 28 novembre 2018

COMPLOTISME?


Méfiance envers les médias, haine du système et de tout ce qui est considéré comme les élites, il semble y avoir des liens entre le mouvement des gilets jaunes et ce qu'on apppelle le "complotisme", une tendance sur laquelle Marie Peltier, chercheuse et historienne, enseignante à la Haute École Galilée à Bruxelles, a publié deux livres. Le dernier s'intitule "Obsession", dans les coulisses du récit complotiste et il est paru aux éditions "Inculte".

Elle était l'invitée de Jour Première ce lundi et expliquait pourquoi les vidéos et infos parodiques étaient parfois prises au sérieux : "On y croit parce qu'il y a un imaginaire antisystème qui, depuis une quinzaine d'années, a gagné énormément de terrain, via Internet évidemment en grande partie, mais au travers surtout de discours politiques qui ont propagé ce type de récits qui se présentent comme un discours contre le pouvoir en place, en quelque sorte. Et ce discours-là a effectivement gagné énormément l'imaginaire collectif".
Une confusion que les sites parodiques alimentent, parfois sans le vouloir : "Ils peuvent participer, parfois malgré eux, à une certaine logique de désinformation. Ça ne veut pas dire qu'on doit arrêter la parodie, mais ça veut dire que ça devient pour le citoyen honnête parfois de plus en plus difficile de différencier ce qui est un discours factuel de ce qui est un discours de pure désinformation et ce qui est un discours qui est censé être de l'ordre de l'humour. Les frontières sont de plus en plus poreuses actuellement".
Et ce qui est frappant chez les gilets jaunes, c'est qu'ils s'inscrivent pleinement dans cette logique antisystème : "Quand on regarde les revendications, et surtout la terminologie utilisée par ces manifestants, on voit qu'il y a une espèce d'essentialisation de ce qui serait le système en place, dans lequel sont mis sur un pied d'égalité les politiques et les médias, comme s'ils travaillaient de mèche et comme si tout ça ne faisait qu'un. C'est aussi ce que ce discours désigne comme les élites. Les élites, c'est aussi une terminologie qui est très liée à l'imaginaire antisystème. Avec des agressions envers les journalistes, même si ce n'est pas le cas de tous les manifestants, mais elles ont eu lieu. Et avec aussi quelque chose qui est propre à cette posture antisystème, qui est une certaine colère, qui a régulièrement dévié envers des cibles qui font partie des minorités de notre société. On a vu qu'il y a eu des agressions racistes, on a vu qu'il y a eu des propos antisémites, et ça, je le mentionne non pas pour diaboliser le mouvement — ce n'est pas le propos — mais c'est pour dire que c'est un symptôme d'un discours global. Et ce discours global ne vient pas de nulle part.
Je vois donc vraiment les gilets jaunes comme une émanation, en quelque sorte, des discours politiques qui ont envahi l'espace public depuis plusieurs années et qui maintenant descendent dans la rue sous une forme excessivement hostile et peu canalisable. On va dire qu'on est désarçonné".
Si en France, on voit que beaucoup de ces porte-parole et des initiateurs sont reliés aux sphères d'extrême droite, on remarque, en Belgique en tout cas, un ralliement à la cause de l'extrême gauche: "Il y a effectivement une partie de l'extrême gauche qui est aussi très forte dans cette posture antisystème depuis plusieurs années, et donc qui se rallie aussi à ce mouvement à l'aune de cette lecture-là. Et ça, c'est aussi quelque chose de beaucoup plus général qu'on voit en Europe actuellement, en Italie notamment : cette espèce d'alliance de certains militants ou de certains cadres d'extrême gauche avec certains militants d'extrême droite, une espèce d'"union" des extrêmes à la faveur justement d'une lecture anti-élite et antisystème".
Un discours antisystème qui mène souvent à la violence : "Le complotisme est un discours d'oppression. C'est un discours qui est hostile à l'émancipation. C'est un discours qui se présente comme un discours rebelle, mais foncièrement c'est un discours qui appelle à la haine envers les minorités et envers les institutions démocratiques. C'est donc un discours qui, à terme, conduit effectivement à une logique violente. Ce n'est pas pour rien qu'il est intrinsèquement lié à l'histoire de l'antisémitisme. Tous les discours fascistes de la première moitié du XXe siècle étaient imprégnés d'une logique complotiste et au final ça a mené à ce qu'on sait, notamment à l'égard de la minorité juive d'Europe. Je ne suis pas en train de dire que le complotisme va évidemment conduire directement à un nouveau génocide, il faut nuancer, mais en tout cas à un climat insurrectionnel. Pas révolutionnaire, contrairement à ce que certains disent actuellement. Plutôt à une espèce de violence à l'égard des institutions démocratiques et à l'égard des minorités culturelles et sexuelles à l'intérieur de nos sociétés. Ce n'est pas pour rien qu'on voit une augmentation des actes homophobes actuellement. Ce n'est pas pour rien qu'on voit une augmentation des agressions racistes. Je ne suis pas en train de dire que ce sont les gilets jaunes qui sont responsables de tout ça. Ça veut dire qu'on a un climat politique qui favorise ce type de transgression et ce type de violence, et qu'il faut prendre ça très au sérieux".


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA POSTURE ANTISYSTÈME

Oui certes, il faut "prendre la posture antisystème très au sérieux".
Toutes celles et tous ceux qui ont banalisé les brexiters ou les partisans de Trump s'en sont mordu les doigts.
Il faut dire que les trois branquignols qui se sont présentés à "c'est pas toujours dimanche" comme porte paroles des contestataires en gilet ne m'ont guère impressionné. Quel contraste avec les pépés bon enfant et les bobonnes en gilets jaunes qui gèrent les barrages de France et de Navarre.
Et voilà qu'Emmanuelle Praet qui généralement n'a pas sa langue en poche et leur est rentrée dans le chou, est devenue une "victime collatérale du mouvement des gilets jaunes". (Jérôme de Warzée). "Ils ont réussi à faire taire Emmanuelle Praet!" qui paradoxalement bénéficia du soutien inattendu de Theo Francken".  Mais peut être RTL est-elle soucieuse avant tout de ne pas s'aliéner la gente bobo qui vote écolo mais ne dédaigne pas l'émission phare du très facétieux  Christophe De Borsu.
Et aussi de l'appui de Denis Ducarme (MR), ministre de l’Agriculture et des Indépendants et même celui de Louis Michel, bref de toute la droite coalisée en sa faveur:
“Je ne suis pas toujours d’accord avec le mode d’expression d’Emmanuelle Praet qui dénote régulièrement un manque de nuance. Mais ce qu’elle exprime est parfois utile !”, assure Denis Ducarme.“Elle met le doigt sur des choses qui doivent être vues sans fard. Emmanuelle Praet s’exprime à sa façon, sans tabou. Car il y a encore des tabous à briser! Elle joue son rôle.”
Et Ducarme de conclure , reprenant à son compte la citation de Beaumarchais : “Sans liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur.” sans préciser toutefois qu'il s'agit de la devise du Figaro.
"Hypocrisie de l’employeur qui recourt à certains « polémistes » ou « chroniqueurs » politiques qui ont pour évidente mission de flirter avec la ligne rouge, pour in fine les dézinguer d’un coup sec sur une occasion prétexte. Et voilà comment une décision relevant de la gestion de son antenne par un employeur, prise au mauvais moment, passe soudain pour une atteinte à la liberté d’expression et de l’interventionnisme politique.
Hypocrisie de partis qui font preuve d’indignation sélective, défendant la liberté d’expression des journalistes dont ils estiment qu’ils « servent » leur ligne, tout en étant peu avares de mesures ou d’expressions visant à décrédibiliser, déstabiliser voire ostraciser les autres." (Béatrice Delvaux)
Oui certes oui, il faut "prendre la posture anti système très au sérieux". Le système serait-il à bout de souffle?
MG


EMMANUELLE PRAET SUSPENDUE: HYPOCRISIES ET LIBERTÉ DE LA PRESSE
   PAR BÉATRICE DELVAUX LE SOIR
Voilà comment une décision relevant de la gestion de son antenne par un employeur, prise au mauvais moment, passe soudain pour une atteinte à la liberté d’expression et de l’interventionnisme politique.

Trois préalables avant d’aller plus avant sur le sujet « chroniqueuse suspendue de RTL », qui virait hier à l’hystérie.
PRÉALABLE NUMÉRO 1. La liberté de presse et d’expression est à préserver absolument. Avec les juges, les journalistes sont les premiers à subir les pressions de pouvoirs mécontents, abusifs ou autocratiques, qui cherchent à museler ces voix indépendantes qui ne sont pas là pour servir le pouvoir en place mais pour le contrôler. Et sont, à ce titre, les garde-fous de la démocratie.
PRÉALABLE NUMÉRO 2. Les journalistes ont des droits mais aussi des devoirs. Ils sont ainsi soumis à des règles déontologiques. Le respect de celles-ci les protège des accusations de produire des « fake news », bien trop utilisées aujourd’hui par ceux qui veulent décrédibiliser ceux qui ne dansent pas comme ils sifflent. A l’inverse, le non-respect de ces règles doit être sanctionné. Un conseil de déontologie a d’ailleurs été créé en Belgique pour contrer le grief, très justement émis à l’époque, d’une profession qui réglait bien trop ses problèmes en vase clos.
Préalable numéro 3. Si un homme ou une femme politique n’est pas d’accord avec un article ou reportage d’un journaliste, il peut solliciter un droit de réponse, faire part de son différend à l’auteur ou à sa hiérarchie.
La presse belge n’est donc pas la jungle sans foi ni loi que certains dans le monde politique, projettent trop souvent. Dans ce contexte, l’« affaire » de la chroniqueuse suspendue par RTL après des propos jugés outranciers par sa chaîne, concentre son quota d’hypocrisie et d’exagérations.
Hypocrisie de l’employeur qui recourt à certains « polémistes » ou « chroniqueurs » politiques qui ont pour évidente mission de flirter avec la ligne rouge, pour in fine les dézinguer d’un coup sec sur une occasion prétexte. Et voilà comment une décision relevant de la gestion de son antenne par un employeur, prise au mauvais moment, passe soudain pour une atteinte à la liberté d’expression et de l’interventionnisme politique.
Hypocrisie de partis qui font preuve d’indignation sélective, défendant la liberté d’expression des journalistes dont ils estiment qu’ils « servent » leur ligne, tout en étant peu avares de mesures ou d’expressions visant à décrédibiliser, déstabiliser voire ostraciser les autres. On l’a vu, à gauche autrefois comme à droite aujourd’hui : chacun défend les « siens » ou ceux qu’ils jugent un moment comme tels, alors que c’est la protection de tous, indifféremment et avec la même virulence, qu’on attend d’eux.
Hypocrisie de Theo Francken in fine qui, dès dimanche soir, instrumentalisait des éléments factuels non établis pour mettre un opposant politique dans l’embarras. «  J’ai peur de ces verts  » : voilà qui venait bien à propos pour faire oublier la revendication de ses inspirations d’extrême droite pour sa politique migratoire. On remarquera au passage avec quelle vitesse les indignations changent de cible.
EMMANUELLE PRAET BRISE LE SILENCE: “RTL M’A UTILISÉE TELLE UNE MARIONNETTE”
La Libre Belgique
“ J’ai été le pantin de RTL pendant quasi dix ans. Je me suis demandé ce que je pouvais encore apporter dans un débat si je ne pouvais plus exprimer mes idées. J’ai bossé dur pour cette émission du dimanche. J’ai toujours préparé mes débats toute la journée du samedi ainsi que la matinée du dimanche.”
“Je n’ai pas incité à un vote. J’ai invité les gens à réfléchir avant de voter, c’est totalement différent. Beaucoup votent par automatisme. Cela m’est complètement égal pour qui chacun vote. J’ai simplement invité à la réflexion intellectuelle. Je ne comprends ce que j’ai dit de mal mais c’est le libre choix de mon employeur de l’interpréter autrement.”
Et la chroniqueuse, journaliste judiciaire à la base, d’ajouter qu’aucun journaliste n’est neutre. “Je ne considère pas qu’il est question ici d’un débat sur la liberté de la presse mais bien sur la liberté d’expression. Et je remercie toutes les personnes qui saluent cette liberté qui n’est manifestement pas chère à RTL puisqu’ils estiment que j’ai franchi la ligne rouge.”
Emmanuelle Praet rappelle aussi que RTL est venue la chercher alors qu’elle était journaliste judiciaire depuis plusieurs années (à la DH). “Ils m’ont utilisée telle une marionnette et n’ont plus voulu que je sorte de ce rôle. Pourtant, des idées de journaliste, je leur en ai donné une série !”
(...)Le dimanche, je craignais toujours d’avoir dit quelque chose de mal et qu’on me tombe dessus. On me donnait de moins en moins la parole. Cela devenait inaudible pour moi. (...)

