mercredi 28 novembre 2018

COMPLOTISME?


Méfiance envers les médias, haine du système et de tout ce qui est considéré comme les élites, il semble y avoir des liens entre le mouvement des gilets jaunes et ce qu'on apppelle le "complotisme", une tendance sur laquelle Marie Peltier, chercheuse et historienne, enseignante à la Haute École Galilée à Bruxelles, a publié deux livres. Le dernier s'intitule "Obsession", dans les coulisses du récit complotiste et il est paru aux éditions "Inculte".

Elle était l'invitée de Jour Première ce lundi et expliquait pourquoi les vidéos et infos parodiques étaient parfois prises au sérieux : "On y croit parce qu'il y a un imaginaire antisystème qui, depuis une quinzaine d'années, a gagné énormément de terrain, via Internet évidemment en grande partie, mais au travers surtout de discours politiques qui ont propagé ce type de récits qui se présentent comme un discours contre le pouvoir en place, en quelque sorte. Et ce discours-là a effectivement gagné énormément l'imaginaire collectif".
Une confusion que les sites parodiques alimentent, parfois sans le vouloir : "Ils peuvent participer, parfois malgré eux, à une certaine logique de désinformation. Ça ne veut pas dire qu'on doit arrêter la parodie, mais ça veut dire que ça devient pour le citoyen honnête parfois de plus en plus difficile de différencier ce qui est un discours factuel de ce qui est un discours de pure désinformation et ce qui est un discours qui est censé être de l'ordre de l'humour. Les frontières sont de plus en plus poreuses actuellement".
Et ce qui est frappant chez les gilets jaunes, c'est qu'ils s'inscrivent pleinement dans cette logique antisystème : "Quand on regarde les revendications, et surtout la terminologie utilisée par ces manifestants, on voit qu'il y a une espèce d'essentialisation de ce qui serait le système en place, dans lequel sont mis sur un pied d'égalité les politiques et les médias, comme s'ils travaillaient de mèche et comme si tout ça ne faisait qu'un. C'est aussi ce que ce discours désigne comme les élites. Les élites, c'est aussi une terminologie qui est très liée à l'imaginaire antisystème. Avec des agressions envers les journalistes, même si ce n'est pas le cas de tous les manifestants, mais elles ont eu lieu. Et avec aussi quelque chose qui est propre à cette posture antisystème, qui est une certaine colère, qui a régulièrement dévié envers des cibles qui font partie des minorités de notre société. On a vu qu'il y a eu des agressions racistes, on a vu qu'il y a eu des propos antisémites, et ça, je le mentionne non pas pour diaboliser le mouvement — ce n'est pas le propos — mais c'est pour dire que c'est un symptôme d'un discours global. Et ce discours global ne vient pas de nulle part.
Je vois donc vraiment les gilets jaunes comme une émanation, en quelque sorte, des discours politiques qui ont envahi l'espace public depuis plusieurs années et qui maintenant descendent dans la rue sous une forme excessivement hostile et peu canalisable. On va dire qu'on est désarçonné".
Si en France, on voit que beaucoup de ces porte-parole et des initiateurs sont reliés aux sphères d'extrême droite, on remarque, en Belgique en tout cas, un ralliement à la cause de l'extrême gauche: "Il y a effectivement une partie de l'extrême gauche qui est aussi très forte dans cette posture antisystème depuis plusieurs années, et donc qui se rallie aussi à ce mouvement à l'aune de cette lecture-là. Et ça, c'est aussi quelque chose de beaucoup plus général qu'on voit en Europe actuellement, en Italie notamment : cette espèce d'alliance de certains militants ou de certains cadres d'extrême gauche avec certains militants d'extrême droite, une espèce d'"union" des extrêmes à la faveur justement d'une lecture anti-élite et antisystème".
Un discours antisystème qui mène souvent à la violence : "Le complotisme est un discours d'oppression. C'est un discours qui est hostile à l'émancipation. C'est un discours qui se présente comme un discours rebelle, mais foncièrement c'est un discours qui appelle à la haine envers les minorités et envers les institutions démocratiques. C'est donc un discours qui, à terme, conduit effectivement à une logique violente. Ce n'est pas pour rien qu'il est intrinsèquement lié à l'histoire de l'antisémitisme. Tous les discours fascistes de la première moitié du XXe siècle étaient imprégnés d'une logique complotiste et au final ça a mené à ce qu'on sait, notamment à l'égard de la minorité juive d'Europe. Je ne suis pas en train de dire que le complotisme va évidemment conduire directement à un nouveau génocide, il faut nuancer, mais en tout cas à un climat insurrectionnel. Pas révolutionnaire, contrairement à ce que certains disent actuellement. Plutôt à une espèce de violence à l'égard des institutions démocratiques et à l'égard des minorités culturelles et sexuelles à l'intérieur de nos sociétés. Ce n'est pas pour rien qu'on voit une augmentation des actes homophobes actuellement. Ce n'est pas pour rien qu'on voit une augmentation des agressions racistes. Je ne suis pas en train de dire que ce sont les gilets jaunes qui sont responsables de tout ça. Ça veut dire qu'on a un climat politique qui favorise ce type de transgression et ce type de violence, et qu'il faut prendre ça très au sérieux".


