mardi 18 décembre 2018

Baromètre politique : la N-VA a tout intérêt à forcer des élections


ANTOINE  LA LIBRE

Incontournable. Si l’on votait aujourd’hui, la N-VA garderait une position archidominante dans l’arène politique flamande. Selon le dernier baromètre politique de La Libre, elle obtiendrait 28,3 % des voix. Certes, c’est une perte de 4,1 points par rapport aux élections de mai 2014. Pas négligeable. Mais, d’une part, il faut y voir une usure assez logique pour une formation nationaliste flamande qui s’est frottée pour la première fois de son histoire à l’exercice du pouvoir au niveau national. Les sondages la placent depuis quatre ans entre 32 et 26 % des intentions de vote. On reste dans cette fourchette. D’autre part, la N-VA conserverait près de… dix points d’avance sur la seconde force politique flamande, le CD&V. Un gouffre.
Le parti a bien compris qu’il y a une fenêtre d’opportunité électorale à saisir. La N-VA vient de quitter le gouvernement fédéral en raison du soutien de la Belgique au pacte migratoire de l’Onu. Inacceptable, pour elle. Or la question migratoire est désormais au centre du jeu politique. Dimanche, une manifestation contre le pacte de Marrakech a rassemblé à Bruxelles plus de cinq mille personnes (issues en partie de l’extrême droite flamande). La N-VA surfe sur cette thématique. Depuis quelques jours, elle a lancé une campagne de communication sur "la force des principes" . Theo Francken, ex-secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, réputé pour ses positions fermes en matière migratoire, est désormais la personnalité politique préférée des Flamands. Il recueille quelque 51 % d’opinions favorables. C’est beaucoup.
LA POUSSÉE DU VLAAMS BELANG RALENTIE
À l’analyse du baromètre, on constate que la N-VA parvient à contenir la progression du Vlaams Belang (extrême droite), pointé à 7,6 %. On observe depuis plusieurs années un jeu de vases communicants entre les deux formations. C’était encore le cas lors des élections locales du 14 octobre. Dans le sondage, 20 % des électeurs du VB disent avoir voté pour la N-VA en 2014. En revanche, pour la N-VA, cela ne se traduit que par une perte - limitée - de 5 % de ses électeurs. 8 % sont partis vers l’Open VLD et 6 % vers le CD&V. Cela signifie que la position stricte du parti sur les questions migratoires lui permet de conserver son électorat le plus droitier, mais elle effraie un électorat libéral ou centriste.
Bref, si le président de la N-VA, Bart De Wever, et son ancien vice-Premier ministre, Jan Jambon, ont laissé entendre qu’ils étaient favorables à des élections anticipées, ce n’est évidemment pas un hasard…
C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la tension croissante sur le terrain politique. Charles Michel (MR) continue à chercher un appui au Parlement pour soutenir son gouvernement (MR, Open VLD, CD&V) devenu minoritaire depuis le départ des nationalistes. Durant le week-end, il a eu des contacts avec son ancien allié, mais pas avec les autres partis de l’opposition.
LA VOIE VERS LE CONFÉDÉRALISME
Selon De Tijd, la N-VA est prête à soutenir le gouvernement à quatre conditions : que la Constitution puisse être révisée lors de la prochaine législature pour dégager la voie vers le confédéralisme (en ouvrant à révision l’article 195) ; que la trajectoire budgétaire soit confortée jusqu’en 2019 sans nouvelles recettes (une manière d’éviter des cadeaux préélectoraux) ; que le job’s deal soit réalisé moyennant l’ajout de la dégressivité accrue des allocations de chômage qui était en préparation ; et qu’il soit tenu compte des exigences de la N-VA sur le pacte migratoire.
"Je ne me laisserai pas intimider par le chantage de la N-VA à propos du vote du budget", a réagi lundi le Premier ministre. "La N-VA conditionne son vote soit à l’acceptation d’élections anticipées et donc à une longue période d’immobilisme, soit à la fuite en avant confédérale. Dans les deux cas, ses conditions sont inacceptables." "Si la N-VA avait émis des conditions hors de proportion, j’aurais encore pu comprendre", a répliqué le député N-VA Peter De Roover. Mais, selon lui, toutes les demandes, y compris l’article 195 de la Constitution, ne sont que "la concrétisation des accords". Si c’est vrai, cela veut dire que l’article 195 faisait partie des accords tenus secrets lors de la mise en place de l’exécutif, en octobre 2014.
La fiche technique:
Ce sondage d’opinion a été effectué par téléphone fixe ou mobile, du lundi 19 novembre au samedi 8 décembre 2018, sur un échantillon représentatif de 2 797 électeurs belges à la demande de La Libre Belgique, la RTBF, la VRT et De Standaard.
Les enquêtes ont été réalisées dans chacune des 3 Régions de Belgique sur un échantillon aléatoire de n = 1 038 électeurs résidant en Flandre, n = 1 016 électeurs francophones résidant en Wallonie et de n = 743 électeurs résidant à Bruxelles.
La marge d’erreur maximale est de ± 3,1 % sur les échantillons de Flandre et de Wallonie et de ± 3,6 % sur celui de Bruxelles.