dimanche 25 novembre 2018

Il y a les vrais et les faux. Les « vrais » gilets jaunes sont les grands perdants de la partie.

Le Soir 

La violence qu’ont imposée les « faux » gilets jaunes à Feluy et à Charleroi a définitivement brisé leur aventure. Les doléances des premiers n’en restent pas moins un puissant avertissement. 

Récapitulons. Le mouvement de protestation des gilets jaunes est apparu en France et a débordé en Belgique dans une moindre mesure. Les protestataires dénoncent le prix des produits pétroliers. Derrière l’incompréhension que suscite l’augmentation des accises, la réforme des retraites, la baisse du pouvoir d’achat et le manque de perspectives font nerveusement la queue.
Jusque-là, chez nous, le mouvement semblait sous contrôle.
Et puis soudain, la contestation bascule dans la violence. Les gilets jaunes pacifiques laissent la place aux casseurs. Ceux-ci occupent désormais le terrain sans que l’on sache précisément s’ils sont issus de l’extrême droite ou de l’ultra gauche, s’ils roulent pour l’un de ces gangs de motards criminels ou s’ils se castagnent les soirs de match entre hooligans.
Pour le mouvement des (vrais) gilets jaunes, les dommages sont considérables. Le cri d’une frange de la population, cette jacquerie spontanée où chacun gueule son ras-le-bol, se perd dans les fumigènes et les lancers de pavés. Sur le tarmac, la racaille a remplacé l’homme de la rue, les Robocop se sont substitués aux huissiers. L’affaire se réglera donc à la matraque.
La perspective de voir finir ainsi ce mouvement est tout sauf une bonne chose. Car sur le feu de la rancœur continue à bouillir un sentiment d’injustice qui ne s’évapore pas. Il peut faire avancer la démocratie, mais il peut aussi la gangrener.
Rien de tout cela n’est en réalité bien neuf. Gauche ou droite, le XXe siècle a été marqué par l’efflorescence de mouvements qui puisaient leur force dans le mélange du ressentiment, de l’ignorance et du manque de justice. Aujourd’hui, si ce cocktail a un goût comparable, les réseaux sociaux en décuplent l’amertume. La tentation populiste n’est jamais bien loin.
Sommes-nous capables de lui apporter un antidote ? C’est là tout le défi. Il est politique, social, économique, environnemental, médiatique. Il passe par un diagnostic en profondeur de notre société et de ses dysfonctionnements. Par une solide remise en question du « modèle ».
Pour s’en convaincre, on se remémorera la phrase malheureuse du ministre français Gérald Darmanin, lui qui dit comprendre les (vrais) gilets jaunes… « Ce que c’est de vivre avec 950 euros par mois quand les additions dans les restaurants parisiens tournent autour de 200 euros ! Pour deux personnes et sans vin »… Cette gaffe en dit long sur le fossé qui sépare le « petit homme » de ceux qui sont censés l’aider. Elle nous rappelle aussi que le changement, comme souvent, doit venir du sommet. 


«GILETS JAUNES» : APRÈS L'ACTE II, QUELLES SUITES POUR LA MOBILISATION ?
Par  Alexis Feertchak  Figaro

Sur les réseaux sociaux, un «acte III» aux Champs-Élysées est déjà prévu pour samedi prochain, les «gilets jaunes» espérant qu'il n'y aura pas de violences, cette fois-ci. Quant au gouvernement, il temporise en attendant une déclaration d'Emmanuel Macron, mardi prochain.
L'acte II de ce samedi a réuni plus de 100.000 «gilets jaunes» répartis dans 1600 lieux de mobilisation dans toute la France. Avec 8000 personnes à Paris, le mouvement a été marqué par de nombreuses violences dénoncées par le ministre de l'Intérieur, qui a déclaré qu'il distinguait les manifestants «bon enfant» des casseursvenus selon lui seulement de «l'ultradroite».
Si ces violences pourraient nuire au message porté par les «gilets jaunes», ceux-ci ont d'ores et déjà déclaré qu'ils souhaitaient organiser un «Acte III» et ne pas reculer face au gouvernement. .
UN ACTE III SAMEDI PROCHAIN, LE 1ER DÉCEMBRE?
Sur Facebook, un événement intitulé «Acte 3 Macron démissionne!» a été créé par la page officielle des «gilets jaunes» pour samedi prochain, le 1er décembre. Plus de 10.000 personnes promettent de s'y rendre et plus de 56.000 personnes se déclarent intéressées. Le lieu indiqué est de nouveau les Champs-Élysées à Paris. «Pour le 1er décembre, il Faudra faire ça proprement. Aucune casse & 5 Millions de Français dans la Rue!! Notre mouvement prend de l'ampleur!!!! Il ne faut RIEN lâcher!!!!!», peut-on lire sur la page Facebook.
Comme le montre bien le message de ce nouvel événement, les «gilets jaunes» craignent de pâtir des violences enregistrées ce samedi, notamment à Paris, alors que leur popularité est forte selon les derniers sondages. Un sondage Elabe publié mercredi dernier par BFM-TV révélait que 73% des Français les soutenaient, un chiffre qui monte même à 85% au sein des classes populaires.
D'OÙ SONT VENUES LES VIOLENCES DE CE SAMEDI?
D'après la plupart des témoignages de journalistes et selon la déclaration du ministre de l'Intérieur, Christophe Castaner, l'immense majorité des «gilets jaunes», peu habitués aux manifestations, n'a pas participé aux violences de ce samedi. Ce sont plutôt des groupes de jeunes casseurs qui ont été à l'origine de celles-ci, faisant montre d'une certaine expérience face aux forces de l'ordre. Le locataire de la place Beauvau a ainsi tenu à distinguer les manifestants déjà présents lors de l'acte I, le 17 novembre, qu'il a qualifiés de «bon enfant», des éléments violents de ce samedi. Il a déclaré à propos de ces derniers que des groupes de «l'ultradroite» avaient été actifs ce samedi dès 10h du matin face aux forces de l'ordre.
Néanmoins, il est permis de croire que des groupes de l'ultragauche ont aussi participé à ces violences, à l'image de signes anarchistes, de drapeaux de Che Guevara ou de slogans d'extrême-gauche tels que «A bas l'État, les flics et les Fachos!» visibles sur les Champs-Élysées. Un de nos journalistes a aussi pu identifier vers 20h un petit groupe scander «Justice nulle part, police partout», slogan de l'ultra gauche inspiré de Victor Hugo. Par ailleurs, sur Facebook ou Twitter, les groupes du «Black Bloc» étaient actifs pour soutenir les violences. Certains ont d'ailleurs déjà partagé l'événement de l'acte III…
COMMENT VA RÉAGIR LE GOUVERNEMENT?
Dans sa déclaration prononcée peu après 19h, Christophe Castaner a donné le ton en veillant à bien distinguer les manifestations «bon enfant», «dont les revendications ont été entendues» par le gouvernement, des casseurs violents contre lesquels le ministre a promis «des sanctions systématiques». Un discours d'apaisement en même temps que de fermeté qui correspond à la position du président de la République Emmanuel Macron qui devrait s'exprimer mardi. Le chef de l'État devrait annoncer un «nouveau cap pour rendre la transition écologique acceptable et démocratique», sans pour autant reculer sur la taxation des carburants. «Nous avons reçu le message des citoyens. Il nous invite à aller plus loin», ont indiqué les conseillers de l'Élysée, sans vouloir dévoiler les annonces de mardi. Mais, vu le degré de colère exprimé par les «gilets jaunes», sans revendications programmatiques claires hors l'impression diffuse mais forte de ne pas être protégés par la puissance publique, cette déclaration présidentielle pourrait ne pas suffire à calmer les esprits.
● QU'EN DIT L'OPPOSITION?
Ce samedi, une large partie des opposants à Emmanuel Macron a fustigé les paroles de Christophe Castaner qui, dans une déclaration vers midi, a fustigé l'extrême-droite et l'ultra-droite, donnant ainsi l'impression d'une coloration politique de la mobilisation dans son ensemble. De Jean-Luc Mélenchon (LFI) à Marine Le Pen (RN, ex-FN) en passant par Olivier Faure (PS), l'opposition a fustigé la stratégie de la majorité qui consisterait selon eux à jeter de l'huile sur le feu. En début de soirée, Christophe Castaner a réaffirmé ses critiques contre Marine Le Pen, condamnant «l'agitation» commise par le Rassemblement national. Répondant à une question d'un journaliste, il a mentionné les Ligues des années 30 et la grande manifestation antiparlementaire du 6 février 1934. «Depuis 1934, aucune manifestation autre que festive n'a eu lieu sur les Champs-Élysées», a ainsi déclaré le ministre, oubliant au passage la grande manifestation du 30 mai 1968, où 400.000 Français ont défilé pour soutenir le Général de Gaulle. Dans un tel contexte, l'opposition pourrait continuer à critiquer unanimement le gouvernement, tout en apportant un soutien variable aux «gilets jaunes». Depuis le début du mouvement, la France insoumise, Debout la France et le Rassemblement national sont ceux qui soutiennent le plus cette mobilisation populaire inédite dans la mesure où elle est largement indépendante des «corps intermédiaires» traditionnels - syndicats et partis en particulier.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UN SPECTRE HANTE L'EUROPE, LA LÉPÉNISATION DES ESPRITS 

