jeudi 22 novembre 2018

Gilets jaunes: le gouvernement veut mettre un terme le plus vite possible à un «phénomène inquiétant»


Le Soir
Le Soir (extraits) 


Les autorités belges concernées par les violences qui se sont produites à l’occasion du blocage de centres pétroliers ont convenu d’une stratégie commune pour mettre un terme «  le plus rapidement possible  » à ce phénomène «  inquiétant  ».
«  Nous avons remarqué que des personnes dont les intentions sont violentes abusent du mouvement spontané de citoyens  », a-t-on indiqué au cabinet du ministre de l’Intérieur, Jan Jambon, à l’issue d’une réunion au centre fédéral de crise qui a rassemblé les services de sécurité et les autorités administratives compétentes.
Des arrangements ont été pris avec les gouverneurs pour identifier et poursuivre rapidement et fermement les fauteurs de trouble. La gestion de la situation incombe toujours aux autorités locales et provinciales mais l’autorité fédérale est prête à leur fournir les moyens nécessaires pour les soutenir au mieux.
Le centre de crise continue à suivre la situation heure par heure.
Il se dit que des «gilets jaunes» voudraient créer un mouvement politique pour les prochaines élections fédérales
Le but est de porter la voix des citoyens lors des prochaines élections fédérales, a annoncé Claude Gilles, un des manifestants, ancien membre du PP. Le PP, tiens, tiens...
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«  Je viens de m’entretenir avec Antonio Quattrocchi qui est le premier à avoir appelé à manifester en Belgique et c’est décidé  », a déclaré M. Gilles. «  Ce ne sera pas un parti, ce sera vraiment un mouvement citoyen de contestation  ».
«  Nous serons là pour porter la voix de citoyens qui en ont marre, qui sont à bout. Nous prônerons naturellement le référendum et exigerons que le citoyen soit à la base de la réflexion politique belge  ».
DES «GILETS JAUNES» AUX PARTIS JAUNES? TOUT LE MONDE S’INTERROGE, PERSONNE N’Y CROIT
Le mouvement des gilets jaunes, en Belgique, en France, durera-t-il ?  se demande David Coppi. Est-ce de la contestation sociale, ou débouchera-t-il sur la constitution d’une formation politique ? Deux politologues, Emilie Van Haute (ULB) et Pierre Vercauteren (UCL Mons), s’interrogent.
«  Tout le monde a compris que la contestation va bien au-delà du prix de l’essence, mais personne ne sait de quoi il retourne exactement et où tout cela conduira. »
MODESTE CHEZ NOUS, PUISSANT EN FRANCE
« En France, les partis sont dans un état de déliquescence avancé, bien plus avancé que chez nous, et l’émergence de Macron en avait témoigné de façon spectaculaire », estime Pierre Vercauteren. « En Belgique, on a encore un modèle néo-corporatiste où les organisations syndicales et les partis restent très encadrants, ce qui n’est pas le cas en France, où ce genre de mouvement plus ou moins spontané n’est pas exceptionnel, pensez à Nuit debout en 2016, où les gens se levaient contre les réformes du marché du travail », recadre Emilie Van Haute.
« Le phénomène se traduit pour l’instant avec des intensités diverses. Il  indique que les structures intermédiaires, dont les formations politiques, ne suffisent plus. Néanmoins, qu’il y a, en Belgique francophone, la volonté de capter un électorat désemparé malgré tout, en errance, notamment de la part de la droite extrême, qui échoue jusqu’à présent à s’organiser, à avoir une démarche collective. En fait, je dirais que le PTB, à l’autre bout du paysage, a occupé le terrain ces dernières années, qu’il a fixé un électorat flottant et protestataire ».

"Pour s’affirmer politiquement, ce genre de mouvement nécessite de voir émerger en son sein des personnalités connues, des relais dans l’opinion. " Il s'agira d' éviter la dérive » vers les extrêmes. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
UN MOUVEMENT DE CARACTÈRE POUJADISTE? 

Les gilets jaunes, expression d’une colère populaire, bousculeront-ils le paysage politique ? se demande Emile Van Haute. Mais qui sont ces gens? Des petits commerçants, des artisans, des paysans, des ouvriers? Ce mouvement rappelle celui que sut structurer et diriger Poujade dans les années cinquante. Ce mouvement revendiquait la défense des commerçants et des artisans, qu'il considérait comme mis en danger par le développement des grandes surfaces dans la France de l'après-guerre, et condamnait l'inefficacité du parlementarisme tel que pratiqué sous la Quatrième République. Par extension, le terme poujadisme est devenu un terme péjoratif désignant un mouvement politique corporatiste à tendance réactionnaire des classes moyennes à supérieures ou « conservatisme de petits-bourgeois »
Sans doute mais leur point commun est de se sentir laissés pour compte par un système qui favorise les nantis, les privilégiés du système, les élites.

