dimanche 23 décembre 2018

Affaire courantes : une coalition des bonnes volontés? Chiche!

 
PAR BÉATRICE DELVAUX Le Soir 

« Le monde politique belge est invité par le Palais à un test de maturité. »
Esprit de Noël, es-tu là ? On pourrait y croire : après quelques semaines en enfer et neuf journées ubuesques, la Belgique retrouve un gouvernement. La logique aurait voulu que l’électeur ait droit à des élections en bonne et due forme. Mais comme la logique n’était pas au rendez-vous de cette crise provoquée pour de très mauvaises raisons par la N-VA, on est en droit de se dire que le choix du Roi n’est pas le plus parfait, mais bien le plus raisonnable, à cinq mois des élections. Les dégâts démocratiques de ce non-passage aux urnes anticipé sont donc limités, vu les circonstances.
Regardons maintenant le bébé, « Michel bis », un gouvernement en affaires courantes : un semblant de gouvernement ou un gouvernement pour faire semblant ?
C’est a priori ce deuxième destin qui attend une formation minoritaire qui risque de rencontrer sur son (court) chemin plus de mines que de bonnes volontés. Pas certain d’ailleurs que cette trêve de Noël soit le dernier épisode de crise avant les élections de mai prochain.
PS et N-VA, les deux partis les plus importants dans chaque partie du pays, tous deux désormais dans l’opposition, vont-ils collaborer avec « Michel bis » ou se borner à des appuis très ponctuels ? Le danger serait pour le PS de perdre des plumes sur son profil d’ultra-gauche au bénéfice du PTB et pour la N-VA de se déforcer à l’extrême droite, au profit du Vlaams Belang. Et comme depuis les élections communales, la plupart des partis se sont surtout profilés en fonction des points à gagner ou à perdre dans les urnes, il faudrait un revirement pour les pousser à changer d’attitude, à quelques brasses du rivage électoral.
SERA-CE UN GOUVERNEMENT POUR FAIRE SEMBLANT ?
Un revirement sous forme de « coup de cravache » royal ? Hier, le Palais a en tout cas forcé tout ce petit monde politique à se positionner et à se dévoiler. Ce gouvernement en affaires courantes ne sera en effet ambitieux que si les hommes politiques, ou une majorité d’entre eux, le veulent. Coalition des bonnes volontés qu’ils disaient ? « Prouvez-le », renvoie le Roi.
La balle est donc dans le camp de ceux et celles qui jurent depuis des jours, la main sur le cœur, toutes couleurs confondues, qu’ils ont « entendu le citoyen », sont « responsables  » et ne veulent pas que le pays, confronté à tant de défis et d’inquiétudes soit « immobile ». Vendredi, le Roi a donné l’avantage aux partis de la « coalition pacte migratoire » en refusant à la N-VA ses élections anticipées : il va falloir s’en montrer digne.
Le monde politique belge est invité par le Palais à un double test de maturité. Sur le fond : il a cinq mois pour prouver sa capacité à apporter ces fameuses réponses aux défis et attentes de la population – le climat, autre chose qu’un nouveau slogan, vraiment ? Sur la forme : il devra montrer que ses deux institutions clés, le Parlement et le gouvernement, peuvent réinventer la démocratie. Chiche !, leur a dit un Roi qui a repris ce vendredi sa place sur l’échiquier. Et a fait, lui, sa part du boulot. 


COMMENTAIRE DE DIVERCITY
SITUATION GRAVE OU DÉSESPÉRÉE? 

En 1916 l'écrivain Joseph Roth (qui s'exilera à Ostende avant l'Anschluss de 1938) devisant dans un café viennois avec un ami allemand lui dit tout de go: "La situation en Allemagne est grave mais non désespérée mais en Autriche la situation est désespérée mais ce n'est pas grave."
Il se pourrait que cela soit d'actualité pour la situation en Belgique cent ans plus tard.
MG


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