Brexit, gilets jaunes, populisme outrancier tout cela participe d'un phénomène complexe qui résulte d'une sorte de "trumpetisation" des mentalités, avatar de la lepénisation des esprits.
On assiste partout en occident à une contestation des élites accompagnée d'un début de révolte de tous les  précarisés qui tirent le diable par la queue et peinent à vivre les fins de mois, contre les nantis, les bien nés qu'on appelait autrefois les privilégiés "culottés" .
En somme, ce qui est menacé c'est rien moins que la cohésion sociale et le consensus démocratique.
Je renvoie à l'analyse brillante de Vincent Engel qui tente de situer la colère noire de la jacquerie jaune dans une vaste perspective socio-économique.
La ramener à un prurit poujadiste peut paraître commode à première vue mais ne saurait rendre compte du gigantesque ras le bol fiscal des classes moyennes européennes sur les épaules de laquelle pèse une charge taxatoire destinée à financer des services publics perçus comme de plus en plus dispendieux et de moins en moins efficaces.
C'est que le discours du café du commerce convainc davantage le bon peuple des Gaules , de Navarre et d'au-delà du vieux  royaume de France que le verbe jupitérien. Certes, la République résiste encore  aux coups de boutoir de la rue  et les puissantes autopompes repoussent les contestataires obstinés trempés comme des soupes. Ils ont juré qu'ils reviendraient et c'est sûr qu'ils le feront, semaine après semaine, jusqu'au moment où ils déposeront dans l'urne un bulletin de vote anti-européen, question de niquer le locataire jupitérien du palais de l'Elysée, comme l'ont fait les brexiters pour dire merdre à Cameron.
Les plus enragés d'entre eux exigent la tête du jeune président qu'ils imaginent sur une pique comme autrefois les sans-culotte.
« Sans-culottes » est le nom donné, au début de la Révolution française de 1789, par mépris, aux manifestants populaires qui portaient des pantalons à rayures et non des culottes, symbole vestimentaire de l'aristocratie d'Ancien Régime.
Qu'on se le dise cette nouvelle révolution est sinon conservatrice, du moins profondément réactionnaire et largement hostile à l'immigration. Marine Le Pen se prépare à gagner le troisième tour et de Wever/Francken/Jambon est assuré d'un beau score en mai 2019!
"A ça ira, ça ira, les aristocrates à la lanterne."
MG


GILETS JAUNES ET COLS BLANCS
  
PAR VINCENT ENGEL
Que se passe-t-il dans la tête d’un homme richissime, qui gagne 78 millions en 4 ans, quand il décide de dissimuler près de la moitié de ces gains colossaux pour échapper à l’impôt ? Quelles histoires aberrantes se raconte-t-il pour justifier l’injustifiable ?

Dans son extraordinaire Sapiens, Yuval Noah Harari raconte comment l’humain est passé très rapidement du stade de fourrageur (cueilleur/pêcheur) à celui d’agriculteur et de citadin. Une révolution agricole qui correspond, contrairement à ce que nous pensons couramment, à un asservissement et à une réduction du bonheur et de la liberté.
Un des points majeurs de cet essai est ce que Harari nomme les « ordres » ou les « réalités imaginaires », autrement dit les « fictions » : «  Cette faculté de parler de fictions est le trait le plus singulier du langage du Sapiens. […] Jamais vous ne convaincrez un singe de vous donner sa banane en lui promettant qu’elle lui sera rendue au centuple au ciel des singes. Mais pourquoi est-ce important ? Somme toute, la fiction peut dangereusement égarer ou distraire. Les gens qui vont dans la forêt en quête de fées ou de licornes sembleraient avoir moins de chance de survie que ceux qui cherchent des champignons ou des cerfs. Et si vous passez des heures à prier des esprits tutélaires inexistants, ne perdez-vous pas un temps précieux qui serait mieux employé à fourrager, vous battre ou forniquer ? Or, c’est la fiction qui nous a permis d’imaginer des choses, mais aussi de le faire collectivement. Nous pouvons tisser des mythes tels que le récit de la création biblique, le mythe du Temps du rêve des aborigènes australiens ou les mythes nationalistes des États modernes. Ces mythes donnent au Sapiens une capacité sans précédent de coopérer en masse et en souplesse. »
Autrement dit, il n’y aurait ni culture, ni civilisation, ni organisation sociale à l’échelle de ce que nous connaissons aujourd’hui sans la fiction. Et ce qui les fonde sont des fictions auxquelles nous choisissons de croire, sans lesquelles il aurait été impossible de mettre en place toutes ces « réalités » sociales et économiques : «  Il n’y a pas de dieux dans l’univers, pas de nations, pas d’argent, pas de droits de l’homme, ni lois ni justice hors de l’imagination commune des êtres humains. […] Essayez donc d’imaginer combien il eût été difficile de créer des États, des Églises ou des systèmes juridiques, si nous ne pouvions parler que de ce qui existe réellement, comme les rivières, les arbres et les lions.  »
LE PASSAGE À L’AGRICULTURE
La révolution agricole a eu un effet : «  maintenir plus de gens en vie dans des conditions pires  », à cause des tâches toujours plus lourdes et épuisantes imposées par l’agriculture, la conservation des récoltes et les dangers énormes qu’une destruction de celles-ci provoquait. Ce qui compte, c’est le nombre, la croissance démographique, qui fait qu’aujourd’hui encore, on accepte de trimer comme des fous toute notre vie pour vivre mal : «  Une des lois d’airain de l’histoire est que les produits de luxe deviennent des nécessités et engendrent de nouvelles obligations. Dès lors que les gens sont habitués à un certain luxe, ils le tiennent pour acquis. Puis se mettent à compter dessus. Et ils finissent par ne plus pouvoir s’en passer.  » Autrement dit, notre « zone de confort » que nous refusons de quitter peut être extrêmement inconfortable, mais c’est celle que nous connaissons et que nous ne voulons pas lâcher.
DES « COOPÉRATIONS » INÉGALITAIRES
Le surcroît de stress, de travail et de fatigue incomba et incombe aujourd’hui encore, et sans doute pour longtemps, aux plus pauvres : les paysans, les ouvriers, les employés. «  Partout surgirent des souverains et des élites qui se nourrirent du surplus des paysans et leur laissèrent juste de quoi subsister. […] L’histoire est une chose que fort peu de gens ont faite pendant que tous les autres labouraient les champs et portaient des seaux d’eau.  » On ajoutera : creusaient des mines, travaillaient à la chaîne, mouraient sur les champs de bataille… Et les « coopérations » qui ont permis le développement de civilisations toujours plus grandes et puissantes ont été et sont encore imposées et inégalitaires.
Croire qu’il y a des hommes libres et des esclaves, ou croire que tous les hommes sont égaux : dans les deux cas, nous avons affaire à des fictions qui permettent la construction d’une société. Pour autant que les individus qui composent cette société adhèrent, croient à cette mythologie. Si les gens cessent de croire à la gravitation universelle, celle-ci continuera néanmoins à s’exercer ; mais s’ils ne croient plus dans les mythologies qui fondent l’ordre imaginaire de leur société, celle-ci est menacée ; «  Préserver un ordre imaginaire requiert des efforts acharnés à chaque instant. Certains prennent la forme de violence et de contraintes. Armées, polices, tribunaux et prisons œuvrent sans cesse pour forcer les gens à se conformer à l’ordre imaginaire.  »
SÉCURITÉ ET VIOLENCE
Parmi ceux qui ont écrit la mythologie des droits de l’homme, Montesquieu avait bien compris que l’égalité et la liberté étaient des pétitions de principe, et que l’une et l’autre étaient menacées à cause de la nature humaine. Il n’avait pas fait le lien qu’établit Harari avec nos ancêtres fourrageurs : ceux-ci, dépendant de la nourriture qu’ils trouvaient dans la nature, auraient, selon Harari, inscrit dans leurs gènes la nécessité de se goinfrer dès qu’ils tombaient sur de la nourriture, car le lendemain n’était jamais assuré. Ce réflexe serait toujours inscrit en nous, ce qui explique notre voracité, qu’elle porte sur du réel (la nourriture, l’alcool) ou sur des fictions (l’argent, le pouvoir). Quelque chose en nous, depuis des milliers d’années, nous dit que trop n’est jamais assez.
SANS FRUGALITÉ, LA SOCIÉTÉ EST EN DANGER
Pour compenser cette gloutonnerie qu’une société d’aisance (relative) rend dangereuse, Montesquieu avait ajouté à l’égalité et à la liberté une troisième force : la frugalité. Autrement dit, la capacité éthique de chacun à limiter sa gourmandise, afin de ne pas accroître démesurément les inégalités ou de ne pas restreindre excessivement les libertés. Et cela, tant au niveau individuel que collectif ; les excès menacent notre santé individuelle – l’obésité, par exemple – et la paix sociale – lorsque les écarts de revenus et de richesses dépassent un ratio tolérable et toléré par tous. Et sans frugalité librement acceptée par chacun, la société est tôt ou tard en danger.
LES GERMES D’UNE RÉVOLUTION, LES RISQUES D’UN ANÉANTISSEMENT
De nombreuses voix, depuis longtemps, tentent en vain d’alerter les dirigeants de nos pays : si l’on continue dans cette direction, où les inégalités se creusent, où des richesses individuelles toujours plus folles se construisent alors que la classe moyenne s’appauvrit, on va dans le mur. Autrement dit, l’ordre imaginaire sur lequel s’est bâtie notre société se disloque. Les rois sont nus et les gens se révoltent.
Carlos Ghosn – tout en lui laissant évidemment la présomption d’innocence – incarnerait alors parfaitement ces gloutons de l’argent et du pouvoir, ce qui n’enlève rien à leurs très grandes qualités de gestionnaires et de dirigeants (lesquelles sont certainement indispensables pour le mettre dans cette position de pouvoir et de richesse). Quel sens y a-t-il à refuser de payer des impôts sur 37 millions quand on en gagne 80 ? Poser la question est déjà une injure à celles et ceux pour qui le montant de ces impôts représente à lui seul le revenu global de plusieurs vies. Et si ce n’est Carlos Ghosn, c’est donc son frère, un des siens ; car ils n’épargnent guère leurs efforts pour épargner toujours davantage. Trop n’est jamais assez…
À l’opposé de ces cols blancs qui dirigent et possèdent le monde, les gilets jaunes manifestent aujourd’hui leur colère. On a tout dit sur ces gens qui bloquent les routes et montrent leur colère : qu’ils étaient manipulés par Mélenchon, par des fascistes, qu’ils étaient racistes… Certains peut-être, sûrement ; ils représentent la société dans son ensemble, avec ses gauchistes, ses fascistes, ses racistes, mais aussi ses bobos, ses écolos, ses gogos, ses zozos. Vous et moi. Des gens qui ne croient plus dans cet ordre imaginaire qui autorise l’obésité financière des Ghosn au prix d’une vie de plus en plus précaire, de plus en plus difficile, de moins en moins confortable.
LE MYTHE DE LA CROISSANCE
Parmi toutes les divinités de notre mythologie malade, la croissance est une des plus invoquées. On lui sacrifie tout, y compris l’avenir. La croissance, telle qu’elle nous domine, n’est rien d’autre que cette voracité portée à l’échelle universelle. Parler de décroissance, c’est traduire en termes contemporains la frugalité de Montesquieu. Pour ce dernier, elle était nécessaire pour assurer la liberté et l’égalité ; la décroissance est désormais indispensable pour garantir non seulement la liberté et l’égalité, mais aussi la survie de l’humanité.
CHANGER DE MYTHE
Le capitalisme qui nous dirige n’est rien d’autre qu’un de ces ordres imaginaires. Une fiction très puissante, qui a apporté beaucoup de bienfaits et beaucoup d’horreurs. Comme tous ceux qui ont précédé, et tous ceux qui suivront sans doute. Mais pour qu’il y ait une suite à l’histoire de l’humanité, il est temps de changer. Non pas de logiciel, comme on l’entend dire à toutes les sauces ; de mythe. On ne croit pas dans un logiciel ; on croit dans un mythe.
Plusieurs histoires sont en compétition pour le Goncourt de l’avenir, dont nous avons déjà connu des variantes (car, comme le disait Proust, il y a moins d’idées que d’hommes…) : le mythe suprémaciste, selon lequel une race, une civilisation, une catégorie sociale a le droit de diriger le monde, voire de l’asservir, et certainement de le mépriser ; le mythe universaliste, remis encore et encore sur le métier, cette fois profondément écologique, au sens fort du terme, dans l’espoir qu’un jour cette merveilleuse fiction des droits de l’homme devienne une réalité aussi tangible que la gravitation universelle.
Ce sera l’un ou l’autre. Ou la fin de cette brève et magnifique histoire de l’humanité.