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
LA POSTURE ANTISYSTÈME

Oui certes, il faut "prendre la posture antisystème très au sérieux".
Toutes celles et tous ceux qui ont banalisé les brexiters ou les partisans de Trump s'en sont mordu les doigts.
Il faut dire que les trois branquignols qui se sont présentés à "c'est pas toujours dimanche" comme porte paroles des contestataires en gilet ne m'ont guère impressionné. Quel contraste avec les pépés bon enfant et les bobonnes en gilets jaunes qui gèrent les barrages de France et de Navarre.
Et voilà qu'Emmanuelle Praet qui généralement n'a pas sa langue en poche et leur est rentrée dans le chou, est devenue une "victime collatérale du mouvement des gilets jaunes". (Jérôme de Warzée). "Ils ont réussi à faire taire Emmanuelle Praet!" qui paradoxalement bénéficia du soutien inattendu de Theo Francken".  Mais peut être RTL est-elle soucieuse avant tout de ne pas s'aliéner la gente bobo qui vote écolo mais ne dédaigne pas l'émission phare du très facétieux  Christophe De Borsu.
Et aussi de l'appui de Denis Ducarme (MR), ministre de l’Agriculture et des Indépendants et même celui de Louis Michel, bref de toute la droite coalisée en sa faveur:
“Je ne suis pas toujours d’accord avec le mode d’expression d’Emmanuelle Praet qui dénote régulièrement un manque de nuance. Mais ce qu’elle exprime est parfois utile !”, assure Denis Ducarme.“Elle met le doigt sur des choses qui doivent être vues sans fard. Emmanuelle Praet s’exprime à sa façon, sans tabou. Car il y a encore des tabous à briser! Elle joue son rôle.”
Et Ducarme de conclure , reprenant à son compte la citation de Beaumarchais : “Sans liberté de blâmer il n’est point d’éloge flatteur.” sans préciser toutefois qu'il s'agit de la devise du Figaro.
"Hypocrisie de l’employeur qui recourt à certains « polémistes » ou « chroniqueurs » politiques qui ont pour évidente mission de flirter avec la ligne rouge, pour in fine les dézinguer d’un coup sec sur une occasion prétexte. Et voilà comment une décision relevant de la gestion de son antenne par un employeur, prise au mauvais moment, passe soudain pour une atteinte à la liberté d’expression et de l’interventionnisme politique.
Hypocrisie de partis qui font preuve d’indignation sélective, défendant la liberté d’expression des journalistes dont ils estiment qu’ils « servent » leur ligne, tout en étant peu avares de mesures ou d’expressions visant à décrédibiliser, déstabiliser voire ostraciser les autres." (Béatrice Delvaux)
Oui certes oui, il faut "prendre la posture anti système très au sérieux". Le système serait-il à bout de souffle?
MG


EMMANUELLE PRAET SUSPENDUE: HYPOCRISIES ET LIBERTÉ DE LA PRESSE
   PAR BÉATRICE DELVAUX LE SOIR
Voilà comment une décision relevant de la gestion de son antenne par un employeur, prise au mauvais moment, passe soudain pour une atteinte à la liberté d’expression et de l’interventionnisme politique.