COMMENTAIRE DE DIVERSITY
REQUIEM BELGIUM?

"La N-VA est prête à soutenir le gouvernement à quatre conditions : que la Constitution puisse être révisée lors de la prochaine législature pour dégager la voie vers le confédéralisme (en ouvrant à révision l’article 195)"  Imbuvable pour le MR!
Les choses sont claires. Devenue ingouvernable, la Belgique risque de disparaître au bénéfice des régions qui la composent. Confédéralisme, prélude à l'indépendance. Le processus est en cours depuis des décennies.
Il y aurait donc demain un "NVA staat" autoritaire, en Flandre, dirigé par De Wever depuis Anvers  et présidé par le matamore Théo Francken et une république bananière dans la Belgique résiduelle où PS/PTB et écolo se partageraient le pouvoir.  
Cette fin de législature ne se passe pas du tout comme prévu ou souhaité pour les libéraux. Le MR comptait mener une campagne d’enfer sur le bilan socio-économique du gouvernement fédéral. Mais tout a vacillé !  C'est plié pour le MR.
Et Bruxelles? Cela demeure la grande inconnue du projet confédéraliste, voire indépendantiste de la NVA et de son allié psychologique le Belang, ci- devant Vlaams Blok. Caricature? A peine.
"La position stricte de la NVA sur les questions migratoires lui permet de conserver son électorat le plus droitier, mais elle effraie un électorat libéral ou centriste." "Theo Francken, ex-secrétaire d’État à l’Asile et la Migration, réputé pour ses positions fermes en matière migratoire, est désormais la personnalité politique préférée des Flamands. Il recueille quelque 51 % d’opinions favorables. C’est beaucoup."
Plus rien ne sera comme avant. Wallobrux devra très bientôt renoncer aux milliards de transfert venus de Flandre. C'est une catastrophe. On se demande vraiment comment cette Belgique résiduelle va financer son enseignement avec ses réseaux concurrents et dispendieux.  Il va falloir ressortir des tiroirs le projet d'école pluraliste mono réseau, comme en Finlande.  Et il n'y a pas que l'enseignement à financer!
Mais il reste une botte secrète dont personne ne parle: une paix des braves et une union de tous contre la NVA. Car, tout bien réfléchi, si NVA et Belang totalisent ensemble environ 36% des intentions de vote en Flandre, cela signifie que 64% leur sont à tout le moins hostile.   C'est dire que dans l'état actuel des choses une grande coalition de tous contre la droite flamande est possible.
Ensemble VLD/CD&V totalisent plus d'intentions de votes que la NVA seule . Autre chose VLD/CD&V/GROEN ont à trois la majorité en Flandre et pareil en Wallonie et pareil à Bruxelles. Autrement dit, ce serait une coalition de rêve, vu qu'elle pourrait se constituer à la fois au niveau fédéral et au niveau régional et communautaire. Reste à déterminer qui obtiendrait le poste de premier ministre soit Chris Peeters, soit Paul Magnette. Il est clair que le PS qui des trois totaliserait vraisemblablement le plus de voix  aurait la main.
Paul Magnette a déclaré il y a quelques jours qu'il se voyait bien dans la posture de candidat premier ministre. Le scrutin du 26 mai 2016 pourrait lui donner raison. Ce parfait bilingue pourrait donc devenir le sauveur de la Belgique. On imagine qu'au Palais de Laeken on suit cela de très près.
MG

OLIVIER MAINGAIN AU «SOIR»: «J’INVITE LES PARTIS FRANCOPHONES À METTRE HORS-JEU LA N-VA»
Défi, le parti d’Olivier Maingain, ne votera pas de motion de méfiance avec la N-VA et appelle les autres partis à en faire autant.

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