samedi 24 novembre 2018

Gilets Jaunes : les nouveaux sans-culottes


Eric Cusas
Avocat aux barreaux de Bruxelles et de Paris
OPINION
Le Vif

Gilets Jaunes : les nouveaux sans-culottes 

Les Gilets Jaunes ! Les voici donc ces nouveaux sans-culottes, cette foule populacière hirsute, dépenaillée, ces fossoyeurs de la planète, ces hérétiques de la mondialisation heureuse, ces beaufs que certains voudraient faire passer tout uniment pour un magma haineux, homophobe et raciste.

Voici donc cette tourbe qui se gave de diesel et fume des clopes, ainsi que la qualifie avec un mépris hautain M. Griveaux, porte-parole du gouvernement, qu'on espérerait mieux inspiré et, surtout, mieux disposé envers le peuple auquel il appartient, ne lui déplaise ! Les voici, ces apostats des critères de Maastricht, ces anarchistes aux revendications floues (M. Philippe), ces fauteurs de troubles qui accroissent (on ne sait trop comment), la menace terroriste (M. Castaner) ! Les voici, enfin, ces salauds de pauvres comme le hurlait Jean Gabin dans "La traversée de Paris".
On ne les a pas vus venir, sans-doute par cécité volontaire, et pourtant, ils sont là, tout en colère fluorescente, dans leur accoutrement un peu ridicule. Ils sont là, aux portes du château, tandis que le prince se terre, élaborant quelque fumeuse stratégie ou peut-être simplement dépassé par l'évènement, car gérer l'irrationalité des foules ne s'apprend pas sur les bancs de l'école à moins d'avoir lu et, surtout, digéré Gustave Le Bon. Le prince se lamente aussi, en prenant un ton d'abbé mitré, et il fustige ces Français qui vivent dans la nostalgie d'un passé révolu. C'était à Berlin, il y a quelques jours. Cette habitude de dénigrer ses compatriotes à l'étranger, tout en protestant qu'"en même temps" il les aime est devenue sa marque de fabrique, une sorte de monomanie. Le prince et ses ministres, enfin, donnent des leçons : sur l'inéluctabilité des migrations, sur le travail qui rend libre, sur la trajectoire carbone ou sur les efforts que tous doivent consentir pour que la déesse Europe leur tresse des lauriers.
Et pourtant, cette jacquerie, ainsi que quelques éditorialistes la nomment avec une moue de dédain, et presque en se pinçant le nez, était-elle si imprévisible ? Cette révolte, ce coup de pied de l'âne dont on a trop chargé le bât ne se devinait-elle point à distance ?
Bon nombre de journalistes osent aujourd'hui l'écrire, sans doute à regret, la sociologie des Gilets Jaunes ne correspond en rien à la caricature que d'aucuns dessinent à gros traits, en appuyant bien sur la mine pour que tout le monde comprenne.
Non, il ne s'agit pas uniquement de pauvres diables crevant de misère. On y trouve pêle-mêle de jeunes diplômés, des vieux, pauvres ou non, des crève-la-faim, des gaillards étrangers aux théories macro ou micro économiques, parce qu'ils n'ont pas eu le bon goût de passer six ou sept ans sur les bancs d'une université mais qui, pour autant, ne sont pas amputés de ce simple bon sens qui fait si souvent défaut aux énarques, des membres de la classe moyenne qu'une nomenklatura devenue apatride écrase de charges et sacrifie sans vergogne sur l'autel d'un "projet" aux contours insaisissables dont, de toute manière, ils ne profiteront pas, bref un spectre de la France, d'une certaine France, cette base dont aucun sommet ne saurait se passer.
Oui, il y a des débordements et il faut le déplorer. Jette-t-on cinq cent mille personnes dans les rues ou sur les routes sans que quelques têtes chaudes, parfois même quelques vauriens ne donnent libre cours à la violence qui boue en eux, sous l'effet de la colère ou - hélas ! - parce que telle est leur pente ? Et alors ? Les soixante-huitards vieillissants qui aujourd'hui, comme M. Cohn-Bendit, donnent des leçons de maintien n'ont-ils pas "débordés" eux aussi lorsque dans leurs vertes années ils s'imaginaient changer le monde ?
Oui, certains partis courent après ce mouvement comme des poulets sans tête afin de s'efforcer de le "récupérer" (pour utiliser une expression idiote qui, à force d'être répétée à l'envi, devient comme un signe de ponctuation). Et alors ? Est-ce que cette pathétique tentative rend à elle seule la fureur illégitime ? Est-ce qu'elle atténue la détresse ? "Prenez garde, on vous manipule !" dit M. Macron aux insurgés, en prenant des airs de vierge outragée. La belle leçon de la part d'un homme qui a réussi le plus spectaculaire hold-up démocratique de la cinquième République- cela, on le lui concédera - !
Oui, les Gilets Jaunes rassemblent des gens dont les conceptions politiques se situent à des années lumières les unes des autres, de l'extrême-gauche à l'extrême-droite en passant par toutes les nuances de l'arc-en-ciel (à l'exception des Marcheurs bien entendu). Et alors ? N'est-ce pas la preuve que la grogne traverse toute la société ? N'est-ce pas la démonstration qu'elle échappe aux clivages partisans ? Avant de songer à la forme politique de la société, encore faut-il qu'il y en ait une à organiser et que soit chaque jour renouvelé le plébiscite dont parlait justement Renan.
Oui, l'insurrection des "gueux" est populiste (relevons l'insulte et faisons-en un étendard) en cela qu'elle est populaire. Et alors ? Le peuple est-il si niais qu'il ne puisse comprendre ce qui le touche au plus près ? Est-il si stupide qu'il ne doive s'exprimer qu'à travers le carcan d'élections convenues, qu'il ne lui soit possible que de chuchoter à la fente des urnes quand les urnes ne l'écoutent plus ?
Non, la hausse du prix des carburants n'est pas la seule cause de la révolte : elle n'en est que le détonateur. Soutenir le contraire, ce serait comme prétendre - toutes proportions gardées - que la Révolution ne fut due qu'à deux années de mauvaises récoltes. Cette révolte est un bacille infectieux qui a germé, année après année, et depuis longtemps déjà. M. Macron n'en est évidemment pas l'unique responsable. Il rejoint la cohorte de ceux qui, depuis quarante ans déjà, ont jour après jour, détricoté la nation. Non point la nation belliqueuse et guerrière mais la réunion de ceux qui veulent vivre ensemble et sont prêts, pour cela, à consentir des sacrifices. Nul ne reçoit de bon gré la souffrance s'il n'en comprend pas le sens. Mais il est vrai que le prince, par sa morgue impériale - la seule chose qu'il ait d'impérial à vrai dire -, par son insensibilité assumée à la misère de ceux qui ne sont rien, par son tropisme mondialiste jeté à la face d'une des plus vieilles nations du monde, a réussi le tour de force d'attirer sur lui la foudre de tous les mécontents.
Non M. Macron, personne ne se fera tuer pour ramener le déficit public à 3% du PIB ou pour assurer aux actionnaires un retour trimestriel sur investissement de 15%, et toute la "pédagogie" du monde n'y changera rien.
Non M. Macron, la France n'est pas une banque et vous n'êtes pas le président-directeur-général d'une start up nation.
Non M. Macron, les Français ne sont pas vos employés, c'est vous qui êtes le leur !
Vous êtes, M. Macron, le grand-prêtre de ce que Raymond Aron appelait "une religion séculière", une religion dont le profit est le dieu païen, une religion qui veut que chaque fidèle soit seul parmi les fidèles, qu'il se concentre uniquement sur ses intérêts égoïstes, qu'il abdique ses racines, ses traditions, ses frontières, ses illusions, ses rêves de grandeur - celle-ci fut elle passée -.
Oui vous êtes, M. Macron, je l'espère de tout coeur, hélas sans trop y croire, le dernier grand prêtre d'une religion qui ajoute de la misère morale à la misère matérielle. C'est cela que je voudrais vous dire si j'enfilais un gilet jaune ; et je caresse l'espoir que c'est cela aussi que ceux qui troublent le confort ouaté de votre conseil d'administration essaient de vous signifier, peut-être sans en avoir conscience. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
BLACK SATERDAY 

Numériquement la marche sur Paris est un échec, médiatiquement c'est un incontestable succès. La faute aux casseurs qui ont généré des  images chocs.  Castaner, le tout nouveau ministre de l'intérieur a raté son baptême du feu. Pire il a donné des ailes à Marine Le Pen et rendue très problématique une victoire de Macron aux européennes.
Des images des  champs élyséens saccagés et noirs de fumée font le buzz et entament un  tour du monde.
Les tirs tendus  de grenades  lacrymogènes ont été entendus jusque dans les salons de l'Elysée où Jupiter et ses proches se tenaient retranchés.
La France des riches commence à trembler dans ses appartements de villes cossus  et ses manoirs campagnards.
Est ce grave docteur?
C'est problématique car ne voit pas de quelles foudres  Jupiter pourrait disposer demain pour conjurer la colère de son peuple.
La révolte des gilets jaunes est une jacquerie d'un genre nouveau. Elle mobilise tous les insoumis de France et ils sont bien plus nombreux que les seuls partisans de Jean Luc Mélanchon.
On entend parler de sans culottes comme au début de la révolution française. Révolution est d'ailleurs  dans toutes les bouches. Des petites phrases griffonnées  au marqueur sur les innombrables gilets demandent la tête du roi.
MG


vendredi 23 novembre 2018

Test Pisa: à peine un ado francophone sur deux a le niveau en sciences

Le Soir

Dans la foulée du Pisa 2015, l’ULiège publie une recherche approfondie sur les performances des francophones dans le domaine des sciences. La moitié d’entre eux maîtrisent à peine les connaissances de base.
Les derniers résultats du test Pisa datant de 2015 montrent que les performances des élèves belges francophones de 15 ans sont largement en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE en sciences (485 points pour la Fédération Wallonie-Bruxelles contre 493 dans l’OCDE), proche de la moyenne pour les mathématiques (489 points pour 490) et dans le bas du tableau pour la lecture (483 points pour 493). Le département des Sciences de l’éducation de l’ULiège – qui administre Pisa chez nous – vient de publier, sous la direction scientifique du professeur Dominique Lafontaine, une nouvelle étude détaillant les performances des élèves de 15 ans en sciences.
Si on s’intéresse de plus près à la capacité d’expliquer des phénomènes scientifiques, on s’inquiète : « La moitié des élèves (51 %) ne dépassent pas le niveau 2 de connaissance, soit le niveau charnière élémentaire, expliquent Valérie Quittre et Virginie Dupont, coauteures de l’étude à l’Université de Liège. Autrement dit, en FWB, la moitié des élèves de 15 ans ne peuvent guère aller au-delà de l’application directe de connaissances et de compréhension de concepts scientifiques de base. Et un quart des élèves n’atteignent même pas ce niveau. C’est donc lorsque des savoirs scientifiques proprement dits doivent être mobilisés que les lacunes sont les plus frappantes. »