Trois préalables avant d’aller plus avant sur le sujet « chroniqueuse suspendue de RTL », qui virait hier à l’hystérie.
PRÉALABLE NUMÉRO 1. La liberté de presse et d’expression est à préserver absolument. Avec les juges, les journalistes sont les premiers à subir les pressions de pouvoirs mécontents, abusifs ou autocratiques, qui cherchent à museler ces voix indépendantes qui ne sont pas là pour servir le pouvoir en place mais pour le contrôler. Et sont, à ce titre, les garde-fous de la démocratie.
PRÉALABLE NUMÉRO 2. Les journalistes ont des droits mais aussi des devoirs. Ils sont ainsi soumis à des règles déontologiques. Le respect de celles-ci les protège des accusations de produire des « fake news », bien trop utilisées aujourd’hui par ceux qui veulent décrédibiliser ceux qui ne dansent pas comme ils sifflent. A l’inverse, le non-respect de ces règles doit être sanctionné. Un conseil de déontologie a d’ailleurs été créé en Belgique pour contrer le grief, très justement émis à l’époque, d’une profession qui réglait bien trop ses problèmes en vase clos.
Préalable numéro 3. Si un homme ou une femme politique n’est pas d’accord avec un article ou reportage d’un journaliste, il peut solliciter un droit de réponse, faire part de son différend à l’auteur ou à sa hiérarchie.
La presse belge n’est donc pas la jungle sans foi ni loi que certains dans le monde politique, projettent trop souvent. Dans ce contexte, l’« affaire » de la chroniqueuse suspendue par RTL après des propos jugés outranciers par sa chaîne, concentre son quota d’hypocrisie et d’exagérations.
Hypocrisie de l’employeur qui recourt à certains « polémistes » ou « chroniqueurs » politiques qui ont pour évidente mission de flirter avec la ligne rouge, pour in fine les dézinguer d’un coup sec sur une occasion prétexte. Et voilà comment une décision relevant de la gestion de son antenne par un employeur, prise au mauvais moment, passe soudain pour une atteinte à la liberté d’expression et de l’interventionnisme politique.
Hypocrisie de partis qui font preuve d’indignation sélective, défendant la liberté d’expression des journalistes dont ils estiment qu’ils « servent » leur ligne, tout en étant peu avares de mesures ou d’expressions visant à décrédibiliser, déstabiliser voire ostraciser les autres. On l’a vu, à gauche autrefois comme à droite aujourd’hui : chacun défend les « siens » ou ceux qu’ils jugent un moment comme tels, alors que c’est la protection de tous, indifféremment et avec la même virulence, qu’on attend d’eux.
Hypocrisie de Theo Francken in fine qui, dès dimanche soir, instrumentalisait des éléments factuels non établis pour mettre un opposant politique dans l’embarras. «  J’ai peur de ces verts  » : voilà qui venait bien à propos pour faire oublier la revendication de ses inspirations d’extrême droite pour sa politique migratoire. On remarquera au passage avec quelle vitesse les indignations changent de cible.
EMMANUELLE PRAET BRISE LE SILENCE: “RTL M’A UTILISÉE TELLE UNE MARIONNETTE”
La Libre Belgique
“ J’ai été le pantin de RTL pendant quasi dix ans. Je me suis demandé ce que je pouvais encore apporter dans un débat si je ne pouvais plus exprimer mes idées. J’ai bossé dur pour cette émission du dimanche. J’ai toujours préparé mes débats toute la journée du samedi ainsi que la matinée du dimanche.”
“Je n’ai pas incité à un vote. J’ai invité les gens à réfléchir avant de voter, c’est totalement différent. Beaucoup votent par automatisme. Cela m’est complètement égal pour qui chacun vote. J’ai simplement invité à la réflexion intellectuelle. Je ne comprends ce que j’ai dit de mal mais c’est le libre choix de mon employeur de l’interpréter autrement.”
Et la chroniqueuse, journaliste judiciaire à la base, d’ajouter qu’aucun journaliste n’est neutre. “Je ne considère pas qu’il est question ici d’un débat sur la liberté de la presse mais bien sur la liberté d’expression. Et je remercie toutes les personnes qui saluent cette liberté qui n’est manifestement pas chère à RTL puisqu’ils estiment que j’ai franchi la ligne rouge.”
Emmanuelle Praet rappelle aussi que RTL est venue la chercher alors qu’elle était journaliste judiciaire depuis plusieurs années (à la DH). “Ils m’ont utilisée telle une marionnette et n’ont plus voulu que je sorte de ce rôle. Pourtant, des idées de journaliste, je leur en ai donné une série !”
(...)Le dimanche, je craignais toujours d’avoir dit quelque chose de mal et qu’on me tombe dessus. On me donnait de moins en moins la parole. Cela devenait inaudible pour moi. (...)

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