"Il indique que les structures intermédiaires, telles que les formations politiques, ne suffisent plus."
" Un électorat désemparé en errance qui échoue jusqu’à présent à s’organiser, à avoir une démarche collective. Le PTB a réussi à fixé un électorat flottant et protestataire ».
"Pour s’affirmer politiquement, ce genre de mouvement nécessite de voir émerger en son sein des personnalités connues, des relais dans l’opinion."
Et voici que ces mal aimés- c'est ainsi qu'ils se vivent-  finissent  par surgir massivement dans la rue, surtout en France.
"Dans le monde d’aujourd’hui, chacun ou presque, gilet jaune ou gilet doré, ne se préoccupe plus que de lui-même" commente Jacques Attali sur son blog.
"Chacun pense que tout lui est dû, que tout ce qui est vital doit lui être fourni gratuitement, que personne ne peut le priver du superflu et qu’il a même le droit de le considérer comme vital."
"Et pourtant, même parmi les gilets dorés, presque personne ne se reconnaît comme riche ; chacun ne voit que ce qui lui manque ; et se plaint de ne pas avoir les moyens de vivre toutes ses envies."
"De fait, aujourd’hui, presque partout dans le monde, la plupart des biens vitaux (la nourriture, l’habillement, l’équipement ménager, le transport collectif) sont beaucoup moins coûteux qu’avant. Certes, certains biens vitaux (logement, la santé, l’éducation le transport individuel) restent hors de portée des plus démunis et supposent de la solidarité entre gilets jaunes et gilets dorés."
"De plus, des biens nouveaux (ordinateurs, tablettes, téléphones mobiles, jeux vidéo, abonnements à des plateformes) se sont glissés dans les besoins vitaux, parce que nul n’imagine de s’en priver. Ce qui réduit la part du revenu disponible pour financer les autres biens vitaux. D’où le sentiment, trompeur, que le pouvoir d’achat de chacun est en baisse, que les impôts sont un vol et les dépenses publiques un dû."
"Or, le pouvoir d’achat n’est pas en baisse. Il est seulement très inégalement, très injustement réparti."
Voici qui nous fait penser à l'ancien régime avec ses privilégiés vivant dans un luxe inouï au mépris d'un tiers état misérable menacé par la moindre famine. Au moment où se déclencha la révolution française, plus d'un million de pauvres se dirigea vers Paris. Tiens comme les gilets jaunes dimanche! Mais  seront-ils un million? Suspense.
MG


Et Attali d'ajouter:  les dépenses publiques, que finance l’impôt, ne sont pas un dû pour les vivants d’aujourd’hui ; et elles sont aussi essentielles au bien-être d’autres que les gilets jaunes et les gilets dorés : les générations futures.
"Or, tant que nous n’avons pas changé de modèle de développement, le bien être d’aujourd’hui nuira à celui de demain : Plus de consommation pille les ressources des générations futures. Plus de justice sociale dégrade leur environnement. Et inversement, réduire les émissions de gaz à effet de serre pour demain aggrave les injustices d’aujourd’hui. Ainsi, augmenter les taxes sur le carbone, pour préparer l’avenir, est inévitablement contraire aux intérêts immédiats des vivants d’aujourd’hui."
Préparer l’avenir ne peut donc être fait qu’au détriment de la satisfaction des désirs immédiats des contemporains, gilets d’or et gilets jaunes confondus.
Pour dépasser cette contradiction, il faut passer au plus vite à un modèle de développement positif, où le bien-être d’aujourd’hui ne nuise pas à celui de demain. Et en particulier où la réduction des injustices dans le présent ne nuise pas à l’environnement dans le futur.
Cela suppose de réduire massivement notre dépendance aux énergies polluantes, pétrole et charbon ; et de diminuer au plus vite notre consommation d’autres produits considérés aujourd’hui comme vitaux et qui seront reconnus demain comme mortels, tels la viande de bœuf, le sucre et tant d’autres. Cela suppose aussi d’orienter la consommation vers les biens immatériels plutôt que matériels ; et, surtout, d’apprendre à découvrir qu’on peut avoir du plaisir à être altruiste."

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