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
C'EST CONSTERNANT 

Et extrêmement préoccupant pour l'avenir.
Comment ferons-nous dans les décennies à venir pour relever les défis technologiques  et concurrencer les Etats-Unis ou les économies émergentes d'Asie et demain sans doute d'Afrique?
Le Pacte d'Excellence se voulait être le fer de lance de la majorité communautaire francophone. On allait voir ce qu'on allait voir. Joëlle Milquet, super ministre de l'Education et de la Culture remua beaucoup de poussière mais fut forcée de jeter l'éponge. Au final la montagne accoucha d'une souris hideuse.
Ce serait grotesque si ce n'était pas tragique et extrêmement préoccupant pour l'avenir de La Wallonie et de Bruxelles.
La Flandre tire son épingle du jeu dans le classement Pisa. Il est vrai que son enseignement se rapproche plus de la conception des pays nordiques que du modèle latin et singulièrement de l'école de la République que Jean Michel  Blanquer s'efforce de requinquer avec des méthodes ringardes qui ne résoudront rien.
C'est d'une révolution copernicienne dont notre école francophone a besoin. A défaut, nous irons très vite au déclin. Mais peut être y sommes-nous déjà.
MG

jeudi 22 novembre 2018

Gilets jaunes: le gouvernement veut mettre un terme le plus vite possible à un «phénomène inquiétant»


Le Soir
Le Soir (extraits) 


Les autorités belges concernées par les violences qui se sont produites à l’occasion du blocage de centres pétroliers ont convenu d’une stratégie commune pour mettre un terme «  le plus rapidement possible  » à ce phénomène «  inquiétant  ».
«  Nous avons remarqué que des personnes dont les intentions sont violentes abusent du mouvement spontané de citoyens  », a-t-on indiqué au cabinet du ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, à l’issue d’une réunion au centre fédéral de crise qui a rassemblé les services de sécurité et les autorités administratives compétentes.
Des arrangements ont été pris avec les gouverneurs pour identifier et poursuivre rapidement et fermement les fauteurs de trouble. La gestion de la situation incombe toujours aux autorités locales et provinciales mais l’autorité fédérale est prête à leur fournir les moyens nécessaires pour les soutenir au mieux.
Le centre de crise continue à suivre la situation heure par heure.
Il se dit que des «gilets jaunes» voudraient créer un mouvement politique pour les prochaines élections fédérales
Le but est de porter la voix des citoyens lors des prochaines élections fédérales, a annoncé Claude Gilles, un des manifestants, ancien membre du PP. Le PP, tiens, tiens...
.
«  Je viens de m’entretenir avec Antonio Quattrocchi qui est le premier à avoir appelé à manifester en Belgique et c’est décidé  », a déclaré M. Gilles. «  Ce ne sera pas un parti, ce sera vraiment un mouvement citoyen de contestation  ».
«  Nous serons là pour porter la voix de citoyens qui en ont marre, qui sont à bout. Nous prônerons naturellement le référendum et exigerons que le citoyen soit à la base de la réflexion politique belge  ».
DES «GILETS JAUNES» AUX PARTIS JAUNES? TOUT LE MONDE S’INTERROGE, PERSONNE N’Y CROIT
Le mouvement des gilets jaunes, en Belgique, en France, durera-t-il ?  se demande David Coppi. Est-ce de la contestation sociale, ou débouchera-t-il sur la constitution d’une formation politique ? Deux politologues, Emilie Van Haute (ULB) et Pierre Vercauteren (UCL Mons), s’interrogent.
«  Tout le monde a compris que la contestation va bien au-delà du prix de l’essence, mais personne ne sait de quoi il retourne exactement et où tout cela conduira. »
MODESTE CHEZ NOUS, PUISSANT EN FRANCE
« En France, les partis sont dans un état de déliquescence avancé, bien plus avancé que chez nous, et l’émergence de Macron en avait témoigné de façon spectaculaire », estime Pierre Vercauteren. « En Belgique, on a encore un modèle néo-corporatiste où les organisations syndicales et les partis restent très encadrants, ce qui n’est pas le cas en France, où ce genre de mouvement plus ou moins spontané n’est pas exceptionnel, pensez à Nuit debout en 2016, où les gens se levaient contre les réformes du marché du travail », recadre Emilie Van Haute.
« Le phénomène se traduit pour l’instant avec des intensités diverses. Il  indique que les structures intermédiaires, dont les formations politiques, ne suffisent plus. Néanmoins, qu’il y a, en Belgique francophone, la volonté de capter un électorat désemparé malgré tout, en errance, notamment de la part de la droite extrême, qui échoue jusqu’à présent à s’organiser, à avoir une démarche collective. En fait, je dirais que le PTB, à l’autre bout du paysage, a occupé le terrain ces dernières années, qu’il a fixé un électorat flottant et protestataire ».

"Pour s’affirmer politiquement, ce genre de mouvement nécessite de voir émerger en son sein des personnalités connues, des relais dans l’opinion. " Il s'agira d' éviter la dérive » vers les extrêmes. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UN MOUVEMENT DE CARACTÈRE POUJADISTE? 

Les gilets jaunes, expression d’une colère populaire, bousculeront-ils le paysage politique ? se demande Emile Van Haute. Mais qui sont ces gens? Des petits commerçants, des artisans, des paysans, des ouvriers? Ce mouvement rappelle celui que sut structurer et diriger Poujade dans les années cinquante. Ce mouvement revendiquait la défense des commerçants et des artisans, qu'il considérait comme mis en danger par le développement des grandes surfaces dans la France de l'après-guerre, et condamnait l'inefficacité du parlementarisme tel que pratiqué sous la Quatrième République. Par extension, le terme poujadisme est devenu un terme péjoratif désignant un mouvement politique corporatiste à tendance réactionnaire des classes moyennes à supérieures ou « conservatisme de petits-bourgeois »
Sans doute mais leur point commun est de se sentir laissés pour compte par un système qui favorise les nantis, les privilégiés du système, les élites.

"Il indique que les structures intermédiaires, telles que les formations politiques, ne suffisent plus."
" Un électorat désemparé en errance qui échoue jusqu’à présent à s’organiser, à avoir une démarche collective. Le PTB a réussi à fixé un électorat flottant et protestataire ».
"Pour s’affirmer politiquement, ce genre de mouvement nécessite de voir émerger en son sein des personnalités connues, des relais dans l’opinion."
Et voici que ces mal aimés- c'est ainsi qu'ils se vivent-  finissent  par surgir massivement dans la rue, surtout en France.
"Dans le monde d’aujourd’hui, chacun ou presque, gilet jaune ou gilet doré, ne se préoccupe plus que de lui-même" commente Jacques Attali sur son blog.
"Chacun pense que tout lui est dû, que tout ce qui est vital doit lui être fourni gratuitement, que personne ne peut le priver du superflu et qu’il a même le droit de le considérer comme vital."
"Et pourtant, même parmi les gilets dorés, presque personne ne se reconnaît comme riche ; chacun ne voit que ce qui lui manque ; et se plaint de ne pas avoir les moyens de vivre toutes ses envies."
"De fait, aujourd’hui, presque partout dans le monde, la plupart des biens vitaux (la nourriture, l’habillement, l’équipement ménager, le transport collectif) sont beaucoup moins coûteux qu’avant. Certes, certains biens vitaux (logement, la santé, l’éducation le transport individuel) restent hors de portée des plus démunis et supposent de la solidarité entre gilets jaunes et gilets dorés."
"De plus, des biens nouveaux (ordinateurs, tablettes, téléphones mobiles, jeux vidéo, abonnements à des plateformes) se sont glissés dans les besoins vitaux, parce que nul n’imagine de s’en priver. Ce qui réduit la part du revenu disponible pour financer les autres biens vitaux. D’où le sentiment, trompeur, que le pouvoir d’achat de chacun est en baisse, que les impôts sont un vol et les dépenses publiques un dû."
"Or, le pouvoir d’achat n’est pas en baisse. Il est seulement très inégalement, très injustement réparti."
Voici qui nous fait penser à l'ancien régime avec ses privilégiés vivant dans un luxe inouï au mépris d'un tiers état misérable menacé par la moindre famine. Au moment où se déclencha la révolution française, plus d'un million de pauvres se dirigea vers Paris. Tiens comme les gilets jaunes dimanche! Mais  seront-ils un million? Suspense.
MG


Et Attali d'ajouter:  les dépenses publiques, que finance l’impôt, ne sont pas un dû pour les vivants d’aujourd’hui ; et elles sont aussi essentielles au bien-être d’autres que les gilets jaunes et les gilets dorés : les générations futures.
"Or, tant que nous n’avons pas changé de modèle de développement, le bien être d’aujourd’hui nuira à celui de demain : Plus de consommation pille les ressources des générations futures. Plus de justice sociale dégrade leur environnement. Et inversement, réduire les émissions de gaz à effet de serre pour demain aggrave les injustices d’aujourd’hui. Ainsi, augmenter les taxes sur le carbone, pour préparer l’avenir, est inévitablement contraire aux intérêts immédiats des vivants d’aujourd’hui."
Préparer l’avenir ne peut donc être fait qu’au détriment de la satisfaction des désirs immédiats des contemporains, gilets d’or et gilets jaunes confondus.
Pour dépasser cette contradiction, il faut passer au plus vite à un modèle de développement positif, où le bien-être d’aujourd’hui ne nuise pas à celui de demain. Et en particulier où la réduction des injustices dans le présent ne nuise pas à l’environnement dans le futur.
Cela suppose de réduire massivement notre dépendance aux énergies polluantes, pétrole et charbon ; et de diminuer au plus vite notre consommation d’autres produits considérés aujourd’hui comme vitaux et qui seront reconnus demain comme mortels, tels la viande de bœuf, le sucre et tant d’autres. Cela suppose aussi d’orienter la consommation vers les biens immatériels plutôt que matériels ; et, surtout, d’apprendre à découvrir qu’on peut avoir du plaisir à être altruiste."

mercredi 21 novembre 2018

Emmanuel Macron enthousiasmé par l'esprit d'entreprendre des jeunes de Molenbeek

La Libre

Le président français Emmanuel Macron et son épouse Brigitte Macron, accompagnés du roi Philippe et de la reine Mathilde, ont rencontré mardi matin, à l'espace de travail partagé Smart/LaVallée, des acteurs de la vie sociale, culturelle et économique de la commune de Molenbeek-Saint-Jean.
Des acteurs locaux, à commencer par les résidents de cette ancienne blanchisserie reconvertie en 2014, ont accueilli les deux couples dans la cour intérieure.

Une table ronde a ensuite été organisée avec des entrepreneurs culturels de La Vallée - une créatrice de papiers peints, un architecte et une réalisatrice -, mais aussi avec des représentants du centre d'accompagnement Art2Work et de l'incubateur et centre de formation du secteur digital Molengeek, parmi lesquels une jeune femme voilée en fin de formation de codage et qui a lancé sa propre agence web. Molengeek compte environ 30 à 40% de femmes. Le Roi a ouvert les discussions en expliquant au couple présidentiel qu'il tenait beaucoup à lui présenter ces personnes qui s'investissent jour après jour pour aider les jeunes à réaliser leurs rêves.
L'intérêt d'Emmanuel Macron s'est marqué à travers ses questions sur les différents parcours. Il a déclaré qu'il regrettait que des endroits de France aient été isolés, mais a remarqué avec enthousiasme que ces accès à une formation ou à une opportunité permettent de se construire. "Ce n'est pas parce qu'on est né dans tel ou tel endroit du pays qu'on n'a pas le droit d'avoir un projet pour soi et si on n'a pas un projet pour soi, on n'est pas bon pour le reste. Recréer ces réseaux est formidable", a-t-il lancé.
Le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort a lui relevé, en référence au communautarisme marqué à Bruxelles, que "après ça (la création de réseaux au sein des quartiers, ndlr), plus que vivre ensemble, il faut construire ensemble et pour cela il faut que les quartiers se parlent, ce qui constitue l'enjeu pour les années qui viennent".
La bourgmestre de Molenbeek-Saint-Jean, Françoise Schepmans, a de son côté souligné le soutien des pouvoirs publics à ces initiatives.
En écho aux attentats, le président français a estimé que "la pire des choses serait d'assimiler ce qui s'est passé aux quartiers dans leur ensemble et dire que Molenbeek, c'est forcément des mauvais événements, ce n'est pas vrai. Ce n'est pas juste. Parce que ceux qui y vivent n'ont rien à voir avec ce qui s'est passé".
Emmanuel Macron, Brigitte Macron, le Roi et la Reine se sont ensuite attablés avec des acteurs du tissu associatif local dans une salle où étaient exposés des portraits des habitants de la commune réalisés par la Maison des Cultures et de la Cohésion Sociale de Molenbeek.
Le président français a remercié les intervenants pour leur accueil avant de continuer ses visites avec le Roi. La reine Mathilde et Brigitte Macron ont reçu des bouquets de fleurs à leur sortie.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LOIN DES GILETS JAUNES 

Loin des gilets jaunes, Emmanuel Macron a prononcé dimanche un puissant plaidoyer européen à Berlin devant le Bundestag réuni au complet pour la circonstance. Le lendemain il s'envolait pour poursuive ses pérégrinations pro-européennes à Bruxelles où Charles Michel a eu l'idée géniale de le faire accompagner par sa majesté le roi dans la commune de Molenbeek, que tous les citoyens de France et de Navarre prononcent Molenbeck.  Pas un mot de tout cela dans le Monde ni dans Libé.
Le Figaro commente:" À Molenbeek, berceau des terroristes de 2015, Macron veut donner un «autre visage» de la commune
Au deuxième jour de sa visite d'État en Belgique, le président s'est rendu mardi à «LaVallée», un espace de coworking dédié à la création artistique. Lutter contre «l'assignation à résidence». Mardi, Emmanuel Macron a cherché à exporter outre-Quiévrain ce leitmotiv, dont il a fait l'un des axes forts de sa campagne et de son quinquennat. Ainsi, au deuxième et dernier jour de sa visite d'État en Belgique, le président s'est rendu à Molenbeek, pour tenter d'en donner un «autre visage». Composée d'une forte population immigrée, cette commune est présentée comme un berceau du terrorisme puisqu'elle a vu grandir de nombreux djihadistes, dont Salah Abdeslam."
Commentaire de JMDD: "de Waalse liberaal Charles Michel likt voortdurend de hielen van de Franse president Emmanuel Macron voor een topjob bij de EU."

Nous invitons nos lecteurs à prendre connaissance du très beau discours prononcé par le Président français à Berlin.
MG

DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE AU BUNDESTAG À BERLIN, CÉRÉMONIE COMMÉMORATIVE

Le sentiment qui m'étreint au moment de prendre la parole ici devant vous, c'est celui de la gratitude. Je regarde ce lieu, je regarde vos visages et je songe à notre histoire. J'y songe particulièrement en ce jour de deuil populaire qui précisément est né du premier conflit mondial, dont cette année, nous commémorons le centenaire. Rien ne vous obligeait à inviter cette année précisément le Président français. Car la mémoire allemande conserve du 11 novembre 1918, après avoir perdu plus de 2 millions d'Allemands dans cette guerre, un souvenir nécessairement plus sombre encore que la mémoire française.
Rien ne vous y obligeait. Mais vous l'avez fait. Me voici ici devant vous et je vous le dis avec respect : je vous reconnais bien là. Car aucun peuple n'a regardé son histoire avec autant de sincérité et n'a cherché autant que vous à en tirer les leçons. Vous démontrez là, une fois encore, par delà les immenses cimetières où reposent nos compatriotes morts dans des guerres sans précédent, que vous avez décidé de ne jamais cesser de dépasser les querelles anciennes et de travailler sans relâche à la paix.
Pour ce faire, l’Allemagne n’a pas renoncé à être elle-même ; le miracle allemand est au contraire cette faculté de tout un peuple à conjurer les démons sanguinaires du nationalisme qui l’avaient saisi, pour renouer avec sa vocation la plus haute qui, depuis les temps médiévaux, avait été de réfléchir à la liberté de l'homme et à son émancipation politique et sociale.
C'est cette Allemagne des philosophes, des savants, des ingénieurs et des poètes, des artisans et des capitaines d'industrie que vous avez su sauver des enfers où votre pays avait plongé en se laissant égarer par les démagogues et les tyrans. Dans cette résurrection, je suis fier que la France ait joué son rôle car toujours, la France a été aux côtés de l'Allemagne sur ce chemin de l'émancipation.
Après les erreurs de l'après 1918, nous avons su trouver en 1945, ensemble, la force, la grandeur et la lucidité de la réconciliation. C'est parce que nos Nations ont su renouer avec leur génie et se tendre la main dans un compagnonnage retrouvé, que 70 années de paix ont régné sur l'Europe. Cela, nous l'avons fait sans oublier nos morts, sans renier les fautes et les responsabilités, sans éviter la vérité de l'histoire ; nous l'avons fait dans la clarté et l'exigence, dans la confiance et la franchise.
Etre ici, en ce jour particulier, témoigne de ce chemin fait ensemble, car nous retournant sur nos pas, nous pouvons affirmer que nous avons répondu avec force à la célèbre injonction de que Goethe : Und so, über Gräber vorwärts*.
Mais mes chers amis, nous avons encore fait davantage. Depuis deux siècles, nos Nations étaient les moteurs de guerres sans merci et nos éternels conflits avaient fini par dessiner le visage d'une Europe dont la guerre paraissait être le destin. Nous avons décidé de conclure une paix durable et d’en cimenter puissamment le socle, en mettant en commun ce par quoi nous nous faisions la guerre, puis en coopérant dans tant et tant de domaines. Nous avons fait du couple franco-allemand le cœur d'une Europe unie à laquelle se sont joints progressivement des partenaires qui, dans notre histoire, avaient été tantôt nos alliés, tantôt nos adversaires. Nous avons installé ensemble sur notre continent ce sentiment qui n’avait jamais fait qu'affleurer dans les idéaux de nos plus grands penseurs mais que nos peuples ne sentaient que confusément et que nos dirigeants s'acharnaient à refuser : le sentiment européen. Nous avons ensemble, durant ces dernières décennies, fait du rêve d'Erasme, de Goethe, de Hugo et de Zweig une réalité.
Ce sentiment que plus aucune guerre n'est possible entre Européens parce que nous sommes bien plus semblables que nous ne sommes différents et parce que l'histoire a fait émerger progressivement une singularité, une identité, une culture, une vocation européenne. Ce sentiment européen existe parmi nous, responsables politiques ; il est le quotidien de nos institutions et de nos entreprises ; il dessine l'horizon de notre jeunesse et des peuples ; nous n'avons pas nié nos différences, nous ne les avons pas opposées, nous les avons unies et découvert par là-même quel supplément de rayonnement et de souveraineté cela nous donne.
Nous n'avons pas rejeté l'idée des peuples ou celle des Nations mais nous avons dépassé, ensemble, le narcissisme mortel de nos petites différences. Nous n'avons pas dilué, nous avons additionné. Ce qui hier était une réponse aux guerres implacables qui nous avaient déchirés est devenu aujourd'hui notre réponse à la fracturation du monde.
Cette entreprise commune a permis la réconciliation, puis la réunification de votre pays et de notre continent. Nous devons aujourd'hui avoir ensemble le courage d'ouvrir une nouvelle étape. Nous le devons à l'Europe elle-même car nous n'avons au fond pas compris pleinement le moment que nous vivions. Nous le devons à tous ceux qui, durant les sept dernières décennies, ont bâti cette exception qu’est notre Europe.
La menace sécuritaire, l'urgence climatique, le bouleversement numérique, la révolution de l'intelligence artificielle, la transformation agricole, le défi migratoire, tout cela, l'Union européenne n'a pas été conçue pour l'appréhender ou l'affronter. L'Allemagne et la France, avec leurs partenaires, ont su recoudre l'Europe, construire un marché unique en son sein, développer les échanges, stimuler la concurrence, mais il faut bien le dire, notre gestion des frontières, notre défense commune, la juste régulation de l'espace numérique, notre capacité à devenir le continent de l'innovation, notre indépendance monétaire, notre souveraineté alimentaire, nos lois jusqu'ici l'ont à peine effleuré et notre union les aborde encore avec la prudence du débutant.
La nouvelle responsabilité franco-allemande est pourtant là, dans la construction de cette souveraineté moderne, efficace, démocratique et elle ne partira que de nous d'abord. Les mots nous le disent déjà : nous devons surmonter nos tabous et dépasser nos habitudes. En France, la souveraineté raisonne ; en Allemagne, je sais qu'elle peut étonner ou effrayer. En Allemagne, l'unité européenne est cardinale, l'Europe à 28, demain à 27, rassure. La France vit en revanche dans la nostalgie d'un club des six, en oubliant qu'il l'effrayait déjà quand il s'est mis en place dans les années 60.
Ici, les règles créent la confiance et l'adhésion ; de l’autre côté du Rhin, elles ont souvent engendré la méfiance et trop souvent l'art du contournement. Nous sommes pourtant confrontés aux mêmes défis et en fait, nous partageons profondément le même espoir : celui d'un monde régulé, d'un commerce juste, d'un environnement protégé, d'un équilibre permanent qui nous a construits, entre liberté individuelle et solidarité collective ; nous partageons ce goût inédit de la créativité, cette construction singulière de l'individu rationnel et de la patrie universelle et romantique. Tout cela, c'est l’Europe seule et ses valeurs qui peuvent le porter, face aux défis contemporains et dans ce monde qui s'ouvre à nous.
Cette nouvelle responsabilité franco-allemande consiste à doter l'Europe des outils de cette invention nouvelle, des outils de sa souveraineté.
Cette nouvelle étape nous fait peur au fond car chacun devra partager, mettre en commun sa capacité de décision, sa politique étrangère, migratoire ou de développement, une part croissante de son budget et même des ressources fiscales ; construire une défense commune, faire de l'euro une monnaie internationale dotée d'un budget, créer un Office européen de l'asile pour harmoniser nos règles, consolider une agence sanitaire garantissant à tous nos concitoyens leur alimentation de chaque jour comme étant de qualité. C'est tout cela qui nous attend.
Mais je pose ces deux questions : est-il préférable de rester enfermés dans nos immobilismes ? Surtout je demande : était-ce plus facile pour ceux qui nous ont précédés ? Pour Briand et Stresemann, pour Adenauer et de Gaulle, pour Mitterrand et Kohl ? N'ont-ils pas dû surmonter des tabous plus grands, des histoires plus douloureuses, des résistances plus acharnées que nous ? Cette nouvelle responsabilité de l'action qui est la nôtre, nous la devons à l'Europe et nous la devons au monde tel qu'il va, car notre monde se trouve à la croisée des chemins : soit il choisit de se ruer, comme il l'a déjà fait, dans le précipice de la fascination pour la technique sans conscience, pour le nationalisme sans mémoire, pour le fanatisme sans repères ; soit il décide que les formidables acquis de la modernité ouvrent une époque nouvelle dont l'humanité toute entière pourra bénéficier.
C'est sur ce continent, c'est dans notre union que naît aujourd'hui le nouveau modèle numérique, mêlant innovation de rupture, protection des données et régulation des acteurs. C'est d'ici que part et se poursuit le combat pour la transition écologique et contre le changement climatique. C'est en Europe que se forgent les idées de refondation du multilatéralisme commercial, sécuritaire, migratoire et environnemental. L'Europe et en son sein, le couple franco-allemand se trouvent investis de cette obligation de ne pas laisser le monde glisser dans le chaos et de l'accompagner sur le chemin de la paix.
C'est pour cela que l'Europe doit être plus forte. C'est pour cela qu’elle doit être plus souveraine parce qu'elle ne pourra jouer son rôle si elle-même devient le jouet des puissances, si elle ne prend pas davantage des responsabilités dans sa défense et sa sécurité et se contente de jouer les seconds rôles sur la scène mondiale.
Trop de puissances veulent aujourd'hui nous effacer du jeu, en attaquant notre débat public, nos démocraties ouvertes, en excitant nos divisions. Dans ce monde qu'il nous faut regarder en face, notre force, notre vraie force est notre unité ; elle n'est pas synonyme d'unanimité ou d'uniformité. Pour que l'Europe avance, nous devons accepter des rythmes ou des cercles différents, accepter que certains lancent un projet, une coopération - ce fut vrai de Schengen ou de l'euro - mais toujours en restant ouvert à chacun en gardant en tête et au cœur l'intérêt de l'Europe unie. Notre force doit aussi devenir notre souveraineté.
Si nous voulons garantir à nos concitoyens que nous nous mettons en situation de les protéger face aux nouveaux risques et de choisir notre avenir, il nous faut être plus souverains en Européens.
Ce combat n'est pas gagné, il ne sera jamais gagné. Il suppose de prendre ensemble de nouveaux risques ; chaque génération doit le livrer à sa mesure et à sa manière.
Cette main tendue entre nos peuples, chaque génération va s'employer à la tendre de nouveau, surmontant son lot d'hésitations, dépassant ses réticences car nous savons désormais combien nous pouvons accomplir ensemble.
Le 5 septembre 1914, le poète et philosophe français Charles Péguy, tombait au combat à Villeroy, d'une balle dans la tête, alors qu'il menait sa section à l'assaut. La légende raconte que quelques jours plus tôt, à distance de campements, il avait été reconnu par le jeune poète allemand né à Colmar, Ernst Stadler.Ernst Stadler avait traduit en allemand les poèmes de Péguy. Le jeune Allemand adressa à Péguy un mot et Péguy, après des heures d'efforts, ne parvint pas à déchiffrer ce mot. Et il aurait simplement répondu : « Cher ami, je ne vous comprends pas mais je vous aime ». Le 30 octobre 1914, à Ypres, Ernst Stadler tombait à son tour au combat. Il avait 31ans. Toute notre histoire est là : dans ces tragédies tissées d'espoir et d'attachement. Peu avant de mourir, Stadler avait publié son recueil, « Der Aufbruch », où on lit ces vers d'une humanité singulière :
« Vielleicht würden uns am Abend Siegesmärsche umstreichen,
Vielleicht lägen wir irgendwo ausgestreckt unter Leichen.
Aber vor dem Erraffen und vor dem Versinken
Würden unsre Augen sich an Welt und Sonne satt und glühend trinken.“**
C'est pour que nous aussi, nous puissions nous rassasier du soleil et du monde que nos anciens ont donné leur vie. Alors oui, assurément, l'Europe n'est pas exemplaire en tout mais elle offre aujourd'hui au monde le visage de ce que peut l'humanité lorsqu'elle laisse l'espérance l'emporter sur la fatalité, lorsque l'amitié entre les peuples l'emporte sur la passion guerrière, lorsque nous décidons que demain sera meilleur qu'hier.
Le lien puissant entre la France et l'Allemagne est la preuve que cela est possible.
Mesdames, Messieurs, chers amis, au nom de la République française, je veux ici vous remercier une nouvelle fois d'avoir permis qu'en ce jour si particulier, par ma voix, dans cet endroit si riche d'histoire, le peuple français ait pu venir réaffirmer son amitié indéfectible pour le peuple allemand. Merci de m'avoir permis de dire qu'ensemble, je le sais, nous allons ouvrir une nouvelle page de notre Europe qui l'attend et en a tant besoin. Et laissez-moi vous dire que comme pour le petit mot de Stadler à Péguy, à chaque fois que vous ne comprenez peut-être pas tout à fait les mots venant de la France, lisez toujours et avant tout qu'elle vous aime.
Vive la France, vive la République fédérale d'Allemagne, vive l'amitié franco-allemande et vive l’Europe !
*
par-delà les tombes, en avant !
**
Peut-être le soir serions-nous cernés de défilés victorieux
Peut-être girions-nous quelque part, démembrés, sous les cadavres
Mais avant l'empoignade et avant le naufrage
Nos yeux se seraient ardemment rassasiés du monde et du soleil





Coup de théâtre à Forest : les Verts et le PS s'accordent pour gérer ensemble la commune

La Libre

Coup de théâtre à Forest: les Verts et le PS ont annoncé lundi soir "un accord pour une commune verte et solidaire", préfigurant une majorité à deux. Stéphane Roberti (Ecolo) sera le nouveau bourgmestre. 

Au soir du 14 octobre dernier, les électeurs avaient envoyé un signal rendant possible la reconduction de la majorité PS - ECOLO qui dirige Forest depuis 2006 (ndlr: avec DéFI lors de la législature sortante) en confortant significativement la composante écologiste, désormais premier parti de la commune. Mais un accord n'avait pu être trouvé entre ces deux partis.
Des discussions pour un accord de majorité ont, alors, débuté avec trois et ensuite quatre partis: ECOLO/Groen, MR, le cdH et, par la suite, DéFI. Cette alliance permettait une majorité (24 sur 37) "sans aucun doute confortable mais nécessitant un projet commun aux quatre partis", ont souligné lundi soir les futurs partenaires écologistes et socialistes.
A deux, écologistes et socialistes disposent d'une majorité de 21 sièges.
Au cours de la semaine dernière, le PS a proposé à ECOLO de se remettre au tour de la table, ce que les écologistes ont accepté sous certaines conditions.
"Les évènements se sont accélérés ces derniers jours. Des garanties, que nous n'avions pas eues jusqu'ici, ont pu être apportées par les socialistes pour mener avec les écologistes un projet commun dans la confiance et le respect de chacun. Nous voulons penser aux 6 années à venir et il est clair qu'il sera plus aisé de porter un projet à deux partis avec un partenaire avec qui les écologistes ont déjà mené des projets qu'à quatre partenaires. Cet accord, qui sera présenté mardi soir à l'Assemblée Générale des membres ECOLO/GROEN, entre les deux plus importants partis de Forest permettra des avancées considérables en matière de qualité de l'air, de participation citoyenne et d'inclusion. Je me réjouis de pouvoir continuer à travailler avec Charles Spapens et l'équipe socialiste", a souligné Stéphane Roberti en début de soirée.
Celui-ci a tenu à saluer la volonté du MR, du cdH et de DéFI d'avoir tenté de construire ensemble avec les écologistes un avenir pour Forest.
"Je suis content que nous ayons finalement pu aboutir à un accord. Nous avions clairement des affinités progressistes, et c'est une équipe cohérente que nous présentons pour mener de nombreux chantiers à Forest. Cela a pris le temps nécessaire mais ça en valait largement la peine. J'ai hâte de me remettre au service des forestois et de pouvoir poursuivre l'important travail mené jusqu'ici dans un nouvel esprit, sur de nouvelles bases de confiance mutuelle. Nous avons tout en main pour faire de Forest une commune exemplaire, a souligné, Charles Spapens (PS).
Le bourgmestre sortant, Marc-Jean Ghyssels, s'est pour sa part "réjoui pour l'avenir de Forest". Il a indiqué qu'il soutiendrait cette nouvelle équipe, à qui il souhaite plein succès. Il poursuivra son engagement politique "au service de tous les bruxellois tout en restant actif au conseil communal", a-t-il fait savoir.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
AVEC LES VERTS

Décidément, les verts ont le vent en poupe. Ils peuvent s'attendre à progresser encore d'ici mai 2019.



Anvers: les négociations démarrent avec l'éjection du partenaire actuel

Le Vif
Source: Belga

A Anvers, les pourparlers pour une coalition progressent enfin. La N-VA tente de parvenir à un accord avec le SP.A (les socialistes) et l'Open VLD (les libéraux) . Le partenaire actuel de la coalition, CD&V, est donc éjecté de l'équation.
Le sp.a compte développer une approche "critique objective" lors de ces négociations. La tête de liste sp.a Jinnih Beels a d'ores et déjà concédé que les discussions ne seraient pas faciles. "Nous ne voulons pas expliquer à nos enfants que nous n'avons pas essayé" a-t-elle expliqué, précisant que son parti voulait se saisir de l'opportunité pour mettre un accent "social et durable autant que possible ", alors que les défis pour la plus grande ville de Flandre "sont grands".
Les priorités socialistes sont la mobilité, la gestion sociale, le logement, l'enseignement, et la société, principalement la lutte contre les vendeurs de sommeil et davantage d'espace pour les piétons et cyclistes.
Philippe De Backer, tête de liste Open Vld a confirmé que son parti rejoignait la table des négociations lundi soir avec les socialistes et les nationalistes. "L'Open Vld prend ses responsabilités (...) Nous allons faire de notre mieux pour parvenir à une gestion cohérente, positive et stable pour l'avenir d'Anvers en mettant toujours en premier ses habitants".
Le parti n'apporte que deux sièges pour la formation d'un conseil communal, le résultat d'une popularité en berne depuis six ans. Néanmoins, les libéraux étaient les partenaires préférés de la première formation sortie des urnes, la N-VA, en raison de la proximité de leurs programmes respectifs.
En dépit de passe d'armes pré-électorales entre MM. De Backer et De Wever, le libéral a précisé que des contacts "ouverts et constructifs" avaient eu lieu entre les deux hommes, suggérant "une marge pour des solutions créatives et efficaces pour Anvers".

GROEN DÉPLORE L'ABSENCE DE "CHANGEMENT DE CAP" À ANVERS, LE CD&V "SURPRIS"
La section anversoise de Groen ne voit pas de "changement de tendance" dans la note du bourgmestre d'Anvers Bart De Wever (N-VA) par rapport à sa politique actuelle. "A aucun moment il n'a été question d'une réelle tentative de faire un pas vers Groen avec des concessions sur le plan du contenu", estime Wouter Van Besien. De son côté, Kris Peeters, tête de liste CD&V, se dit mardi "très surpris" du choix de partenaires posé par le maïeur de la Métropole. Le chef de file de Groen soutient quant à lui que son parti a été mandaté par les électeurs pour amener du changement dans la politique locale anversoise. "Un changement de cap était nécessaire en matière de qualité de l'air, d'accessibilité au logement, d'égalité des chances", ajoute Wouter Van Besien.
© Belga
"Le soir des élections, Bart De Wever a parlé de collaboration. Curieux de voir ce que cela signifiait et comment Groen pouvait prendre ses responsabilités, nous avons accepté de discuter. Mais Bart De Wever n'a jamais montré ses cartes. Lors du dernier entretien, il nous a présenté un texte dans lequel il n'y avait aucune rupture."
Wouter Van Besien précise que la note ne comprenait par exemple pas de plan de circulation, la politique de stationnement restait inchangée et l'interdiction d'arborer tout signe religieux pour le personnel communal était en outre maintenue.
"Nos électeurs souhaitent une ville à l'air pur, où chacun peut être soi-même et où personne n'est discriminé. Ce nouveau conseil communal ne s'en souciera pas", conclut-il.
Kris Peeters a également réagi sur Radio 2 mardi. "Je ne m'attendais pas à cela." La tête de liste CD&V a reçu un coup de téléphone lundi soir de Bart De Wever l'informant qu'il négociait avec le sp.a et l'Open Vld. "Nous avions discuté de notre programme et j'avais l'impression que ce ne serait pas simple avec une courte majorité, mais que cela pouvait aussi apporter une nouvelle dynamique." "De Wever devait faire un choix et il l'a fait", poursuit M. Peeters. "Ce n'est pas très agréable d'être ainsi relégué dans l'opposition mais c'est la démocratie. Nous tiendrons ce rôle de manière constructive dans l'intérêt de tous les Anversois."


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
ANVERS SANS LES VERTS

En se domiciliant Anvers, le CD&V rêvait de déloger De Wever de l'hôtel de ville d'Anvers et de revêtir l'écharpe maïorale au sein d'une coalition CD&V/VLD/Groen/ SPa. C'est raté.
Bart De Wever semble vouloir unir son destin à celui du VLD et de la Spa d'Anvers. C'est dire combien est grand l'antinomie entre Groen et la N-VA. cela constitue un indice pour les coalitions qui se noueront en mai. Pour Groen le mot d'ordre risque bien d'être: "zonder groen".
MG 

mardi 20 novembre 2018

Michel va signer le pacte migratoire et place la N-VA face à un mur

Le Vif

La Belgique approuvera le pacte migratoire de l'ONU, dont la N-VA ne veut pas, a fait savoir le Premier ministre Charles Michel (MR) à ses partenaires gouvernementaux. Il a donc indiqué qu'il y a une ligne qui ne pourra être franchie. La N-VA, elle, maintient ses critiques sur le texte. Pour Francken, "c'est au chef de gouvernement de trouver
Le quotidien a appris de bonne source que le Premier ministre a fait savoir "avec fermeté" à ses partenaires gouvernementaux que la Belgique signera, comme annoncé à la tribune des Nations unies en septembre, le pacte migratoire, malgré l'opposition de la N-VA.
L'attitude de la N-VA a rendu "furax" Charles Michel qui ne serait "pas prêt à laisser passer", selon des sources au Mouvement Réformateur. Etant le garant des institutions, le Premier ministre n'entend pas que la parole de la Belgique soit reniée pour des raisons électoralistes, suggèrent ces mêmes sources. La crainte de voir émerger l'image d'un pays influencé par l'extrême droite à l'étranger joue aussi dans la position tenue par le chef de gouvernement, argumente-t-on.
De Standaard avance en outre que le Premier ministre a l'intention d'aller lui-même à Marrakech où le texte doit être signé en décembre, afin de faire taire les critiques le suggérant soumis à la N-VA. Quant à Theo Francken: "Le secrétaire d'Etat à l'Asile sera autorisé à se joindre. Il pourra porter les valises de Charles Michel", déclare une source gouvernementale dans le quotidien flamande.
Dorénavant, deux scénarios sont alors envisagés, selon Le Soir: soit la N-VA accepte les exigences du Premier ministre, qui bénéficie du soutien de ses deux autres partenaires flamands du gouvernement, soit la N-VA campe sur ses positions, et libre à elle de considérer qu'elle ne souhaite plus faire partie du gouvernement.
Dans la suédoise, personne ne privilégie le scénario de crise, mais les libéraux semblent prêts à aller à l'affrontement si la N-VA n'opère pas de courbe rentrante, analyse le quotidien.
"LE GOUVERNEMENT SIGNERA LE PACTE DE L'ONU SUR LES MIGRATIONS"
"Le gouvernement va signer le pacte" sur les migrations de l'ONU, a affirmé mardi sur Bel RTL le chef de groupe MR à la Chambre, David Clarinval. "On sait que la N-VA a manifestement des remords, mais elle devra régler ce problème là en interne. A notre niveau, nous le signerons. La Belgique sera audacieuse sur ce sujet", a-t-il déclaré.
Interrogé sur le risque du déclenchement d'une crise gouvernementale, le libéral francophone a estimé que la N-VA était "un parti responsable" et qu'il verrait mal faire tomber l'exécutif fédéral sur une "question de cadre régulatoire".
Le MR est "clairement déterminé à aller jusqu'au bout", a ajouté M. Clarinval. "A titre personnel, je pense tout simplement que la N-VA se dit qu'elle pourrait faire monter la pression pour donner des gages sur sa droite. C'est clairement une attitude électoraliste", a-t-il poursuivi.
LA N-VA MAINTIENT SES CRITIQUES SUR LE TEXTE
La N-VA n'a pas souhaité réagir mardi aux articles de presse faisant état de la volonté ferme du Premier ministre Charles Michel (MR). Les nationalistes flamands renvoient à leur communication de la veille, dans laquelle ils qualifient ce premier accord mondial sur les migrations de "très problématique" sur le fond. Interrogé par Belga, le cabinet du Premier ministre n'a pas souhaité commenter ces articles. Le vice-Premier ministre, Jan Jambon (N-VA), a quant à lui déclaré mardi en radio que sa formation politique voulait que le sujet soit encore discuté au sein du gouvernement.
"C'EST AU CHEF DE GOUVERNEMENT DE TROUVER UNE SOLUTION"
Devant la commission de l'Intérieur, le secrétaire d'Etat N-VA a contesté qu'il n'ait rien dit pendant deux ans et se soit réveillé en septembre, après que M. Michel a annoncé à la tribune des Nations Unies la signature de la Belgique. "Ce sont, pertinemment, des contre-vérités", a-t-il affirmé. Au début de l'année, lors d'une réunion européenne à Sofia, M. Francken dit être l'un des premiers à avoir pris la parole pour exprimer des critiques. "Que nous n'ayons rien dit pendant deux ans, c'est totalement faux", a-t-il ajouté. Comme annoncé la semaine passée, des discussions sont en cours au sein du gouvernement fédéral sur de nombreux points du Pacte: la définition de l'immigration illégale, le regroupement familial, la notion de réfugiés climatiques, etc. "C'est au gouvernement de prendre une décision définitive et ce sera évidemment fait avant le 10 décembre", a assuré M. Francken. La N-VA est isolée au sein du gouvernement, a reconnu le secrétaire d'Etat en marge de la commission, "mais pas au sein de l'Europe". Le secrétaire d'Etat N-VA fait encore remarquer qu'il n'est pas opposé à la coopération entre Etats en matière de politique migratoire, bien au contraire. Il en veut pour preuve les accords bilatéraux qu'il a signés avec plusieurs pays africains, entre autres pour favoriser le rapatriement de personnes en séjour illégal. Mais, à ses yeux, le Pacte de l'ONU pose problème, notamment parce que deux des trois régions du monde qui sont des terres d'immigration, à savoir les Etats-Unis et l'Australie, ne le soutiennent pas; la troisième étant l'Europe.


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
CLASH  INEVITABLE?

Si Charles Michel persiste dans sa détermination à signer le pacte sur les migrations de l'ONU , la suédoise y survivra difficilement. La partie de bras de fer entre le premier ministre et le trio Francken, Jambon, De Wever est engagée. Il est difficile d'imaginer que Charles Michel fasse avaler cette couleuvre à Bart De Wever.
Si le gouvernement devait tomber sur cette crise, nous assisterions à une désynchronisation des élections fédérales-régionales-européennes. Ce qui est sûr c'est qu'une telle rupture rapprocherait le MR du PS lesquels ont conclu récemment un grand nombre d'alliances notamment à Liège, Charleroi et Molenbeek pour ne citer que les rapprochements les plus spectaculaires.
Ce qui paraît certain c'est que ce sont les Verts-Groen qui tireront les marrons du feu.
Reste à savoir comment  se comportera l'électorat flamand en cas d'élections fédérales anticipées. Il est peu probable que la SPa, le CD&V et Groen réunis obtiennent une majorité en Flandre. Tout dépendra sans doute des résultats de Groen qui s'annoncent prometteurs. Il y a de fortes chances que la Belgique entre dans une longue période de turbulences politiques qui risque de précipiter son  évaporation. Mais comme me le fait remarquer très justement un ami flamand, il n'y a pas que les partis politiques qui détiennent le pouvoir. En France, le mouvement des gilets jaunes cherche à démontrer qu'un mouvement spontané ou presque et de type poujadiste peut surgir de nulle part sans l'appui ni l'intervention des partis.
Wait and see: 2019 sera une année difficile et dangereuse pour la Belgique et à l'évidence aussi pour l'Europe.
MG